La prévôté de Saint Laurent d'Oulx (en italien : ) est une congrégation de chanoines réguliers de saint Augustin, fondée aux alentours de 1050 et sécularisée le pour permettre la création du diocèse de Pignerol. Le chef d'ordre de cette congrégation siégeait au lieu-dit « Plan des martyrs » de la ville d'Oulx.
Délégataire, dès sa fondation, d'une partie de l'autorité des évêques puis archevêques de Turin sur les paroisses du Val de Suse et du Val Cluson, et d'une partie de l'autorité des archevêques d'Embrun, sur les paroisses du Briançonnais, elle acquiert de nombreux biens ecclésiastiques ou nobles en Dauphiné, en Savoie, en Piémont, en Provence, en Ligurie et en Auvergne. Elle devient la principale autorité ecclésiastique des Escartons du briançonnais et un seigneur, à la fois laïc et ecclésiastique, majeur en Dauphiné et en Piémont.
Affaiblie par les crises économiques du , quasiment ruinée par les guerres de religion, incorporée aux possessions des ducs de Savoie, en 1713, par le traité d'Utrecht, puis en 1720 au royaume de Sardaigne, elle est unie en 1756 au diocèse de Pignerol que le pape Benoît XIV vient d'ériger. Histoire Au : la fondation Evènements repères du 20px 20px 20px 20px 20px 20px 25px 25px 20px 20px 20px 20px 20px 20px 20px 20px À l'origine La fondation de la prévôté d'Oulx a lieu à une date non certaine entre 1050 et 1061 quand un « clerc pro honore » pourvu de famille, Ponce de Bardonnèche, fils de Witbald, avec l'accord de son épouse Ermengarde et de son fils Pierre, cède aux prêtres Gérard et Odelric et aux frères qui se sont rassemblés avec eux, les droits dont il a hérité sur les églises Saint Laurent et Sainte Marie d'Oulx, mais aussi sur les autres paroisses comprises entre le col de Montgenèvre, Exilles, le col de Sestrières et le torrent de Galambre. Dès 1056, Guinamand, archevêque d'Embrun, accordait aux mêmes le droit d'acquérir dans son diocèse, la moitié des dimes qu'ils pourraient reprendre aux laïcs. Plus tard, et à une date aussi incertaine, il confirme que les mêmes, ont acquis les dîmes de Le Monêtier-les-Bains, et reconnait les donations de Ponce de Bardonnèche.
Le plan des martyrs Les variations du nom Guinamand fait référence, dans ses reconnaissances, sous le nom de « Plebs Martyrum », au lieu où sont installés les bénéficiaires. Ce terme a été traduit de manière très diverses par les auteurs qui se sont intéressés à la question. On lit fréquemment « Peuple des martyrs » qui est un contresens, ou « Plébanie des martyrs » qui consiste à confondre l'équivalent d'un vicariat ou d'un archiprêtré, dans l'organisation ancienne de l'archidiocèse de Turin, avec un lieudit. Les termes les mieux adaptés sont le très littéral « Champ des martyrs » ou mieux « Plan des martyrs » car la ville d'Oulx est traditionnellement formée de deux hameaux, dont l'un, la ville haute, porte en patois le nom de « Vière », et dont l'autre, la ville basse, se nomme « Le plan». Le quartier dans lequel se trouvent les bâtiments de la prévôté se situe près de l'actuelle gare et il est désigné, en français sous le nom de « l'abbaye », et en italien sous le vocable « la badia ». Ce nom provient du récit d'un massacre qui est supposé avoir eu lieu à cet endroit et dont il existe de nombreuses versions.
Selon Raoul Glaber Raoul Glaber, dans ses chroniques, raconte l'histoire d'un «inventeur de reliques» qui se présentait sous le nom d’Étienne et qui . Il fabrique là une relique qu'il place dans une urne ou un coffret adapté, et la présente aux fidèles comme lui ayant été remise par l'entremise d'un ange qui lui était apparu, et comme étant les restes du martyr Juste de Beauvais. La relique commence à produire des miracles, et Oldéric-Manfred, marquis de Turin, qui vient de faire restaurer l' et de fonder une abbaye à Suse, se fait amener l'objet miraculeux et son inventeur. Raoul Glaber assure avoir été témoin oculaire de l'imposture alors qu'il accompagnait Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon à la dédicace de l'église Saint-Just de Suse. Raoul Glaber témoigne de la naissance d'une légende, destinée à sacraliser l'espace montagnard au moment où celui-ci, au travers de la capture et de la délivrance de Mayeul de Cluny, venait faire la démonstration de son caractère stratégique pour la communication des ecclésiastiques et des laïcs avec Rome.
Selon Jean de Saint Louis En 1664, le chanoine Étienne Garcin, curé de Saint-Restitut, au Sauze de Cézanne, et infirmier de la Prévôté d'Oulx, demande au père Jean de Saint Louis, moine de l’abbaye de Saint-Pierre et Saint-André à la Novalaise de rédiger « l'Histoire du Martyre de Saint Just et Saint Flavien avec leurs compagnons » en s'appuyant sur les chroniques de ce couvent. La réponse que le bénédictin lui transmet, le , par l'intermédiaire du chanoine Coste de la prévôté d'Oulx, contient, en substance, le récit suivant : l'abbaye « d'Ulces, à présent appelée Ours, a été fondée en 76 après Jésus-Christ, peu de temps après la Novalaise, dont la création remonte à l'année 56, par Priscille, une parente de Néron. Des ermites s'y établirent jusqu'à ce que saint Maur, en 530, leur apporte la règle de saint Benoit. En 575, les Lombards franchissent le Pô, chassant devant eux les populations, et notamment les habitants et les moines de la Novalaise qui se réfugient à Oulx pour prendre conseil de Just qui partageait avec son compagnon Fabien, un ermitage près de l'abbaye. Les Lombards les poursuivent et massacrent tout le monde. Les martyrs, dont il estime le nombre à plus de 500, sont enterrés dans une chapelle Saint-Pierre-et-Saint-Étienne de l'église d'Oulx, et saint Just, sous le maître autel.
Pour rédiger son résumé, Jean de Saint Louis s'est principalement inspiré du Chronicon novaliciense, mais aussi de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours (en particulier du chapitre 44), de l'Histoire des Lombards de Paul Diacre, et du Chronicon Burgundiae. L'auteur avoue néanmoins qu'il ne tire pas l'essentiel de cette histoire de ces ouvrages, mais de manuscrits de la Novalaise qui ont déjà été utilisés par Monseigneur Paolo Brizio, évêque d'Albe. Il y trouve matière à raconter les aspects dramatiques de l'épisode. Les Lombards torturent un vieux moine afin de lui faire avouer où sont cachés les trésors du monastère et celui-ci les nargue en répondant que les richesses du monastère sont la jeunesse, les oraisons, le mépris des richesses, et l'observance de la règle. Un guerrier furieux le transperce de sa lance. Just se révolte contre cet acte et les guerriers lombards se jettent sur lui : le premier lui ouvre le crane avec son épée et en extrait le cerveau, le second lui transperce le ventre et le troisième le décapite. Flavien, à son tour, offre sa tête afin de recevoir la palme du martyre.
La narration est assez élaborée car ce dénouement survient après une scène, au cours de laquelle, Just et Flavien, qui ont appris l'arrivée des Lombards se sont réfugiés dans une grotte que la tradition situe proche de la chapelle Saint-Just de Beaulard qui a été bâtie à d'altitude . Dieu s'y manifeste par un premier signe . Puis, afin de les convaincre d'affronter le martyre qu'ils ont fui, il leur fait percevoir miraculeusement la musique céleste dont Just, devant l'entrée de la caverne, se rend compte qu'elle provient des âmes des martyrs d'Oulx qui montent aux cieux. Les deux moines prient pour demander le pardon de leur peur, puis fortifiés par la prière, redescendent vers Oulx pour y subir, à leur tour, le martyre.
Jean de Saint Louis précise encore, en s'appuyant sur les recherches de Paolo Brizio, qu'il existait trois chapelles dans ce monastère, l'une dédiée à saint Pierre dans laquelle la tête de saint Just que les Lombards avaient jetée dans un puits afin que personne ne la retrouve, fut ensevelie sous le maître autel, une seconde dédiée à saint Laurent et une troisième dédiée à saint Jean Baptiste. Les inondations avaient ruiné l'église Saint-Pierre, et la tête de saint Just est perdue jusqu'en 1021 quand une révélation divine indique à un saint homme nommé Étienne son emplacement et incite le marquis Oldéric Manfred à les transférer à Suse pour permettre de leur rendre plus facilement honneur.
Le texte de Jean de Saint Louis est à la fois précieux et savoureux. Précieux parce qu'il s'appuie sur la tradition locale et sur des faits récents. Il va même jusqu'à évoquer le mélèze "à sept pointes", sur lequel, selon une tradition orale qui nous est parvenue indépendamment de son texte, saint Just serait monté pour mieux voir où se trouvait le site du massacre. Savoureux parce que sa langue témoigne du français, émaillé d'expressions locales et de réminiscences du patois, que l'on parlait alors dans la région. Les chanoines de la prévôté, à l'époque où il est écrit, essayent de prouver ou de se convaincre de l'ancienneté de leur maison, alors qu'elle se relevait à peine des ruines causées par les guerres de Religion, afin de démontrer qu'elle porte les traditions chrétiennes les plus anciennes et qu'elle détient une forte légitimité que l'on peut opposer aux protestants. Selon Joseph Toussaint Reinaud En 1828, Joseph Toussaint Reinaud résumait cette histoire de la manière suivante :
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Histoire et légendes Lombards ou Sarrasins ? Comment est-on passé des uns aux autres ? Pourquoi Joseph Toussaint Reinaud ne lisait-il pas dans la « Chronique de la Novalaise », la même chose que Jean de Saint Louis et Paolo Brizio y trouvaient?
À cause d'une interprétation rapide de Joseph Toussaint Reinaud qui déduit de trois mots (« deux jeunes moines ») qu'il est question d'Oulx alors que la « Chronique de la Novalaise » ne cite jamais ce lieu. À cause de la « Chronique de la Novalaise », elle-même, qui est un document dont la valeur en tant que source pour l'historien est très incertaine. Elle a été écrite vers 1050, à Breme où les moines de la Novalaise s'étaient établis après la destruction de leur monastère par un raid mené par des « Sarrasins » en 906. L'auteur, dont le nom n'est pas connu, y a rassemblé, sans grand ordre et sans grand respect pour la vraisemblance chronologique, tout ce qu'il a pu trouver dans les documents, dans les récits populaires ou rapportés par les moines. Le texte contient de nombreuses histoires fantastiques et de ragots, qui portent principalement sur les dignitaires laïcs de ce temps, invérifiables.
À cause, enfin, de la mode. Entre 1780 et 1880, de nombreux érudits tentèrent de suppléer, en s'appuyant sur la mémoire orale, à l'absence de documents ou à leur rareté pour éclairer certains faits anciens. Ils en déduisent un « mythe sarrasin » qui constitue un fait intéressant du point de vue l'étude des mentalités aussi bien en France qu'en Piémont, mais qui est incohérent avec la documentation historique, textuelle ou matérielle. Le sommet fut atteint dans des ouvrages comme « Des traces laissées en Provence par les Sarrasins » publié en 1908 par Henri Bigot, qui s'il rapporte des légendes intéressantes exagère jusqu'à prêter aux sarrasins l'introduction du Cheval de Camargue.