Jeanne de Navarre, née vers 1370 à Pampelune et morte le à Havering-atte-Bower près de Londres, fille du roi de Navarre Charles II et de Jeanne de France, est par mariage duchesse de Bretagne de 1386 à 1399, puis reine d'Angleterre de 1403 à 1413. Elle est régente du duché de Bretagne de 1399 à 1402.

Mariée en 1386 avec dans le but de détacher ce dernier de son alliance avec l'Angleterre, Jeanne joue un rôle déterminant dans son rapprochement avec la France et sa réconciliation avec en 1393. À la mort de son époux en 1399, elle devient régente du duché pendant la minorité de son fils .

Demandée en mariage par le roi d'Angleterre , elle quitte la régence en 1402, au profit de son oncle le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, et part en Angleterre au début de l'année suivante. Son second mariage reste sans postérité, mais elle est proche de son époux, intercédant parfois auprès de lui en faveur de ses sujets. Elle entretient de bonnes relations avec les enfants d' nés de son premier mariage.

Veuve en 1413, elle est accusée de sorcellerie en 1419 par son beau-fils, . Assignée à résidence pendant trois ans, elle est libérée par le roi peu avant sa mort en 1422. Jeanne mène pendant le reste de sa vie une existence discrète sous le règne de Henri VI.

Biographie Origines familiales et enfance Jeanne de Navarre est le septième enfant de Charles II, dit « le Mauvais », roi de Navarre mais aussi comte d'Évreux, et très impliqué dans les affaires du royaume de France, qui connaît alors les premières décennies de la guerre de Cent Ans, étant lui-même prétendant au trône de France en tant que petit-fils de Louis X.

Sa mère est Jeanne de France, fille du roi Jean le Bon, sœur de Charles V, qui règne de 1364 à 1380 et tante de Charles VI, qui règne de 1380 à 1422, mais d'abord sous la tutelle de ses oncles, le duc de Berry et le duc de Bourgogne.

Jeanne naît à Pampelune vers 1370, en l'absence de son père : ce dernier, souvent appelé dans le comté d'Évreux, a nommé son épouse lieutenant-général du royaume de Navarre pour trois ans (-).

L'enfance de Jeanne n'est pas connue jusqu'en 1381, date à laquelle, se trouvant en France, elle est capturée au château de Breteuil (actuelle commmune de Choisel dans les Yvelines) et retenue comme otage, ainsi que ses frères, à la cour du roi à Paris, en gage du bon comportement de leur père. En effet, a intrigué contre pendant toute la durée de son règne. Vaincu et privé de ses fiefs français, il obtient la libération de ses enfants, après quelques mois de captivité dans des conditions honorables.

Projet de mariage avec le roi de Castille (1382-1383) Après la mort de son épouse Éléonore d'Aragon (), le roi envisage d'épouser Jeanne de Navarre. Ce mariage permettrait en effet de renforcer les liens entre le royaume de Castille et le royaume de Navarre, déjà associés depuis 1375 par le mariage de Charles, frère aîné de Jeanne, avec Éléonore, sœur cadette de Jean. Ce dernier, allié du roi de France, essaie aussi de détacher de leurs ennemis, notamment l'Angleterre.

Le projet est cependant abandonné par Jean de Castille lui-même, qui épouse en Béatrice de Portugal.

L'existence de Jeanne pendant les années qui suivent n'est pas connue : vraisemblablement, aucune autre proposition de mariage ne lui est faite.

Mariage avec Jean IV de Bretagne (1386) Finalement, au début de l'année 1386, ses oncles maternels et , régents de France depuis 1380 au nom de leur neveu , envisagent de lui faire épouser le duc .

vignette|gauche|Mariage de , duc de Bretagne et Jeanne de Navarre, tableau du conservé à l'église Saint-Clair de Saillé

En 1386, Jean IV a déjà été marié deux fois, avec Marie d'Angleterre (morte en 1361) puis avec Jeanne Holland (morte en 1384), qui n'ont pas eu d'enfants. Soucieux depuis le second traité de Guérande (1381) de s'assurer de la neutralité du duc de Bretagne en l'empêchant d'épouser une troisième fois une Anglaise, les régents de France lui proposent d'épouser Jeanne de Navarre.

Les négociations entre les cours de France, de Bretagne et de Navarre sont menées par la sœur de Charles II, Jeanne (1339-1403), épouse de , chef de la maison bretonne de Rohan. Un contrat de mariage est conclu le à Pampelune par , qui accorde à sa fille une dot d'un montant de . De son côté, fixe le douaire de sa future épouse, qui inclut les villes de Nantes et de Guérande.

Un mariage par procuration est célébré à la cathédrale de Bayonne le , en l'absence de l'époux. Jeanne de Navarre est ensuite emmenée en Bretagne par mer par le baron Pierre de Lesnerac, dont la flotte accoste au Croisic le .

Le mariage aurait été alors solennisé le dans la chapelle de Saillé, localité proche de Guérande, chapelle antérieure à l'actuelle église de Saillé.

Duchesse de Bretagne (1386-1399) Quelques mois après son mariage, en , le couple ducal reçoit des présents à l'occasion de , notamment des bijoux, des faucons et plusieurs sortes de vin.

Les relations entre Jeanne et son époux semblent étroites, les chroniqueurs bretons n'hésitant pas à souligner que la nouvelle duchesse conquiert rapidement le cœur du duc, et que ce dernier fait preuve d'une tendresse dont la jeune femme n'a pas bénéficié de la part de son père.

Mort de Charles II de Navarre (janvier 1387) Jeanne apprend à cette époque la mort de son père, survenue le . Les chroniqueurs contemporains prétendent que est mort dans d'atroces circonstances : alors qu'il est en état d'épuisement, ses médecins préconisent de l'envelopper dans un drap imbibé d'eau-de-vie afin de le ranimer, mais un valet maladroit y met le feu, provoquant la mort du roi. Il n'est cependant pas impossible que cette description ait été faite dans le but de présenter une punition divine particulièrement effroyable aux crimes supposés de .

On ignore pas ce que Jeanne a pensé de la mort de son père, qui n'attriste guère la cour de Bretagne, .

Relations de Jean IV avec Olivier de Clisson (1366-1392) Une des premières tâches qu'entreprend Jeanne pendant son règne est d'essayer de réconcilier son époux avec .

Les relations entre les deux hommes, longtemps bonnes, notamment à la fin de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), se sont dégradées à partir de 1366, entre autres à cause de remarques faites à par , qui avait dit qu'« il aimerait mieux mourir que de souffrir telle vilenie, comme le sire de Clisson lui faisait ; car [...] il lui avait vu baiser [Jeanne Holland] par derrière une courtine ». Le duc de Bretagne aurait à compter de cette date vu son allié non plus comme son ami, mais comme l'amant de sa deuxième épouse.

En , Olivier de Clisson est invité par le duc à assister à la session du Parlement de Bretagne à Vannes, mais est capturé, emprisonné et menacé d'un assassinat, avant que le duc n'annule cette décision.

La situation s'aggrave particulièrement pendant les années qui suivent, notamment lorsqu'Olivier de Clisson est victime le d'une tentative d'assassinat commise par Pierre de Craon. Olivier de Clisson étant connétable de France (depuis 1380), Charles VI lance une expédition de représailles contre le duché, mais elle avorte, le roi étant frappé de sa première crise de démence alors qu'il traverse une forêt près du MansMais pas la forêt du Mans, qui se trouve à l'est de Paris. ().

Rapprochement avec la France et réconciliation avec Olivier de Clisson Convaincue par son frère de l'inutilité de continuer à s'opposer au roi de France, Jeanne de Navarre entreprend de persuader son époux de renoncer à l'alliance avec .

Elle entre en contact avec son oncle de Berry le pour organiser à Tours une rencontre entre et .

Le , le mariage de Jean, fils aîné de Jean IV, avec Jeanne de France, deuxième fille de Charles VI, est décidé. Il sera célébré quatre ans plus tard, le .

La réconciliation du duc de Bretagne avec prend un peu plus de temps, mais est finalement obtenue par Jeanne de Navarre le , lorsque le connétable prête serment de fidélité à à Nantes.

Malgré ce revirement d'alliance, le couple ducal maintient des relations cordiales avec l'Angleterre. Une visite à la cour de a lieu en , afin que obtienne la restitution du titre de comte de Richmond.

Il est possible que Jeanne de Navarre ait rencontré à cette occasion son futur époux, Henri, alors Duc de Hereford. Une deuxième rencontre a peut-être lieu avant le mois de juin de l'année suivante, lorsque Henri est banni d'Angleterre.

Régente de Bretagne (1399-1402) Politique de Jeanne à la tête du duché Le , meurt et est remplacé sur le trône par son fils Jean, qui n'a pas encore dix ans. Jeanne de Navarre est proclamée régente du duché jusqu'à la majorité de son fils.

Pendant cette période de régence, elle s'efforce de maintenir les accords conclus avec Olivier de Clisson, qui jure fidélité au jeune le . Le , elle organise le couronnement de son fils à Rennes, célébré au cours d'une cérémonie grandiose.

Vers un mariage avec le roi d'Angleterre Henri IV (1401-1403) Peu après cette cérémonie, elle reçoit une demande en mariage d', qui est rentré de son exil sur le continent et a renversé en .

Même si ce mariage permet à Henri d'établir des contacts solides avec la Bretagne afin de conforter sa propre position en Angleterre, alors jugée précaire, et d'entrer en possession de l'important douaire de Jeanne, . Jeanne de Navarre donne rapidement une réponse favorable à , mais lui précise que le mariage ne pourra être célébré avant qu'elle ait organisé le transfert de la régence à une personne de confiance ainsi que la garde de ses enfants.

Le , un mariage par procuration a été célébré à Eltham, en Angleterre.

Le , Jeanne de Navarre et obtient six jours plus tard du pape d'Avignon une dispense pour « consanguinité au troisième degré ».

Le départ de Jeanne pour l'Angleterre est cependant retardé, cette dernière cherchant à obtenir de une dispense lui permettant de vivre en Angleterre, d'obédience romaine dans le contexte du Grand schisme d'Occident. Le pape d'Avignon répond favorablement à la requête de la régente de Bretagne et la dispense lui est remise le .

Jeanne voudrait aussi emmener ses enfants, dont , avec elle en Angleterre, mais ses oncles de Berry et lui indiquent que cette exigence ne peut être satisfaite, car les barons bretons ne veulent pas courir le risque de passer sous l'influence anglaise, ce qui précipiterait une intervention française afin de contrer les ambitions territoriales d'.

Règlement du problème de la régence par Philippe le Hardi (1402) Après avoir en vain tenté de convaincre sa nièce de renoncer à se marier avec , le duc de Bourgogne répond en à l'appel des barons bretons afin de dénouer la situation.

Le , vient à Nantes et gagne l'amitié de la famille ducale par de nombreux présents. Il convainc sa nièce de lui abandonner la régence de Bretagne ainsi que la garde de ses fils, afin de maintenir des relations convenables entre le duché et le royaume de France. Ayant juré de protéger les coutumes bretonnes et d'agir non pas au nom de la couronne de France mais au nom de son petit-neveu , il reçoit formellement la régence du duché de Bretagne le .

Peu après, il emmène le jeune duc à Paris, où ce dernier rend hommage le à pour son fief.

Voyage vers l'Angleterre (janvier-février 1403) Jeanne de Navarre quitte Nantes avec ses deux plus jeunes filles le et embarque le à Camaret à bord d'un navire anglais. Une forte tempête la retient cinq jours en mer avant qu'elle ne puisse débarquer à Falmouth, au lieu de Southampton, destination initialement prévue. Ayant appris son lieu de débarquement, accourt à Falmouth et escorte Jeanne jusqu'à la cathédrale de Winchester, où il l'épouse le .

Reine d'Angleterre (1403-1413) Logée par la suite à la Tour de Londres, Jeanne est couronnée le 26 du même mois à l'abbaye de Westminster, au cours d'une cérémonie particulièrement somptueuse et majestueuse.