Samuel Ireland est un graveur, éditeur et collectionneur britannique du , mort en . Actif à Londres, il publie dans les années 1790 une série de récits de voyages illustrés par ses soins qui rencontrent un certain succès. Néanmoins, son nom est principalement associé à la découverte de prétendus documents inédits de William Shakespeare, en réalité des faux produits par son fils, William Henry Ireland. Bien qu'il soit tourné en dérision après la découverte du pot aux roses, Samuel Ireland affirme contre vents et marées croire en l'authenticité des pièces fabriquées par son fils, et ce, jusqu'à sa mort. Son rôle exact dans cette supercherie, victime ou complice, reste débattu.

Biographie

Un graveur et collectionneur londonien

On ignore la date et le lieu de naissance de Samuel Ireland, qui tient toute sa vie à garder le secret sur ses origines. Il semble être de basse extraction, le neveu d'un simple maçon. Graveur apparemment autodidacte, il reçoit une médaille de la Royal Society of Arts en 1760, puis devient membre honoraire de la Royal Academy en 1768 et participe à son exposition annuelle de 1784 avec un paysage d'Oxford. Il s'établit en 1768 comme marchand de tissus au 19 Prince's Street, dans le quartier londonien de Spitalfields. C'est probablement là que naissent les quatre enfants que lui donne sa gouvernante, Mrs. Freeman : deux filles, Anna-Maria et JaneOn ne sait presque rien de l'aînée, Anna-Maria, sinon qu'elle s'est mariée en décembre 1795, mais la cadette, Jane, s'adonne comme son père à la gravure et au dessin. Elle participe aux expositions annuelles de la Royal Academy en 1792 et 1793 ()., et deux fils, Samuel (mort dans sa petite enfance) et William Henry, né en 1775. Il déménage sur Arundel Street en 1782 avant de s'installer en 1790 au 8 Norfolk Street, sur le Strand.

thumb|left|Le pont de Shillingford, une gravure de Samuel Ireland tirée de (1792).|alt=Gravure en noir et blanc d'un paysage rural

Collectionneur avide, Samuel Ireland accumule des toiles de Rubens et Van Dyck, ainsi que des estampes de William HogarthIl publie un recueil de gravures en deux volumes, (1794-1799). Certaines des illustrations qui y figurent ne sont clairement pas de la main de Hogarth, ce qui suscite quelques accusations de faux (). Ce recueil reste néanmoins en usage jusqu'à la fin du (). et de John Hamilton Mortimer avec lequel il était lié.. Vers la fin des années 1780, il produit d'ailleurs plusieurs eaux-fortes et même des manières noiresVoir par exemple , conservée par le British Museum. d'après des illustrations et autres satires de Hogarth tirées de sa collection, comme . ou .Voir également la liste des estampes d'Ireland sur le site du Metropolitan Museum of Art ou l'ouvrage en 11 volumes : .. Il réunit également des curiosités d'authenticité plus ou moins douteuse, parmi lesquelles des cheveux d'Édouard IV et de Louis XVI, une chemise d'Oliver Cromwell, une bourse ayant appartenu à Anne Boleyn, un couteau utilisé par Joseph Addison, un morceau d'un manteau de Charles ou une jarretière de Jacques II. Il éprouve une fascination toute particulière pour l'œuvre de William Shakespeare, et sa collection comprend également plusieurs éditions rares de ses pièces, dont une du Premier Folio, ainsi qu'une bourse de perles en verre censées avoir été offertes par le dramaturge à sa fille aînée Susanna.

Après un séjour aux Pays-Bas en 1789, Ireland connaît un certain succès l'année suivante avec la publication de . C'est le premier d'une série de récits de voyages illustrés par ses soins avec des gravures à l'aquatinte. : (1792), (1793), (1795), (1797). Durant l'été 1793, la préparation du volume sur l'Avon lui donne l'occasion de se rendre à Stratford, la ville natale de Shakespeare, avec son fils William Henry, alors âgé de dix-huit ans. Ils visitent ensemble les lieux importants de la vie du dramaturge, et le père n'hésite pas à ouvrir sa bourse pour s'offrir un gobelet et d'autres objets prétendument taillés dans le bois d'un mûrier planté par Shakespeare. Ses recherches ne lui permettent cependant pas de découvrir le moindre manuscrit inédit du Barde, à sa grande déception.

L'affaire des faux Shakespeare

thumb|upright|L'une des fausses signatures de Shakespeare réalisées par William Henry Ireland. MS Hyde 60, (4), Houghton Library, université Harvard.|alt=Ancienne signature manuscrite.

En , William Henry Ireland, âgé de dix-neuf ans, présente son premier faux Shakespeare à son père : un acte notarié signé par le dramaturge. L'excitation du collectionneur est à son comble, car on ne connaît à l'époque que trois exemplaires de sa signature, ceux qui figurent sur son . Son fils continue à produire de faux documents liés à Shakespeare dans les mois qui suivent, parmi lesquels un portrait maladroit du dramaturge, inspiré du portrait Droeshout ; une lettre de la reine Élisabeth ; des livres annotés de sa main ; une boucle de cheveux du poète enclose dans une lettre adressée à sa femme Anne Hathaway ; une version alternative de son testament où il lègue ses manuscrits à un « William Henry Ireland » ; des extraits de versions alternatives des pièces Hamlet et Le Roi Lear ; et la promesse de pièces entièrement inédites, Vortigern and Rowena et Henry II.

Samuel Ireland ouvre les portes de sa demeure au public en . Les documents exposés font sensation, et seuls quelques sceptiques émettent des doutes quant à leur authenticité. Le vieux James Boswell est si ému qu'il tombe à genoux devant eux avant de les embrasser. D'autres grands noms de la littérature s'en font les champions, à l'image de Samuel Parr, Herbert Croft ou le poète lauréat Henry James Pye. En décembre, Ireland publie un recueil de fac-similés, , qui attire pas moins de 122 souscripteurs.

Tandis qu'on prépare la première représentation de Vortigern and Rowena au théâtre de Drury Lane, les sceptiques se font de plus en plus bruyants dans la presse, où circulent de nombreuses parodies. Le , Edmond Malone, le plus grand spécialiste de Shakespeare de l'époque, publie , un long argumentaire de plus de quatre cents pages où il démonte minutieusement toutes les incohérences et les anachronismes que contiennent les documents publiés. Deux jours plus tard, la première de Vortigern est un désastre (il n'y aura pas de seconde représentation) et la supercherie est éventée. Considéré comme l'auteur des faux, Ireland est tourné en dérision de tous côtés : le dramaturge le satirise sous les traits de « Sir Bamber Blackletter » dans sa pièce , et le caricaturiste James Gillray le croque avec un exemplaire des faux Shakespeare dans les bras. En dessous de la caricature, des vers acerbes de William MasonOu peut-être de George Steevens (). Ce poème sert de dédicace à une étude des faux Shakespeare de William Henry Ireland : . l'inscrivent dans la lignée des grands faussaires du siècle, William Lauder, James Macpherson et Thomas Chatterton :

William Henry, qui a quitté la demeure familiale, s'efforce de dédouaner son père en affirmant qu'il n'était au courant de rien. Pourtant, même lorsqu'il dévoile toute la vérité dans , Samuel Ireland refuse d'être détrompé, car il est persuadé que son fils n'est pas assez intelligent pour être derrière une mascarade aussi élaborée. Il publie sa défense en , , avant de s'en prendre à Malone avec un second pamphlet l'année suivante, . Mais alors que la controverse est éteinte depuis longtemps, Ireland publie les deux pièces écrites par son fils en 1799, réaffirmant dans sa préface sa croyance qu'elles sont de la main de Shakespeare. Jeffrey Kahan suggère que l'appât du gain a pu le pousser à tenter de relancer la polémique.

Le diabète emporte Samuel Ireland en . Sur son lit de mort, il affirme croire encore en l'authenticité des documents. Pour autant, sa naïveté ne fait pas l'unanimité chez les historiens, qui rappellent qu'il n'a pas hésité à exciser une signature anachronique sur l'un des faux présentés par son fils. Le chercheur Jeffrey Kahan envisage la possibilité que toute la famille Ireland ait participé à la supercherie, non seulement le fils et le père, mais également la mère et leur fille Jane.

Œuvres

1790 : 1792 : 1793 : 1794 : 1793 : 1795 : 1796 : 1797 : 1797 : 1800 :

Notes

Références

Bibliographie . . . .

Liens externes

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