Guillaume Marie André Ferrus, né le Acte naissance AD05 au Clot-du-Rif près de Château-Queyras, mort le à Paris, est un médecin français, membre de l'Académie de médecine.
Il est chirurgien militaire durant les guerres napoléoniennes. Il est ensuite devenu disciple de Philippe Pinel et est considéré comme un psychiatre français important de la première moitié du L’évolution juridique des soins psychiatriques sans consentement en France de l'ancien régime à la Loi du 05 juillet 2011, Thèse présentée par Alex Georges Germain pour l'obtention du doctorat de médecine, Faculté de médecine de Grenoble, 19 décembre 2011, https://dumas.ccsd.cnrs.fr/docs/00/69/64/79/PDF/2011GRE15127_germain_georges_alex_1_D_.pdf.
Biographie Guillaume Marie André Ferrus est né au Clos-du-Rif près de Château-Queyras. Son père, Guillaume Laurent Ferrus, avait commencé sa carrière comme avocat au Parlement de Grenoble, et était receveur des Traites à Briançon. À la naissance de Guillaume Marie André, sa mère, Madeleine Fantin (1752-1806), épouse de Guillaume Laurent, est en villégiature chez l'oncle de son mari, Guillaume Ferrus , à Château-Queyras.
À six ans, Guillaume Marie André Ferrus participe à la fête donnée, le 14 juillet 1790, sur le champ de mars de Briançon pour célébrer la fédération entre la garde nationale et le régiment d'Austrasie qui composait à cette époque la garnison de la ville fortifiée. Il est aux côtés de son père, orateur révolutionnaire devenu maire de Briançon au début de 1790. Avec son demi-frère ainé, Jean-Joseph, il est hissé sur l'autel de la patrie pour chanter la MarseillaiseAuguste Alexandre Motet, Éloge de G. Ferrus, lue à la séance publique annuelle de la Société médico-psychologique du 27 mai 1878 (1878) .
Son père, Guillaume Laurent Ferrus, est ensuite élu député des Hautes-Alpes à l'Assemblée législative (1791-1792). Mais lorsqu'il revient au négoce et à la gestion de son domaine briançonnais après un court séjour parisien, il se lance, en 1793 et 1794, dans la fourniture aux troupes du Dauphiné. Il est de ce fait largement ruiné lorsque sur décision du Directoire, l'assignat est abandonné, le 30 pluviôse, an IV de la République ()Edouard Silvy, (1904), .
Éducation Quand les revers de fortune de Guillaume Laurent mettent la famille en difficulté, c'est son oncle maternel, Antoine André Fantin, qui le prend avec Guillaume et se charge de son éducation à partir de l'âge de treize ansAristide Albert (1895) .
L'enfant est soumis à une sévère discipline: contraint d'assister comme aide, à toutes les opérations chirurgicales, il doit aussi se livrer à des travaux de dissection et d'anatomieAuguste Alexandre Motet, Éloge de G. Ferrus, lue à la séance publique annuelle de la Société médico-psychologique du 27 mai 1878, (1878), .
Après deux années de stage à Briançon en qualité d'élève officier de santé, Guillaume Marie André Ferrus part à 15 ans pour Paris, pour y continuer des études médicales. Alexis Boyer, chirurgien célèbre, le prend sous sa protection et le confie à Joseph RécamierRené Semelaigne (1894), . Guillaume Marie André Ferrus assiste Récamier auprès des malades et s'initie aux pratiques de la clientèle. Le , à 20 ans, il est en possession du diplôme de docteur en médecine avec une thèse soutenueRené Semelaigne, (1930), le 11 pluviose an XII () sur l'emploi de la sutureFrédéric Dubois d'Amiens Discours sur la tombe de M. Ferrus (1861) .
Médecin du Premier Empire Grâce à une recommandation du baron d'Hauterive, le maréchal Bessières le fait admettre, le vendémiaire an XIV, (), comme chirurgien de classe (médecin aide-major), à l'ambulance de la garde impériale. C'est en cette qualité qu'il fait la campagne d'Austerlitz, le Frédéric Dubois d'Amiens (1861) . Il est nommé le premier , à 21 ans, chirurgien de classe de l'ambulance impériale auprès des vélites des chasseurs à cheval de la garde.
Dès son entrée dans la chirurgie militaire, Guillaume Marie André Ferrus a été constamment sur les champs de bataille : après Austerlitz, à Eylau (), en Espagne où il est promu chirurgien-major, le , pour la campagne d'Allemagne et d'Autriche pendant laquelle il est décoré à Wagram (5-) de la Légion d'honneur de la main même de l'Empereur pour action d'éclatMinistère de la Culture, base de données LEONORE, cote LH/963/55, n° de notice L0963055. Consultation sur et enfin pour la campagne de Russie (1812) dont il revient avec les orteils gelés. Retraité comme chirurgien-major, le , il reprend du service pendant les Cent Jours et assiste le à la bataille de Waterloo à 31 ans. Ce fut le dernier acte de sa carrière médicale dans le service militaire.
Aliéniste Rendu à la vie civile, Guillaume Marie André Ferrus se consacre à l'étude de l'aliénation mentale. Son ami et collègue Léon Rostan le présente à Philippe Pinel. Il obtient le poste de médecin adjoint de Philippe Pinel à l'hospice de la Salpêtrière en 1819. À cause de ses opinions libérales et de son intimité avec Jacques-Antoine Manuel, membre influent de l'opposition à Louis XVIII, il était soupçonné d'être membre de la Charbonnerie qui recrutait, dans sa tendance bonapartiste, parmi les régiments de l'ancienne « Grande Armée »Auguste Alexandre Motet, Éloge de G. Ferrus, lue à la séance publique annuelle de la Société médico-psychologique du 27 mai 1878, .
Pour conserver sa croix de chevalier de la Légion d'honneur, il signe, le , un nouveau serment qui commence par « Je jure d'être fidèle au ROI, [en majuscules dans le texte], à l'honneur et à la Patrie [...] ».
Associé résidant de l'Académie de médecine en 1823, il est nommé médecin chef de Bicêtre (division des aliénés) le et succède à Étienne Pariset.
Il est le de la maison de santé de Préfargier en Suisse, construite avec le concours de l'architecte parisien Pierre Philippon .
Bourgeois parisien Dès que son existence matérielle est assurée, Guillaume Marie André Ferrus fait venir auprès de lui sa famille, en particulier sa tante, Marie Anne Ferrus, veuve d'André Fantin. Guillaume Marie André Ferrus se marie en avec Berthe-Juliette Dubois, (née le -1849), fille du baron Antoine Dubois.
« Ferrus était d'une taille au-dessous de la moyenne- Un visage soigneusement rasé, des yeux vifs, un aspect jovial, donnaient à sa physionomie quelque chose de rabelaisien. Son épouse, ses hautes fonctions, sa réputation de clinicien consommé, avaient fait sortir son nom des limites du monde scientifique, et il était devenu l'un des consultants les plus recherchés [de Paris]. Une étroite amitié, remontant à leurs activités sous l'Empire, l'unissait à Rostan, et on les voyait fréquemment ensemble- Ils formaient cependant un frappant contraste. Rostan était un praticien de la vieille roche, au port majestueux et d'une rare distinction; il marchait ordinairement la tête découverte, et le chapeau à la main. Ferrus, au contraire, redoutait les névralgies, et quand il se trouvait chez un ami, demandait souvent la permission de conserver sa coiffure »R.Selemaingne (1930), ..
Son cabinet et son appartement parisien étaient au 5 rue des Beaux-Arts (sixième arrondissement)
Médecin-chef à Bicêtre Dès son arrivée à l'hôpital Bicêtre, Guillaume Marie André Ferrus entreprend de réformer les conditions d'internement des aliénés valides. Il fait démolir par les aliénés eux-mêmes quatre-vingt-seize cellules insalubres destinées jadis aux criminelsRené Selemaigne, (1930), . Il est envoyé la même année en mission pour étudier le traitement réservé aux fous en Angleterre et ses notes de voyage serviront de base à son ouvrage intitulé Des Aliénés... qu'il fera publier en 1834.
Nommé médecin consultant du roi le , il devient membre du conseil supérieur de santé le , membre titulaire de l'Académie de médecine en 1834Les chirurgiens militaires et l'Académie de médecine par le Médecin général Inspecteur Charles Tournier-Lasserve, Bull. Acad.Nat. Méd., 1982,166, no 5, , séance du 18 mai 1982. C'est aussi à ce moment que, partisan résolu du travail et surtout du travail agricole pour le traitement des aliénés, il transforme la ferme Sainte-Anne, faisant preuve de ses qualités d'organisateur et d'administrateur.
« La ferme Sainte-Anne était une propriété appartenant à l'hôpital de Bicêtre et située à trois kilomètres environ de cet établissement. Ferrus eut l'idée de livrer la culture de cette ferme aux aliénés convalescents de Bicêtre et, fort des premiers succès, de les y établir à demeure. La ferme fut livrée aux aliénés dans un état de délabrement extrême les bâtiments menaçaient ruine, le terrain était en grande partie inculte un nivellement s'imposait si l'on voulait tenter une culture rationnelle et générale.
Ferrus sut bien vite trouver dans sa colonie de malades des maçons, des charpentiers, des couvreurs, des menuisiers, des serruriers, des peintres. Sous la main des artisans aliénés tout se transforma bientôt les bâtiments de la ferme furent réparés, des dortoirs créés, des réfectoires et des ateliers établis. Les terres cultivées à la bêche produisirent d'abondantes récoltes; des pelouses remplacèrent les fondrières de jadis et bientôt le travail ne pouvant suffire au désir de ses ouvriers, il fallut créer une blanchisserie de toiles et des ateliers pour nettoyer et réapprêter toutes les couvertures de laine des hospices de Paris. L'état sanitaire de la division des aliénés et la tenue générale des malades avaient infiniment gagné à cette organisation du travail les guérisons étaient devenues plus rapides, les rechutes plus rares »Edouard Silvy (1904), .
Une violente controverse devait opposer Leuret, partisan de traitements par l'intimidation et la crainte, à Voisin, plus respectueux de la pratique instaurée par Ferrus des travaux manuels et d'une discipline moins sévère pour l'époque. En 1844, les articles à charge sur le régime auquel était soumis les aliénés de l'hospice de Bicètre signés par Égiste LisleSur le régime moral des aliénés de Bicètre, par M. Lisle, Gazette médicale de Paris, tome XII, numéros 2 et 3 des 12 et 19 janvier 1844, et . dans la Gazette médicale de Paris, étaient publiquement réfutés dans la même revue par Eugène BillodLettres en réponse aux articles de M. Lisle sur le régime moral auquel sont soumis les aliénés de l'hospice de Bicêtre par le Eugène Billod, impr. de F. Malteste; Extrait de la Gazette Médicale de Paris, tome XII, numéro 8, du samedi 21 février 1844, . Le docteur Billod sera quelques années plus tard médecin-chef de l'établissement des aliénés de Sainte-Gemmes-sur-Loire (1857).
Expert et président de l'Académie de médecine Le , Guillaume Ferrus occupe le sommet de la hiérarchie dans la médecine aliéniste: il est nommé inspecteur général de tous les établissements d'aliénés de France. À ce titre, il participe avec Pinel, Esquirol et Falret à l'élaboration de la Loi du 30 juin 1838 sur les aliénés (présentée par Adrien de Gasparin), qui porte la marque de son refus de l'enfermement à tout prix. Le , il est promu au grade d'officier dans l'Ordre royal de la Légion d'honneurMinistère de la Culture, base de données LEONORE. Quelques années plus tard, en 1844, il est élu président de l'Académie de médecineBulletin de l'Académie impériale de médecine, tome XXVII, A26, 1862, ..
Fidèle à la rive gauche, il déménage alors d'une centaine de mètres pour s'installer au 3 quai Malaquais, à l'angle de la rue de Seine et à proximité immédiate de l'Institut de France. Le , le ministre de l'Intérieur Tanneguy Duchâtel ajoute à l'inspection générale des asiles d'aliénés, celle des maisons centrales de détention (ensuite service sanitaire des prisons).