Le chant grégorien en France aux , soit durant la Renaissance, connaît d'importants changements et sa pratique dans la liturgie subit un déclin rapide. Quelques tentatives sont entreprises afin de le rétablir, mais le gallicanisme et la Révolution provoquent son affaiblissement, puis sa disparition.

Du chant grégorien au plain-chant

De sa création jusqu'à la Renaissance, le chant grégorien ne connut pas de modification majeure. Il conservait une grande uniformité, à la fois à travers les âges et dans diverses parties de l'Europe. Ainsi, à la fin du , Dom André Mocquereau, moine de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes étudiant les manuscrits anciens dans de nombreuses archives européennes, s'étonnait qu'un manuscrit d'Ivrée du et un autre du dans la même région fussent identiques.

thumb|upright=0.8|Vers 1030, la notation en quatre lignes fut inventée par Guido d'Arezzo. Puis, la notation à gros carrés apparut au , à la suite de l'évolution de format des livres de chant (Graduel Aboense, vers 1400). À partir du , le chant subit une profonde évolution. Les neumes anciens furent entièrement remplacés par la notation à gros carrés dans presque toute l'Europe, malgré une certaine réticence des moines en Suisse et en Allemagne. Bien que ce changement eut pour effet de faire disparaître l', il eut pour mérite de rendre le solfège plus facile. La modification de la nature du chant pouvait être possible :

Parmi les trois circonstances qui provoquèrent la modification du chant, le mouvement de la Renaissance était la plus importante. Les humanistes attaquèrent le chant grégorien, sous prétexte qu'il s'agissait d'une musique archaïque et trop primitive. En outre, ils pensaient que la composition d'après l'accentuation ainsi que le mélisme sur la syllabe accentuée du chant grégorien étaient incompréhensibles. S'il s'agissait exactement de la nature du latin tardif selon laquelle le chant grégorien était composé, les humanistes critiquaient celui-ci, selon la quantité syllabique que la Renaissance avait redécouverte dans les œuvres classiques. À l'université de Paris, cette accusation était toujours de mise, surtout pour Jean Le Munerat. au .

thumb|upright=0.8|Un livre de chant après la Renaissance. Le résultat était vraiment lourd. Dans l'Édition médicéenne publiée par le Saint-Siège en 1614 et 1615, lAlléluia devenait un simple plain-chant. Pour la célébration de Pâques, le plus solennel dans le calendrier liturgique, il ne comptait que 15 notes chantées lentement l'une après l'autre. vignette|redresse=1.5|Manuscrit du cantatorium de Saint-Gall (vers 922 - 925), la meilleure notation grégorienne réservée aux chantres, à savoir solistes. Le mélisme était effectivement développé pour lAlléluia, selon le contexte théologique. Car, la dernière syllabe ia est le diminutif de Yahvé..

D'abord, la décadence

À la suite du concile de Trente, il fallait que les livres de chant de l'Église fussent remaniés. Néanmoins, même au début du , le Vatican n'avait publié aucun livre. En raison de plusieurs obstacles à Rome, l'Édition médicéenne ne sortit qu'en 1614. Cette absence de livres entraîna, surtout en France, une énorme déchéance du chant grégorien. Étant donné que le Saint-Siège n'avait rien sorti, la publication officielle était impossible. L'on commença à corriger et à annoter d'anciens livres, mais la modification fut effectuée sous influence de la théorie de quantité syllabique ou même sans règles.

En face de la situation catastrophique, l'Assemblée de clergé de France décida, en 1612, de sortir « les livres d'usage romain », sans attendre l'arrivée de ceux de Rome. Mais dans ce cas, il fallait naturellement et absolument que la publication fût exécutée, avec des initiatives privées. Par conséquent, les prix de livres augmentèrent considérablement, tandis que la qualité de l'impression était horriblement mauvaise. Faute de livres disponibles, les modifications sans autorisation étaient habituelles et nombreusesp. 146 - 147 ; finalement, cette « Société des libraires de Paris » de la publication disparut en 1636..

La situation était donc tout à fait défavorable pour le chant grégorien. En tant qu'il était son défenseur, un bénédictin auprès de la congrégation de Saint-Maur était, à cette époque, un témoin de la décadence, notamment provoquée de la théorie de quantitép. 147 - 148.

Guillaume-Gabriel Nivers Vers 1651., Guillaume-Gabriel Nivers fut nommé organiste auprès de l'église Saint-Sulpice. Étant également compositeur et enseignant, il soutenait les religieux et religieuses. Ces dernières, moniales, lui demandèrent de disposer de graduels et antiphonaires, sans longs mélismes, afin de faciliter la pratique des officesp. 301 ; « en ce temps, tout proche encore de la Réforme catholique, les moniales ou, plutôt, la Schola groupant les meilleures voix, étaient rebutées par la difficulté des longs mélismes alleluiatique qui épuisaient leur souffle, ce à quoi Nivers tente de remédier, pour « la commodité & soulagement des religieuses qui sont obligées de chanter le Plainchant. » ».

En dépit de la jeunesse de cet organiste, des œuvres présentées obtinrent en 1657 l'approbation de l'archevêque de Paris, cardinal Jean-François Paul de Gondi.

Selon ces approbations et privilèges, les graduels destinés aux moniales des ordres de Saint-Benoît, de Saint-Augustin et de Saint-François furent respectivement publiés l'année suivante, chez Robert III Ballard à Paris.. Il est probable que les premières éditions de l'antiphonaire furent perdues, car il est évident que les approbations avaient été données pour les deux publications , celle du graduel et de l'antiphonaire.

Malgré ces permissions, la façon du remaniement jusqu'en 1682 reste assez obscure. Peut-être Nivers abrégeait-il les mélodies, sans examiner les manuscrits dans les archives. Notamment, il raccourcissait le mélisme long sur une seule syllabe, comme le livre de John de Merbecke. Il est toutefois possible qu'il consultât les versions françaises de l'Édition médicéenne. Il s'agissait de l'édition de Digne ou de Toul, initialement publiée par les frères Le Belgrands à Toul en 1624, puis à Paris en 1671.. En outre, auprès des paroisses, le chant simplifié était déjà en usage..

Un autre défaut de cette période concernerait le sujet du titre. Celui employé depuis la première publication, « romano-monasticum », n'est pas normal, car le terme « romanum » signifie l'approbation du Saint-Siège et que le mot « monasticum » a besoin de l'autorisation de son ordreAinsi, la publication de la première édition critique des livres de chant en grégorien eut lieu entre 1957 et 1962 à compte de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, intitulée le Graduel romain, Édition critique par les moines de Solesmes, car le projet avait formellement été lancé par l'Institut pontifical de musique sacrée en 1948 (Études grégoriennes, tome XXXIX, p. 294 - 297, 2012). Après que le concile Vatican II avait rompu cette publication, l'abbaye de Solesmes exécuta à nouveau et spontanément de nouvelle rédaction adaptée au concile entre 1975 et 1996. Faute d'approbation du Saint-Siège mais une nécessité immédiate de son propre ordre, l'Antiphonale monasticum fut approuvé le 6 février 2004 par la Congrégation du culte divin de l'ordre et le premier tome fut sorti en 2005 (Études grégoriennes, tome XXXIII, p. 153, 2005). La publication de nouvel Antiphonale romanum, quant à elle, est en train d'être effectuée dès 2009, à la suite de l'approbation de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements à Rome, donnée le 2 octobre 2008 (texte en latin : http://www.gregorian.ca/publicus/Antiphonale%20Romanum%20II-Final%20MG.pdf p. 2 - 3, note n° 2). Il est douteux que Nivers obtînt exactement l'approbation du Vatican. Selon Denise Launay, le terme « romanum » disparut pendant quelques années dans les livres de chant, une fois que l'auteur eût ouvertement dénoncé son obédience à Rome, dans son œuvre Dissertation sur le chant grégorien sortie en 1683. Ainsi, lors de la réimpression en faveur des Bénédictines en 1687, le qualificatif « romanum » fut supprimé.

Par ailleurs, en 1670, François Harlay de Champvallon fut nommé archevêque de Paris :

À la suite de cette autorisation, de nouvelles publications furent exécutées. Étaient concernés les antiphonaires réservés aux moniales de l'ordre de Saint-Benoît ainsi que de l'ordre de Saint-Augustin.. En faveur des religieuses bénédictines, un graduel « romano-monasticum » fut aussi édité dans la même année.

Début de la restauration Si la méthode de rédaction de Nivers fut améliorée, c'était vraisemblablement grâce à Michel Colbert, abbé général de l'ordre des Prémontrés. En effet, celui-ci demanda en 1677 à cet organiste sa collaboration afin de préparer de nouveaux chants de livre pour l'Ordre, un graduel et un antiphonaire. La publication de ces derniers eut lieu le à compte de Nivers tandis que celui-ci pouvait approfondir ses études sur les sources critiques.

Par la suite, en 1682, le travail de Nivers connut une étape importante. Soutenu par Henry Du Mont et Pierre Robert, les deux sous-maîtres de la chapelle royale, Nivers commença à remanier ses graduel et antiphonaire tout en consultant les sources romaines. Il est certain que selon son livre sorti en 1683, il examina alors non seulement les manuscrits romains mais aussi les œuvres des cardinaux Robert Bellarmin et Giovanni Bonap. x et p. 5.

On ignore le mois où sortit la publication de la « Dissertation sur le chant grégorien dédiée au Roy ». Selon la revue le Mercure galant, cet organiste du Roi était l'un des 35 candidats qui participèrent au grand concours organisé en avril, pour élire les quatre sous-maîtres de la chapelle royaleMercure galant, avril 1683, p. 310 - 313, selon Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, p. 153, Fayard, Paris 2004. D'après la page de titre, il publia cette œuvre « Aux dépens de l'Auteurpage de titre. » D'autre part, il avait soigneusement sélectionné un verset, celui du début de psaume 45 (44) : « Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opera mea Regi (De mon cœur jaillit un beau chant ; je dis : « Mon œuvre est pour le RoiPsautier latin-français du bréviaire monastique, p. 167, 1938. ») » Quoi qu'il en soit, il s'agissait d'un livre de bonne qualité pour promouvoir le chant grégorien. En 2012, une réimpression moderne fut effectuée chez Hachette, en collaboration avec la Bibliothèque nationale.

L'objectif du livre était de prouver que le chant romain, à savoir chant grégorien, était légitime et le meilleur pour les offices, même dans le royaume de Francepréface. Dans cette optique, Nivers y présentait en détail l'histoire du chant, à partir des œuvres de saint Augustin d'Hippone. Ce livre possédait des analyses dans ses notations :

Nivers posa ainsi le premier pas pour la restauration scientifique du chant grégorien, en comparant attentivement les manuscrits historiques. Les pages depuis la 122 jusqu'à la 144 de la Dissertation étaient consacrées quasiment aux comparaisons des notations. Confié officiellement par les deux sous-maîtres, le approbations, le remaniement du graduel romain et de l'antiphonaire romain fut effectué de cette manière, et parachevé respectivement en 1697 et 1701.

Malheureusement pour Nivers, à cette époque-là, les manuscrits romains consistaient évidemment dans les éditions post-tridentines. Par conséquent, il termina sa carrière, sans connaître les caractéristiques authentiques du chant grégorien.

Par ailleurs, il faut remarquer qu'entre 1671 et 1686, le qualificatif « romanum » avait quasiment disparu, à savoir, à l'exception de la publication en 1687 du Graduale romanum réservé aux moniale augustines. Cela signifie une autorisation particulière du Saint-Siège.

Plus fréquemment, plain-chant

Malgré ce commencement de la restauration du chant, la pratique des notes égales restait toujours suivie. En 1673, deux moines bénédictins de la congrégation de Saint-Maur écrivaient :