Rodney King, né le à Sacramento (Californie) et mort le à Rialto (Californie), est un Afro-Américain, connu pour avoir été victime de violence policière le par des policiers de Los Angeles au terme d'une course poursuite. Filmées par un vidéaste amateur, les images de son arrestation firent le tour du monde. Un an plus tard, l'acquittement des quatre policiers impliqués déclencha des émeutes sans précédent à Los Angeles.
Cette affaire entraîna d'importantes réformes au sein des forces de police, à Los Angeles et ailleurs aux États-Unis. Rodney King devint du jour au lendemain un symbole de la lutte contre les violences policières et contre la discrimination.
Biographie
Jeunesse
Rodney King, fils de Ronald et Odessa King, est né à Sacramento. Il est élevé à Altadena dans l'État de Californie, avec ses trois frères et sa sœur. Son père, alcoolique et violent, meurt en 1984 à l'âge de <ref> Obituaries: Rodney King - The Telegraph, 17 juin 2012</ref>. Le jeune Rodney King commence à boire alors qu'il est encore collégien, et s'enfonce dans la délinquance.
En , à l'âge de , Rodney King braque un magasin à Monterey Park, Californie. Il menace le propriétaire avec une barre de fer, puis le frappe avec un bâton et vole . Il est arrêté dix jours plus tard et condamné à deux ans d'emprisonnement, dont il purge la moitié avant d'obtenir une libération conditionnelle Profile: An icon, anxious and shy: Rodney King - As he awaits a new trial of the police who beat him, Rodney King has become a hero, a demon, and a gold mine. Phil Reeves reports - The Independent, 21 février 1993.
L'affaire Rodney King
Le , à Los Angeles, Rodney King est poursuivi par des policiers du Los Angeles Police Department (LAPD) à la suite d'un excès de vitesse. Il a deux passagers à bord et refuse de s'arrêter. Il a passé la soirée à boire avec ses amis en regardant un match de basket-ball. Au terme de la poursuite, à des vitesses allant d'après la police jusqu'à () et sur environ An Account of the Los Angeles Police Officers' Trials (The Rodney King Beating Case) - Doug Linder, University of Missouri-Kansas City (UMKC) School of Law, 2001, il stoppe son véhicule près de l'entrée du parc Hansen Dam, à l'intersection de la rue Osborne et du boulevard Foothill The Trials of Los Angeles Police Officers' in Connection with the Beating of Rodney King. En quelques secondes, trois voitures de police et un hélicoptère sont sur les lieux. Bryant « Pooh » Allen et Freddie Helms, les deux passagers, obtempèrent aux ordres des policiers et sortent du véhicule, ils sont emmenés à l'écart sans incident, mais King refuse de sortir. Une policière, Melanie Singer, pointe son arme sur lui et lui ordonne de sortir et de se mettre à plat-ventre, ce qu'il fait finalement. Quatre policiers tentent alors de le maîtriser mais King, un grand gaillard « musclé » d' Biography for Rodney King - IMDb, est ivre et se débat au point qu'ils sont obligés de battre en retraite.
Le comportement anormal du suspect et son regard « vide » font penser aux officiers (à tort, comme l'indiquera l'enquête) qu'il est sous l'emprise de PCP, une drogue qui occulte la douleur et donne à celui qui est sous son influence l'impression d'avoir une force surhumaine.
Le sergent Stacey Koon utilise alors un taser, il tire une première fois sur King qui tombe à genoux avant de se relever. Koon tire alors une deuxième fois, ce qui jette Rodney King au sol. King se relève néanmoins et devant sa résistance, deux policiers (les officiers Laurence Powell et Timothy Wind) le rouent de coups, à l'aide de leurs bâtons. Le passage à tabac dure environ une minute vingt et est filmé de son balcon par George Holliday The Holliday Videotape - University of Missouri-Kansas City (UMKC) School of Law, un habitant du quartier, réveillé par le bruit et la lumière. King est frappé une cinquantaine de fois, dont une fois à la tête, alors qu'il essaie toujours de se relever. Une vingtaine d'autres policiers présents sur la scène n'interviennent pas.
Après 56 coups de bâton et six coups de pied, cinq ou six officiers maîtrisent King, le menottent et entravent ses bras et ses jambes à l'aide de cordes. Il est ensuite traîné à plat-ventre vers le côté de la route dans l'attente d'une ambulance Report of the Independent Commission on the Los Angeles Police Department - Chapitre 1, The Rodney King Beating, , 1991 . Les deux passagers sont relâchés et laissés libres.
À l'hôpital, Rodney King reçoit vingt points de suture dont cinq à l'intérieur de la bouche, l'examen médical montre qu'il a la mâchoire fracturée et la cheville droite cassée. Il est gardé sous les verrous pendant quatre jours, puis est relâché, un procureur ayant estimé qu'aucune charge ne peut être retenue contre lui.
La vidéo de George Holliday dure au total neuf minutes et vingt secondes ; elle commence avec des images montrant King se jetant sur l'officier Powell, puis l'intégralité du tabassage, le menottage, et la fin de l'arrestation. Des extraits montrant la brutalité des policiers et leur acharnement sont repris par les chaînes de télévision du monde entier, provoquant indignation et colère.
Premier procès des policiers
En , commence à Simi Valley le procès de quatre des policiers impliqués devant une cour de l'État de Californie : le sergent Koon (qui commandait), les agents Powell et Wind (auteurs de coups de bâton), et l'agent Briseno (auteur d'un violent coup de pied). Ils sont accusés d' (). La défense ayant récusé les Afro-Américains, le jury est composé de dix Blancs, un Asiatique et un Latino. La vidéo de George Holliday est versée au dossier et est examinée image par image par des experts.
Le , après sept jours de délibérations du jury, les quatre accusés sont acquittés.
Émeutes
Le à Los Angeles, moins de deux heures après que le jury a acquitté les quatre agents de police poursuivis, des émeutes débutent à Los Angeles. Elles durent six jours, bien que les événements les plus importants aient lieu entre le soir du verdict et le troisième jour. Finalement, on dénombre entre 50 et Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006 , et des dommages matériels s'élevant entre et un milliard de dollars. On recense aussi plus de de feu, détruisant . Après un déploiement important de la police et de la garde nationale, sont arrêtées, dont 36 % d'Afro-Américains, 52 % d'Hispaniques (Américains originaires d'Amérique latine) et 10 % d'Américains d'origine européenne non-hispaniqueMike Davis (1998), Beyond Blade Runner qui constitue le chapitre 7 du livre Ecology of Fear, Metropolitan Books, Henry Holt, New York. Publié en français sous le titre Au-delà de Blade Runner: Los Angeles et l'imagination du désastre, éditions Allia, Paris, (2006), .
Au troisième jour des émeutes, Rodney King lance un appel maladroit au calme. Face aux caméras de télévision, il semble terriblement mal à l'aise et cherche ses mots :
Ses propos, jugés dérisoires face au déchaînement de violence, seront longtemps moqués pour leur naïveté. Ils seront aussi loués pour leur sagesse, à un moment où il lui aurait été facile de verser de l'huile sur le feu.
Des violences ont aussi lieu à Seattle, Oakland, San Francisco, Las Vegas et San Diego pour la côte ouest, New York, Philadelphie et Atlanta pour la côte est, sans toutefois atteindre la gravité des émeutes de Los Angeles.
Le chef de la police de Los Angeles Daryl Gates est contraint à la démission. D'importantes réformes sont menées dans les années suivantes au sein des forces de police, à Los Angeles et ailleurs aux États-Unis.
Procès fédéral des policiers
En 1993, les policiers sont rejugés par un tribunal fédéral présidé par John Davies, avec un jury comprenant deux Noirs. Le procès commence le 25 février. Le 9 mars, King est appelé à témoigner et déclare qu'il Rodney King Testifies on Beating: 'I Was Just Trying to Stay Alive' - The New York Times, 10 mars 2003. Le 11 avril, le jury déclare le sergent Stacey Koon et l'agent Laurence Powell coupables. Ils sont condamnés en août à de prison. Timothy Wind et Theodore Briseno sont quant à eux acquittés.
Koon et Powell commencent à purger leur peine en octobre 1993 et sont remis en liberté en décembre 1995.
La vidéo du tabassage est un exemple de « sousveillance » concernant les pratiques policières. Plusieurs organisations de « copwatch » (littéralement « surveillance de flics ») ont été mises en place aux États-Unis à la suite de l'affaire King.
Vie après l'affaire
vignette|Rodney King et sa fiancée Cinthia Kelley en 2012. Au terme d'un procès civil, la ville de Los Angeles est condamnée à verser à Rodney King de dollars. Avec cet argent, il s'achète une maison, offre une maison à sa mère et fonde un label de musique rap, Alta-Pazz Recording Company, sans grand succès Flashback: Rodney King and the L.A riots - BBC News, 10 juillet 2002.
En raison de sa notoriété, il lui est difficile de trouver un travail. Il est arrêté plusieurs fois pour des délits liés à la consommation de drogues et d'alcool, pour violences et pour délits routiers. En 2008, il participe à l'émission de télé-réalité Celebrity Rehab. Le 3 mars 2011, soit vingt ans jour pour jour après les événements qui l'ont fait connaître, il est contrôlé au volant de sa voiture pour infraction routière - Los Angeles Times, 4 mars 2011 Rodney King pulled over by police almost 20 years to the day since his arrest and savage beating sparked riots in LA - Daily Mail, 4 mars 2011.
Quelques mois avant sa mort, il réapparait sur le devant de la scène avec la sortie d'une autobiographie, The Riot Within.
Mort
Le , Rodney King est retrouvé inconscient au fond de sa piscine, à Rialto, près de Los Angeles. Il est déclaré mort à le même jourRodney King, au centre d'émeutes raciales à LA en 1992, est mort - Libération/AFP, 17 juin 2012.. L'autopsie conclut à une noyade accidentelle sous l'influence d'alcool, de marijuana et de phéncyclidine.. Ces drogues provoquent toutes une somnolence et divers troubles (humeur, coordination, etc.). Seul dans son jardin, il est probable qu'il soit tombé dans sa piscine. Selon le rapport d'autopsie, sa petite amie, ne sachant pas nager, a appelé les secours à . Ils sont intervenus trois minutes plus tard, en vain.
Le chef de la police de Los Angeles Charlie Beck lui rend hommage en ces termes :
Références à l'affaire Rodney King dans la culture populaire
Musique La chanson Killing in the Name du groupe Rage Against the Machine y fait référence en comparant la police aux Ku Klux Klan. La chanson Shock to the System de Billy Idol (de l'album Cyberpunk, 1993) fait référence aux émeutes ayant suivi le passage à tabac de Rodney King. La chanson The Day The Niggaz Took Over du rappeur Dr.Dre évoque les événements avec les rappeurs Snoop Dogg , Daz et RBX. La chanson We Had To Tear This Mothafucka Up de Ice cube parle des émeutes de Los Angeles, du sergent Stacy Koon, et nottament d'autres officier du Département de Police de Los Angeles impliqués dans l'affaire. La chanson L.A.P.D. de The Offspring (de l'album Ignition, 1992) fait également référence aux émeutes : La chanson Like a King de Ben Harper (de l'album Welcome to the Cruel World, 1993) lui rend hommage et associe son nom à celui de Martin Luther King dans le premier couplet : , et le refrain. Le groupe Boo Radley a intitulé une de ses chansons Rodney King sur l'album Giant Steps (1993). La chanson Ploum Ploum Tralala des Amis d'ta Femme fait allusion à Rodney King. La chanson Pour une poignée de dollars de Ideal J fait allusion Rodney King. La chanson L'État assassine (1995) du groupe Assassin, traitant des bavures policières, mentionne Rodney King dans son refrain en tant qu'exemple de ces débordements. La chanson Who's The King? du groupe Dog Eat Dog, évoque Rodney King dans ses paroles.