thumb|right|Rainer Maria Rilke (1875–1926) Le titre complet est Die Sonette an Orpheus: Geschrieben als ein Grab-Mal für Wera Ouckama Knoop (Les Sonnets à Orphée, écrits comme un monument funéraire pour Wera Ouckama Knoop). (en français, Les Sonnets à Orphée) est un cycle de 55 sonnets écrits en 1922 par le poète austro-hongrois Rainer Maria Rilke (1875–1926). Ils furent publiés pour la première fois l'année suivante. Rilke, « largement reconnu pour être l'un des poètes de langue allemande dont le lyrisme est le plus intense. », les écrivit en trois semaines, lors de ce qu'il appela une « tempête créatrice ».. Inspiré par la mort de Wera Ouckama Knoop , compagne de jeux de sa fille Ruth, il dédia ces poèmes à la mémoire de la jeune fille..

En , Rilke acheva également son ensemble de dix poèmes philosophiques et mystiques intitulé Élégies de Duino, qu'il mit dix ans à composer. Les Sonnets à Orphée et ces Élégies sont considérés comme les chefs-d'œuvre de Rilke et l'expression la plus accomplie de son art poétique.

Histoire de la rédaction et de la publication Le château de Muzot et la « tempête créatrice » vignette|Le château de Muzot à Veyras, est l'endroit où Rainer Maria Rilke écrivit les Sonnets à Orphée et acheva les Élégies de Duino au cours de ce qu'il qualifia de « tempête créatrice. », survenue pendant trois semaines en février 1922.

Durant la majeure partie des années 1910, Rilke souffrit d'une profonde dépression qui l'empêcha d'écrire. Il avait commencé les Élégies de Duino en 1912, en rédigeant des fragments en 1913 et 1915, avant que la Première Guerre mondiale et sa brève conscription dans l'armée austro-hongroise ne provoquent une longue période de silence créatif.. Ce n'est qu'en 1920 qu'il retrouva la motivation d'achever son œuvre, bien que son existence itinérante et instable l'en ait empêché durant deux ans.

En 1921, Rilke se rendit en Suisse dans l'espoir de s'imprégner de la culture française près de Genève et de trouver un lieu de résidence permanent.. À cette époque, il entretenait une relation avec Baladine Klossowska (1886–1969). Sur l'invitation de (1884-1951), marchand, clarinettiste amateur et mécène suisse, Rilke s'installa dans le , un manoir du sans gaz ni électricité, situé dans la vallée du Rhône. Reinhart acheta la propriété afin d'y loger Rilke sans loyer, lui permettant ainsi de se consacrer entièrement à son travail.. Rilke et Klossowska s'y installèrent en , et à l'automne, il traduisit en allemand des textes de Paul Valéry et de Michel-Ange..

La nouvelle du décès de Wera Ouckama Knoop (1900–1919), amie de sa fille Ruth, inspira Rilke et déclencha sa période de création la plus fébrile. En quelques jours, du 2 au , il rédigea la première partie des Sonnets à Orphée, composée de 26 poèmes. Il se consacra ensuite à l'achèvement des Élégies de Duino, terminées le au soir. Peu après, il reprit les Sonnets et en acheva la seconde partie en moins de deux semaines.

Dans plusieurs lettres à ses proches, Rilke évoqua cette période comme une véritable « tempête créatrice » et considéra les Sonnets et les Élégies comme « de la même naissance ». Élégies et Sonnets s'étayent constamment, — et je considère comme une grâce infinie d'avoir pu gonfler du même souffle ces deux voiles : la petite voile couleur de rouille des Sonnets et l'immense voile blanche des Élégies.. Il écrivit le à son amie Lou Andreas-Salomé :

Tout au long des Sonnets, Rilke évoque fréquemment la figure de Wera, tantôt en la nommant, tantôt à travers des images symboliques comme celles de la « danseuse » ou d'Eurydice. Dans une lettre adressée à la mère de la jeune fille, il confia que le fantôme de Wera l'avait « enjoint et obligé à écrire »...

Forme et style Les sonnets Les Sonnets sont au nombre de 55, divisés en deux parties, dont la première en comprend 26 et la seconde, 29.

Ils se composent tous de deux quatrains, suivis de deux tercets. En général, les quatrains sont à rimes croisées (ABAB CDCD) ou embrassées (ABBA CDDC), et les tercets sont à la mode du sonnet italien (EEF GGF), à rimes EFG EFG ou enlacées (EFG GFE).

La tradition du sonnet n'est pas aussi marquée dans la littérature de langue allemande que, par exemple, dans les littératures française, anglaise et italienne. Un modèle possible pour Rilke aurait pu être Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Réunir des poèmes dans des cycles entiers était une pratique assez courante à l'époque, les œuvres de Stefan George (Hymnen, Der siebente Ring) ou d'Arthur Rimbaud (Une saison en enfer, Les Illuminations) en étant des exemples.

Rilke ne respecte pas du tout les normes formelles du sonnet allemand façonné par Auguste Schlegel. Le vers allemand, contrairement au vers français, est défini par la répartition de l'accent tonique. Le dactyle et le trochée sont les pieds les plus fréquents, et la longueur des vers varie beaucoup, parfois même dans le même sonnet. L'utilisation fréquente de l'enjambement brise souvent la structure même du vers.

Le symbolisme et les thèmes Le contenu des sonnets est, comme de coutume chez Rilke, hautement métaphorique. Le personnage d'Orphée (que Rilke appelle « le dieu de la lyreSonnet 18, vers 8 : "Gott mit der Leier". ») figure plusieurs fois dans le cycle, tout comme d'autres personnages mythiques tels que Daphné. Ses sources principales sont les Métamorphoses d'Ovide et dans une moindre mesure le chant IV des Géorgiques de Virgile. Le principe des transformations ovidiennes se retrouve à la fois à l'intérieur des sonnets et, surtout, entre eux. Ainsi, le discours de la forêt et des animaux, présent dans le premier sonnet du chant orphique, est « transformé » en une fille dans le deuxième sonnet, où le point focal passe de la fille au monde. Il y a aussi des allusions à la Bible, dont une mention d'Esaü. Parmi les autres thèmes, on trouve les animaux, des peuples de cultures différentes, le temps et la mort.

Rilke affirma que le cycle complet était inspiré par Wera, mais elle n'apparaît que dans l'un des poèmes. Il a toutefois dit avec insistance que .

Notes et références

Bibliographie . Traduits en français et anglais par Claude Neuman : Les Sonnets à Orphée – The Sonnets to Orpheus (2017). Edition trilingue, www.ressouvenances.fr

Liens externes

Version allemande en ligne : Die Sonette an Orpheus. Récitation en allemand des deux premiers sonnets par Irene Laett (téléchargement).

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