Osei Tutu Kwame Asibe Bonsu, né en 1779 et mort le à Kumasi, est le septième Asantehene de l'Empire ashanti. Selon la tradition officielle, son règne débute en 1800, cependant les sources récentes indiquent plus précisément le mois de . Cette incertitude est la conséquence d'un important conflit dynastique et de modifications dans la chronologie et la généalogie officielles par sa mère et Asantehemaa Konadu Yaadom.

Durant son règne, il est connu comme un personnage charismatique et un chef militaire pacificateur. En 1807, il étend l'influence de l'Empire ashanti sur la Côte de l'Or en soumettant la confédération Fanti et établissant des traités diplomatiques et commerciaux avec les Européens. En atteignant l'océan, il obtient son surnom Bonsu (en akan : baleine. Il dirige également la guerre et soumet le Gyaman en 1819. Au travers de plusieurs autres batailles, il réduit les intentions expansionnistes des Britanniques, notamment lors de la bataille d'Insamankou en 1824.

Il poursuit les politiques réformatrices engagées par Osei Kwadwo et édifie lAban (palais de pierre) qui devient un musée royal à l'image du British Museum que lui décrit Thomas Edward Bowdich. Il rééquilibre les pouvoirs au sein des états confédérés et tributaires et restructure l'armée. Il fait face à un conflit dynastique lattant en 1819 dans lequel Adoma Akosua tente d'usurper le trône en le faisant passer pour mort. Après l'avoir déjoué, il met fin à la rotation dynastique du clan Oyoko et désigne Osei Yaw Akoto, son frère, comme successeur.

Biographie Osei Tutu Kwame est le quatrième fils de l'Asantehemaa Konadu Yaadom et du Mamponhene (chef de Mampong) Owusu Ansa Panin, fils d'Osei Kwadwo. Il appartient au ntoro Bosommuru par patrilinéarité et à la maison dynastique d'Osei Tutu Ier. La tradition orale fait notamment référence à cette origine paternelle dans son apea indiquant qu'il offense l'afena sacré des Bosommuru durant son règne et doit ajuster son comportement royal pour satisfaire l'épée.

En tant qu'enfant de Konadu Yaadom, il vit les conflits dynastiques qui l'opposent à Osei Kwame Panyin et les multiples décès qui l'accompagnent. En 1797, son frère aîne, Opoku Kwame, meurt dans des circonstances suspectes et provoque la fuite de sa mère vers Kokofu. En 1804, son frère Opoku Fofie accède au trône et devient Asantehene, cependant il meurt également après environ 60 jours de règne. Osei Kofi, le plus âgé des fils de Konadu Yaadom est pressenti pour succéder, cependant c'est Osei Tutu Kwame qui est élu à sa place. Il est décrit comme charismatique, énergétique et compétent.

Après les règnes houleux d'Opoku Fofie et Osei Kwame Panyin, Osei Bonsu a pour ambition de consolider par la forces l'Empire ashanti et conquérir tous les États Akan afin d'obtenir une unité homogène culturelle et ethnique. De plus, il souhaite s'imposer aux Européens comme propriétaire légitime des terres qu'ils exploitent et sur lesquelles se trouvent leurs forts coloniaux.

Nom De son nom royal complet Osei Tutu Kwame Asibe Bonsu, Osei Tutu Kwame, aussi écrit Osei Tutu Kwamina, obtient le surnom royal Bonsu (baleine en akan) à la suite de ses conquêtes en territoire Fanti. Après sa victoire à Winneba, il aurait nagé dans la mer et gagné ce surnom pour avoir étendu l'Empire par-delà la mer. Après Osei Tutu Ier, Osei Bonsu est le second Asantehene à remplacer son nom par un surnom. Dans la tradition orale, ce nom lui est exclusif et toutes références ultérieures à Bonsu concerne systématiquement Osei Tutu Kwame.

Selon la tradition orale délivrée par lapae (poème) d'Osei Tutu Kwame, après avoir soumis les derniers chefs Fanti sur la plage avec l'afena Mponponsuo, il dirige cette fois son épée vers l'Océan Atlantique. Il demande aux chefs soumis (en akan : quelle est la plus grande bête dans la mer ?), ce à quoi ils répondent (en akan : la baleine, car elle coule les bateaux). Osei Tutu Kwame se serait alors octroyé le surnom d'Osei Bonsu.

L'étude de lapae permet d'envisager une autre signification à ce surnom visant dès lors à dénigrer les Fanti. Bonsu pourrait être la contraction dabonsuo, le nom donné à l'outil servant à récupérer l'or des rivières. Dans cette signification, Osei Bonsu serait celui qui lave les Fanti jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'or. Dans une autre interprétation, le terme bonsu peut être associé à pekye et mpekua, signifiant cette fois une notion de destruction ou de pulvérisation.

Règne

Conflits internes

Répression des rebelles Malgré les différentes victoires d'Opoku Fofie contre les rebelles musulmans, celles-ci persistent au Nord Ouest de l'Empire. Lorsque l'Asantehene décède, de nouvelles révoltes éclatent et Osei Bonsu doit mener une répression armée. Le chef rebelle, Gbuipwura, obtient le soutien des réfugiés musulmans et prend possession de Banda avant de se diriger vers .

L'armée d'Osei Bonsu inflige une lourde défaite aux forces rebelles à Kaka et le chef rebelle est capturé, puis meurt ou est exécuté. En parallèle, le Gyamanhene, Kwadwo Adinkra, attaque une autre portion de l'armée rebelle à Buna et en prend possession, ce qui renforce le sentiment d'indépendance de l'état Gyaman envers l'Empire. Cette action devient, en 1818, l'un des arguments en faveurs de l'invasion ashantie.

Désordre dynastique En vertu du principe de rotation dynastique, l'Asantehemaa Konadu Yaadom doit aider Osei Bonsu à nommer un héritier mâle de la maison d'Opoku Ware Ier. Cependant, à cause des précédents conflits dynastiques, il ne reste plus aucun héritier mâle par voie patrilinéaire au sein de cette maison, la sélection doit donc se faire par voie matrilinéaire. Le seul héritier mâle potentiel de la maison Opoku Ware appartient à la branche déchue d'Akyaama. Il est donc écarté. Par défaut, l'héritier est désigné au sein de la maison d'Osei Tutu. Il s'agit d'Osei Badu, fils de Konadu Yaadom.

Cependant, l'héritier meurt de la varicelle en , et une nouvelle élection a lieu. Osei Yaw Akoto, dernier fils de Konadu Yaadom, est désigné en l'absence d'autres candidats. C'est pour pallier ce manque d'héritier mâle que l'exclusion de la lignée déchue d'Akyaama est levée et que les descendants de la troisième Ashantehemaa sont autorisés à revenir dans le palais royal à Kumasi et rétablis dans leurs droits successoraux. Cet événement permet à Adoma Akosua, alors doyenne des Oyoko, et à sa belle-sœur Amaa Sewaa de revenir dans la scène politique, incluant également le fils d'Amma Sewaa, Kwaku Dua. En 1809, Konadu Yaadom meurt et Adoma Akosua devient la nouvelle Asantehemaa.

Tentative d'usurpation Les relations entre Osei Bonsu et Adoma Akosua n'augurent aucun conflit. Lorsqu'Osei Bonsu entre en campagne contre Gyaman et quitte Kumasi le 9 février 1818, il la nomme régente. L'accession à la régence offre des opportunités à la reine-mère, et elle engage une conspiration contre Osei Bonsu . Les causes exactes de sa conspiration restent imprécises. Certains pensent que c'est avec l'objectif de placer sur le trône l'un de ses fils, Osei Kwai ou Osei Kwadwo, qu'Adoma Akosua conspire afin de tuer l'Asantehene en place.

Les conditions dans lesquelles Osei Bonsu prend connaissance de la conspiration sont particulières. Lors d'un rituel visant à garantir le succès de sa campagne militaire, un prêtre du dieu Taakora indique à Osei Bonsu qu'. Cette funeste prophétie a un impact sur la sévérité de sa réaction face au coup d'état d'Adoma Akosua.

Sa conspiration échoue au retour d'Osei Bonsu en 1819. Le sort d'Adoma Akosua est incertain. La première hypothèse est qu'elle ait été destituée de son titre de reine-mère, bannie des quartiers royaux et assignée à résidence dans un Nkwantanan.Le Nkwantanan, que l'on peut traduire par croisée des chemins, désigne les limites extérieures d'une ville par lesquelles on entre. Bien souvent, il ne s'y trouve qu'une paire de maison ainsi qu'une tour de garde. Ces postes avancés sont à l'écart des communautés, lieux de vie et centres importants. dans un faubourg de Kumasi, où elle décède en . D'autres documents fixent son lieu d'exil dans un village nommé Aboaboboso, où elle est rejointe par son fils Osei Kwadwo. La seconde hypothèse est qu'elle ait été exécutée par étranglement. Cette modalité d'exécution aurait été choisie afin que le sang royal ne soit pas répandu.

Les autres conjurés sont quant à eux mis à mort par l'''atopereDécrite par l'explorateur et naturaliste Bowdich, à la suite de son séjour à la cour de l'Ashantéhéné 1817 et 1818, l'atopere (également appelée danse de la mort) est considérée comme le mode d'exécution le plus cruel et violent par les Ashantis eux-mêmes. L'exécution se déroule sur une journée durant laquelle le supplicié est torturé et humilié en public avant d'être achevé devant l'arbre sacré symbole du pouvoir royal, face au palais impérial., une exécution rituelle également appelée danse de la mort par les explorateurs européens. Quant aux descendants d'Adoma Akosua, ils sont bannis des quartiers royaux et exclus de la succession royale. L'une des conséquences de la conspiration reste la domination sans partage de la maison patrilinéaire Osei Tutu et la fin de la rotation dynastique pendant plus d'un siècle. En effet, le nouvel héritier désigné à la suite de cette conspiration est Osei Yaw, le demi-frère cadet d'Osei Bonsu. Quant à Amma Sewaa, la soeur d'Adoma Akosua, elle accède au trône d'Asantehemaa et son fils, Kwaku Dua, devient politiquement influent après une série de victoires militaires. La tradition orale prétend qu'Osei Bonsu aurait souhaité qu'il lui succède en lieu et place d'Osei Yaw. Ce dernier prendre le trône par la force après le décès d'Osei Bonsu.

Infrastructures

Réseau routier Osei Bonsu fait concevoir un nouveau plan de la ville avec un meilleur réseau routier et une voie principale qui fait le lien entre les nouveaux quartiers de Bantama et Asasfo, dans la périphérie immédiate de Kumasi. Il fait également réaliser une nouvelle route qui relie Kumasi à Breman, donnant sur la route principale de Mampong. L'objectif d'Osei Bonsu est de détruire les villages dans le voisinage de Kumasi afin de relocaliser les populations dans de nouvelles habitations le long de ces nouvelles routes.

En 1816, il débute également la construction de la et grande route du réseau routier Ashanti. Cependant, bien que le chantier avance pour la route, celui de la est interrompu jusqu'en 1820. La reconstruction de la grande route, reliant Kumasi à Bondoukou, débute en 1819 après la défaite du Gyaman. Enfin, en 1820, la s'achève et permet une liaison directe jusqu'à Elmina. Elle permet de relier la côte en une seule journée, ce qui en fait rapidement un axe très convoité.

==== Édification de lAban ==== L'idée d'élever un Aban (en akan : palais de pierre) à Kumasi n'est pas nouvelle puisqu'elle émane d'Osei Kwadwo. En 1817, Osei Bonsu évoque sa volonté de construire un nouveau palais royal avec un toit en laiton et des colonnes d'ivoire veinées d'or et d'argent. Il en fait part à Bowdich, cependant il se détourne progressivement de cette idée pour s'inspirer des forts coloniaux qu'il a assiège en 1807. Si l'extérieur se planifie comme un fort européen, les intérieurs prévoient d'employer les matériaux précédemment cités : le laiton, l'ivoire, l'or et l'argent. Lors de la visite de Joseph Dupuis, il lui déclare : . Son intention est en réalité de déjouer les perceptions européennes pour des raisons politiques afin d'établir un palais prestigieux à la hauteur d l'image qu'il souhaite projeter.