Les Franco-Ontariens ou francophones de l'Ontario, parfois appelés Ontarois et Ontaroises, sont les résidents de langue française qui habitent la province canadienne de l'Ontario ou qui en sont originaires.
La plupart des Franco-Ontariens appartiennent à la famille des Canadiens français, leurs ancêtres ayant vécu au Québec, en Nouvelle-France et en France. Une proportion grandissante de francophones de l'Ontario provient directement des autres pays de la francophonie mondiale.
Les francophones sont présents en Ontario depuis 1610, même si la plupart des Franco-Ontariens contemporains sont arrivés à partir de la deuxième moitié du .
Le long de la frontière avec le Québec, dans le nord-est et l'est de l'Ontario, les Franco-Ontariens habitent des localités où ils sont majoritaires ou proportionnellement significatifs. Plus loin, dans le Nord-Ouest et le Centre-Sud-Ouest, ils représentent entre 1% et 6 % de la population locale.
Depuis 2010, le Jour des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens est le 25 septembre, jour où s'est tenu, à Sudbury, la première levée du drapeau franco-ontarien en 1975..
Histoire Les premiers Français en sol ontarien vignette|428x428px|Une île du lac Nipissing.
Des civilisations autochtones Avant l'arrivée des premiers Français en 1610 dans la région de la future province de l'Ontario, le territoire est déjà habité depuis des millénaires par diverses nations autochtones.
La dernière glaciation de l'Amérique du Nord, soit la glaciation du Wisconsinien, débute près de avant notre ère et se termine entre et avant notre ère, période où commence à se libérer le moyen-nord de l’Ontario avec la fonte de l'inlandsis laurentidien. La région du lac Nipissing atteste ainsi « des traces encore visibles à la surface du sol » de cette glaciation. La fonte du glacier dégage beaucoup d’eau, ce qui alimente des rivières et des lacs qui se déversent dans le lac Nipissing, la rivière des Français et les Grands Lacs. Les basses-terres du Nipissing – entre 150 et au-dessus de la mer – forment une couronne autour du lac et fournissent des terres plus ou moins propices à l’agriculture. Le lac Nipissing se prolonge comme une immense rivière sinueuse, remplie d’îles, communément appelées le West Arm. Selon les plus récentes études archéologiques, les premiers Autochtones de la région arrivent dès la fonte de ces glaces, très probablement du Sud. À partir d’au moins avant notre ère, des tribus autochtones sont bien établies à Bahweting ou « les rapides » entre les lacs Huron et Supérieur, d’où le nom « Saulteux » qui leur sera attribué par les Français.
Les Ojibwés (Saulteux dans l’Ouest ou bien Chippewa aux États-Unis) habitent autour des Grands Lacs et appartiennent au grand groupe culturel des Algonquiens; avec les Outaouais et les Algonquins, ils se représentent communément comme Anichinabés. Les Népissingues sont un groupe algonquien qui habite le lac Nipissing. La cueillette de baies, de riz et de sirop d’érable est une activité communautaire qui nécessite une importante collaboration. Dans le nord des Grands Lacs, des milliers d’Ojibwés se rassemblent pour pêcher le poisson d’eau douce au harpon et au filet. Les bandes, qui se regroupent pendant la saison estivale, sont politiquement autonomes, chacune dotée d’un chef et d’un territoire de chasse exclusifs, même si elles partagent des traditions et leurs enfants se marient entre eux.
À la fin du Régime français (soit 1763 avec la signature du Traité de Paris), le territoire de l'Ontario (plus précisément le contour des Grands Lacs) demeure d'abord et avant tout essentiellement un monde autochtone, avec Français tout au plus qui habitent une région peuplée par au moins autochtones (Algonquins, Outaouais, Poutouatamis, Sauteux, Cris et autres nations apparentées)David A. Armour, Colonial Michilimackinac, Mackinac Island, Mich, Mackinac State Historic Parks, 2000, p. 52.Joseph Gagné, « Le Pays d’en Haut et le Pays des Illinois avant et après le traité de Paris », dans Laurent Veyssière, Sophie Imbeault et Denis Vaugeois (dir.), 1763. Le traité de Paris bouleverse l’Amérique, Québec, Septentrion, 2013, p. 193‑205.Lina Gouger, « Le peuplement colonisateur de Détroit, 1701-1765 », Thèse de doctorat, Université Laval, 2002, p. 16 et 112.Lyle M. Stone, Fort Michilimackinac: An Archaeological Perspective on the Revolutionary Frontier 1715-1781, East Lansing, Michigan State University, 1974, p. 354.« Les Autochtones », dans Statistique Canada, 2015. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/98-187-x/4151278-fra.htm. À l'exception de Détroit, la plupart des postes n'ont pas de population française permanente importante. La majorité des Français qui s'y trouvent forment une population flottante qui fluctue au gré des engagements de voyageurs provenant pour la plupart de la vallée du Saint-Laurent.
Premières incursions françaises vignette|408x408px|Plaque d'Étienne Brûlé, Old Mill Toronto (Ontario). Quoique la France explore les côtes de l'Amérique du Nord depuis les pérégrinations de Giovanni da Verrazzano à la solde du roi François I en 1524, les premières incursions d'explorateurs français dans la région des Grands Lacs n'ont lieu qu'au début du . Même à cela, les Français dépendent de leurs alliés autochtones pour apprivoiser la géographie du bassin hydrographique. Comme l’explique l’historien Cornelius J. Jaenen, « les aventuriers laïcs et religieux cherchent des guides [autochtones] pour les diriger le long des voies d’eau sinueuses du bassin des Grands Lacs ».
Les activités économiques générées par ces premières rencontres entre Français et Autochtones n'ont rien de nouveau: il s'agit d'une extension d'échanges millénaires préexistants entre nations autochtones. Entre autres, les Grands Lacs sont une source importante de cuivre et de catlinite, dont on se sert de plus en plus, en échange d'autres produits régionaux. À l'avenir, la traite avec les Autochtones, qui troquent des fourrures destinées à la confection de chapeaux en échange de textiles et autres produits européens, va à son tour stimuler l'industrie de certaines villes françaises, devenues dépendantes du marché colonialDavis, Cathrine. « Threads Across the Atlantic: Tracing the European Origins of Eighteenth-Century Imported Cloth in New France Using Lead Seal Evidence from Three French Colonial Sites ». Mémoire de maîtrise, Université Laval, 2018, 219 p. https://corpus.ulaval.ca/handle/20.500.11794/33007.
La quête de profits complique la tâche des missionnaires zélés, qui suivent les commerçants pour convertir des âmes. Le commerce et les missions ne sont pas toujours aux antipodes, puisque certains missionnaires sont aussi des explorateurs et répandent la culture française. Les commerçants apprécient les contacts et les engagements des Récollets et des Jésuites; pour ce qui est des associés autochtones au e siècle, ils assurent le transport des missionnaires et de leurs bagages vers les postes de l’intérieur du continent. Les militaires constituent « le dernier maillon dans cette chaine commerciale, catholique et stratégique », pour défendre la vie des Français et leur propriété contre les incursions des Iroquois, qui habitent le sud de l’Ontario.
La région du lac Nipissing se trouve au cœur d’une route vers la fourrure de l’Ouest. Le coureur de bois Étienne Brûlé est le premier Blanc à traverser la région en 1610Fournier, Marcel. « Les origines familiales d’Étienne Brûlé, interprète et explorateur de la Nouvelle-France », Le Chaînon, Vol. 31, No. 1 (Hiver 2013), p. 8‑10.. Il deviendra le premier « truchement » français, c'est-à-dire un émissaire et interprète qui adopte les coutumes autochtones dans le but de faciliter les relations avec les représentants du roi de France.
Au printemps 1613, le navigateur et cartographe Samuel de Champlain remonte la rivière des Outaouais jusqu'au lac aux Allumettes pour établir des relations commerciales directes avec les Népissingues et les Cris, mais il rebrousse chemin lorsque le chef Tessouat contredit l’information selon laquelle la rivière des Outaouais mènerait à la baie d’Hudson. Malgré tout, ce voyage ouvre aux Français la route canotable du nord, qui mène au lac Huron par le lac Nipissing et leur permet d’éviter le pays iroquois au sud. C’est cette route que prend Champlain au printemps 1615 pour passer l’hiver chez les Hurons (Wendats), installés entre la baie Georgienne et le lac Simcoe. Pendant ce voyage, Champlain décrit la rive nord du lac comme étant « fort agréable », avec ses « belles prairies pour la nourriture du bestail », dotée d'une pêche abondante. Les truchements, dont Nicolas Vignau, obtiennent peu de considération des autorités royales et religieuses, qui contestent leurs errements moraux.
Le rôle de truchement fut aussi tenu par Jean Nicollet de Belleborne, qui arrive au Canada à l’âge de 20 ans en 1618, puis vit parmi les Anishnabés pendant deux ans afin d’apprendre leur langue. Nicollet habite ensuite de 1620 à 1629 avec le peuple Népissingue, période pendant laquelle il devient un interprète. vignette|464x464px|Mission Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons, Midland (Ontario). Les voyageurs continuent d’emprunter la route du lac Nipissing, à la recherche infructueuse de la « Mer de l’Ouest ». « À la mort de Champlain en 1635, » résume Cornelius Jaenen, « il n’y avait encore aucune famille française dans le pays d’en haut ».
Une présence de plus en plus importante La traite des fourrures avec les Français transforme la vie des Autochtones de la région. Dans la première moitié du e siècle, les Hurons-Wendat s'imposent rapidement comme les intermédiaires régionaux de la traite entre les Français et les autres nations autochtones. Déjà commerçants et agriculteurs, ils font l’objet d’un important effort d’évangélisation et de francisation de 1615 à 1649 par les Récollets (comme Joseph Le Caron), et plus tard les Jésuites (comme Jean de Brébeuf) à la mission de Sainte-Marie, dans la baie Georgienne.
Après le démantèlement de cette mission et la dispersion des Hurons à la suite de la destruction de la Huronie par les Iroquois, les Népissingues et les Ojibwés s'allient aux Outaouais. Ces derniers deviennent à leur tour les principaux intermédiaires dans la région des Grands Lacs entre les Français et les autres nations autochtones.
La dispersion des Hurons au milieu du pose un problème pour la traite des fourrures. Avant cette date, les Autochtones apportaient leurs fourrures directement à Montréal. Le vacuum laissé par l'absence des Hurons-Wendats stimule le développement du commerce illicite mené par les coureurs des bois, c'est-à-dire des Français qui vont mener la contrebande de fourrures. L’intensification du commerce encourage la mobilité des coureurs, le trafic de l’eau-de-vie et le métissage.
Les Cinq Nations iroquoises, appuyées et armées par les Hollandais, continuent d'exercer des pressions militaires pour s'imposer comme intermédiaires de la traite des fourrures. Les Français (comme Radisson et des Groseilliers) qui persistent dans la traite (qu'elle soit légitime ou contrebandière) poursuivent donc ces activités à grand risque. C'est dans ce climat politique et militaire fragile qu'a lieu une des pires défaites françaises en sol ontarien avec la mort de Dollard des Ormeaux et ses compagnons à la bataille de Long-Sault (près de la future ville de Hawkesbury) en 1660.