Pierre-Simon de Laplace ou Pierre-Simon Laplace« Théorie analytique des probabilités, par M. le Comte Laplace », Gallica.« Pierre-Simon Laplace, Essai philosophique sur les probabilités »., comte Laplace, puis de Laplace, né le à Beaumont-en-Auge et mort le à Paris, est un mathématicien, astronome, physicien et homme politique français.

Laplace a apporté des contributions fondamentales dans différents champs des mathématiques, de l'astronomie et de la théorie des probabilités. Il a été l'un des scientifiques les plus influents de son temps, notamment par son affirmation du déterminisme. Il a contribué de façon décisive à l'émergence de l'astronomie mathématique, reprenant et étendant le travail de ses prédécesseurs dans son Traité de Mécanique célestePierre-Simon Laplace, Traité de mécanique céleste, Éditions Jacques Gabay, 1990. Réédition de l'ouvrage classique du début du , en . Niveau second cycle universitaire. Disponible en fac-similé sur Gallica. (1799-1825). Cet ouvrage majeur, en cinq volumes, a transformé l'approche géométrique de la mécanique développée par Newton en une approche fondée sur l'analyse mathématique.

En 1799, il est nommé ministre de l'Intérieur sous le Consulat. , son ancien élève en 1785 à l'âge de pour un examen, le fait ensuite membre du Sénat conservateur et lui confère, une fois empereur, le titre de comte d'Empire en 1808.

Rallié à la Restauration des Bourbons, il est fait en pair de France, en pair de France héréditaire, et en 1817 marquis-pair héréditaire par le Roi Louis XVIII ..

Biographie Études en Normandie gauche|vignette|Statue de Laplace à Beaumont-en-Auge. Fils de Pierre Laplace, commerçant en cidre assez prospère, et de Marie-Anne Sochon, fille de cultivateurs, Pierre-Simon Laplace grandit auprès d'une sœur de quatre ans son aînée au sein d'une famille normande avec laquelle il ne gardera pas de relation durant toute sa vie adulte, en dehors d'une rare correspondance avec son père. Ce dernier devient hôtelier et maire inamovible de Beaumont. À ce titre, il est responsable du prélèvement des impôts locaux et notamment de la dîme perçue au profit du duc d'Orléans, le grand seigneur de la région. À l'époque, à la campagne, les hommes reçoivent une éducation minimale. Pierre-Simon, lui, a la chance de pouvoir compter sur son oncle Louis, plus connu sous le nom d'abbé Laplace, un diacre ordonné prêtre qui a tout le temps d'instruire son neveu, de lui enseigner la lecture ainsi que les rudiments de l'arithmétique.

Il y a dans la région un centre d'éducation, le collège de BeaumontInstitution tenue par les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur et protégée par le duc d'Orléans. où, par l'entremise de son oncle abbé et aussi parce qu'il est le fils du maire, le jeune garçon est admis dès l'âge de sept ans. Il y étudie jusqu'en 1765, année où il entre au collège des Arts, l'un des trois collèges de l'Université de Caen. Après une année de rhétorique, il débute les études de philosophie à l'automne 1766, avec comme professeur Jean Adam (1762-1795)Bien qu'il fût d'abord professeur de théologie et de rhétorique, ses cours de physique étaient, paraît-il, éblouissants, bien que très espacés et peu fréquentés. au collège du Bois, un autre collège de l'Université de Caen. Il étudie également avec Christophe Gadbled, partisan convaincu du modernisme et de la nouvelle science mathématique, titulaire royal du poste rémunérateur d'hydrographe à Caen, mais qui avait maintenu ses classes de mathématiques au collège des Arts, en échange de son hébergement par l'université. Il a aussi comme professeur et examinateur Pierre Le Canu, assistant principal de Gadbled, moderniste convaincu et enseignant de philosophie au collège du Mont à partir de 1769. De 1767 à 1769, il est également répétiteur auprès du collège de Beaumont. Il passe les examens pour la maîtrise ès arts le .

L'ascension Des académies aux portefeuilles ministériels En 1769, il part à Paris rencontrer l'un des plus influents mathématiciens de l'époque, d'Alembert, son arrivée étant annoncée par une lettre de recommandation de Le Canu. D'abord réticent, d'Alembert est rapidement convaincu des facultés de Laplace par un essai de quatre pages sur l'inertie. D'Alembert lui obtient un poste de professeur de mathématiques à l'École royale militaire. Il reçoit des émoluments de annuelles et réside à même l'École militaire en pension complète. Ainsi, sa situation économique est réglée et ses obligations d'enseignement, légères. Il a le loisir de passer des heures dans sa chambre ou à la bibliothèque, l'une des mieux pourvues de France, avec toutes les nouveautés concevables en mathématiques et en physique. Il dispose des actes des principales sociétés scientifiques, celles de Paris, Londres, Berlin, Saint-Pétersbourg, Turin et Göttingen. Lagrange et Euler sont les vrais maîtres de Laplace dans cette bibliothèque qui lui tient lieu de paradis.

Laplace envoie sa première contribution à l'Académie royale des sciences le . Il arrive aux mêmes conclusions que Lagrange, mais avec une autre méthode , selon le comité d'évaluation. Elle sera suivie de douze autres avant son élection comme membre adjoint le (en remplacement de Desmarest).

vignette|Portrait de Pierre-Simon Laplace par Johann Ernst Heinsius (1784) En 1775, il obtient une bourse annuelle de de l'Académie et en 1776, alors que l'École royale militaire est supprimée et transformée en École de cadets-gentilshommes, il obtient une pension de . Élu membre associé de l'Académie le , il est deuxième, derrière l'abbé Rochon, lors de l'élection à la place de pensionnaire vacante à la suite de la mort d'Étienne Bézout, mais obtient sa place d'examinateur des aspirants et élèves de l'artillerie ( par an)C'est ainsi qu'il fit passer en septembre 1785 à l'École militaire supérieure de Paris l'examen de sortie du cadet Napoléon Bonaparte, alors âgé de . ainsi que la nouvelle place d'examinateur des élèves ingénieurs-constructeurs de la Marine ( par an). Il est enfin élu pensionnaire de la classe de mécanique de l'Académie ( par an) le . C'est lui qui examinera Napoléon Bonaparte à l'automne 1785 alors candidat à l'artillerie.

Durant dix-sept ans, de 1771 à 1787, il produit une grande partie de sa contribution à l'astronomie. Son travail débute par un mémoire lu devant l'Académie française en 1773, dans lequel il montre que les mouvements planétaires sont restés voisins de ceux prévus par la théorie de Newton pour de longs intervalles de temps et il vérifie la relation jusqu'aux cubes de l'excentricité et de l'inclinaison des orbites. Plusieurs articles suivent sur certains points du calcul intégral, des différences finies, des équations différentielles et d'astronomie. Cependant certaines découvertes importantes proposées dans ces articles, comme les correspondances des harmoniques sphériques dans l'espace bidimensionnel, ont déjà été publiées par Adrien-Marie Legendre dans un article envoyé à l'Académie en 1783.

En 1788, il épouse Marie Anne Charlotte Courty de Romange : elle est la fille de Jean-Baptiste Courty , audiencier en la chancellerie du parlement de Besançon, et de Marie Hélène Angélique MolleratJean François Solnon, 215 bourgeois gentilshommes au XVIIIe siècle: les secrétaires du roi à Besançon, Paris, Les Belles-Lettres, 1980, p. 315., et issue d'une famille de maîtres de forgesSerge Sochon, Pierre-Simon de Laplace: un savant issu des lumières, Paris, Christian, p. 57..

En 1795, il devient membre de la chaire de mathématiques du nouvel Institut des sciences et des arts, dont il est président en 1812. En 1816, il est élu à l'Académie française. En , il préside une commission afin d'« examiner le projet d'une nouvelle carte topographique de la France, appropriée à tous les services publics et combinée avec l'opération du cadastre général »Histoire de la convergence cadastrale en France http://professionnels.ign.fr/rpcu#tab-2. En 1821, il devient lors de sa fondation le premier président de la Société de géographie. En outre, il devient membre de toutes les principales Académies scientifiques d'Europe.

Par son intense activité académique, il exerce une grande influence sur les scientifiques de son temps, en particulier sur Adolphe Quetelet et Siméon Denis Poisson. Il est comparé à un Newton français pour son aptitude naturelle et extraordinaire pour les mathématiques. Il semble que Laplace n'ait pas fait preuve de modestie, puisque Anders Johan Lexell, en visite à l'Académie des sciences à Paris en 1780-1781, rapporte que Laplace laisse vraiment transparaître le fait qu'il se considère le meilleur mathématicien de son temps en France.Lexel écrit simplement de Laplace : C'est à propos de Monge et de non de Laplace qu'il écrit : . Voir le texte de Lexell édité et commenté dans Birembaut Arthur. L'Académie royale des Sciences en 1780 vue par l'astronome suédois Lexell (1740-1784) Revue d'histoire des sciences et de leurs applications 10 (2), 1957. pp. 148-166, p. 157..

Les différents comités et commissions qui intéressent la Convention sont détachés de l'Académie des sciences et deviennent indépendants, sous le contrôle direct du Comité d'instruction publique. Parmi ces nouvelles instances, on trouve le Comité du Nouveau Calendrier et la Commission des Poids et Mesures. Ce dernier comité rassemble de nombreux académiciens, dont Borda, l'un de ses instigateurs, mais aussi Delambre, Condorcet, Lagrange, Monge. Laplace n'y siégeait pas au début, tandis que Condorcet et Monge n'y siègent plus à la fin, le premier parce qu'il meurt en prison sous la Terreur, le second parce qu'il se consacre entièrement aux études balistiques. Laplace, lui, joue un rôle décisif dans ce comité chargé de définir la nouvelle mesure : le mètre.

De 1793 à 1795 Arrêté du Comité de Salut public réintégrant Laplace dans ses fonctions d'examinateur de l'Artillerie. Arrêté du Directoire confirmant Laplace comme examinateur pour les élèves se destinant à l'Artillerie., il est remplacé par Sylvestre-François Lacroix comme examinateur de l'artillerie. Il est adjointNommé le . de Lagrange à l'École normale de l'an III et y fait dix leçons du au . Il est, de 1796 à 1798, examinateur permanent de mathématiques à l'École polytechnique pour le recrutement des officiers de l'artillerie, des ingénieurs-constructeurs des vaisseaux, et des ingénieurs géographes (Bossut étant chargé du recrutement des officiers du génie militaire, des ingénieurs des ponts et chaussées et des ingénieurs des mines). Bien que très influent à l'École polytechnique, Laplace n'y enseigna jamais..

Après la suppression de l'Académie royale des sciences, il est nommé membre résident de la section de mathématiques dans la de l'Institut national le puis, en 1803, dans la section de géométrie.

Le dernier grand apport de la Révolution est le Bureau des longitudes, institué le . On y retrouve les membres survivants de la Commission des Poids et Mesures. Un député de la Convention, Joseph Lakanal, demande à Laplace ce que doit faire la Convention en matière d'astronomie . Lakanal introduit mot pour mot dans son projet de loi les idées du savant : en l'absence d'Académie, le Bureau se charge de faire renaître la science de l'astronomie. Malgré le partage des pouvoirs toujours en vigueur, c'est Laplace qui est chargé de fonder et de faire fonctionner le Bureau : un salaire annuel de 8 000 francs et un emploi à long terme lui garantissent la sécurité financière. Le Bureau devient vite son fief personnel, il en est aussitôt élu président et a désormais affaire à des députés, des ministres et des cabinets ministériels, cela lui permet de faire connaître le travail du Bureau et de chercher des financements pour de nouveaux projets. Il est devenu le porte-parole officiel de l'astronomie, et même de toutes les sciences, auprès du pouvoir. Politiquement, il est parvenu au sommet.

Le grand savant européen