Luc Urbain du Bouëxic, comte de Guichen, né à Fougères, le et mort à Morlaix le , est un officier de marine et gentilhomme français du . Entré dans la Marine royale à l'âge de 18 ans, il est promu enseigne de vaisseau en 1735 et se distingue en 1739 à l'attaque d'une frégate anglaise dans les Antilles. Chargé de mission d'escorte pendant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), il effectue diverses missions dans l'océan Atlantique et en Manche, ce qui lui vaut d'être reçu chevalier de Saint-Louis le .
Pendant la guerre de Sept Ans, il est chargé de ravitailler l'établissement de Louisbourg en Nouvelle-France. Il parvient à passer au travers du blocus imposé par les Anglais, mais ne peut empêcher la place de tomber en 1758. Promu chef d'escadre, le , le comte de Guichen se distingue surtout pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, apogée de sa carrière militaire. Le , il commande le , 90 canons, il participe à la victoire d'Ouessant. Promu lieutenant général des armées navales l'année suivante, il reçoit le commandement d'une escadre envoyée dans les Antilles. Les , et , il affronte par trois fois la flotte anglaise de l'amiral Rodney, épisode qui reste connu dans l'histoire de la marine comme les trois combats de Monsieur Guichen.
Rentré en Europe, il reçoit le commandement d'une flotte qui, combinée à l'Armada espagnole de l'amiral Córdova, reçoit l'ordre d'empêcher le ravitaillement de Gibraltar, assiégé depuis trois ans. Battu au large du cap Spartel le , il rentre en France et met un terme à sa carrière militaire. Fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit en 1784, et élu membre de la Société américaine de philosophie en 1785, il meurt en 1790 à Morlaix.
Biographie Origines et famille
Luc Urbain du Bouëxic, comte de Guichen, naît le , rue de l'Horloge, à Fougères, dans la famille du Bouëxic, de la noblesse bretonne et originaire du « pays de Guichen »En vieux breton, Guichen vient de « gwic » (agglomération) et « ken » (vieux), et signifie littéralement « vieux bourg ». La paroisse de Guichen est citée dès 1101.. Il est le fils aîné de Luc François du Bouëxic, seigneur de Guichen, de la Harmoye, de la Grésillonnais et d'autres terresLa châtellenie de Guichen est créée en 1678 par la réunion des seigneuries de la Lande, de la Grésillonnais et des Huguetières. (1668-1735), capitaine au régiment de Béarn, et de son épouse, Julienne Thérèse de la Jaille dont la famille était issue du « pays de Fougères ».
Le couple se marie le , en l'église Toussaints de Rennes. De cette union naissent trois fils : Luc Urbain du Bouëxic Claude-Luc du Bouëxic de Guichen, né le Agathon François du Bouëxic, seigneur de la Botheleraye, né vers 1720
Jeunesse et débuts dans La Royale Il entre dans la Marine royale au mois d', à l'âge de 18 ans, comme garde-marineGarde-marine ou garde de la marine est le premier grade d'officier de la Royale, et fait sa première campagne sur le vaisseau Le Triton, en croisière dans la Méditerranée. De 1732 à 1735, il passe successivement sur les vaisseaux Le Fleuron, Le Griffon et L'Ardent, avec lesquels il fait diverses campagnes à Cadix, au banc de Terre-Neuve, sur les côtes de Bretagne et dans la Manche. Promu enseigne de vaisseau, en 1735, il fait sur L'Astrée, l'année suivante, une campagne sur les côtes de Guinée et ensuite sur celles de Barbarie.
Embarqué en 1739 sur la frégate La Néréide, en croisière aux Îles du Vent, il est chargé par Jean-Baptiste Mac Nemara, son commandant, d'enlever un navire contrebandier. Bien que ce navire ait été armé de dix canons et de huit pierriers, Guichen s'en rend maître à l'abordage, à la tète de trente hommes embarqués à bord des deux canots de La Néréide. Au cours du combat, il est grièvement blessé à la jambe.
Mission d'escorte pendant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) thumb|right|Protection du commerce. Guichen participe aux missions d'escorte organisées par la Marine royale pendant la guerre de Succession d'Autriche.
Entre 1741 et 1743, Guichen embarque en qualité de capitaine en second sur les frégates La Dryade et La Méduse, et sur les vaisseaux Le Dauphin-Royal et Le Superbe, à bord desquels il participe à diverses campagnes sur les côtes d'Espagne, de Bretagne, aux Açores et dans la Manche. Sorti en 1744 du port de Boulogne, pour aller, à bord d'un navire corsaire, reconnaître une frégate anglaise, non seulement il la rencontre, mais encore quatre vaisseaux, qui lui donnent la chasse. Canonné pendant une heure sous les forts de Boulogne, il aurait vraisemblablement succombé sous le nombre de ses adversaires, si la marée descendante, ne les avait forcés à s'éloigner. Il reçoit en 1744, l'ordre de se rendre à Dunkerque où il participe — au sein de l'armée aux ordres du duc de Richelieu — aux préparatifs de l'expédition prévue en Écosse en soutien aux jacobites. Passé à Boulogne, le maréchal le charge de surveiller les mouvements de la Royal Navy en Manche.
Au mois de , il est nommé lieutenant de vaisseau et se voit confier le commandement de la frégate La Galathée. Cette frégate se trouvait alors à Gravelines, où l'officier qui l'avait précédemment commandée avait été forcé de se réfugier, pour se soustraire à la poursuite d'une division anglaise. On pense alors cette frégate perdue en raison de son enlisement dans la vase et des vaisseaux anglais qui l'attendaient à la sortie du port. Guichen surmonte tous ces obstacles. Un mois après son arrivée à Gravelines, il en appareille et se rend au Havre, où l'attendait un convoi important, qu'il conduit à Brest, sans perdre un seul bâtiment.
Le , il est reçu chevalier dans l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. La même année, il reçoit le commandement de la frégate La Syrène, et se rend, en compagnie de L'Atalante, dans les parages de Saint-Domingue, où il prend plusieurs corsaires anglais. Arrivées au port de la Paix, les deux frégates sont attaquées par cinq vaisseaux anglais, mais, secondées par le fort et par une batterie que Guichen fait élever à la pointe est de la rade, elles soutiennent l'attaque de ces vaisseaux, qui sont forcés de gagner le large, après avoir été endommagés. Il va ensuite chercher au port Saint-Louis, sur la côte sud de Saint-Domingue, un convoi important que les Anglais menaçaient d'intercepter, le prend sous son escorte et parvient à le faire rentrer à Brest, en évitant les escadres anglaises qui bloquaient ce port. Cette année-là, Guichen avait mené pas moins de cinq batailles contre des forces britanniques supérieures.
Entre la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748 et la reprise des hostilités, en 1755, Guichen prend part à trois nouvelles campagnes. En 1750, il embarque sur l'escadre d'évolutions commandée par Mac Nemara ; en 1752, il est sur Le Protée, à bord duquel il fait une campagne en Méditerranée et au large du Portugal, puis sur la frégate La Syrène, chargée d'une mission à la côte de Guinée.
Guerre de Sept Ans
thumb|Plan de Louisbourg. Guichen participe en 1755 à l'expédition de Dubois de La Motte chargée d'y apporter des renforts.
En 1755, il participe comme second du vaisseau L’Opiniâtre, 60 canons, à une expédition de défense de Louisbourg en Nouvelle-France, au sein d'une flotte de dix-huit vaisseaux sous les ordres du chef d'escadre Dubois de La Motte. En 1756, il embarque sur , commandé par Monsieur de Beaussier, et il est promu capitaine de vaisseau pendant la campagneLe grade de capitaine de vaisseau donnait le droit de commander un vaisseau de ligne.. Au mois de , alors que Le Héros, revenant de Québec, faisait voile vers Louisbourg, en compagnie de L'Illustre, il aperçoit deux vaisseaux anglais. Parvenu à les rejoindre vers midi, de Beaussier en attaque un, comptant sur L'Illustre pour attaquer le second ; mais le calme qui survient tout à coup rend inutiles tous les efforts fait par L'Illustre pour s'approcher, de telle sorte que Le Héros doit combattre les deux vaisseaux. Le combat, qui est très-vif de part et d'autre, durait depuis six heures quand la brise, s'élevant alors, permet à L'Illustre de se joindre enfin au combat. Les deux vaisseaux ennemis en profitent alors pour s'éloigner. Le Héros, presque entièrement désemparé, criblé de boulets dans sa mâture et dans sa coque, ne peut les poursuivre. M. de Beaussier est fait chef d'escadre, et Guichen reçoit les compliments du Roi pour le courage dont il a fait preuve dans cette affaire.
Il commande le vaisseau Le Formidable en 1757. La même année, il commande L'Atalante et se distingue par la prise de quatre navires corsaires et neuf bâtiments marchands. Commandant Le Sage en 1759, il passe sur le vaisseau Le Brillant en 1764, une fois la paix revenue.
Pendant la paix qui suit la guerre de Sept Ans, Guichen est chargé de diverses missions.
En 1775, il est nommé sur la frégate et commande quatre frégates, cinq corvettes, deux cotres et un lougre. Il est attaché à l'escadre d'évolutionUne « escadre d'évolution » est une escadre constituée en temps de paix pour l'entraînement des officiers et des équipages. instituée en 1772 par le ministre de la Marine de Boynes, cette escadre est le premier groupe destiné à l'entraînement de la Marine. Le cousin du Roi, le duc de Chartres, célèbre ensuite comme duc d'Orléans et Philippe Égalité, est entré comme volontaire et commande la corvette La Sylphide. Sartine écrit le à Ruis-Embito pour qu'il prépare pour l'usage particulier du duc de Chartres un canot ordinaire et non décoré. Sous la pression de son entourage c'est un canot décoré qu'il met en service, contrariant ainsi Sartine et sans doute le Roi.
Antoine de Sartine, le nouveau ministre de la marine, lui écrit dans une lettre du :
Le , Guichen est promu chef d'escadre.
Guerre d'indépendance américaine
Lorsque la France s'allie avec les Américains pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, il navigue sur la Manche. Le navire du comte de Guichen fait partie de ceux qui ont salué l’, le dans le port de Quiberon. Cet évènement marque la première reconnaissance du drapeau américain sous sa forme actuelle (Stars and Stripes) par un gouvernement étranger.
Au mois de , Guichen, chef d'escadre, est appelé à commander une des divisions de l'armée franco-espagnole, aux ordres du lieutenant-général d'Orvilliers, et il porte son pavillon sur le vaisseau le , 90 canons, il participe à la victoire française au large d'Ouessant le .
Bataille d'Ouessant, 28 juillet 1778 280px|thumb|right|Combat d'Ouessant, . Huile sur toile par Théodore Gudin.
Au combat d'Ouessant, à bord du Ville de Paris, il résiste et riposte avec succès au feu de tous les vaisseaux anglais qui le canonnent, les uns après les autres, à portée de pistolet. Juste derrière le navire amiral de la flotte, le . Il commande la deuxième division dans l'escadre blanche du comte d'Orvilliers, qu'il ramène à Brest à l'issue du combat.
Le comte du Chaffault, qui commandait l'avant-garde, ayant été blessé dans ce combat, d'Orvilliers donne à Guichen le commandement de cette escadre, lors de la seconde sortie de l'armée, au mois d'août suivant, et il arbore son pavillon sur le vaisseau La Couronne, 80 canons. Le ministre de Sartine lui écrit à cette occasion :
Le Roi, pour le récompenser de sa belle conduite au combat d'Ouessant, le nomme commandeur de Saint-Louis, avec une pension de . La ville de Paris lui donne, de son côté, un témoignage de son estime, en le nommant échevin honoraire.
Les trois combats de Monsieur de Guichen