Raif Badawi (en ), prénom également transcrit en Raïf, est un écrivain et blogueur saoudien créateur en 2008 du site Free Saudi Liberals sur lequel il militait pour une libéralisation morale de l'Arabie saoudite.

Accusé d'apostasie et d'insulte à l'islam, il est emprisonné à la prison centrale de Dahaban en . Il a été condamné à et . Son avocat Waleed Abu al-Khair est également emprisonné. L'application de la sentence de flagellation a débuté le , suscitant des protestations de plusieurs gouvernements puis de l'ONU. Sa femme Ensaf Haidar annonce sa libération le , mais il était toujours interdit de quitter le pays pendant les 10 prochaines années.

Free Saudi Liberals Raif Badawi crée en 2008 avec Souad Al-Shammari, une militante saoudienne des droits des femmes, Free Saudi Liberals (Libérez les libéraux saoudiens), un site militant pour une libéralisation religieuse et ouvert à la discussion des internautes« Le blogueur saoudien Raif Badawi passible de la peine de mort » France 24, 27 décembre 2013. En 2008, il est arrêté, interrogé sur le site qu'il a créé, puis relâché. Accusé d'avoir créé un site web qui insulte l'islam, il est forcé de quitter le pays. Il y revient ensuite, la plainte contre lui semblant abandonnée, mais en 2009 il se voit interdit de quitter le pays et son compte en banque est bloqué.

En 2010, Raif Badawi s’oppose publiquement à son père en prenant parti pour sa sœur Samar empêchée d’épouser l’homme de son choix. Elle est incarcérée pour désobéissance, avant que sa tutelle ne soit transférée à l’un de ses oncles. Raif Badawi écrit plusieurs articles sur son blog pour fustiger l’attitude de son père qui l’accuse en retour de trahir les valeurs de la famille et les préceptes de la religion. Samar est défendue par l’avocat engagé Waleed Abu Al-Khair. Une campagne de communication sur internet permet d'obtenir la libération de Samar Badawi, qui épouse ensuite Waleed Abu Al-Khair en . En 2011, son site web est à nouveau accusé d', en raison notamment, selon Amnesty International, d'un article sur la Saint-Valentin, dont la conclusion sera considérée comme ridiculisant le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, qu'il remercie dans un autre article .

Arrestation et procès en première instance En , selon Human Rights Watch, le cheikh saoudien publie une fatwa le traitant d'apostat, pour avoir notamment déclaré que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux ».

À la suite de la plainte de religieux, Badawi est arrêté le , peu après avoir organisé le une conférence pour « marquer une journée de libéralisme », aux motifs d'avoir « mis en place un site web qui compromet la sécurité générale » et « tourné en ridicule des figures de l'islam ». Il est accusé de désobéissance à son pèreLes 50 premiers coups de fouet donnés à Raif Badawi Article de Radio Canada le 9 janvier 2015, de cybercrime et d'apostasie, laquelle est passible de la peine de mort en Arabie saoudite. Ce dernier chef d'inculpation n'est pas retenu par le juge. Selon une affirmation de son épouse rapportée par le Daily Mail, le juge ayant demandé s'il était musulman, Badawi aurait répondu : « oui et je n'accepte pas que quiconque le mette en doute ». Selon son avocat, Waleed Abu al-Khair, il aurait également ajouté : « tout le monde a le droit de croire ou non ». Le , il est condamné à six cents coups de fouet et sept ans de prison. Badawi fait appel de cette décision et l'affaire est réexaminée par la cour criminelle de Djeddah.

Exil de sa famille La famille de Badawi, qui s'est marié en 2002 et a trois enfants, fait l'objet de tracasseries dès son emprisonnement. Son épouse, Ensaf Haidar., et ses trois enfants sont forcés de quitter le pays pour le Liban puis l'Égypte, avant d'obtenir l'asile politique au Canada en Une Saoudienne réfugiée au Québec dénonce le sort réservé à son conjoint Article de Radio Canada le 4 octobre 2014. Ils vivent actuellement à Sherbrooke. Ils obtiennent la citoyenneté canadienne le .

Procès en appel et application de la peine

thumb|upright|Manifestation de soutien devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Oslo le 16 janvier 2015. thumb|Jimmy Wales plaide pour Badawi au « Day of Action for Raif ». Rejugé en appel, Badawi est à nouveau condamné le à dix ans de prison, , distribués en vingt séances hebdomadaires de flagellationPétition : Libérez Raif Badawi !Il a droit à son opinion. sur le site Amnistie Internationale, une amende d'un million de riyals () et une interdiction de voyage de dix ans à l'expiration de sa peine de prison. Le site de Badawi est fermé, la justice saoudienne considérant que « les sujets et commentaires qui y ont été publiés dans le passé violaient les enseignements de la religion [musulmane] et avaient engendré des controverses ». Son avocat, Waleed Abu al-Khair, qui est également un militant pour les droits de l'homme en Arabie saoudite, a été condamné à quinze ans de prison pour avoir « sapé le régime et les officiels », « incité l'opinion publique » et « insulté l'appareil judiciaire » par une cour anti-terroriste nouvellement créée. Souad al-Shammari, la cofondatrice du site Free Saudi Liberals, est arrêtée en , pour un message sur Twitter.

La première de ces séances de a lieu le vendredi en public devant une mosquée de Djeddah. Les États-Unis, le Canada, la Communauté européenne et d'autres pays ont publiquement demandé à l'Arabie saoudite de faire cesser ces flagellations. Selon Éric Azan, beaucoup de participants aux manifestations des 10 et 11 janvier 2015 ont également affiché leur soutien à Badawi. Le , l'ONU en a appelé au roi d'Arabie Saoudite, lui demandant Le lendemain, la deuxième séance de flagellation est reportée pour raison médicale, puis le cabinet du roi fait savoir que le dossier serait réexaminé par la cour suprême.

Nouveau procès pour apostasie Selon des informations publiées le , la justice saoudienne envisage un nouveau procès de Raif Badawi pour apostasie, une qualification qui peut entraîner la peine de mort en Arabie saoudite.

Nouvelles pressions diplomatiques en 2018

Début , lors de la réunion du G20 en Argentine, le Premier ministre canadien Justin Trudeau réitère aux dirigeants saoudiens sa demande de libération de Raïf Badawi après déjà de vives tensions à l'été 2018 entre les deux pays avec un tweet de protestation de la ministre des Affaires étrangères canadienne, Chrystia Freeland, après l'emprisonnement de Samar Badawi.

Mi-, dans la foulée du scandale lié au meurtre de Jamal Khashoggi, le Sénat américain (49 démocrates renforcés par 7 républicains) adopte une résolution demandant l'arrêt du soutien des États-Unis à la coalition internationale au Yémen et exige la libération de Raif Badawi, de sa sœur Samar Badawi, ainsi que des militantes arrêtées en 2018.

Libération Après avoir passé 10 ans en prison, Raif Badawi est libéré de prison en 2022 mais il n'a pas encore pu retrouver sa femme Ensaf Haidar et ses enfants en raison de l'interdiction de dix ans de voyager. Il n'est pas le seul activiste qui est ciblé par une interdiction de voyager. Loujain Al Hathloul, Samar Badawi et Nassima Al Sada sont les autres militants qui ont été interdits par les tribunaux saoudiens de quitter le pays après de nombreuses années d'emprisonnement. Parfois, ces interdictions sont imposées sans aucune ordonnance du tribunal et lorsque les gens tentent de voyager, ils sont arrêtés par les autorités saoudiennes dans les aéroports ou les passages frontaliers. Amnesty International a exhorté le roi d'Arabie saoudite à éliminer les restrictions de voyage aux militants et aux défenseurs des droits de l'homme afin qu'ils puissent vraiment être libres..

Film Le , l'Office national du film du Canada du Canada lance En attendant Raif, réalisé par Patricio Henriquez et Luc Côté, relatant le combat de sa femme pour le faire libérer.. Le film est présenté en première mondiale au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, le .

Prix Raif Badawi a reçu : la Citoyenneté d'honneur de la Ville de Montréal en le prix de la Liberté d’expression 2015 par Deutsche Welle ; le prix du courage 2015 décerné par vingt groupes de défense des droits de l'homme le sommet de Genève ; le prix Aikenhead 2015 de la Société laïque écossaise ; le prix Netizen 2014 décerné par Reporters sans frontières ; la médaille de l'Université libre de Bruxelles le décerné par Raif Badawi est également membre honoraire de PEN Canada, PEN Danemarl et PEN Allemagne.. le prix Sakharov en Le prix Sakharov décerné au blogueur saoudien Raef Badaoui, La Libre Belgique, 29 octobre 2015 Il est proposé en 2015 pour le prix Nobel de la paix. le prix Voltaire 2016 un doctorat honorifique de l'Université de Sherbrooke, le , pour son apport exceptionnel à la défense de la liberté d'expression. Il est de nouveau proposé en 2018 pour le prix Nobel de la paix..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Droit saoudien Droits de l'homme en Arabie saoudite Liberté de religion en Arabie saoudite Sadiq Malallah, poète saoudien exécuté pour blasphème et apostasie en 1992 Hadi Al-Mutif, condamné à mort pour apostasie en Arabie saoudite en 1996, puis gracié en 2012 Hamza Kashgari, journaliste saoudien accusé d'apostasie et emprisonné Waleed Abu al-Khair Ali Mohammed al-Nimr Soheil Arabi, blogueur iranien condamné pour blasphème, prix reporters sans frontières en 2017

Liens externes

Traduction de l'arrêt de la cour d'appel de Djeddah sur le site du Center for Enquiry Extraits de blogues de Raif Badawi sur le site du Guardian

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