L'opposition au concubinage entre personnes de même sexe et au Pacte civil de solidarité en France est constituée par l'ensemble des institutions et des mouvements associatifs, politiques et religieux refusant toute forme de reconnaissance légale des couples de même sexe.

Cette opposition apparaît au grand jour avec le refus de la Cour de cassation de reconnaître le concubinage entre personnes de même sexe en 1989 et en 1997. Elle se manifeste cependant surtout en 1998-1999, moment où la « gauche plurielle » présente, devant le parlement français, deux projets de loi : l'un, dit de « Pacte civil de solidarité », qui cherche à instaurer un partenariat enregistré ouvert aux couples homosexuels, et l'autre qui reconnaît officiellement le concubinage entre partenaires de même sexe. Le rejet de ces réformes se traduit à la fois par l'obstruction des parlementaires « anti-PaCS » et par l'organisation de manifestations destinées à faire reculer le gouvernement Jospin. Il donne alors parfois lieu à des débordements homophobes, qui marquent durablement la communauté LGBT française.

Au premier plan de cette opposition, qui disparaît largement après l’approbation de la réforme, se trouvent la députée Christine Boutin, le collectif « Générations anti-PaCS », la quasi-totalité des représentants de la droite française et une nébuleuse d'organisations liées à l'Église catholique.

Déroulement Du refus du concubinage entre personnes de même sexe à la naissance du PaCS

thumb|upright|alt=Le fronton de la Cour de cassation, à Paris|Jusqu'en 1999, la Cour de cassation juge qu'un couple concubin est obligatoirement . Dans les , la communauté homosexuelle française est durement touchée par l'apparition et le développement de l'épidémie du sida. Des milliers de couples sont alors doublement victimes de la maladie : d'abord parce que celle-ci emporte de nombreux partenaires ; ensuite parce que la société ne reconnaît aux survivants aucun droit sur le patrimoine ou le logement de leurs conjoints disparus. Le , la Cour de cassation refuse ainsi de reconnaître le concubinage homosexuel et précise qu'un couple concubin est obligatoirement composé d'un homme et d'une femme, ce qui interdit aux homosexuels le droit au bail, la prise en charge du conjoint par la Sécurité sociale et toute une série d'autres avantages. Cette décision, qui arrive dans un contexte légal par ailleurs plutôt favorable aux homosexuels (alignement de leur majorité sexuelle sur celle des hétérosexuels en 1982 ; interdiction des discriminations professionnelles et commerciales fondées sur les mœurs en 1985), est ensuite réitérée en 1997...

Dans ces conditions, des militants homosexuels et quelques personnalités politiques de gauche commencent à se mobiliser pour faire évoluer la société. Le , une première proposition de loi est déposée au Sénat par le socialiste Jean-Luc Mélenchon, déposée le et déposée de nouveau le : ., touché par une rencontre avec des membres de l'association « Gays pour les libertés » en 1988.. Peu de temps après, en 1991, le militant Jan-Paul Pouliquen, le juriste Gérard Bach-Ignasse et le député socialiste Jean-Yves Autexier mettent en place un groupe de réflexion, qui est à l'origine du projet de « Contrat d'union civile » (CUC). Conçu pour être accessible aux homosexuels comme aux hétérosexuels, le CUC doit conférer à ceux qui l'ont conclu des droits similaires à ceux accordés par le mariage.

thumb|left|alt=Jacques Toubon en 2009|Pour le ministre Jacques Toubon, (1995). En 1992, ce projet de CUC est finalement présenté à l'Assemblée nationale par huit députés chevènementistes et socialistes. Le Parlement le rejette mais en conserve deux aspects : la couverture sociale pour les conjoints homosexuels à la charge exclusive de leur compagnon et le transfert de bail automatique aux partenaires survivants. Cependant, cette deuxième avancée est immédiatement annulée par le Conseil constitutionnel, saisi par le ministre de la Justice Jacques Toubon pour vice de procédure. En 1993, Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre et Jean-Pierre Michel proposent à nouveau le vote du CUC à la Chambre des députés, sans davantage de succès. Désirant clore définitivement le dossier du CUC, Jacques Toubon déclare, en , que . Quelques mois plus tard, le gouvernement Juppé admet pourtant publiquement la nécessité de réformer la loi pour ouvrir le concubinage aux homosexuels.

À partir de 1995, des maires (comme Joël Batteux.) commencent à délivrer des certificats de vie commune à des couples homosexuels, ce qui déclenche l'ire de l'Église catholique, qui y voit une .. Dans le même temps, des projets alternatifs au CUC voient le jour. En 1996, le groupe communiste à l'Assemblée dépose une proposition de loi pour consolider le concubinage. L'association AIDES invente quant à elle le « Contrat de vie sociale » (CVS). Puis, de gauche (parmi lesquelles Martine Aubry, Élisabeth Guigou, Catherine Trautmann et Pierre Mauroy) signent un appel en faveur d'un « Contrat d'union sociale » (CUS). La droite propose quant à elle un « Pacte d’intérêt commun » (PIC) minimaliste. Devenu Premier ministre en 1997 et malgré ses réticences initiales, Lionel Jospin finit par adhérer à l'idée de partenariat enregistré, d'autant que les sondages d'opinion montrent que la société y est largement favorable. C'est ainsi que naît le projet de Pacte civil de solidarité (PaCS), remis par les députés socialistes Jean-Pierre Michel et Patrick Bloche à la Commission des lois en ..

thumb|upright|alt=Jacques Chirac en 2007|Pour le président Jacques Chirac, le PaCS risque de et de le droit du mariage (1998).

Des premières critiques contre le PaCS au rejet du premier projet de loi Le projet de loi est déposé devant l'Assemblée nationale par les deux députés socialistes en . En réaction, le président Jacques Chirac déclare que le Pacte civil de solidarité risque de et de le droit du mariageRéalisé le à l'occasion d'une remise de la médaille de la famille à vingt-neuf mères de familles nombreuses, le discours du président de la République dit précisément : . Voir .. Ce n'est cependant qu'en septembre suivant que le RPR annonce officiellement son intention de voter contre le projet de loi. De son côté, l'Église catholique fait également connaître sa ferme opposition à ce qu'elle considère comme une atteinte à la famille. Désireuse de rassurer les courants les plus réticents au PaCS, la ministre de la Justice Élisabeth Guigou insiste alors sur le fait que celui-ci .

Le , le député RPR Pierre Lellouche déclare que .. De fait, la droite, qui a prévu pas moins de 900 amendements pour détricoter le projet de loi, est presque unanime à condamner le PaCS.. Trois jours plus tard, le , les députés de droite, pourtant minoritaires à l'Assemblée nationale, parviennent à voter une motion d'irrecevabilité contre le texte, en profitant du très fort taux d'absentéisme des députés de gauche (260, au total).. Pour le journaliste Christophe Barbier, cette défaite humiliante de la gauche plurielle est avant tout celle du Premier ministre Lionel Jospin, qui a soutenu mollement le texte et en a laissé l'initiative aux parlementaires au lieu d'impliquer plus fortement le gouvernement dans son élaboration. Elle montre par ailleurs la fracture entre une plutôt ouverte aux couples de même sexe et une beaucoup plus réticente vis-à-vis de ce qu'elle perçoit comme un .

Un début de débats houleux () Après cette première victoire des opposants au projet de loi, le gouvernement s'intéresse davantage à la question du PaCS et le texte est retravaillé pour être à nouveau présenté devant le Parlement après les débats budgétaires. La bataille législative reprend finalement le mardi et, en deux jours, l’opposition de droiteSeule la députée Roselyne Bachelot défend le projet, à droite. Voir . dépose pas moins de amendements au texte.. Parmi ceux-ci, l'un, écrit par Bernard Accoyer, propose que . Un autre, dû à Christine Boutin, demande .. thumb|upright|left|alt=Philippe de Villiers pendant son meeting de Toulouse du pour l'élection présidentielle de 2007|Pour le député Philippe de Villiers, (1998). Dès le , Christine Boutin prononce, devant l'Assemblée nationale, un discours fleuve d'une durée de cinq heures trente. Elle proclame alors que et précise qu'... Dans le même discours, elle affirme que .. Dans les jours qui suivent, d'autres députés tiennent des discours tout aussi radicaux. Le , Dominique Dord déclare ainsi que avant de rectifier, à la suite des protestations de la gauche : .. Quant à Philippe de Villiers, il accuse la majorité socialiste et affirme : (). Enfin, d'autres petites phrases, comme (de François Vannson) ou (de Jacques Myard) situent l'homosexualité au même rang que la bestialité..

Plus constructif que certains de ses collègues parlementaires, le RPR Patrick Devedjian s'emploie à mettre en évidence les faiblesses du projet de loi socialiste. Il souligne ainsi que . Le député souligne, par ailleurs, que si le PaCS est ouvert aux fratries, il n'est pas logique de limiter la fratrie à deux individus car entre les frères et sœurs. Finalement, il pointe, comme beaucoup de ses collègues, la question des enfants.. De fait, malgré les assurances répétées d'Élisabeth Guigou, beaucoup de députés de droite continuent à craindre que le PaCS permette aux couples homosexuels d'accéder à la filiation. Par conséquent, plusieurs amendements issus de l'opposition exigent que le texte de loi interdise explicitement l'adoption et la Procréation médicalement assistée (PMA) aux pacsés homosexuels. De son côté, la Garde des Sceaux refuse cette option et déclare : . D'autres députés émettent l'idée que les voire puissent s'opposer à la signature d'un PaCS par l'un de leurs proches, sans succès..

Finalement, au terme de cette première séquence de débats (close le lundi à du matin) et malgré l'utilisation d'un « arsenal anti-obstruction parlementaire » par Laurent Fabius., le gouvernement ne parvient à faire voter que 4 des 12 articles du projet de PaCS alors qu'il avait initialement prévu d'en faire approuver la totalité. Les discussions sont donc repoussées aux et suivants.

Opposition frontale entre le gouvernement et la droite () thumb|upright|alt= Christine Boutin en 2008|Pour la députée Christine Boutin, (1998). Les débats reprennent donc le . Ils portent une nouvelle fois sur la question de la filiation, qui continue à effrayer la droite, mais aussi sur des aspects plus financiers, ce qui fait dire à certains opposants que le PaCS n'est qu'un . Ainsi, pour le député Christian Estrosi, la nouvelle forme d'union va coûter plusieurs milliards de francs . L'obstruction de la droite se poursuit par l'intermédiaire des amendements et des longues heures de discussion qui accompagnent leur vote.. Scandalisé par cette attitude, Lionel Jospin attaque directement Christine Boutin durant la séance du . Le Premier ministre qualifie alors la chef de file des anti-PaCS de . Blessée, la parlementaire quitte alors l'hémicycle en larmes, non sans recevoir le soutien de ses collègues.. Puis, calmée, elle déclare, devant les caméras : ..

En dépit de cet incident, les débats se poursuivent et l'obstruction de la droite également. De nouveaux articles sont toutefois votés, en matière de droits de succession et d'obtention de titre de séjour pour les pacsés étrangers. La droite s'insurge alors mollement contre un PaCS réduit à l'état de . Cependant, une autre question, plus triviale celle-là, anime alors les députés et la société : qui peut bien être la personne qui a envoyé des fleurs à Christine Boutin dans la matinée du pour s'excuser. ?

Après une dernière polémique concernant l'ouverture du PaCS aux fratries (le PS y est favorable, pas le reste de la gauche et encore moins la droite). et de débats, le projet de loi est adopté par contre 249 à l'Assemblée nationale, le . La bataille parlementaire n'est pourtant pas terminée : c'est désormais au Sénat de donner son avis sur le texte..