Le royaume d'Israël est un royaume du Proche-Orient ancien établi par les Israélites à l'âge du fer. Il existe pendant environ 200 ans, de la fin du (environ 930-720 av. J.-C.). Les historiens le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. Selon la Bible hébraïque, il succède au grand royaume fondé par le roi David. Il est formé de dix des douze tribus d'Israël. Il est aussi appelé .
Il est dirigé par plusieurs dynasties successives. Sa capitale est d'abord Sichem, avant que Baasa n'opte pour Tirça. Plus tard, Omri fonde la ville de Samarie qui est la capitale du royaume jusqu'à sa chute. La Bible donne une vision assez négative du royaume, sa population étant accusée de s'être éloignée de l'enseignement de Moïse en tombant dans l'idolâtrie.
Le royaume d'Israël est conquis vers 720 av. J.-C. par l'Empire assyrien.
Les sources On dispose de trois types de sources pour reconstruire l'histoire du royaume d'Israël : la Bible hébraïque, l'épigraphie et l'archéologie. Dans la Bible, l'histoire du royaume d'Israël est traitée par les textes appartenant à ce qui est généralement qualifié d'« histoire deutéronomiste ». L'histoire deutéronomiste va du livre de Josué aux livres des Rois. Le propos des auteurs de ces textes n'est pas de donner des détails précis sur l'histoire des royaumes d'Israël et de Juda, mais d'exposer la responsabilité des rois dans la chute de ces royaumes, conséquence de l'infidélité à Yahweh. La perspective des livres des Chroniques est différente. Elle est centrée sur le Temple de Jérusalem et ignore largement les rois d'Israël. Lorsque les Chroniques donnent des éléments historiques, ceux-ci diffèrent peu des passages parallèles figurant dans le livre des Rois. Les livres des prophètes fournissent aussi des éléments pour reconstruire l'histoire politique, économique, sociale et religieuse des royaumes israélites. Une des difficultés pour reconstruire l'histoire du royaume d'Israël est d'établir une chronologie pour les règnes des différents rois. Il n'existe pas de datation qui fasse consensus. Le livre des Rois ne donne qu'une présentation schématique de la durée des règnes. Certaines durées peuvent être artificielles, notamment les 40 années de règnes des rois David et Salomon. Des écarts existent aussi entre le texte hébreu massorétique et la version grecque de la Septante. On peut donc trouver des écarts de 2 à 10 selon les différentes reconstitutions proposées. Les données épigraphiques sont peu nombreuses dans l'Israël antique. Le principal corpus de documents concernant le royaume du nord est celui découvert à Samarie. Les ostraca de Samarie sont des textes administratifs datant du , qui traitent de la livraison de vin et d'huile à la capitale Samarie lors des , et d'un roi qui est sans doute . Des découvertes épigraphiques réalisées dans les régions voisines d'Israël ont aussi fourni des informations sur le royaume. Le pharaon Sheshonq mène semble-t-il une campagne en Canaan à la fin du , allant jusqu'au Liban. L'archéologie : Au , le Monolithe de Kuh en Turquie, mentionne la participation d'Achab, roi d'Israël à la bataille de Qarqar (-853). Puis la stèle de Mesha en territoire moabite fournit une autre mention d'un roi israélite, la Maison d'Omri , terme politique standard pour désigner Israël. L'obélisque noir de découvert à Nimroud (Kalhu) montre le roi Jéhu agenouillé, apportant un tribut au roi assyrien. L'archéologie renseigne sur les conditions de vie et sur le niveau de prospérité du royaume. Compte tenu du manque de données épigraphiques, il n'est pas toujours possible de corréler les découvertes archéologiques au texte biblique ().
Cadre
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Le royaume d'Israël est marqué par des écosystèmes variés et une population hétérogène. Son territoire se compose de collines et de vallées disposant de sources, donc propices à l'agriculture. Les hautes terres des monts de Samarie constituent le cœur du royaume. Il s'étend sur les vallées du Jourdain et de Jezréel, une partie de la plaine côtière, la Galilée et, selon les périodes, certaines parties de la Transjordanie. Les monts de Samarie sont peuplés d'Israélites descendants des populations du second millénaire. Les vallées du Jourdain et de Jezréel sont habitées par une population rurale cananéenne dont les traits culturels indiquent une continuité avec les populations du bronze récent. Au nord-ouest, le territoire inclut des éléments phéniciens et au nord-est des éléments araméens.
Histoire Origine À la fin de l'âge du bronze récent, la région du Levant connaît une période de grands bouleversements qui voit l'affaiblissement de la société cananéenne et le retrait de l'Égypte. Après la destruction des grands centres urbains cananéens (Megiddo, Hazor, Beït Shéan), seules les zones de peuplement du secteur rural se maintiennent. Les vallées restent densément peuplées. À partir de la fin du , les centres urbains se rétablissent, à l'exception de Hazor. De nouveaux sites apparaissent. Kinneret prend la place de Hazor comme site majeur dans la haute vallée du Jourdain. Rehov contrôle la vallée de Beth Shéan et l'est de la vallée de Jezreel. Les hautes terres situées entre les vallées de Jezréel et de Beer-Sheva ont été moins affectées par les destructions du bronze récent. Le peuplement y est continu entre l'âge du bronze récent et celui du fer I. À partir du fer I, les régions d'Éphraïm et de Manassé voient leur population augmenter. Ce sont les régions les plus peuplées à l'ouest du Jourdain. Leur population est quatre fois plus importante que dans les monts de Judée situés au sud. Au début du fer II, la population tend à se déplacer vers l'ouest et de grands sites sont abandonnés (Shilo, Aï, Khirbet Raddana). Dans le nord, les hautes terres et les vallées sont bien adaptées à l'élevage et à l'agriculture, plus que dans le sud. Outre les ressources naturelles, la proximité de la côte et de la Phénicie encourage le commerce. Dès l'origine, ces circonstances favorisent le développement du nord, Israël, par rapport à son voisin du sud, Juda.
À la fin du , le pharaon Sheshonq mène une campagne en Canaan. La région au nord de Jérusalem est particulièrement touchée avec une destruction des sites de Gibeon et de Béthel. Une stèle égyptienne érigée à Megiddo et une inscription sur le site de Karnak témoignent de cette intervention militaire. L’inscription de Karnak fournit une liste de toponymes mais les modalités de l’intervention sont mal définies. Ses motivations et ses objectifs ne sont pas clairs. Elle est peut-être motivée par le souci de contrôler les routes du commerce du cuivre dans la Arabah, même si elle a continué jusque dans la vallée de Jezréel. Sheshonq cherche peut-être à établir un centre administratif à Megiddo, mais l’Égypte ne se maintient finalement pas dans la région. Cette campagne pourrait aussi être motivée par l'émergence d'une nouvelle entité pouvant menacer les intérêts égyptiens au Levant. Selon la Bible, Sheshonq est contemporain des rois Roboam et Jéroboam , . Il pille le Temple de Jérusalem la cinquième année du règne de Roboam. Selon l'archéologue Israël Finkelstein, cette intervention de l’Égypte serait plutôt à situer sous le règne de Saül. La Bible se fait en effet l'écho de l'entité israélite dirigée par Saül et son cadre géographique semble correspondre aux régions attaquées par Sheshonq. La Bible place en effet l'action de Saül dans la région de Gibéon et dans le nord de la Canaan (Saül meurt sur le mont Guilboa et son corps est exposé à Beït Shéan).
Les débuts de la monarchie La question de l'apparition d'un État israélite centralisé est l'objet d'un débat entre les archéologues. L’ambiguïté de la stratigraphie de beaucoup de sites archéologiques et les difficultés dans la comparaison des poteries ont occasionné des controverses importantes entre spécialistes. Le début de la période, l'âge du fer II selon la terminologie archéologique, qui se repère notamment avec l'apparition d'une céramique à engobe rouge polie à la main (Red Slip Hand Burnished Ware) est de fait situé selon les auteurs entre 980 et 920 av. J.-C..
Cela a conduit à des chronologies différentes et donc à des reconstructions différentes entre lesquelles il est difficile de trancher. Selon l'approche traditionnelle, des dirigeants charismatiques tels que Saül, David et Salomon ont mis en place le premier État centralisé au Selon d'autres, cette monarchie unifiée n'a aucun fondement. Ainsi, selon Thomas Römer, . Selon l'archéologue israélien Israël Finkelstein, les premiers dirigeants israélites n'étaient à la tête que de chefferies sans administration avancée. Ils ne sont à l'origine d'aucune architecture monumentale, celle-ci n'apparaissant en Israël que plus tard, au Pour Amihai Mazar, il est cependant difficile de distinguer les niveaux archéologiques appartenant au de ceux du . L'interprétation des évolutions du peuplement à cette époque dépend de ce fait des opinions : pour les tenants de l'interprétation traditionnelle (Gal, Faust), s'observe un abandon des villages au profit de sites fortifiés, coïncidant avec l'émergence de la monarchie unifiée ; pour d'autres (Finkelstein, Herzog), l'idée d'une désertion des sites ruraux est erronée, et les sites fortifiés auraient plutôt une fonction administrative que résidentielle.
Outre la période d'apparition d’États pleinement constitués, différents modèles ont été proposés sur les modalités de leurs apparitions. Les royaumes du nord (Israël) et du sud (Juda) ont été décrits en termes de « chefferies » ou d'« États ethniques ». Ils présentent une unité basée sur une identité commune et sont liés à un territoire. Ces entités politiques sont pourtant fragiles. Malgré de possibles réalisations architecturales, le nord manque d'inscriptions, de sceaux ou de poids au qui pourraient témoigner d'un pouvoir politique centralisé. Plusieurs éléments sont avancés pour expliquer la constitution du royaume. L'augmentation de la population dans les hautes terres et le danger représenté par les Philistins ont pu favoriser l'apparition de la monarchie.