L’usine sidérurgique de Hayange-Florange, actuellement ArcelorMittal Florange, est un complexe sidérurgique dans la vallée de la Fensch, en Moselle, essentiellement situé sur les communes de Hayange, Serémange, Ébange et Florange. Zone de production sidérurgique très ancienne, l'histoire de l'usine est marquée par la présence historique de la famille de Wendel, la fondation de la Sollac en 1948 et l'arrêt de la production d'acier dans les années 2010.

L'extraction du fer dans la vallée de la Fensch remonte au temps des Celtes. Cette industrie évolue énergiquement à partir de 1715, lorsque Martin Wendel y acquiert une forge à Hayange. Au fil du temps, la famille de Wendel y édifie un grand complexe sidérurgique qui va atteindre son apogée à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mais à la Libération, le commerce mondial et l'évolution des techniques sont tels que la famille doit se résoudre à s'associer en 1948 dans une coopérative, la Sollac, qui construit une usine moderne à Serémange, Ébange et Florange, destinée à la production de tôles. La Sollac s'avère être un remarquable succès industriel qui permet, dans les années 1970, de maintenir l'activité sidérurgique malgré la crise de la sidérurgie qui entraîne la fermeture des usines Wendel dédiées aux produits longs.

En 2012, après une âpre lutte syndicale, ArcelorMittal ferme l'usine à chaud qui transformait le minerai en métal. Depuis 2020, il n'en reste que le laminoir à chaud, les installations aval (laminoirs à froid et lignes de revêtement) ayant été maintenues. La production de rails subsiste également à Hayange, avec le laminoir de Saarstahl Rail.

Les origines de l'activité métallurgique (avant 1715)

La présence de minerai de fer a donné naissance à une activité métallurgique probablement aussi ancienne que les Celtes. Les Gallo-romains prolongent cette tradition en exploitant le minerai qui affleure alors à Florange : une stèle en grès, représentant un forgeron, peut-être Vulcain, trouvée en 1904, confirme la vitalité de l'industrie métallurgique à cette époque.

Les premiers documents relatifs à l'extraction du fer à Florange datent du . En 1240, Philippe de Lorraine-Florange concède le droit à l'abbaye de Villers-Bettnach le droit d'exploiter le minerai en forêt de Florange. Dans les décennies suivantes, divers documents juridiques montrent les enjeux économiques et politiques de l'extraction du fer pendant le Moyen Âge.

Aux , le savoir-faire local est reconnu et les documents abondent, faisant état d'accidents, de transactions, ou de bilans économiques. Par exemple, . La guerre de Trente Ans (1618-1648), qui ravage la Lorraine, est suivie de reconstructions qui mettent en évidence l'évolution capitalistique de cette industrie : il s'agit dorénavant de suivre les engagements financiers de chaque partie, les disputes sur la propriété passant au second plan.

Des documents montrent que le minerai est encore exploité dans des affleurements du « Bois de l’Étoile » jusqu’au milieu du . Des indices permettent de dire que fers à cheval, pinces et clefs ont été fabriqués sur place. Au , le minerai de Florange est lavé au lavoir de Marspich : le minerai lavé contient 27 % d'argile et de sable, 12 % d'eau et 61 % d'oxyde de fer.

L'usine de Hayange (1715 à 1817) Le berceau de l'empire Wendel vignette|upright=1.2|La fonderie, la platinerie, la forge et la fenderie sont clairement identifiées sur la carte de Cassini.|alt=élément de la carte où on peut bien distinguer la forge et le cours de la Fensch

La division de Fourneau est implantée sur un site dont l'activité sidérurgique remonte au , avec le Marquis de Marolles, gouverneur de Thionville, qui possède là un haut fourneau appelé de son nom. . En 1715, Martin Wendel en devient le propriétaire. Il complète ainsi la forge de la Rodolphe et le haut fourneau de la Magdeleine, qu'il vient d'acheter le . Mais le haut fourneau de la Magdeleine disparait entre 1718 et 1754, alors qu'un autre haut fourneau, dit de Bénony, est édifié vers 1756 à côté de celui de la Marolles. Le dispositif industriel prend forme, .

Une avance technique anéantie par la Révolution Ainsi, en 1769, alors qu'ils évoquent chacun la première coulée au coke, Gabriel Jars et Ignace de Wendel citent pour la première fois l'existence de deux hauts fourneaux. Au moment de la Révolution française, l'usine de Hayange est, avec celle de Moyeuvre, une des plus importantes du Royaume :

Consistance : Deux hauts fourneau […] cinq feux de forges […]

La forge d'Hayange est composée de hauts fourneaux, d'affineries, de chaufferies, de platineries, de batteries à boulets et à balles à cartouches, de martinets, de gros marteaux, de fenderies, de bocards, etc.

La forge d'Hayange ne travaille que pour l'artillerie et les arsenaux du roi… C'est dans ces différents ateliers qu'on fond le minerai, qu'on coule, qu'on affine et qu'on prépare les boulets, les bombes, les grenades, et tous les instruments meurtriers propres à l'artillerie, à l'exception des canons et des fusils.

La mine qui fournit à l'aliment des fourneaux est à cent pas de l'établissement même, et s'exploite avec beaucoup de facilité. Pour donner une idée de la capacité des fourneaux d'Hayange, qui brûlent nuit et jour constamment pendant 18 mois, quelquefois 2 ans et 30 mois sans interruption, je dirai qu'on y coule […] par an environ 3 millions de livres pesant, et qu'on y consomme en bois de 18 à 20 mille cordes, y compris le charbon de bois qu'on mêle avec le minerai pour en faciliter la fusion. Cette consommation prodigieuse de bois s'élèverait même à un tiers de plus, si ou ne s'était mis dans l'usage depuis quelques années d'employer de la houille pour chauffer les batteries, les platineries, etc.

La Révolution va profondément désorganiser les forges. Malgré l'énergie de Marguerite d'Hausen, épouse de Charles I de Wendel, décédé en 1784, pour sauver le patrimoine familial, les usines dépérissent. Les de Wendel étant accusés d'émigration, les forges sont mises sous séquestre en 1793 et vendues aux enchères en 1799 pour 16 millions de francs, une somme faramineuse pour l'époque. L'acquéreur, le citoyen Louis Granthil, s'emploie à satisfaire les besoins de l'artillerie révolutionnaire. . C'est ainsi que, lorsque Bonaparte amnistie les émigrés, François I de Wendel revient au pays et, le , rachète pour les forges de Hayange que Granthil, en faillite, venait d'abandonner. Les guerres napoléoniennes, grandes consommatrices de boulets, vont permettre à la famille de retrouver rapidement la prospérité.

Le virage vers l'industrie lourde (1817 à 1881)

thumb|right|Haut fourneau au coke exploité à Hayange en 1849 (W. F. Durfee, The popular science., 1891)

À partir de 1817, François I de Wendel lance de grands travaux de modernisation. Ses affaires sont florissantes, mais il doit lourdement s'endetter car il veut adopter les méthodes anglaises, en particulier le puddlage. Il emprunte plus de pour financer ses travaux et ses essais. En 1822, il sollicite l'autorisation d'établir à Hayange, ainsi qu'à Moyeuvre, 6 fours à réverbère et 2 laminoirs à cannelures pour cingler. La démarche est saluée par ses contemporains et, en 1823, sont mis en route à Hayange 4 fours à réverbère pour le puddlage, 3 autres pour le réchauffage et des laminoirs mus par la force hydraulique.

À la mort de François I de Wendel, le , les forges de Hayange sont un complexe cohérent de 25 bâtiments, avec 2 hauts fourneaux, 5 feux d'affinerie, 4 gros marteaux, 8 martinets, 2 laminoirs (un à Hayange et l'autre à Serémange), une fenderie, une rabatterie de boulets, 4 fours à réverbères, un four à chaux, des ateliers du travail du bois et du fer, etc. Ses 283 ouvriers et 25 employés y ont transformé de minerai en de fer de toutes les qualités.

La configuration semble rester à deux hauts fourneaux régulièrement modernisés jusqu'en fin 1832 - début 1834, où un troisième petit haut fourneau est mis à feu. Cette année-là, la concession minière attribuée aux de Wendel pour l'usine de Hayange atteint . En 1844, l'inventaire de François Verronnais souligne l'importance des usines Hayange, de Suzange et de Serémange. Les meilleures technologies du moment sont adoptées : 3 machines à vapeur y sont installées pour une puissance totale de , un chemin de fer privé de vient d'être construit pour connecter les usines de la vallée au port d'Uckange, le vent préchauffé y est utilisé 1832 et les machines soufflantes remplacent les roues à aubes en 1847.

Un quatrième haut fourneau est mis à feu en 1838, et le HF2 est définitivement arrêté. Le HF1 fait encore une dernière campagne, et les deux hauts fourneaux historiques, hors d'âge, sont remplacés par un unique haut fourneau neuf.

Le krach de 1847, qui arrive après quelques années d'expansion rapide de la sidérurgie mosellane, interrompt momentanément le développement de l'usine. En 1850, les hauts fourneaux 5 et 6 (qui deviendront les A et D à la construction) sont autorisés. En 1857, c'est au tour des hauts fourneaux 7 et 8 (qui deviendront les 1 et 2 à la construction) d'être construits. Le nombre de hauts fourneaux est donc de 8 en 1857 et la puissance totale des machines à vapeur atteint , les autres usines de la vallée disposant de machines délivrant .

+ Productions annuelles t. de fonte t. de fer « à l'anglaise » bois coke181601828600186218641869

Le traité franco-britannique de libre-échange de 1860 va mettre dans de grandes difficultés la sidérurgie française à cause de la concurrence britannique. Charles II de Wendel prend la tête des maîtres de forges français pour protester contre le traité. Mais le gouvernement conclut que ces protestations ne méritent pas d'être prises en compte et que l'expérience . De fait, les traités accélèrent la transition vers la fonte au coke : de 1859 à 1869, en Moselle et en Meurthe, le nombre de hauts fourneaux reste identique (45 appareils), mais ceux marchant au charbon de bois passent de 28 à 5, tandis que ceux au coke passent de 17 à 40. Dans le même intervalle, ces appareils sont radicalement modernisés, la production de fonte passant de .

La guerre de 1870 va profondément perturber la famille de Wendel et la sidérurgie lorraine. Les avoirs des de Wendel, groupés dans Le fils de François de Wendel et depuis 1857, sont partagés et l'usine de Hayange est intégrée dans la société allemande Les petits-fils de François de Wendel et fondée en 1871. L'inventaire dressé lors de l'annexion montre alors une usine de premier ordre : le domaine minier associé à Hayange couvre et y ont été extraites en 1869, avant les désordres de la guerre. L'usine compte 6 hauts fourneaux au coke et 1 au charbon de bois, qui alimentent 23 fours à puddler et 12 trains de laminoirs (4 à la Platinerie, 6 à la Fenderie et 2 à Suzange).

Mais une dure récession frappe la sidérurgie de Moselle annexée. La perte du marché historique français, l'émigration des ouvriers vers la France, la politique de libre-échange du gouvernement allemand et la concurrence des maîtres de forges westphaliens, qui peuvent utiliser le convertisseur Bessemer alors que la minette lorraine condamne les usines à rester au puddlage, mènent à une crise profonde qui va durer jusqu'en 1878. En 1879, l'adoption de mesures protectionnistes rétablit la situation. Les de Wendel se sont réorganisés en s'orientant vers la production de masse. Mais surtout, c'est l'adoption du procédé Thomas qui va marquer un nouveau départ pour les usines lorraines.

La sidérurgie du procédé Thomas (1881 - 1914) L'essor des aciéries + Productions annuelles Thomas (t) Martin (t)1886018880189601908190919101913