Botaniatès ou Botaneiatès ou Botaniate (grec : ), né vers 1001 et mort en 1081, est empereur byzantin du au .
Issu d'une famille aristocratique d'Anatolie, il s'illustre par ses talents de chef militaire à plusieurs occasions et sur différents fronts, dans le contexte d'un Empire byzantin à son apogée depuis la mort de en 1025 mais en butte à des menaces extérieures nouvelles et à une instabilité interne grandissante avec la fin de la dynastie macédonienne. De par son influence, Nicéphore est assez vite un acteur des crises et des révoltes qui secouent le monde politique byzantin. Il soutient ainsi quand il prend le pouvoir en 1057, avant d'être exilé par et de revenir en grâce sous après la bataille de Mantzikert. Néanmoins, mécontent de la tournure des événements qui voit la pénétration de plus en plus marquée des Seldjoukides en Asie Mineure, il finit par se détourner de l'empereur et se révolte contre lui en 1078. Soutenu par une partie notable de l'élément anatolien de l'Empire, inquiet pour son avenir, il parvient à s'emparer du trône, alors même qu'une autre révolte venue d'Europe vise aussi Constantinople.
D'emblée, le règne de Nicéphore est marqué par la lutte incessante contre des complots et des soulèvements à différents endroits de l'Empire. Il se montre incapable d'installer solidement sa légitimité dans un jeu politique caractérisé par des luttes d'influence et une compétition entre différentes branches de l'aristocratie. S'il tente d'acheter la loyauté de la population, de l'armée ou de puissantes familles par une politique de cadeaux qui fragilise le trésor impérial, il est dépassé par les défis nombreux auxquels fait face l'Empire, en particulier l'avancée des Seldjoukides en Anatolie ou encore le débarquement des Normands de Robert Guiscard dans les Balkans. Bientôt, ses soutiens s'amenuisent et c'est de la famille des Comnènes, un temps loyale à sa cause, que le soulèvement décisif intervient en 1081. Porté par Alexis Comnène, il rassemble un parti suffisamment fort pour prendre Constantinople au début du mois d'avril. Nicéphore abdique et se retire dans un monastère où il meurt quelques mois plus tard. L'installation de la dynastie des Comnènes marque le début d'une nouvelle phase dans l'histoire de l'Empire byzantin.
Sources thumb|left|alt=Signature manuscrite de Michel Attaleiatès sur la page d'un manuscrit|Signature de Michel Attaleiatès tirée d'une page manuscrite de la Diataxis. Bibliothèque nationale de Grèce. La source la plus riche du règne de est L’Histoire écrite dans les années 1070 par l’historien Michel Attaleiatès. C’est un contemporain de l’empereur et il se dissocie largement des écrits de Michel Psellos, dont la Chronographie est l’autre grand ouvrage de la période. Attaleiatès met en avant les mérites de Nicéphore et mentionne des actions ignorées d’autres textes, comme son rôle de chef de l’arrière-garde lors de la bataille de la passe de Zygos, à laquelle Attaleiatès consacre de nombreuses pages. Ce point de vue de l’auteur s'explique bien, car il a été élevé au rang de vestes par Nicéphore. À l’inverse, il est bien plus critique envers son prédécesseur, . Il lui reproche largement la perte de l’Asie Mineure, dont il est originaire, à la suite de la bataille de Mantzikert. Il pourrait alors se faire le porte-voix d’une partie de la population byzantine qui a pu se sentir abandonnée. Dans le même temps, Nicéphore est lui-même originaire d’Anatolie et bénéficie donc d’un regard plus positif de Michel Attaleiatès.
Michel Psellos défend une autre position à propos de . Tous deux d’origine aristocratique, Michel Psellos se montre favorable à son égard et passe sous silence ses échecs ou ses difficultés, notamment son action en Asie Mineure ou la dévaluation de la monnaie byzantine.
thumb|alt=Page d'un manuscrit représentant deux hommes l'un en face de l'autre|Miniature représentant Michel Psellos dispensant ses enseignements à Doukas. Codex 234 du Monastère du Pantocrator du Mont-Athos, .
Enfin, l’Alexiade, texte centré sur , est une autre source de valeur à propos de Nicéphore. Les passages qui lui sont consacrés sont probablement tirés des écrits de Nicéphore Bryenne le Jeune, le mari d’Anne Comnène, auteure du roman. Du fait même qu’elle est la fille d’Alexis et que celui-ci a renversé Nicéphore, son récit est naturellement défavorable à ce dernier et met surtout l’accent sur les actes de son père.
Les autres sources sont plus secondaires dans l’analyse de Nicéphore et de son règne. Il est brièvement mentionné dans Synopsis Historion de Jean Skylitzès, dont le déroulement s’arrête en 1057, mais plus en détail dans le Skylitzès continué, rédigé sous Alexis et favorable à celui-ci.
Guillaume d'Apulie, historien normand de la fin du offre une perspective extérieure sur le règne de Nicéphore, puisqu’il décrit l’offensive de Robert Guiscard à l’encontre des Byzantins en 1081. Du fait même qu’il est étranger à l’Empire, son opinion à l’égard de Nicéphore est relativement neutre. Nicéphore est aussi mentionné dans les récits de Matthieu d'Édesse et de Michel le Syrien, composés bien après la mort de l’empereur mais dont les avis sont quelque peu détachés des querelles politiques de l’époque. Si Michel le Syrien est très critique envers , il semble suivre l’opinion de Michel Attaleiatès à l’égard de Nicéphore, sans rentrer dans les détails. Quant à Matthieu, il suit au contraire le texte de Michel Psellos. Par conséquent, il décrit en des termes peu amènes voire carrément dégradants, Nicéphore.
Contexte général thumb|L'Empire byzantin au milieu du .|alt=carte montrant en rose les possessions byzantines, Sud de l'Italie, Grèce, Balkans et Turquie, et en vert les possessions arabes, Sicile et Proche-Orient Le monde byzantin de la deuxième moitié du est profondément troublé. À sa mort en 1025, a laissé un Empire puissant, presque au maximum de son expansion depuis Héraclius et bénéficiaire d'une prospérité économique ainsi que d'un renouveau intellectuel de premier plan. La dynastie macédonienne a su installer une légitimité dynastique inédite dans l'ordre politique romano-byzantin mais son extinction à la mort de puis de en 1028 met cet édifice en péril. Les querelles de pouvoir s'accélèrent dès lors que plus aucun prétendant légitime au trône n'existe. Cette compétition, parfois schématiquement décrite comme une opposition entre des familles aristocratiques aux fonctions militaires et d'autres aux fonctions civilesVoir à ce sujet les analyses de Georg Ostrogorsky., revêt en réalité une complexité assez grande. Ce sont des clans, constitués au gré d'alliances matrimoniales, de proximité géographique ou de préoccupations communes, qui s'affrontent. Ces grandes familles sont les Doukas, les Comnènes, les Diogènes ou encore les Mélissènes. Ces rivalités fragilisent immanquablement l'Empire alors que des peuples nouveaux se massent à ses frontières, dont les Turcs en Orient, les Normands qui envahissent l'Italie byzantine ou les Petchénègues au nord du Danube, tandis que l'économie souffre aussi de cette instabilité chronique et du coût des guerres civiles. C'est dans ce contexte fort troublé, marqué par les conséquences de la grave défaite de Mantzikert face aux Turcs en 1071, qu'intervient l'ascension puis le règne de Botaniatès..
Carrière avant la prise du pouvoir
Origines familiales Nicéphore est né en 1001 ou 1002 de l'union entre Michel Botaniatès et sa femme. Il appartient à la puissante famille militaire des Botaniatès, originaire des Anatoliques. Selon Attaliatès, tant le grand-père de Nicéphore (lui aussi prénommé Nicéphore) que son père Michel servent comme généraux sous , lors de ses conquêtes du Premier Empire bulgare et de ses guerres contre les Géorgiens. Il rajoute aussi que sa famille est liée à celle de l'empereur et, plus largement, à la famille des Phocas. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une invention destinée à renforcer la légitimité de Nicéphore Botaniatès quand il arrive sur le trône mais Michel Psellos semble confirmer ce lien puisqu'il l'appelle Phocas dans sa reproduction de la lettre de à NicéphoreSur la prétention de Nicéphore d'être apparenté à la famille des Phocas et la pratique des prétendants au trône à renforcer leur légitimité par la généalogie, voir . Ce dernier se marie à une dénommée Vevdene puis épouse en secondes noces Marie d'Alanie, l'ancienne femme de . Dans l'ensemble, peu de choses sont connues de la vie de Nicéphore avant 1053, si ce n'est qu'il sert comme officier sous dans sa guerre contre les Petchénègues entre 1048 et 1053.
Carrière militaire vignette|gauche|alt=Photo des deux faces d'une pièce en or représentant Isaac|Histamenon d'or frappé sous . Nicéphore attire l'attention lors de la bataille de la passe de Zygos en 1053. Il couvre la retraite des troupes byzantines face au danger de poursuite des Petchénègues. Nicéphore ordonne alors à la cavalerie de maintenir une formation serrée pour l'empêcher d'être submergée et réduire les dommages infligés par les archers de cavalerie ennemis. En outre, il déploie des éclaireurs pour repérer les mouvements adverses et éviter toute embuscade. Les Petchénègues échouent à plusieurs reprises à rompre la formation byzantine. Ce combat s'étale sur onze jours, sans que les Petchénègues n'arrivent à réduire la résistance de Nicéphore, ni à obtenir sa reddition, bien qu'ils essaient d'abattre les chevaux par leurs flèches. Le combat continue alors à pieds et Nicéphore semble refuser de fuir à cheval, contribuant à maintenir le moral de ses hommes. Finalement, il parvient à guider ceux-ci à Andrinople et les Petchénègues se retirent. récompense Nicéphore du titre de . Il est difficile de savoir dans quelle mesure Michel Attaliatès a pu grossir les exploits de Nicéphore mais son action semble à l'évidence établir sa réputation de général.
Nicéphore apparaît ensuite dans la révolte d' contre l'empereur (1056-1057). Ce soulèvement a pour origine le favoritisme accordé par Michel à certaines branches de l'aristocratie, en particulier la haute administration de Constantinople contre certains militaires éminents dont Isaac. Si ce dernier tente d'abord de trouver un compromis, il se voit opposer une fin de non-recevoir insultante et réunit alors une importante armée avec d'autres généraux mécontents, dont Nicéphore. Le a lieu la bataille de Petroe entre les loyalistes et les rebelles, qui voit la victoire de ces derniers, au cours d'un des affrontements les plus sanglants lors d'une guerre civile byzantine. Isaac peut alors rentrer dans Constantinople et il devient le premier militaire à détenir le pouvoir suprême depuis la mort de en 1025. Nicéphore est principalement mentionné pour avoir dirigé l'un des flancs des rebelles au cours de la bataille de Petroe et il aurait remporté un duel face à Randolf le Franc, l'un des mercenaires de Michel, peut-être avec l'aide de ses soldats. Cet épisode est rapporté indirectement par Jean Skylitzès et sa véracité demeure incertaine car les chroniques de l'époque romancent parfois de supposés duels pour valoriser l'un ou l'autre des participants. En 1059, Isaac le nomme à la tête de la frontière danubienne où il reste jusqu'en 1064, bien après la déposition d'Isaac. A ce poste, il sauve notamment la vie du futur empereur à l'occasion d'une campagne contre le royaume de Hongrie.