Le cap Ferret est un cap français formant un cordon littoral qui se situe à l'extrémité sud de la presqu'île de Lège-Cap-Ferret en Gironde. Il sépare l'océan Atlantique et le bassin d'Arcachon.
Étymologie thumbnail|left|200px|Villages de la presqu'île du cap Ferret. Le cap Ferret n'a que d'histoire géologique : c'est la formation la plus récente de la côte de la Gascogne. Comme dans de nombreux sites des landes de Gascogne, le sol comporte une couche de grès résultant de la cimentation des grains de quartz entre eux par des hydroxydes de fer et de la matière organique : la couche d'alios. L'eau ruisselant dans la nappe est donc très chargée en fer et, lorsqu'elle débouche sur la plage, elle provoque des traînées oxydées aux couleurs de rouille.
C'est ce phénomène qui justifie l'appellation donnée à la pointe de la presqu'île de « Lo Cap Herret », « La tête ferrugineuse » en gascon. Par la suite, des géographes orthographièrent Cap Horet ou Herret, puis Ferret sous l'influence du français, mais en conservant dans la prononciation le son du « h » aspiré gasconSource : ..
Géographie Le cap Ferret est l'extrémité de la presqu'île de Lège-Cap-Ferret qui s'est formée par l'allongement, depuis seulement environ , d'une flèche sableuse, alimentée par la dérive littorale nord-sud due aux courants côtiers, et qui ferme partiellement le bassin d'Arcachon. Celui-ci, à l'est, et l'océan Atlantique, à l'ouest, offrent au cap Ferret une situation géographique et climatique originale entre deux « mers ». On peut ainsi profiter, d'un côté, des paysages du bassin d'Arcachon et, de l'autre, des vagues et de l'immensité de la Côte d'Argent. À la Pointe, où s'effectue la jonction entre le bassin d'Arcachon et l'océan Atlantique, on observe, au milieu des passes du bassin d'Arcachon, le banc-d'Arguin et, au-delà, la dune du Pilat.
thumb|upright=2|Historique de l'évolution de la flèche sableuse du cap Ferret. Le site est soumis à une forte érosion éolienne et marine ; cette dernière marque plus particulièrement la pointe en raison du phénomène cyclique d'ouverture des passes du bassin d'Arcachon à chaque marée descendante.
L'observation de l'évolution de la flèche sableuse au cours des derniers 250 ans montre une progression durant environ 60 ans (1768-1826) puis une stabilité relative durant environ 70 ans (1826-1894). De 1894 à 1964, la flèche s'est allongée de alors que la rive interne s'est érodée et, depuis 1973, on observe un recul constant de la flèche vers le nord du fait de l'érosion qui continue.. Sur le versant atlantique, au début du , le trait de côte recule entre trois et quatre mètres par an..
Le banc dit du « Mimbeau » est une langue de sable couverte en partie de végétation (oyats, tamaris, petits pins…) et qui forme une lagune séparée du bassin juste avant la pointe du cap Ferret. Son nom vient du surnom d’un marin de La-Teste-de-Buch, Jean Dubos, qui y avait installé une cabane et qui disparut en mer en 1831Source : ..
La flèche du Mimbeau s'est formée aux alentours de 1880. Jusqu'en 1950, cette flèche était alimentée par le sable transporté par la houle depuis l'extrémité du cap Ferret. Avec les premières protections contre l'érosion marine construites depuis 1950, l'alimentation en sable du Mimbeau s'est interrompue. Son enracinement s'est déplacé vers le nord jusqu'en 1984 et sa pointe s'est rallongée. Depuis 1996, le Mimbeau ne montre plus d'importantes modifications ; cependant, en 2016, la fosse du Mimbeau, c'est-à-dire le « trou » situé au large de la flèche sableuse, s'approfondirait dangereusement, faisant craindre des effondrements..
La forêt du cap Ferret
Le paysage le plus présent du cap Ferret est celui de la forêt dunaire, qui représente 75 % de la presqu'île.. Cette forêt fut plantée au début du à l'initiative de Nicolas Brémontier pour fixer les dunes et assécher les marécages. De nos jours, cette forêt est gérée par l'Office national des forêts (ONF) et la possession est répartie entre l'État (à 50 %), les propriétaires privés et la commune.
La forêt de Lège, qui comprend environ , est présente sur la totalité de la presqu'île.. Cette forêt accueille de nombreuses espèces végétales et animales grâce à la richesse de ses milieux (étangs, tourbières et ruisseaux), soit 305 espèces végétales et 215 espèces animales..
Ressources pétrolières thumb|Le puits de pétrole de Vermilion Energy au cap Ferret en 2020.
Sur la presqu'île du cap Ferret se trouvent des forages exploitant une nappe de pétrole située à de profondeur appartenant aux ressources du bassin aquitain. Le puits du cap Ferret, ouvert en 1962, exploitait par un forage dévié le gisement de « Lavergne » situé sous la mer, entre la pointe et le banc d'ArguinUn second puits, installé en forêt au « Truc vert », exploite le gisement de « Courbey », situé entre la presqu'île et l'île aux Oiseaux, et découvert en 1996.. Il a été fermé en 1994 par ESSO-Rep, filiale d'Exxon et ancien exploitant, en raison du débit trop faible. Le puits a été déplacé plus au nord à cause de l'érosion.
La société pétrolière Vermilion Energy, qui a racheté les champs pétrolifères d'Esso, a été autorisée à réexploiter le gisement de « Lavergne » jusqu'en 2029 et à forer des puits additionnels... Les hydrocarbures sont acheminés via un oléoduc au bec d'Ambès.
Histoire Les premiers habitants Au , quelques pêcheurs s'installent en divers endroits de la presqu'île, tandis que la pointe n'est occupée que de façon temporaire. Les pêcheurs de La Teste et de Meyran (quartier et port de Gujan-Mestras) y accostent en pinasse pour traquer les poissons à l'entrée du bassin ou sur le rivage côté océan. Ils érigent alors quelques cabanes de fortune sur les plages qu'ils peuvent atteindre facilement par un chenal. Protégés par la pointe du cap Ferret, ils sont à l'abri des vents d'ouest et à proximité des bancs de poissons entrant ou sortant du bassin et de ceux qui circulent en haute mer. En 1857, une douzaine de cabanes sont présentes sur les plages à proximité du phare qui vient d'être édifié, le « quartier des pêcheurs ». Tout au long de cette seconde moitié du , quelques fonctionnaires, douaniers, gardiens de phare et gardes forestiers chargés de l'ensemencement des dunes, rejoignent cette population de pêcheurs venue principalement des ports de la rive sud du bassin. Pour ceux-ci, le territoire de la presqu'île du cap Ferret est désigné comme étant « de l'autre côté d'eau ».
Sous l'impulsion de l'empereur Napoléon III, l'ostréiculture se généralise à partir de 1860, et des concessions sur le domaine public maritime sont octroyées pour construire des cabanes ostréicoles. C'est à cette période charnière que l'ostréiculture et un peu plus tard le tourisme, vont s'imposer dans le paysage économique local.
Du fait de sa difficulté d'accès par voie de terre, la presqu'île du cap Ferret est restée longtemps un lieu accessible uniquement par voie maritime par quelques ostréiculteurs, des pêcheurs en mer et des chasseurs passionnés. Quelques résidents occasionnels s'y installent pourtant peu à peu de manière permanente, constituant plusieurs villages échelonnés le long de la péninsule : la Pointe aux chevaux, L'Herbe, La Vigne, Petit et Grand-Piquey, Les Jacquets, etc. Même si quelques villas sont construites pour des propriétaires fortunés, l'approvisionnement en denrées de première nécessité et la scolarité des enfants posent problème, faute de structures adaptées. L'appartenance administrative de la presqu'île à la « lointaine » commune de La Teste-de-Buch ne facilite pas les choses, avec l'apparition d'un tourisme « sauvage » dont les constructions envahissent le pays de façon plus ou moins désordonnée voire illégale.
Naissance de la station balnéaire du Cap-Ferret
Des premiers essais de boisement ont été réalisés par l'État au cap Ferret dès 1809.. De ce fait, les terrains appartenant à l'État étaient administrés par les Eaux et Forêts et formaient une partie de la forêt domaniale de GaronneCette forêt domaniale porte le nom de la dune « Garonne », évoquant le naufrage en avril 1806 d'une gabarre portant ce nom, sur la côte de la presqu'île à proximité, afin de la distinguer de la forêt domaniale de « La Teste » située de l'autre côté du bassin sur la partie principale de la commune de La Teste-de-Buch ; source : . sur la moitié sud de la presqu'île appartenant à la commune de La Teste.
Une aliénation importante de la forêt domaniale, de Piquey au Boque, avait déjà eu lieu en 1860 au profit de Léon et Frédéric Lesca. Le cap Ferret est constitué de terrains dunaires sablonneux, soumis aux embruns et à une très forte érosion marine sur la pointe et la côte noroît, sur lesquels les semis de pins maritimes venaient mal et, lorsqu’ils arrivaient à s’installer, donnaient des arbres tortueux et sans valeur commerciale.
1908, l'aliénation des « 44 hectares »
De riches concessionnaires de postes de chasse désirèrent s'implanter plus durablement sur le cap, et usèrent de leur influence auprès de l'administration, de telle sorte que dès 1898, on évoquait la possibilité d'aliénationSource : .. Ainsi, l’administration décida de se débarrasser d’un terrain boisé appartenant à l’État d’une superficie de 44 hectares, situé vers la pointe du cap Ferret en bordure du bassin (loi d’aliénation du .) et le mit en vente aux enchères publiques le , ceci pour une mise en valeur orientée vers des activités de « chasse, pêche et station balnéaire ». La vente était accompagnée d’obligations très précises transférées aux acquéreurs : défense des berges, viabilisation selon un plan établi, respect du code forestier, libre passage le long du rivage, mesures d’hygièneSource : .
Ces conditions ne furent pas respectées, notamment en ce concerne la défense des berges, si bien que par exemple, devant le restaurant « Chez Hortense », environ 175 m, équivalant à un hectare et comprenant notamment un débarcadère, est emporté par les courants en 1936. Le restaurant, fondé en 1914 par Hortense Crampé, rouvre en 1938 200 mètres plus loin, à la place du restaurant Roux. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert de cantine à une garnison allemande puis rouvre à la Libération. Les enfants d'Hortense reprennent ensuite l'affaire familiale, non sans continuer d'entretenir la digue pour protéger le restaurant des courants..
L’acquéreur des « 44 hectares » fut la Compagnie foncière des habitants du Cap-Ferret, organisme peu transparent administré par le sénateur girondin Joseph CapusSource : . et l'homme d'affaires bordelais Maurice Larronde (1865-1941).. Le lot fut adjugé pour 0,70 franc le mètre carré soit l’équivalent du prix d’une douzaine d’huîtres de l'époque. De nos jours, la voirie n'est pas bitumée et l'éclairage public n'existe pas ( note Le Monde), tandis que le raccordement au tout à l’égout n’a été réalisé qu’en 2005. Les carences et la liquidation du lotisseur initial, le refus des propriétaires de se constituer en association syndicale autorisée, les constructions sans autorisation ont créé une situation juridique trouble.. Ce quartier original de « Robinsons » fortunés a été porteur de conflits entre ses résidents et l’administration.
Au sud des « 44 ha » s’est installé en 1985, l'homme d'affaires Benoît Bartherotte ., qui, afin de pouvoir exploiter ses « cabanes » construites sur son vaste terrain et jouir d’un panorama unique sur la dune du Pilat, engouffre perpétuellement des tonnes de remblais dans une digue éphémèreArticle sur Benoît Bartherotte : .. Il explique : .
1919, l’échange « Labro »