Le xièzhì (獬豸, 獬廌), Schuessler, Axel (2007). An Etymological Dictionary of Old Chinese. Honolulu: University of Hawaii Press, parfois connu sous le nom de shényáng (神羊, « brebie divine »), est une créature mythique d'origine chinoise que l'on peut retrouver dans les différents pays d’Asie de l’Est ; en Corée, il est désigné sous le nom de haetae (해태) ou haechi (해치) et au Japon sous le nom de kaitchi (獬豸; 怪獅) ou shinyō (神羊). Ce monstre unicorne, à mi-chemin entre un félin et un ovin, serait doté d’un sens inné de la justice, dévorant les coupables et épargnants les innocents.
Généralités Le xièzhi est un animal très souvent associé au lion et à la licorne dans les différentes interprétations occidentales. C’est une créature avec une apparence physique plurielle : il a un corps imposant et musclé, évoquant celui du bœuf, dont la surface est tantôt couvertes de poils, tantôt couvertes d’écailles. Il possède des pattes aux ongles saillants, tantôt des griffes, mais parfois des sabots. Une abondante toison, généralement d’une allure laineuse, marque le tour de sa tête, de ses pattes et sa queue, évoquant la figure du lion, dans l’art asiatique. Sa tête, a un museau plus ou moins long selon les sources. Des yeux généralement exorbités, de longues moustaches, évoquant le qilin ou du dragon chinois. Sa bouche peut être garnie de crocs saillants ou non, selon les versions. Mais ce qui caractérise le plus le xièzhì, est la présence d’une corne unique sur le sommet du crâne, variant en taille et étant plus ou moins rabattue par l’arrière de la tête, pouvant avec une petite excroissance supplémentaire évoquant un unique bois de cerf, selon les versions. Le xièzhi, est doté d’une grande intelligence et d’une sagesse, a la capacité à comprendre le langage des hommes, mais surtout, possède la capacité de distinguer le bien du mal fondamental, lui donnant, un sens inné de la justice. C’est pourquoi, les différents hommes de loi, jugeaient de son expertise, le destin de ceux dont il était difficile d’émettre un jugement. Il épargnait les innocents, mais ceux dont il avait découvert le mal ou la tromperie, subiraient une sentence implacable et finissaient empalés au bout de la corne, avant de finir déchiquetés pour mieux être dévorés.
Origine Étymologie vignette|gauche|Illustration d’un xièzhì dans l’encyclopédie Impériale. Le nom le plus utilisé pour désigner la créature xièzhì est constituée des caractères 獬 ; xiè et 豸; zhì ou 廌; zhì. Le premier, 獬 ; xiè, se compose de la clé de l’animal à gauche, ainsi que du caractère 解; xiè signifiant « comprendre ; résoudre ». La première apparition de ce caractère pourrait remonter à la fin de la période des Han, où l’animal était désigné par 解豸 (gɛʔ-ḍɛʔ ; gè-dè) et 解廌 (gɛʔ-ḍɛʔ ; gè-dè). Le caractère 解; xiè, était sans doute mal lu ou mal compris par différents lecteurs de l’époque, notamment dans des documents comme le Zuo Zhuan dans son chapitre « La dix-septièmes année du duc Xuan »Chunqiu Zuo Zhuan, "Xuan 17", "zhuan" quote: (余將老,使郤子逞其志,庶有豸乎?); traduction brute: "Je plaiderai pour la vieillesse [à prendre ma retraite] et je laisserai Maître Xi réaliser son souhait. Peut-être que cela conduira à une solution / une compréhension / une clarté / une décision ?", aurait fini par devenir une pré-syllabe dans le nom de l'animal, créant alors le caractère 獬. La présence du caractère 解 dans ce nouveau caractère pourrait être à l'origine de la croyance que cet animal pouvait distinguer le vrai du faux, le bien du mal, d’autant que les clés du caractère, à savoir la corne et l’épée concordent avec les facultés de l’animal à dissocier le bien et le mal et à exécuter les condamnés de sa corne.
Les caractères 豸 et 廌 ; zhi, sont attestés dès les os oraculaires de la période Shang. À cette période de l’histoire, ces caractères faisaient alors référence à de vrais animaux, de petits cerfs qui étaient chassés par les rois Shang, mais dont l'identité est presque oubliée. La prononciation du caractère 廌 ; zhi, aurait en particulier, une origine austroasiatique, provenant de l’ancien chinois dreʔ, issus d’un ancien nom birman drāy (ဒရယ် ; da.rai) et au stieng (draːi ;) désignant le cerf des marais (Rucervus duvaucelii ) puis du khmer ancien drāy (ទ្រាយ, triəy) dont l'ancêtre proto-mon-khmer a été reconstitué par draaj, désignant les cervidés en général Shorto, Harry Leonard (2006) A Mon-Khmer comparative dictionary. Sidwell, Cooper, & Bauer (eds.). Canberra: Pacific Linguistics. D’autres linguistes pensent que le caractère 廌 ; zhì, était utilisé pour désigner un animal à cornes, ressemblant à une chèvre, comme une espèce d’antilopeSchwartz, Adam (2018). "Shang Sacrificial Animals: Material Documents and Images". In: Sterckx R, Siebert M, Schäfer D, eds. Animals through Chinese History: Earliest Times to 1911. Cambridge University Press; 2018 :20-45.), ou même d’autres animaux, comme le rhinocérosJanhunen, Juha (2011) "Unicorn, Mammoth, Whale" in Linguistics, Archaeology and the Human Past: Occasional Paper 12. Kyoto: Institute for Humanity and Nature, Indus Project Research. p 189 - 222. Une étymologie, semblable à celle du quilin qui, dans certains documents, est également capable de distinguer le bien du mal. D’une manière générale, les caractères 豸 et 廌 sont considérés par les linguistes, comme des variantes l’un de l’autre, tant ils sont confondus et exclusifs à des animaux folkloriques du genre. En effet, le Shuowen Jiezi décrit la clé 豸 comme celle un prédateur embusquéSWJZ, vol. 10, radical 豸, quote: (豸:獸長𦟝行豸豸然,欲有所司殺形。) translation: "(The character) zhi (stands for) wild beasts with elongated backbones that move flexibly, (when they) desire to kill their prey, they patiently wait and stalk (them)" from Valenti, Federico (2018). Biological Classification in Early Chinese Dictionaries and Glossaries: from Fish to Invertebrates and Vice Versa (PDF) (PhD thesis). Università degli studi di Sassari. ., et non pas comme un ongulé à une corne ressemblant à un bœuf.
Histoire vignette|droite|Figure du xiezhì brodé sur un écusson de la robe en python de l'empereur de la dynastie Qing Xu Dingchao. Les premières sources supposées de l’origine du xiezhi pourraient contenir des éléments tout à fait vraisemblables. Selon le Lunheng, rédigé en 80 après J.-C, le xièzhì était en fait un mouton ou une chèvre détenue par un certain Gao Yao, le ministre de la justice de l’empereur légendaire ShunWang Chong, Lunheng (in Chinese), Wang Chong 王充 (nd) [c. 85], "Shihying, chapter 52" 是應篇第五十二, Lunheng 論衡 [Discourses in the Balance] (in Chinese) – via Wikisource, “儒者說云:觟𧣾者、一角之羊也,性知有罪。皋陶治獄,其罪疑者,令羊觸之。有罪則觸,無罪則不觸。斯蓋天生一角聖獸,助獄為驗,故皋陶敬羊,起坐事之。此則神奇瑞應之類也。” cited by Yang (1983), Wang, Tao [in Chinese] (1983) , Jiweiju xiaoxue jinshi luncong 微居小學金石論叢/积微居小学金石论丛, Beijing: Zhonghua shuju, pp. 82–83 cited as source on xiezhi by Wang Tao (in English)Karlgren, Bernhard (1946), "Legends and Cults in Ancient China", Bulletin of the Museum of Far Eastern Antiquities (18): 261, 324, JSTOR 40379201Wang Chong (1962) , "Ch. XXIX: Auguries Verified (Shih-ying)", Lun-hêng:Part II. Miscellaneous Essays of Wang Ch'ung, Forke, Alfred. tr. (2 ed.), New York: Paragon Book Gallery, p. 321.
Dans le cadre d’affaire criminelle, le ministre ordonnait à son animal de charger les accusés, si celui-ci se décidait à attaquer, ils étaient alors déclarés coupable, au cas contraire où il se décidait à ne rien faire, les accusés étaient déclarés innocents.
Dans le même ouvrage, la légende est précédée de la remarque que les bureaux publics sont décorés à l’images de la bête du ministre. En tant que symbole du droit traditionnel chinois, la figure du xièzhì a été promue par les dynasties chinoises. Un artefact, porté par les censeurs couronne, était désigné sous le nom de fǎ guān (法冠 ; « couronne de la justice »), portaient également le nom de l’animalCui Hao(崔浩 d. 450), cited in the annotative work Shiji Suoyin [zh] ("Seeking the Obscure in the Grand Scribe's Records"). Cette couronne a été portée jusqu'au pendant la période Tang, notamment lors des procès en destitution Chen, Xi (2022), A Study of Criminal Proceeding Conventions in Tang Dynasty, Shi, Guang. tr., Springer Nature, pp. 134–135, . Certains récits racontaient que pendant la période des Printemps et Automnes et la période des Royaumes combattants, le roi Wen de Chu aurait obtenu un xièzhì et aurait placé la fameuse couronne de la justice sur sa tête, faisant da la fǎ guān, une mode dans l'État de Chu au cours de cette période.
Les responsables de l'application de la loi de la dynastie Qin portaient également de telles couronnes, tout comme la dynastie Han, qui a hérité du système Qin. À l'époque des Han orientaux, la figure de l’animal est devenue un incontournable dans le Xie Men.
Le xiezhi réapparaît dans la littérature chinoise dès la dynastie Han. Dans la "Rhapsodie sur le parc impérial" (上林賦), Sima Xiangru mentionne le xiezhi comme l'un des gibiers lors de la chasse de fin d'année organisée par le Fils du Ciel"Account of Sima Xiangru", in Sima Qian, Shiji (91 BCE). quote: "於是乎背秋涉冬,天子校獵。…… 弄解豸""Account of Sima Xiangru A", in Book of Han (111 CE), quote: "於是乎背秋涉冬,天子校獵。…… 弄解廌"Sima Xiangru, "Fu on the Imperial Park" (translated by David Knechtges) (2008). in How to Read Chinese Poetry: A Guided Anthology edited by Cai, Zong-Qi. quoted: "And then, as the year turns its back on autumn and edges into winter, the Son of Heaven stages the barricade hunt. [...] Paw the sagacious stag. p. 67-68".
Dans son traité Yiwu Zhi, le lettré Yáng Fú (杨孚) décrit lé créature comme suit : "Une bête vertueuse, qui charge la partie injuste lorsqu'elle assiste à une bagarre, et mord la partie injuste lorsqu'elle entend une dispute". Il est décrit dans le Shuowen Jiezi comme étant "une bête ressemblant à celle que l’on trouve dans du bétail avec une corne ; dans les temps anciens. Il a réglé les différends en encornant la partie en faute"SWJZ, "Radical 𢊁" quote: "𢊁:解𢊁,獸也,似山牛,一角。古者決訟,令觸不直。".
Le xièzhì dans les différentes aires culturelles Au Viêt Nam Au Viêt Nam, la figure du xièzhi, reste relativement conforme aux hypothèses des linguistes, concernant l’origine du nom de l’animal. Dans la mythologie vietnamienne, le xièzhi, alors désigné sous le nom de giải trãi, était décrit comme un cerf à une corne, dont les facultés et l’utilisation étaient tout à fait comparables à celles du xièzhi chinois. Dans la littérature vietnamienne, apparaît dans le "Nam ngữ chính tả tự vị", où l’animal est doté d'une nature juste et capable de repousser les forces maléfiques. Par la suite, à l'époque des dynasties Trần et Nguyễn au Vietnam, la créature a été utilisée en tant que figure emblêmatique de la justice, de la même manière qu’en chine, par le bureau des historiographes, désignés sous le nom de ngự sử. Un conseil chargé de noter, archiver et répertorier l’ensemble des événements importants et les affaires judiciaires. Sous le règne du roi Lê Dụ Tông, un décret a exigé que les fonctionnaires impliqués dans l'application de la loi portent des vêtements brodés avec l'image du giải trãi. Les chapeaux portés par ces fonctionnaires étaient également appelés mũ Giải Trãi.
Bien que l’animal était décrit comme un « cerf à une corne », une statue d'or datant de la dynastie Nguyễn, représentant le giải trãi, a été retrouvée et fut mise aux enchères à Paris en 2010. Cette statue présentait un animal ressemblant à une chèvre ou à un cerf, avec des pattes griffues, une queue semblable à celle d'un bœuf et une crinière sur le dosNhững thần thú trong tâm thức Việt - Kỳ 6: Giải trãi - linh thú được tôn sùng là thần công lý. Ce qui en fait une créature hybride, comparable aux figures présentes en Chine, mais avec une forme ovine bien plus marquée que dans les autres régions où la créature s’est implantée.
Au Japon