Henri-Marie Bouley, communément appelé Henri Bouley, né le à Paris et mort le , à Paris, est un vétérinaire français qui fut un professeur de clinique vétérinaire à l'École nationale vétérinaire d’Alfort, internationalement connu en tant qu’enseignant, expert et grand vulgarisateur de sa discipline, la pathologie animale.

Henri Bouley est surtout reconnu pour avoir été le défenseur brillant et l’apôtre ardent des découvertes et des théories de Louis Pasteur.

Biographie Henri-Marie Bouley, selon le professeur Louis-Georges NeumannNeumann, Louis Georges : Biographies vétérinaires, avec 42 portraits dessinés par l'auteur 435p., Paris : Asselin et Houzeau, 1896., naquit à Paris le . Il y est décédé le . Après de brillantes études littéraires au lycée Rollin (auparavant Sainte Barbe, aujourd’hui Collège-lycée Jacques-Decour), il entra à l'école d’Alfort en 1832, où il fut toujours à la tête de sa promotion. Diplômé vétérinaire en 1836, il aida d’abord son père vétérinaire dans l’exercice de sa clientèle, puis fut recruté comme chef de clinique à Alfort. En 1839, Eugène Renault, professeur de clinique fut nommé directeur et dut être suppléé dans ses fonctions par un professeur adjoint chargé de la clinique, des cours de chirurgie, de ferrure et de jurisprudence commerciale. Un concours fut ouvert, où Henri Bouley l’emporta. Titulaire de cette chaire en 1845, il l’occupa jusqu’au , date de sa nomination comme inspecteur général des écoles vétérinaires, fonction qu’il occupa jusqu’à sa mort, en sus de nombreuses autres charges et responsabilités qu’il exerça conjointement ou successivement.

Les origines familiales : les Bouley Henri-Marie Bouley est issu d’une famille de vétérinaires et maréchaux-ferrants « les Bouley » qui ont excellé dans Paris. Il était le fils de Jean-François Bouley, dit Bouley jeune, (1787- 1855), lequel était le frère d’Henri-Claude Bouley, dit Bouley aîné, (1781-1869). Les frères Bouley étaient fils de Jean Bouley maréchal-ferrant né à Arnay-le Duc (Côte-d'Or) en 1751[Acte de naissance : Archives départementales de Cote d'Or]., fils d'une longue lignée de maréchaux de cette ville. Il vint s'établir à Paris, rue Saint Thomas[Carte de sureté de Jean BOULEY du 14 avril 1793]., sans doute chez Jean-François Bellocq, maréchal parisien renommé chez qui il fit ou perfectionna sa formation. À 29 ans, il épousa en 1779 Catherine Beurdeley, originaire d'Époisses, d'une famille de maréchaux[Contrat de mariage chez M° DOSNE Étude LXXXII (Archives Nationales, Paris].. Il s'installa en 1782 rue de Normandie dans le quartier du Marais. Il eut deux fils : Henri-Claude Bouley né en 1781 dit "Aîné" et Jean-François Bouley, dit "Jeune". Selon Neumann « Pendant plus d’un demi-siècle, le nom des Bouley a personnifié à Paris la profession vétérinaire auprès de tous ceux qu’intéressait la médecine du cheval ». Le père d'Henri Bouley, Jean-François Bouley, dit Bouley jeune, né en 1787 entré à l’école d’Alfort en 1805 en sortit en 1808 après y avoir exercé au cours de ses brillantes études les fonctions de répétiteur. Il prit aussitôt la direction de l’atelier parisien de son père, rue de Normandie. Il acquit une très grande réputation « qui lui attira une immense clientèle à laquelle il lui a fallu toute son activité pour suffire ». En 1824, il accompagna son ami François-Narcisse Girard, dit Girard Fils (1796-1825), dans la création du Recueil de médecine vétérinaire, dont l’édition sera reprise plus tard par le corps enseignant de l’école d’Alfort et qui fut jusqu’à sa disparition en 1999 l’un des plus grands journaux de médecine vétérinaire Bernard Toma : Naissance, vie et mort des périodiques vétérinaires, Bull.soc.fr.hist.méd.sci.vét., 2003, 2 (2).. En 1823, il a 35 ans lorsqu'il remplace le vétérinaire Desplas à l'Académie de Médecine dont il sera un membre particulièrement actif. Son oncle, Henri-Claude Bouley, dit Bouley aîné, entra à Alfort en 1798 et en sortit en 1801 avec le diplôme d’honneur après avoir été répétiteur. lI embrassa la carrière militaire et y déploya[Archives de la défense (Cote Yg 125)., « une prodigieuse activité » au point qu’il fut élevé aux grades d’inspecteur général des remontes et de vétérinaire en chef de la Grande Armée de Russie. En 1814, il quitta le service, s’établit à Paris et, grâce à sa propre habileté de maréchal, de chef d’entreprise et de chirurgien, son atelier, rue de Sèze acquit une immense réputation. Ce fut une véritable école de maréchalerie et ses ouvriers se faisaient un titre d’honneur d’avoir travaillé sous sa direction. Bouley aîné fut en 1844 un des membres fondateurs de la Société centrale de médecine vétérinaire.

Henri Bouley vu par Louis Georges Neumann Louis Georges Neumann (1846-1930) qui fut l’élève d’Henri Bouley à Alfort, avant d’être un grand professeur de parasitologie à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, internationalement connu pour ses travaux sur les acariens, est l’auteur d’un ouvrage, « Biographies vétérinaires », dans lequel Henri Bouley occupe une place relativement importante. Témoin et observateur privilégié, Neumann livre un éclairage d’autant plus intéressant sur l’homme qu’il prend soin de préciser dans sa préface que « ses biographies ne sont pas nécessairement des éloges ; le blâme et la critique y jouent le rôle qui m’a paru leur revenir ; il est parfois important ». Sous ce rapport la lecture de la biographie d’Henri Bouley complète utilement les informations que l’on peut lire dans les éloges rassemblés dans le numéro de décembre 1885 du Recueil de médecine vétérinaire qui fut tout entier consacré à Henri Bouley après son décès.

Un grand clinicien et un grand professeur Selon Neumann, « Henri Bouley réalisa l’idéal du professeur de clinique. Passionné par son art, il avait rapidement acquis une sûreté de diagnostic et une habileté opératoire remarquables. Tous ceux qui l’ont vu à sa clinique d’Alfort, praticiens français et étrangers, propriétaires, etc. en ont gardé le souvenir vivant. Dominant de sa haute taille ceux qui l’entouraient, les séduisant par son charme naturel, sa bonhomie, son esprit, sa gaîté, sa distinction, il méritait vraiment le nom de patron que trente générations de vétérinaires lui ont affectueusement donné. Son talent de parole allait de pair avec ses autres dons, et nul n’a plus passionné et enthousiasmé un auditoire d’élèves ».

L’auteur d’ouvrages d’enseignement et d’articles scientifiques et de vulgarisation Ouvrages Il publia en 1851 le Traité de l’organisation du pied du cheval dont les superbes lithographies sont toujours des référencesHenri Bouley sur le site Internet de l’École vétérinaire d’Alfort..

Il fut à l’origine de treize volumes du Nouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires qu’il commença à publier avec Reynal en 1856. Cette œuvre immense fournit un instantané de la médecine vétérinaire pendant la deuxième moitié du .

On peut accéder à des extraits d’ouvrages en ligne sur le site de la bibliothèque numérique Medic@ (Biusanté-Histoire de la santé) qui livre le catalogue des textes en ligne de Bouley Henri-Marie.

Le rédacteur en chef du Recueil de médecine vétérinaire Dès 1845 Jean-François Bouley confia à son fils Henri la fonction de rédacteur en chef du Recueil de médecine vétérinaire qu'il assurait depuis sa création. Henri Bouley l'a poursuivi pendant quarante ans, jusqu’à sa mort. Selon Neumann : .

Le sociétaire rédacteur de nombreuses contributions aux sociétés savantes et aux académies Membre de l’Académie de médecine en 1855 à la suite de son père, puis président en 1877, membre de l’Académie des sciences en 1868, Henri Bouley fut aussi un des fondateurs de la Société de médecine vétérinaire de la Seine, qui fut peu d’années après la Société centrale de médecine vétérinaire et devint, en 1928, l'Académie vétérinaire de France. Il en était nommé secrétaire général en 1849 et il en a conservé le titre et rempli les fonctions jusqu’à sa mort. Selon Neumann, les bulletins de cette société témoignent de la part importante qu’il prit à presque toutes les discussions, des nombreux et remarquables rapports qu’il y présenta. « Dans les séances solennelles, il lisait l’Éloge de quelque collègue éminent de la Société et ses éloges offrent un vrai régal littéraire en même temps qu’une revue savante et rapide de maintes questions médicales ».

L’ardent soutien de Pasteur et le propagateur de la « théorie microbienne de la contagion » D'abord « spontanéiste », Henri Bouley reconnut ensuite son erreur, , il en 1876 et fut un ardent défenseur puis un ami de Pasteur. En toute occasion, il défendit Pasteur par la parole et l'écrit dans les sociétés et académies savantes. « Pastorien d'enthousiasme », il mit sa fougue et son éloquence au service du savant, entraîna ses élèves comme Edmond Nocard « pastorien de raison », futur collaborateur d’Émile Roux. En retour, la sympathie de Pasteur pour la profession vétérinaire se manifesta dans plusieurs occasions et en particulier dans la lettre qu'il adressa à Henri Bouley le : Roland Rosset : Pasteur et les vétérinaires, Bull.soc.fr.hist.méd.sci.vét., 2003, 2 (2)..

Les maladies contagieuses furent l’objet des Leçons qu’il donna au Muséum, il les publia en deux volumes : Le Progrès en médecine par l’expérimentation (en 1882) et La Nature vivante de la contagion. Contagiosité de la tuberculose (en 1884). Selon Neumann : .

Les honneurs : autorité du monde médical et vétérinaire reconnue et honorée par ses pairs et par les pouvoirs publics Expert national en police sanitaire puis inspecteur général des écoles vétérinaires Dans les années 1850, Bouley fut chargé par le ministère de l'Agriculture et du commerce d'étudier la Péripneumonie contagieuse bovine . Cette étude donna lieu à un rapport publié en 1854Henri Bouley, « Rapport général des travaux de la commission scientifique instituée par le ministère de l'Agriculture et du commerce et des travaux publics pour l'étude de la péripneumonie épizootique du gros bétail », Recueil de médecine vétérinaire, mars 1854, ., qui, conjugué aux succès de sa mission, lui ouvrit les portes de l'Académie de médecine, l'année suivanteDelphine Berdah, « Entre scientifisation et travail de frontières : les transformations des savoirs vétérinaires en France, », Revue d'histoire moderne et contemporaine, , , 2012 ISSN 0048-8003.. En 1865, il fut mandaté par les pouvoirs publics pour étudier la peste bovine qui sévissait en Angleterre, en Belgique, en Hollande et en Europe centrale. Selon Neumann « Par une judicieuse utilisation des connaissances acquises et une application vigoureuse des mesures de police sanitaire indiquées et sanctionnées par l’expérience, il réussit à préserver la France de cette redoutable maladie, qui enlevait à l’Angleterre et à la Hollande près de têtes de gros bétail. Cet éminent service rendu à son pays le fit nommer en 1866 inspecteur général des écoles vétérinaires ». Il succéda à ce poste à Eugène Renault. « Dans ces fonctions nouvelles, précise Neumann, il ne témoigna pas de qualités d’administrateur ; mais il usa de toute son influence pour obtenir des améliorations du matériel, des bâtiments et de la situation du personnel enseignant ».

Il était membre du Comité consultatif d’hygiène publique de France, de la Société nationale d’agriculture et d’un très grand nombre de sociétés savantes. Selon Neumann, « sa haute situation et l’autorité dont il jouissait le faisaient consulter par l’administration et les tribunaux sur toutes les questions de police sanitaire, de jurisprudence, de médecine légale, etc. ; aussi ne saurait-on dire la quantité de rapports sortis de sa plume »

Académicien et titulaire d'une chaire au Muséum