SylvieSous-titre : Souvenirs du Valois. est une nouvelle poétique de Gérard de Nerval, publiée en 1853 dans la Revue des deux Mondes, puis intégrée en 1854 au recueil des Filles du feu. De son propre aveu, Nerval considère ce texte comme la meilleure de ses nouvelles.
Présentation vignette|Page de titre de l'édition 1856 du recueil de nouvelles Les Filles du Feu, dont fait partie Sylvie.
Genèse Sylvie, comme la plupart des textes marquants de Nerval, est écrit vers la fin de sa vie, pendant sa période de crises psychiques où le poète est plusieurs fois interné.
La nouvelle est préparée par un énorme travail qui mènera Nerval à retourner fréquemment au Valois à partir de 1850. Elle est écrite durant un épisode d'intense activité psychique qui se traduit par des troubles du comportement. La rédaction est laborieuse — quoique cet aspect ne se ressente pas à la lecture —, comme l'avoue l'auteur lui-même :
Publication Sylvie paraît pour la première fois en 1853 dans la Revue des deux Mondes. Parallèlement à ce texte, Nerval a travaillé à Aurélia ou le rêve et la vie — récit qui sera publié ultérieurement — et à Petits châteaux de Bohème, publié la même année.
En 1854, Nerval entame toutes sortes de travaux en vue de la publication de ses œuvres complètes. À ce titre, il commence à publier Les Filles du feu. Pour constituer ce recueil, il regroupe d'une part une adaptation des Vieilles Ballades françaises publiées en 1842 — Chansons et Légendes du Valois —, d'autre part une série de sept nouvellesÀ savoir Angélique, Sylvie, Jemmy, Isis, Émilie, Octavie et Pandora., dont Sylvie.
L'année suivante, l'éditeur Gonet réimprime Sylvie séparément, dans la collection « Romans-miniatures », mettant ainsi en avant l'autonomie du texte.
Réception Théophile Gautier voit dans Sylvie un roman naïf, une idylle champêtre, comme celles présentées dans les romans contemporains de George Sand — La Mare au diable, notamment. Maurice Barrès célèbre après Gautier . Marcel Proust contestera pourtant que . « Je ne connais aucun récit plus enchanté dans notre langue », affirme Julien Gracqin Lettrines, éd. José Corti, 1967. La postérité confirmera ces jugementsSylvie a été retenu pour le programme « Le temps vécu » des années 2013-2014 et 2014-2015 pour les classes de maths-sup/maths-spé..
L’œuvre Intrigue Le narrateurCe narrateur est autodiégétique, c'est-à-dire qu'il est le protagoniste du récit qu'il raconte. est un jeune homme originaire du Valois monté vivre à Paris. Il y vit un amour chimérique pour une actrice de théâtre, Aurélie. Un soir, il décide de retourner sur les terres de son enfance. En chemin, il se remémore certains souvenirs de son passé : les femmes qu'il a côtoyées, le bonheur qu'il aurait pu saisir mais qu'il a laissé filer. En quelques heures, il revivra des scènes semblables à celles de sa jeunesse. Au cours du récit, les frontières entre le monde réel et un monde fantasmatique seront brouillées. Le narrateur ne pourra au bout du compte que comparer avec nostalgie aux
Résumé Chapitre I : « Nuit perdue » Comme tous les soirs depuis un an, le narrateur vient assister à une pièce de théâtre médiocre, à laquelle il se rend pour contempler une actrice. Depuis qu'il est tombé sous son charme, il n'a jamais essayé de l'approcher, se souvenant d'un de ses oncles qui a dit que .
En sortant amer du théâtre ce soir là, il se comme à l'accoutumée. Racontant à un de ses amis la raison de ses venues au théâtre, il apprend de celui-ci que la belle actrice est déjà engagée avec un homme du « cercle ». Cette nouvelle ne touche en apparence que très peu le narrateur — — qui finit par partir. En sortant, il lit sur un journal un titre parlant d'une fête se passant dans son Valois natal. Cela fait jaillir ses souvenirs de jeunesse endormis au fond de lui.
Chapitre II : « Adrienne » Le narrateur rentre chez lui et se couche. Il lui est impossible de s'endormir, totalement absorbé par ses souvenirs de jeunesse. Il se remémore la Sylvie d'autrefois, dont il a été amoureux. Il se rappelle également cette fête de village où il a vu Adrienne et comment il a subitement succombé à son charme. Il lui offre alors une couronne de lauriers, ce qui fait pleurer Sylvie. Il quitte cette dernière dans cette situation, . Il apprendra, l'année d'après ces faits, qu'Adrienne a été consacrée à la vie religieuse.
Chapitre III : « Résolution » Le narrateur sort de sa rêverie et comprend que l'amour qu'il voue à l'actrice n'est qu'une façon de « réincarner » Adrienne. Procédé qui laisse le narrateur . Il se demande alors pourquoi il a délaissé Sylvie. Se disant qu'il n'est pas trop tard pour la reconquérir, il part sur-le-champ et hèle un fiacre pour aller à LoisyVillage situé sur la commune de Ver-sur-Launette, dans l'Oise..
Chapitre IV : « Un voyage à Cythère » vignette|L'Embarquement pour Cythère, Antoine Watteau, 1717, Musée du Louvre. En chemin pour Loisy, le narrateur se plonge dans ses souvenirs de jeunesse au Valois. C'est l'occasion de se rappeler la première rencontre avec Adrienne, qui s'est produite en même temps que la fête patronale, que le narrateur détaille tout au long du chapitre. Cette fête lui évoque le Voyage à Cythère de WatteauNerval connaît cette île pour y être allée. Il relate son pèlerinage dans Voyage en Orient (1851).. Au cours de cette fête, Sylvie reproche au narrateur le fait qu'il l'a délaissée, que qu'il en oublie . Malgré des excuses et l'invocation de la raison des études, Sylvie boude encore le narrateur un moment. Ce dernier est sous le charme de la jeune femme, qui ne ressemble plus du tout à .
Sylvie finit par arrêter de bouder. Avec le narrateur, ils se remémorent alors leurs souvenirs d'enfance. Le frère de Sylvie vient interrompre ces réminiscences quand l'heure de rentrer sonne (, note 4)..
Chapitre V : « Le village » Le narrateur raccompagne Sylvie et son frère jusque chez eux, avant de s'en aller à Montagny, où il demeure dans la maison de son oncle. En chemin, il quitte la route pour une petite sente et se promène ainsi quelque temps avant de coucher à la belle étoile. Il pense alors à Sylvie, quoique l'image d'Adrienne ne soit pas loin.
Réveillé par les cloches, le narrateur décide d'aller voir Sylvie. Il lui raconte ses pérégrinations nocturnes. Sylvie lui propose alors d'aller à Othys, rendre visite à sa « grand-tante ». Sur le chemin, Sylvie cueille des fraises tandis que le narrateur cite quelques passages de Julie ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau.
Chapitre VI : « Othys » vignette|droite|Monument dédié à Gérard de Nerval à Othis, en Île-de-France, où se déroule l'action du chapitre VI. Quand Sylvie et le narrateur arrivent chez la « grand-tante », . Alors que la tante prépare de quoi manger, les deux jeunes filent à l'étage où ils se vêtent des habits de mariage de la tante. Cette dernière les rappelle à la réalité quand le repas est prêt, et ils descendent encore vêtus de leurs habits de cérémonie. Émue, la tante fait le récit des fêtes pompeuses de son temps, et, tous ensemble, se mettent à chanter.
Chapitre VII : « Châalis » Toujours en chemin, le narrateur sort de son souvenir de la visite chez la tante à Othys pour se plonger dans celui de l'abbaye de Châalis, où il est allé dans sa jeunesse avec le frère de Sylvie. Cette visite a été le théâtre d'une apparition divine pour le narrateur, qui a cru voir dans une lors de la fête de la Saint-Barthélemy.
Le narrateur est tiré de ses songes quand la voiture s'arrête. Il n'a plus qu'à marcher quinze minutes pour rejoindre Loisy.
Chapitre VIII : « Le bal de Loisy » Le narrateur arrive à Loisy, où la fête dure encore à l'approche du jour. Le narrateur rejoint Sylvie et, ensemble, ils s'éloignent du bal. Il lui propose de la raccompagner jusque chez elle et profite de la marche pour discuter avec elle : Le narrateur s'effondre et se livre à Sylvie, qu'il implore de le sauver : . Ce moment de haute intensité émotionnelle est abrégé par la venue du frère de Sylvie, tout à fait joyeux sous l'influence de l'alcool, tantôt suivi par un « amoureux » de la jeune femme. Sans autres discussions, Sylvie part chez elle avec son frère, laissant le narrateur seul.
Chapitre IX : « Ermenonville » vignette|Vue du lac d'Ermenonville, Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Ne voulant pas dormir, le narrateur part à Montagny, pour revoir la maison de son défunt oncle. Il doit demander les clés au fermier voisin. Il découvre dans la maison le même décor qu'autrefois. La nostalgie le gagne et, désirant revoir Sylvie, , il reprend la route pour Loisy.
Comme tout le monde dort, fatigué de la fête, le narrateur décide d'aller se promener à Ermenonville. Il marche ainsi dans les traces de Rousseau, qui a fini sa vie là-bas. Il se remémore les folles promenades qu'il a faites avec Sylvie en ces lieux, mais le décor lui laisse un goût amer, car il ne reproduit pas l'effet du passé lorsqu'il se promenait avec elle .
Chapitre X : « Le grand frisé »
Le narrateur reprend le chemin de Loisy, où, à présent, tout le monde est réveillé. Il va voir Sylvie. Ils discutent quelques instants dans la chambre de la jeune femme. Mais cette chambre est tellement différente des souvenirs du narrateur que ce dernier est pressé de partir. Ils décident donc d'aller faire une promenade à dos d'âne. Le narrateur pense d'abord aller à Othys, rendre visite à la tante comme autrefois. Comme celle-ci est morte, ils choisissent une autre destination : Châalis. Ils font une halte dans une forêt et se remettent à discuter. Le dialogue tourne autour de la vie parisienne du narrateur puis de leur enfance. Ils évoquent la fois où le narrateur est tombé dans l'eau et où son frère de lait, le « grand frisé », l'en a retiré.
Chapitre XI : « Retour » Le narrateur et Sylvie poursuivent leur promenade jusqu'à Châalis, tout en bavardant de choses et d'autres. Le narrateur a de raconter à Sylvie l'apparition d'Adrienne restée dans ses souvenirs.
Ils rentrent par CharlepontHameau de la commune de Mortefontaine, dans l'Oise.. En route, le narrateur demande ce qu'est devenue Adrienne mais n'obtient qu'une réponse équivoque, Sylvie ne voulant . Il s'interroge alors sur sa relation avec Sylvie, la considérant trop pour . Il pense soudainement à l'actrice AurélieC'est la première fois que le nom de l'actrice apparaît dans la nouvelle. et à la pièce qu'elle doit être en train de jouer.
Chapitre XII : « Le père Dodu » Le narrateur et Sylvie arrivent chez cette dernière pour le souper. Des voisins ont été invités, dont le vieux bûcheron, le père Dodu, qui raconte sans cesse ses histoires de jeunesse et sa relation avec Rousseau — . Le narrateur et le père Dodu parlent quelques instants, avant que toute la tablée — sauf Sylvie — se mette à chanter. Le narrateur remarque la présence de l'« amoureux » de la veille à la gauche de Sylvie. Ce jeune homme interpelle le narrateur qui ne le reconnaît pas. Une bonne femme qui distribue le dessert lui donne alors la réponse : . Le narrateur et son frère de lait, le « grand frisé » se saluent alors comme il se doit et évoquent l'épisode de la noyade.
Sylvie, fatiguée, monte dans sa chambre pour se coucher. Le narrateur l'accompagne pour lui souhaiter la bonne nuit avant de redescendre. Là, il reste longtemps à causer avec le père Dodu, le « grand frisé », et Sylvain, le frère de Sylvie. Le père Dodu apprend au narrateur qu'il est . Apparemment abattu, sans rien demander d'autre, le narrateur repart le lendemain à Paris.
Chapitre XIII : « Aurélie » De retour à Paris, le narrateur retourne au théâtre, comme à son habitude, pour contempler Aurélie. Pendant le quatrième acte de la pièce, il s'en va acheter un bouquet de fleurs — auquel il joint une lettre signée « un inconnu » — qu'il dépose au théâtre à l'attention de l'actrice.