vignette|Logo de Giroud vins SA avant le changement de nom en 2014.
L'affaire Giroud est un scandale suisse portant sur des fraudes vinicoles dans le canton du Valais par l'encaveur Dominique Giroud. Cette affaire a donné lieu à des dizaines de procédures relevant du droit pénal, administratif ou civil sur plusieurs cantons : des enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour fraude fiscale, concurrence déloyale, falsification de marchandises, escroquerie, tentative de soustraction de données et faux dans les titres.
En , la justice a classé une partie de l'affaire Giroud portant sur les pratiques viticoles antérieures à 2010.
Affaires Fraude et escroquerie fiscale En 2010, le fisc commence à poser des questions sur les finances de Dominique GiroudInfographie animée de l'empire Giroud, LeTemps.ch (page consultée le 14 juin 2014)..
Le , Marie Parvex publie un article dans le quotidien Le Temps, qui indique que l'Administration fédérale des contributions soupçonne Dominique Giroud de fraude fiscale. Entre 2003 et 2009, il aurait caché 18 millions de revenus et 9 millions de bénéfice aux autorités fiscales. Les montages financiers mis en place par Giroud vins SA pour frauder le fisc incluent une filiale à Zoug (Weinhandel Edelweiss AG) et une société extraterritoriale (Bibendum finance Inc. dans les Îles Vierges britanniques)Yves Steiner et Jean-Daniel Bohnenblust, « La RTS diffuse les deux reportages sur l'affaire Giroud Vins », RTS.ch, 21 mai 2014 (page consultée le 14 juin 2014).. Dominique Giroud versait de gros montants en liquide sur le compte au Crédit suisse de Bibendum finance.
Le , le Tribunal fédéral déboute Dominique Giroud en faveur de la Commission de gestion du Grand Conseil du canton du Valais en ce qui concerne la levée du secret fiscal. Le , Dominique Giroud est reconnu coupable et condamné à 150 jours-amende à en plus des 180 jours-amende pour usage de faux en ce qui concerne l'impôt fédéral direct avec sursis de deux ans Affaire Giroud, volet TVA, Communiqué de presse du Tribunal de Sion.
Fin , Dominique Giroud répond devant le tribunal de Sion du délit de fraude fiscale, de délits fiscaux divers et d’escroquerie en matière de contribution. Les faits reprochés ont déjà été jugés dans le canton de Vaud, mais ne concernaient que l'impôt fédéral direct alors que le tribunal de Sion s'occupe des impôts communaux, cantonaux et de l'impôt anticipé. Le débat principal concerne le principe ne bis in idem, qui prévoit qu'on ne peut juger deux fois la même personne pour les mêmes faits. Dominique Giroud est finalement condamné à 9 mois de prison avec sursis pour escroquerie en matière de contributions, fraude fiscale et délits fiscaux. En 2020, la partie vitivinicole de l'affaire fiscale jusqu'à 2010 est classée à la suite d'un arrêt du Tribunal fédéral. Cet arrêt fait suite à la décision du Ministère public valaisan du de ne pas poursuivre les éventuels faits qui auraient eu lieu avant 2010 selon le principe non bis in idem, car le Ministère public central vaudois a déjà condamné Dominique Giroud par ordonnance pénale en pour ces faits.
Au total, Dominique Giroud a été condamné à trois reprises pour un total de 600 jours-amendes avec sursis pour des infractions fiscales.
Implication de Maurice Tornay
L'affaire Giroud se produit dans un contexte de difficultés financières et de dysfonctionnements au canton du Valais« Le Valais pourrait suspendre les débats grevant les finances cantonales », RTS.ch, 20 février 2014 page consultée le 14 juin 2014)..
Le , le Parti démocrate-chrétien valaisan annonce le futur dépôt d'une intervention parlementaire demandant la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire afin de faire toute la lumière sur le traitement de l’affaire Giroud Vins par l’administration cantonale et par ses responsablesFrance Massy, « Affaire Giroud. Le PDC du Valais romand demande une commission d'enquête parlementaire », LeNouvelliste.ch (page consultée le 31 décembre 2013).. Dans son communiqué, il indique que Dominique Giroud est accusé d'avoir soustrait sept millions de francs suisses au fisc durant les années 2000. Maurice Tornay était son fiduciaire de l’époque. Critiqué pour sa gestion de l’affaire, ce dernier publie le un communiqué de presse où il se dit « pris en tenaille entre secret de fonction et secret professionnel [...] »« Mise au point du conseiller d’État Maurice Tornay, communiqué du PDC et communiqué du PCS », entremont-autrement.blogspot.com (page consultée le 31 décembre 2013).. Le , il confie au journal Le Matin qu'il a accepté de l’argent de Dominique Giroud pour sa campagne 2012-13 de réélection au Conseil d’État du ValaisStéphane Riand, « Pourquoi Maurice Tornay a accepté les sous de Dominique Giroud ? », 1dex.ch, 31 décembre 2013 (page consultée le 2 janvier 2014).. Lors d'une conférence de presse tenue le , il explique comment son département a géré les conflits d’intérêts de l'affaire Giroud. Il affirme que Dominique Giroud n'a pas financé sa campagne 2012-13 de réélection au Conseil d’État du Valais, nie avoir participé à la création des sociétés offshores liées à l'affaire Giroud et reconnaît qu'il aurait pu mieux communiquerhttp://1dex.ch/2014/01/17/la-conference-de-presse-du-conseil-detat-du-17-janvier-2014-101/, consulté le 18 janvier 2014.. Il affirme aussi être actionnaire à hauteur de 25 % de la société de révision Alpes Audit SA, une société perquisitionnée en lien avec l'affaire Giroud. Le , Maurice Tornay tweete « Je ne suis pas actionnaire d'Alpes Audit SA ».
Le , la Commission de gestion du Grand Conseil annonce qu'elle se saisit des dossiers Giroud dans le but d’examiner si les institutions cantonales ont fonctionné correctement et si les intérêts du canton du Valais ont été préservésAffaire Tornay : communiqué de la CoGest du 21 janvier 2014 (109), consulté le 22 janvier 2014.. Le rapport de gestion sur le fonctionnement de l'État et le rôle de Maurice Tornay dans l'affaire Giroud est rendu le . La Commission de gestion indique que la fiduciaire du conseiller d’État et lui-même .
En , Le Temps révèle que, le , la fiduciaire de l’Entremont, présidée par Maurice Tornay, établit une déclaration fiscale pour l'entreprise de Dominique Giroud avec un revenu imposable de en 2003. Cette déclaration n'étant pas envoyée au service des contributions, ce dernier établi une taxation d'office sur un revenu estimé à . Selon Le Temps, la fiduciaire de Maurice Tornay intervient alors pour demander (et obtient) une taxation d'office sur un revenu imposable de Marie Parvex, « Ce que savait Maurice Tornay », Le Temps, mardi 23 décembre 2014.. Selon l'avocat fiscaliste Philippe Kenel, « Il est évident que la défense de Maurice Tornay pose un problème. Il doit absolument dire, voire prouver, quelle était sa conviction quant au revenu imposable réel de son client pour l’année 2003 »Alexis Favre, « « Il est évident que la défense de Maurice Tornay pose un problème » », Le Temps, samedi 3 janvier 2015..
En , le procureur Dick Marty classe la procédure pénale ouverte contre Maurice Tornay dans le cadre de l'affaire Giroud, l'enquête menée ayant permis d'établir, d'une part, que les éléments constitutifs d'une infraction n'étaient pas réalisés et, d'autre part, qu'aucun soupçon ne justifiait cette mise en accusation.
Espionnage et piratage En , le Ministère public du canton de Genève annonce l'arrestation de Dominique Giroud, d'un hacker professionnel, d'un détective privé genevois et d'un agent du Service de renseignement de la ConfédérationFati Mansour, « L'encaveur, l'espion, le privé et le hacker », Le Temps, vendredi 13 juin 2014, page 3.Alexis Favre, « L'ex-policer qui embarrasse les services secrets », Le Temps, vendredi 13 juin 2014, page 3.. Soupçonnés d'avoir tenté de pirater les ordinateurs de journalistes de la RTS et du Temps avec un logiciel espion pour identifier les sources des fuites concernant les problèmes fiscaux et judiciaires de Dominique Giroud, ils sont placés en détention provisoire à la prison de Champ-DollonFati Mansour, « Les compères dissonants de l'affaire Giroud », Le Temps, samedi 14 juin 2014, page 8..
L'agent secret impliqué serait un ami de longue date de Dominique Giroud, avec qui il partagerait des convictions catholiques traditionalistes. Selon Le Temps, Dominique Giroud aurait contacté l'agent en à la suite des révélations de fraude fiscale dans les médias. Ce dernier aurait ensuite recommandé le détective privé genevois (une bonne connaissance avec qui il échangeait des informations) à Dominique Giroud, qui l'aurait contacté le .
Le détective privé genevois Antonino Mannisi a été élu de l'Union démocratique du centre puis du Mouvement citoyen genevois au conseil municipal d'Onex et se vantait de nombreuses relations. Il est aussi poursuivi pour corruption d'employés à l'Office des poursuites de Genève. Le détective privé, engagé pour identifier les sources des fuites, a lui-même transmis des informations à la RTSFati Mansour, « Le détective privé est la taupe que traquait Dominique Giroud », Le Temps, mercredi 18 juin 2014, page 8.Fati Mansour, « Tentative de piratage : les conspirateurs de l'affaire Giroud », Le Temps, mardi 5 juillet 2016 (page consultée le 5 juillet 2016)..
En se déroule le procès en première instance. On y apprend que les journalistes Marie Parvex et Yves Steiner étaient visés par un malware envoyé par courriel. Une heure avant la réception du courriel, Yves Steiner a reçu un appel téléphonique depuis une cabine de la gare de Genève-Cornavin de la part d'une personne se faisant passer pour un journaliste du Parisien, dont l'identité serait l'expéditeur du courriel contenant le malware. Sensibilisé par le détective privé genevois Antonino Mannisi, qui jouait un double jeu, Yves Steiner n'a pas ouvert le courriel en question, alors que Maris Parvex ne l'a jamais reçu, celui-ci ayant été stoppé par l'anti-virus du journal Le Temps. Dominique Giroud est accusé d'avoir commandité contre rémunération la tentative de soustraction de données (), les deux autres accusé étant les coauteurs de l'infraction. Tous plaident non coupables. L'opération aurait été financée par un versement de avec une prime en cas de réussite, mais Dominique Giroud indique que ce versement servait uniquement à acquérir du matériel informatique sécurisé. Le , Dominique Giroud est condamné à six mois de prison avec sursis, la présidente du Tribunal de police de Genève soulignant que sa faute est importante et sa prise de conscience inexistante.
En , la Cour de justice confirme en appel la condamnation de Dominique Giroud, mais réduit sa peine à zéro jour-amende en raison du concours des peines prononcées en 2014, 2017 et 2020, la cour précisant que ce nouveau verdict « n’est pas une absolution ».
Répercussions diverses Entreprise « Giroud vins » À la suite de l'éclatement de l’affaire, l’entreprise « Giroud vins » a été renommée « Château constellation ». Cette appellation a été jugée non conforme par le Tribunal fédéral qui oppose son véto définitif, étant donné que le bâtiment qui abrite la société n'a rien d'un château au sens de l'ordonnance du Conseil d'État valaisan sur la vigne et le vinVeto définitif à l'étiquette "Château Constellation", Le Nouvelliste, 20 janvier 2016.
À la suite des révélations de coupages illicites de vins par Giroud vins SA, les supermarchés Denner ont cessé d'acheter des vins de Giroud vins et Château constellation« Le distributeur Denner suspend ses contrats avec Giroud Vins », Radio télévision suisse, 13 juillet 2014 (page consultée le 13 juillet 2014)..
Politique valaisanne L'éclatement et les développements de l'affaire ont provoqué de nombreuses réactions, dont la dénonciation d'une « gangrène cantonale : le copinage »Marie Parvex, « Le ras-le-bol des nouveaux Valaisans », Le Temps, vendredi 27 juin 2014, page 3..