La troisième bataille de Kidal de la guerre du Mali a lieu le . Elle débute quatre jours après la deuxième bataille de Kidal, par une offensive de l'armée malienne visant à reprendre le contrôle de la ville aux rebelles du MNLA, du HCUA et du MAA, mais la tentative se solde par un échec complet.

Contexte

Le , la visite du Premier ministre malien Moussa Mara à Kidal provoque des affrontements entre l'armée malienne et les rebelles du MNLA, du HCUA et du MAA. Les rebelles s'emparent du gouvernorat après des combats qui font plusieurs dizaines de morts. La MINUSMA et les Français de l'opération Serval interviennent et parviennent à obtenir un accord de cessez-le-feu entre l'armée malienne et les rebelles. Le , les groupes armés appellent à l'apaisement et à , mais le 18 à Gao, le Premier ministre Moussa Mara déclare que .

Les jours suivants, l'armée malienne envoie des renforts à Kidal. Le , inquiètes, les diplomaties étrangères et notamment Hélène Le Gal, conseillère du président français, Djibrill Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères et les représentants des Nations unies, appellent le président Ibrahim Boubacar Keïta à ne pas rompre les pourparlers avec les groupes rebelles. Le chef de l'État malien promet de ne pas lancer d'offensive militaire pour reprendre la ville.

Forces en présence Les forces gouvernementales maliennes Au début du mois de mai, la garnison malienne à Kidal est forte de . Mais après les affrontements du 17, celle-ci reçoit ensuite plus de en renfort venus de Gao et Anéfif. Dès le 17, le GTIA « Balazan » basé à Anéfif fait mouvement sur Kidal. Commandée par le lieutenant-colonel Sérémé, cette unité est forte de formés par l'EUTM Mali, elle dispose de pick-up mais ne possède aucun blindé, elle arrive à Kidal le lendemain. Les 18 et 19, deux groupes de 300 bérets rouges du des commandos parachutistes quittent également la caserne de Djicoroni, à Bamako, pour se rendre au nord. Des bérêts verts de Kati prennent également la route de Kidal.

Finalement le , les forces maliennes présentes à Kidal sont composées de à hommes issus des GTIA « Balazan », « Sigi » et « Elou », du des commandos parachutistes et de la force « Delta », constituée d'hommes de l'ancienne milice de Touaregs imghads du général Gamou.

Elles sont commandées par le général de brigade Didier Dacko, chef d’état-major général adjoint des armées, le général de brigade El Hadj Ag Gamou, chef de l’unité « Delta », et le colonel-major Abdoulaye Coulibaly, chef d'état-major adjoint de l'armée de terre.

Les forces rebelles Les effectifs des groupes armés ne sont pas connus avec précision, en novembre 2013 Moussa Ag Acharatoumane, membre du bureau politique, indiquait que le MNLA avait combattants aux alentours de Kidal. De son côté, l'armée malienne n'aurait estimé qu'à quelques centaines d'hommes les forces des groupes rebelles. Le , le journal malien L'Indépendant affirme que selon des sources proches des forces internationales présentes à Kidal, plus de rebelles ont pris part aux affrontements du 21, alors que l'armée malienne n'estimait leur nombre qu'à 600 ou 700. Pour Rémi Carayol, envoyé spécial de Jeune Afrique, les Maliens s'attendaient à ne trouver que 400 à 500 opposants mais leurs forces se sont avérées plus importantes.

Jean-Dominique Merchet, journaliste de L'Opinion, estime le nombre des combattants du MNLA entre et . Selon Rémi Carayol, les rebelles ont engagé plus d'un millier d'hommes dans la bataille du , dont environ 600 pour le MNLA et un nombre égal du côté du HCUA.

Parmi les chefs rebelles figurent : Mohamed Ag Najem, chef de la branche armée du MNLA ; Cheikh Ag Aoussa, qui commande les forces du HCUA, Brahim Ould Handa, commandant pour le MAA, Assalat Ag Habi et Haroun Ag Dawoud.

Pour Rémi Carayol, les rebelles ont l'avantage de connaître parfaitement toutes les ruelles de la ville et bénéficient également du soutien de la majorité de la population.

D'après le ministère malien de la Défense, la katiba d'AQMI d'Abdelkrim al-Targui prend part aux affrontements. Mais les rebelles affirment de leur côté que les seuls groupes armés impliqués sont le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA).

Les forces d'interposition Du côté des forces d'interposition, les unités de casques bleus de la MINUSMA, principalement constituées de troupes guinéennes, sénégalaises, tchadiennes, cambodgiennes et rwandaises, disposent de à Kidal le jour de la bataille. Après avoir reçu des renforts la veille de la reprise des combats, l'armée française dispose d'un peu moins d'une centaine d'hommes sur place. Toutes ces forces sont basées au Camp 2, elles ne prennent pas parti lors des combats.

Ni les Français de l'opération Serval, ni les casques bleus de la MINUSMA ne sont informés de l'offensive par l'armée malienne.

Déroulement Avant le début de la bataille, l'armée malienne occupe le Camp 1, au sud-ouest de la ville. Les rebelles tiennent de leur côté le gouvernorat et la plus grande partie de la ville. Le MNLA est surtout en force au nord-est.

Les combats commencent le matin du , à 10h10. L'armée malienne lance son offensive à l'ouest, au sud et au nord de la ville avec des fantassins soutenus par des blindés. À chaque avancée, les soldats maliens demandent aux civils d'évacuer la zone des combats. Quelques minutes après leur entrée dans la ville, les combats s'engagent. Depuis le Camp 1, les militaires tirent des obus sur la zone de cantonnement du MNLA.

Le gouvernement malien déclare dans un communiqué : Le Ministère de la Défense déclare :.

De son côté le MNLA publie trois communiqués dans lesquels il accuse l'armée malienne d'avoir violé le cessez-le-feu en bombardant ses positions par des tirs de mortiers. Le MNLA affirme avoir subi les tirs pendant une quinzaine de minutes avant de décider de répliquer.

Les bérets rouges du des commandos parachutistes sont engagés en première ligne alors que les bérets verts sont placés en soutien. Les Maliens ont d'abord l'avantage, ils progressent à l'intérieur de la ville et vers 11 heures, ils parviennent à reprendre le contrôle du gouvernorat. Les premiers rapports évoquent le succès de l'opération, cependant la situation va ensuite basculer. Le porte-parole du gouvernement, Mahamane Baby, évoquera du côté des forces gouvernementales.

Vers , les rebelles lancent une contre-attaque et se divisent en trois groupes, le premier affronte les bérets rouges à l'intérieur de la ville, le deuxième se porte en direction du Camp 1 qui sert de base à l'armée malienne tandis que le dernier groupe contourne les lignes et assaille les bérets verts qui étaient en soutien. Ces derniers, surpris par cette attaque soudaine, sont les premiers à fuir en pensant à tort que les forces d'avant-garde ont été détruites. Le Camp 1 qui sert de quartier-général à l'armée malienne se retrouve alors directement menacé et sans défense suffisante. Le général Dacko, le colonel-major Coulibaly et une quarantaine d'officiers abandonnent alors la zone et foncent trouver refuge au Camp 2, tenu par la MINUSMA, à du Camp 1. Quant aux bérets rouges, ils sont les derniers à céder, mais isolés à l'intérieur de la ville, ils subissent les plus lourdes pertes.

Vers , la bataille semble gagnée par les rebelles. Dans l'après-midi, dans un communiqué publié à , le MNLA déclare que les « forces de l'Azawad » ont pris le contrôle total de la ville et notamment du Camp 1. Selon RFI, le soir du , la ville est aux mains des rebelles. D'après une source de l'ONU reprise par l'AFP et RFI, les rebelles ont et le drapeau du MNLA flotte au Camp 1. Selon des témoins, le principal marché de la ville est détruit lors de la bataille.

Si un groupe d'une centaine de militaires maliens avec 27 véhicules trouve refuge au Camp 2, tenu par la MINUSMA, le gros de l'armée malienne se replie vers le sud, avec notamment le général El Hadj Ag Gamou, ancien commandant militaire de Kidal qui connaît bien le terrain. Ils sont cependant poursuivis par les rebelles et le colonel Fayçal Ag Kiba, bras droit du général Gamou, est tué au cours de la retraite. À Anéfif, les Maliens font jonction avec une autre troupe qui arrivait en renfort, puis ils se replient ensemble sur Gao.

Le soir du , le gouvernement malien reconnaît la défaite de son armée et le président malien Ibrahim Boubacar Keïta demande « un cessez-le-feu immédiat ».

Les pertes Après la bataille, plusieurs blessés des deux camps sont pris en charge par l'hôpital de Kidal. Certains militaires maliens sont soignés par les médecins de l'armée française.

Le soir du 21, Moussa Ag Assarid, un responsable du MNLA, affirme que la coalition des groupes armés a enregistré quatre morts et huit blessés. Le , Mossa Ag Attaher, porte-parole du MNLA, affirme que les pertes de l'armée malienne sont d'environ 40 morts, 50 blessés et 70 prisonniers, tandis que les pertes du MNLA ne sont selon lui que de deux morts et d'une dizaine de blessés. Il déclare également que les Maliens ont abandonné 50 pick-up et que 12 blindés ont été capturés. Le même jour, interrogé par Jeune Afrique, Bilal Ag Acherif, secrétaire-général du MNLA, estime également les pertes maliennes à une quarantaine d'hommes au moins contre deux tués pour le MNLA, mais il ne parle que de 14 prisonniers, indiquant toutefois que les captifs blessés ont été remis à la MINUSMA.

Le soir du 22, le ministre malien de la Défense déclare que les pertes des forces maliennes sont d'environ 20 tués et 30 blessés.

De son côté, la MINUSMA parle le d'au moins 30 blessés, dont 6 gravement, tant chez les groupes du nord que chez les militaires. Interrogés par RFI, un habitant de Kidal et un membres du MNLA affirment avoir vu respectivement six cadavres de soldats maliens et 12 soldats faits prisonniers.

Selon le ministre malien de la Défense Soumeylou Boubèye Maïga, 97 soldats maliens, dont 22 blessés, ont trouvé refuge au Camp 2, tenu par les forces de l'ONU. Dans un communiqué, la MINUSMA affirme avoir rapatrié 80 militaires, dont 38 blessés, sur Bamako le . Ces derniers sont d'abord rapatriés par hélicoptères sur Gao, de là ils embarquent sur un C-130 danois qui atterrit dans la capitale malienne dans la soirée. Au cours de l'évacuation, les blessés sont pris en charge par des équipes médicales des contingents togolais et néerlandais.

Le , à Ouagadougou, des représentants du MNLA, HCUA et MAA indiquent que le décompte des victimes maliennes se poursuit mais que pour l'heure les pertes des forces maliennes dans les affrontements du sont d'environ 50 tués, 50 blessés remis au CICR et près de 100 prisonniers. Les pertes en équipement sont de 4 « chars » BRDM, 10 camions de transport, 2 citernes, 50 véhicules 4x4 et plusieurs tonnes de minutions. Le , le HCUA affirme avoir fait 33 prisonniers.

Le , Soumeylou Boubèye Maïga, le ministre malien de la défense, reconnaît que les pertes des forces maliennes sont d'une cinquantaine de morts et de 48 blessés. Il ajoute : .

Le 26, les soldats maliens capturés par les rebelles reçoivent la visite de membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Selon les humanitaires, les groupes armés détiennent au moins 50 prisonniers, dont 32 par le HCUA et 18 par le MNLA.

Le , selon le journal malien Le Républicain, d'autres corps de militaires auraient été découverts dans le désert plusieurs jours après les combats et le bilan de la bataille du serait, , de 58 morts, 50 blessés, 73 disparus et 40 prisonniers. Le , le journal malien L'Indépendant affirme que selon des sources proches des forces internationales présentes à Kidal, 120 rebelles ont été tués et beaucoup d'autres blessés lors des combats du 21.