Les Rues de l'enfer () est un film américain réalisé par Danny Steinmann et sorti en 1984. Il suit le parcours d'une lycéenne de Los Angeles (Linda Blair) qui se venge d'une bande de voyous ayant agressé Heather (Linnea Quigley), sa sœur cadette sourde-muette et assassiné une de ses amies.

Le projet est initialement développé par Billy Fine, qui avait déjà dirigé Blair dans Les Anges du mal (1983), et est engagé comme réalisateur. Peu de temps après le début du tournage début 1984, celui-ci est cependant remplacé par Steinmann. Le tournage a lieu à Los Angeles et s'achève en . La production est marquée par des difficultés financières, entraînant l'arrêt temporaire du tournage avant que le producteur John Strong ne s'implique dans le projet.

Après une réclamation auprès de la Motion Picture Association of America pour revenir sur son classement X, avec succès, Les Rues de l'enfer sort tout d'abord au niveau régional dans le Midwest des États-Unis à l'été 1984, puis connait un succès important au box-office de plusieurs pays d'Amérique latine, notamment au Mexique et en Argentine. Le film est interdit en Australie en raison de sa violence graphique et fortement censuré par le British Board of Film Classification pour sa sortie au Royaume-Uni.

Les Rues de l'enfer reçoit des critiques largement défavorables à sa sortie, estimant que ses représentations du viol et de la violence sur des adolescentes sont vulgaires et dignes d'un film d'exploitation, tandis que la prestation de Blair dans le rôle principal est également sévèrement critiquée. Elle « remportera » d'ailleurs le Razzie Award de la pire actrice pour ce film. Dans les années qui suivent sa sortie initiale, il devient cependant un film culte.

Synopsis Brenda (Linda Blair), lycéenne rebelle, passe une soirée sur Hollywood Boulevard avec son groupe d'amies surnommées les Satins : Rachel, Stella, Francine, Stevie et Maria. Elles sont accompagnées par Heather (Linnea Quigley), la petite sœur innocente de Brenda, sourde-muette, envers qui Brenda est extrêmement protectrice depuis la mort de leur père. Une bande de quatre voyous connus sous le nom des Scars, composé de Jake, Vince, Red et Fargo, roulant à pleine vitesse en décapotable, manque d'écraser Heather au coin d'une rue et la font tomber à terre. Plus tard le même soir, les filles dérobent la décapotable en représailles, avant de la remplir de détritus et de l'abandonner dans la rue.

Les voyous se vengent en traquant les Satins jusque dans leur lycée. Ils tombent sur la naïve Heather seule dans le gymnase, la battent et la traine dans les vestiaires pour la violer à tour de rôle. Après l'école, les filles retrouvent Heather inconsciente qui est hospitalisée dans le coma. Le soir venu, alors qu'elles sortent en discothèque, elles y croisent les Scars qui harcèlent sexuellement Francine (), qui est enceinte, et se battent avec deux clients. Dans l'échauffourée, Francine taillade le visage du chef des voyous.

Le lendemain, après que Francine a acheté une robe de mariée pour son mariage prochain, elle est traquée par les Scars, qui la poursuivent à travers un quartier industriel de la ville avant que Jake ne l'assassine en la jetant d'un viaduc enjambant le fleuve Los Angeles. Le crime met Vince en colère, le seul membre du groupe à exprimer des remords pour ses actes, et il coupe les liens avec les Scars. Plus tard, Brenda surprend Vince en train de s'excuser auprès de Heather dans le coma dans sa chambre d'hôpital. Enragée, elle le retrouve chez lui le soir venu et, sous la menace d'un couteau, il admet que les Scars ont assassiné Francine.

Cherchant à se venger, Brenda se rend dans un magasin d'armes, où elle achète une arbalète et plusieurs pièges à ours et s'aventure dans un quartier peu peuplé de la ville, où elle localise les Scars près d'un entrepôt de textiles abandonné. Elle nargue Fargo et Red pour les attirer dans l'entrepôt, où elle tue Fargo en lui tirant une flèche dans le cou, puis Red avec un piège à ours. Pendant ce temps, Jake tue Vince dans une ruelle voisine en l'écrasant avec sa voiture.

Jake trouve les cadavres de Fargo et Red dans l'entrepôt avant d'être neutralisé par Brenda qui lui tire dessus avec l'arbalète et le piège avec une corde autour de ses chevilles qui le pend la tête en bas. Elle le menace avec un couteau de chasse, mais il parvient à se libérer et à prendre le dessus. Il la poursuit jusqu'à un magasin de peinture et, pendant que l'alarme antivol de la boutique retentit, Brenda l'asperge de peinture inflammable avant de l'enflammer. La police arrive et voit Jake se précipiter en flammes à travers le vitre du magasin et mourir sur le bitume.

Quelque temps plus tard, Brenda, Heather et les membres survivants des Satins se recueillent devant la tombe de Francine. Brenda déplore : « Là où elle est, elle sait qu'on a bien fait les choses », ce à quoi Stevie répond : « Non, Brenda, tu as bien fait les choses, toi seule ».

Fiche technique Titre : Les Rues de l'enfer Titre original : Savage Streets Réalisation : Danny Steinmann Scénario : Danny Steinmann, Norman Yonemoto Production : John Strong Sociétés de production : Ginso Investment Corp. Budget : 2 millions $ Musique : , Photographie : Stephen L. Posey Montage : John A. O'Connor et Bruce Stubblefield Pays de production : Format : Couleurs - 1,85:1 - Mono - 35 mm Genre : action Durée : Dates de sortie : États-Unis : France :

Distribution Linda Blair : Brenda Linnea Quigley : Heather, la sœur de Brenda John Vernon : le principal Underwood Robert Dryer (VF : Patrick Poivey) : Jake Johnny Venocur : Vince Sal Landi : Fargo Scott Mayer : Red Debra Blee : Rachel : Francine : Stevie : Maria Ina Romeo : Stella : la petite amie de Fadden

Production Développement est initialement engagé pour réaliser le film, conçu par le réalisateur et scénariste Billy Fine, qui avait auparavant produit Les Anges du mal (1983). Le film doit initialement entrer en production en , mais est reporté.

Distribution Cherie Currie devait initialement tenir le rôle principal de Brenda, mais est remplacée par Linda Blair. Celle-ci, récemment apparue dans Les Anges du mal de Fine, hésitait à jouer car elle ne voulait pas faire un autre film d'exploitation, décrivant Les Anges du mal comme « pas du tout le film que j'avais l'intention de faire ». Cependant, sur la base du succès au box-office de ce dernier film, ainsi que d'un accord de participation aux bénéfices qu'elle signe avec Fine, elle accepte de tenir le rôle principal. Linnea Quigley est choisie pour incarner Heather, la sœur cadette sourde-muette du personnage de Blair.

Tournage Le tournage principal a lieu à Los Angeles avec un budget d'environ 2 millions $ et s'achève en . Tom DeSimone commence comme réalisateur avant d'être renvoyé par Fine et remplacé par Danny Steinmann, dont le précédent crédit de réalisateur était le slasher Les Secrets de l'invisible (1980). À propos de la façon dont il en est venu à s'impliquer dans le film, Steinmann déclare :

Le tournage des Rues de l'enfer est ponctué de plusieurs problèmes : selon Blair et Steinmann, la production est arrêtée environ deux semaines après le début du tournage, en raison de problèmes de financement. Steinmann raconte que Fine s'est confronté à lui sur le plateau et a allégué que le financement initial de Fine pour le film provenait de mafieux. Après que Fine ait quitté le projet, le producteur John Strong s'est impliqué et le tournage a pu reprendre. Selon Steinmann, lui et Strong ont commencé à s'affronter sur le plateau vers la fin de la production, racontant : « Il était employé pour protéger les investisseurs. J'avais accepté leur décision selon laquelle John agirait en leur nom et ne pouvait rien faire pour les contrecarrer. John regardait la caméra sur la plupart des plans, parlait avec les acteurs et me posait toujours des questions sur tout ». Le scénario du film est retravaillé tout au long du tournage et Steinmann n'est pas d'accord avec l'insistance de Strong sur le fait que le personnage de Blair se venge seul, ce que Steinmann estime irréaliste.

L'actrice Linnea Quigley évoque son expérience sur le film en décrivant Linda Blair comme une collègue « super [avec qui] travailler », mais ajoute : « Cependant, mes scènes impliquaient un viol. C'était un film très difficile à faire ». Steinmann a également salué l'éthique de travail de Blair sur le film, en commentant : « Linda Blair est une vraie professionnelle. Elle a travaillé dur et ne s'est jamais plainte ».

Réception Les Rues de l'enfer commence son exploitation en salles à Omaha dans le Nebraska le et sort ensuite à Détroit et dans plusieurs autres villes du sud du Michigan le , où il récolte $ de recettes lors de sa première semaine. Il sort à New York le .

Censure Aux États-Unis, la Motion Picture Association of America (MPAA) attribue initialement au film un classement X, contre lequel les producteurs font appel avec succès le . La séquence centrale du viol est restée tronquée par la MPAA dans la version finale, et était à l'origine plus longue. Selon Steinmann : « le calvaire de la jeune fille était beaucoup plus brutal. Chaque membre de la bande se relayait sur elle. C'était probablement exagéré et ce qui reste est assez bon ». Le film est interdit en Australie en raison de sa violence excessive, et son montage original de est rejeté par le British Board of Film Classification, qui n'autorise qu'une version hautement censurée de 80 minutes.

Box-office Au cours de sa première semaine d'exploitation en salles dans le Michigan, à partir du , le film rapporté $. Il connait un succès commercial majeur en Amérique latine, se classant parmi les films les plus rémunérateurs au Mexique pour la première moitié de 1985, surpassant dans ce pays les films SOS Fantômes et Le Flic de Beverly Hills. Le film se classe numéro un au box-office en Argentine durant ses deux premières semaines.

Critiques Variety décrit le film comme ayant « des dialogues délicieusement vulgaires et des scènes d'affrontement bien réalisées », et comparre Blair à « une fille sordide et délicieusement trash dans une ligue avec des héroïnes de séries B des années 1950 telles que Beverly Michaels, et Mamie Van Doren. TV Guide attribue une étoile au film et déclare à propos de l'actrice Linda Blair : « C'est la meilleure prestation de Blair depuis L'Exorciste (1973), mais cela ne sauve pas le film pour autant ».

Stephen Holden du New York Times ridiculise le film en écrivant : « Les Rues de l'enfer n'a même pas une continuité rudimentaire entre ses scènes, et ses représentations sont des dessins animés grossiers. La seule qualité qu'il dégage est une sorte de plaisir maniaque dan sa propre horreur ». Desmond Ryan du Philadelphia Inquirer n'a pas aimé le film, le qualifiant de « genre d'absurdités grossières qui nous rappelle qu'Hollywood ne recourt pas toujours à la comédie pour priver les adolescents de leurs dollars », tandis que Chris Glidden du déclare qu'il s'agit de l'un des pires films de l'année. Le critique Stephen Hunter estime également que le film est mal fait, « faible en intelligence et en style et riche en violence mesquine et en rock'n'roll sans distinction ». Lou Lumenick du Record commente que le film est involontairement comique plutôt que passionnant, déclarant : « Attendez-vous au pire ! ».

vignette|upright=1|Linda Blair a été critiquée pour sa prestation et a remporté le Razzie Award de la pire actrice.