La prise de décision collective (en anglais, collaborative decision making ou CDM) est une situation où des individus sont rassemblés en un groupe pour résoudre des problèmes.

Selon l'idée de synergie, les décisions prises collectivement ont tendance à être plus efficaces que les décisions prises individuellement. Cependant, il existe des situations dans lesquelles les décisions prises en groupe aboutissent à un mauvais jugement.

En psychologie sociale, la prise de décision collective peut être définie comme .

La prise de décision collective est un domaine d'étude vaste auquel plusieurs disciplines s'intéressent, comme les sciences sociales, les sciences politiques, l'informatique ; on s'y intéresse également en marketing et en management, chacun de ces champs d'étude ayant son point de vue sur la recherche de la prise de décision collective.

Du point de vue de la psychologie sociale plus spécifiquement, des applications et des conséquences théoriques sont nombreux et variés dans différents domaines comme la gestion d'équipe, les situations de jurys, la politique, etc. Il existe différents types de décisions collectives chacune ayant des modalités et des processus psychologiques bien spécifiques à la prise de décision collective, tels que la polarisation, la pensée de groupe et le .

Historique et perspectives théoriques Historique Garold Stasser et Beth Dietz-Uhler opèrent une division théorique dans l'histoire de la prise de décision collective qui correspond à différentes approches de ce thème : c'est ainsi qu'on se penche tour à tour sur la résolution de problème, le jugement collectif et le choix collectif.

Résolution de problèmes Cette approche est une des plus anciennes dans l'histoire de la psychologie sociale. Aux débuts de la discipline, les chercheurs se sont surtout intéressés à la croyance en la plus grande efficacité des groupes dans la résolution d'un problème par rapport à des individus travaillant seuls. Deux arguments principaux ont été avancés pour expliquer cette apparente supériorité : les membres du groupe corrigent mutuellement leurs erreurs et mettent en commun des ressources complémentaires (connaissances, compétences, etc.) afin de résoudre collectivement des problèmes qu'aucun ne saurait résoudre seul.

L'arrivée d'outils plus sophistiqués dans les années 1950 a permis d'investiguer plus avant les comparaisons entre individu et groupe et de soutenir les objections à propos des bénéfices de la résolution de problème en groupe. L'argument principal de ce point de vue contraire était que les soi-disant avantages du collectif ne reflétaient pas réellement les bénéfices d'une action collective. Autrement dit, afin de rendre correctement compte des bénéfices de la performance collective, il faudrait démontrer qu'un groupe d'individus travaillant ensemble aura de meilleurs résultats que les mêmes individus travaillant seuls. Ainsi, la base de la comparaison pour la performance de groupe s'est déplacée de l'individu isolé au meilleur individu du groupe (car si un membre du groupe détient la solution, le groupe sera en mesure de résoudre le problème).

Un des principaux modèles au ton pessimiste de l'époque fut celui de . Selon ce modèle, les exigences liées à la tâche et les ressources des membres se combinent pour déterminer une productivité potentielle ; mais par la faute des processus de groupe, la performance finale réelle est en deçà de cette performance potentielle.

En élaborant la notion d'exigences de tâche, ce sont également une typologie des tâches et un vocabulaire encore utilisés aujourd'hui qui se sont développés (typologie que l'on peut retrouver dans la partie « Types de décision »).

Ce changement de perspective a permis une évolution de l'étude de la résolution de problème à travers de simples comparaisons entre individus et groupe vers une vue plus conceptuelle sur la manière dont les ressources des membres d'un groupe peuvent être combinées afin de produire une solution de groupe.

Jugement collectif Durant les années 1960 et 1970, l'étude des processus de groupe restreint est dominée par l'étude de la polarisation de groupe. La polarisation de groupe a attiré l'attention des scientifiques parce que ce phénomène allait à l'encontre de la notion jusque-là en vigueur établissant que le groupe était un instrument de modération et de conformité. L'attention pour ce nouveau phénomène a permis un regain d'intérêt pour les phénomènes de groupe en psychologie sociale à un moment où la popularité de la psychologie sociale individuelle (par exemple, la théorie de la dissonance cognitive de Festinger) menaçait de les occulter.

Deux types d'apports théoriques ont vu le jour à la suite de ces débats : la comparaison sociale et la théorie des arguments persuasifs.

D'après la théorie de la comparaison sociale, les gens ont tendance à adopter des opinions plus extrêmes du fait qu'ils se rendent compte que les autres membres du groupe ont un point de vue plus proche de la norme favorisée que le leur ; ils auraient donc tendance à vouloir également se rapprocher de cette opinion favorisée.

La théorie des arguments persuasifs avance quant à elle que les opinions ou jugements deviennent plus extrêmes parce que les membres du groupe sont convaincus par les arguments amenés lors de la discussion d'adopter une position plus extrême.

Finalement, les résultats empiriques ont confirmé à la fois les explications de la comparaison sociale et de la théorie des arguments persuasifs (influence informationnelle). Selon Kaplan (1987), l'approche la plus intéressante est de cerner les facteurs qui facilitent l'un ou l'autre type d'influence et surtout de voir comment ceux-ci interagissent.

Choix collectif L'étude du choix collectif a pris son essor dans les années 1970 à la suite des recherches menées autour de la dynamique des jurys intervenant dans les procédures judiciaires. Des controverses à propos de ces procédures ont procuré un exemple de la manière dont des problématiques appliquées permettent des avancées théoriques et empiriques dans l'étude de la performance de groupe.

Un certain nombre de conclusions ont pu être tirées à partir de l'analyse de situations concrètes. Premièrement, les opinions de base des différents membres d'un groupe disent déjà beaucoup de l'opinion finale du groupe. Deuxièmement, les règles de décision imposées (unanimité, majorité aux deux tiers, etc.) diffèrent de la manière dont les opinions initiales sont combinées pour générer une décision de groupe, bien que ceci n'empêche pas que les règles imposées puissent avoir des effets réels sur le processus de décision.

Perspectives théoriques et modèles formels Le jury, et en particulier le jury judiciaire, devint la métaphore phare dans le développement de nombreux modèles de choix collectif.

Andersons et Graesser ont développé en 1976 le modèle linéaire en appliquant la théorie de l'intégration de l'information à la polarisation de groupe. Ils ont montré que leur modèle linéaire combinant les jugements préconçus avec la valeur d'implication des nouvelles informations obtenues durant la discussion pouvait jouer un rôle dans les changements de jugement des membres du jury.

Trois perspectives méta-théoriques ont émergé de l'étude du jugement collectif, du choix collectif, et de la résolution de problème : la combinaison sociale, l'influence sociale et la cognition sociale.

La première de ces perspectives se représente les interactions de groupe comme un vecteur combinant les préférences, les solutions ou opinions individuelles afin d'arriver à produire un choix, un jugement ou une solution de groupe.

La seconde se représente les interactions de groupe comme un mécanisme d'influence sociale à la fois informationnel et normatif ; c'est-à-dire que l'influence sociale se fait aussi bien à travers la valeur accordée au contenu des informations échangées qu'à travers les mécanismes de normalisation des influences intrapersonnelles et des décisions individuelles.

La troisième se représente les interactions de groupe comme une activité cognitive interdépendante effectuée par les membres du groupe.

Les processus de combinaison sociale : la théorie du schème de décision sociale La théorie du schème de décision sociale a quatre éléments de base : les tendances de réponses initiales des individus (préférences), la répartition de ces préférences initiales au sein du groupe (distribution perceptible), le tableau des réponses possibles du groupe (décisions) et une règle de probabilité modelant les distributions perceptibles pour chacune des décisions possibles de groupe (schèmes de décision).

Dans cette optique, les processus de groupe sont manifestes dans le sens où les préférences des membres sont combinées ou mises ensemble pour mener à une réponse de groupe. Ainsi, le fait de connaître la règle de combinaison sociale reliant la distribution perceptible à la réponse finale du groupe procure : (a) une description des processus de groupe, (b) un outil de prédiction de la réponse du groupe basée sur les opinions initiales des membres.

Dans le cadre d'un jury, cette théorie permet de prédire l'issue de différents scénarios : lorsque les six jurés d'un jury sont en faveur de la culpabilité (6, 0), il est certain que le jury condamnera l'accusé ; néanmoins, si seulement quatre des six jurés sont en faveur d'un acquittement (2, 4), cela sera suffisant pour garantir l'acquittement ; enfin, les cas de répartition des préférences 3-3 se résolvent le plus souvent en faveur du défendant, soit directement en l'acquittant soit indirectement en déclarant l'affaire inclassable.

À la suite du constat que certaines irrégularités apparaissaient dans la littérature à propos de la combinaison sociale, il a été proposé que le nombre de personnes « soutenantes » au sein d'un groupe qui est nécessaire et suffisant pour déterminer la décision du groupe soit inversement proportionnel à la démontrabilité de la position qu'ils défendent.

De plus, des cas évidents sont peu couramment confiés à la décision d'un jury. Il est donc rarement possible de démontrer l'exactitude du verdict d'un jury, et un schème de majorité/clémence illustre typiquement le processus de délibération.

En somme, depuis la perspective de la combinaison sociale incarnée dans la théorie du schème de décision sociale, le choix collectif est caractérisé par des schèmes de décision par majorité/pluralité. Cependant, ce schéma général est modifié pour certaines tâches, celles d'un jury en étant un parfait exemple où l'acquittement requiert moins de support initial que la déclaration de culpabilité pour prévaloir comme choix final.

Processus d'influence sociale et modèles dynamiques

Le modèle de séquences d'interaction sociale postule que les membres du groupe sont au départ dans un état soit certain soit incertain. Lorsque les membres sont incertains, on peut potentiellement les convaincre d'une autre opinion. Lorsqu'ils sont certains de leur opinion actuelle, cette certitude doit d'abord être érodée avant qu'on ne puisse les faire changer d'avis.

Les changements d'opinion sont corrélés à la taille proportionnelle de la faction soutenant la position nouvellement adoptée. Par exemple, dans une situation expérimentale mettant en scène un jury, la probabilité qu'un juré incertain change d'avis en faveur de la culpabilité augmente rapidement lorsque le nombre de partisans de la culpabilité surpasse la majorité et se rapproche de la taille du jury. Ce qui veut dire qu'un seul membre résistant est bien plus susceptible d'être convaincu que deux ou plus.