Spongilla lacustris est une spongille, l'une des environ d'éponges d'eau douce (spongiaires)Manconi & Pronzato, 2002 – Freshwater Sponges.
thumb|upright=1.2|Macrophotographie (extrémité d'une « branche/bourgeon » de Spongillidae ; probablement Spongilla lacustris, dont la couleur verte est due à une algue symbiote). thumb|upright=1.2|Colonie probablement formée par Spongilla lacustris. thumb|upright=1.2|Forme particulièrement riche en pores inhalants. thumb|upright=1.2|Forme complexe d'une colonie ayant grandi à l'abri de la lumière. thumb|upright=1.2|Oscules. Rem : la flèche de gauche montre un oscule qui semble bouché.
thumb|upright=1.2|Éponge d'eau douce Spongilla lacustris sous une bouée de plastique flottante sur la Haute-Deûle à Lille, sur une zone sans trafic marchand ; la couleur verte est due à une association symbiotique avec une microalgue verte.
C'est un organisme colonial dont le premier stade est la coalescence de cellules individuelles. Une éponge broyée peut d'ailleurs reformer une nouvelle éponge, de forme différente mais parfaitement fonctionnelle.
Selon des mesures faites en laboratoire par Brauer (1975), grâce à ses vacuoles contractiles (VC), située au centre de l'éponge, et qui se remplissent et se vident d'eau en 5 à 30 minutes (en faisant varier leur diamètre de 1 à 13 µm)Brauer, E. B., & McKanna, J. A. (1978). Contractile vacuoles in cells of a fresh water sponge, Spongilla lacustris. Cell and tissue research, 192(2), 309-317 (résumé), cette espèce filtre environ 70 fois son propre volume en eau chaque heureBrauer EB (1975). Osmoregulation in the fresh water sponge, Spongilla lacustris. Journal of Experimental Zoology, 192(2), 181-192 (résumé)..
Relativement ubiquiste en termes de température et de dureté de l'eau (mais uniquement présente à partir d'une certaine profondeur, car elle ne supporte pas la dessiccation ni la proximité de la surface), c’est la plus répandue des éponges d’eau douce dans l'hémisphère nord (dont en Asie, jusqu'en IndeJamdade RA & Deshpande VY (2014) Freshwater sponge fauna (Porifera: Spongillidae) from Satara region of Western ghats, India, Advances in Applied Science Research, 2014, 5(2):347-352 ; ; PDF, 6 pages).
Selon son âge et en raison de facteurs encore mal compris, cet organisme colonial se présente sous des formes très variées (petites boules plus ou moins irrégulière, plaques et beaucoup plus rarement sous des formes complexes arborescentes ou digitées). Les individus arborescents et de grande taille sont encore plus rares mais néanmoins occasionnellement observés dans les milieux qui leur sont favorables.
Longtemps confondue avec une plante primitive, il s'agit en fait d'un animal filtreur pluricellulaire, primitif et d'organisation simple (du groupe des Métazoaires), qui se nourrit principalement de matière organique ou de bactéries et microplancton en suspension.
Le squelette est souple et mou.
Statut de menace ou de rareté Selon l'Agence européenne de l'environnement, faute de données suffisantes, le statut de menace ou de rareté de cette espèce n'a pas pu être évalué, et l'espèce n'est citée par aucun texte réglementaire européenFiche Spongilla lacustris (Linnaeus, 1758) (), consulté 2014-06-03.
Elle est rare ou absente dans certains milieux et abondante dans d'autres ( de matière sèche par mètre carré mesurés en octobre (pic de biomasse) dans une mare acide à sphaignes) du centre du New Hampshire aux États-Unis étudiée par Frost & al (1982)Frost, T. M., De Nagy, G. S., & Gilbert, J. J. (1982). Population dynamics and standing biomass of the freshwater sponge Spongilla lacustris. Ecology, 1203-1210 (résumé).
Description En 1759, Linné décrit cette éponge comme (c'est-à-dire : rampante, fragile, avec branches cylindriques présentant des renflements au niveau de leurs extrémités) On la trouve en réalité sous de nombreuses formes ; elle peut former des taches ou des couches d’apparence « encroutantes » en tapis généralement peu épais (un à quelques millimètres). Elle forme parfois des boules ou des nodules ou des groupes de nodules, ou encore, elle produit des formes coloniales plus complexes (beaucoup plus rares), « digitée » ou « arborescentes ».
Couleur : Dans la pénombre ou fixée sur le dessous de branches ou d'objets flottants elles sont généralement blanc cassé, blanc-gris ou jaunâtre à brun clair (leur couleur est due aux bactéries ou algues symbiotes ou opportunistes qu'elles hébergent). Dans le noir total ou à grande profondeur, elles ont généralement une couleur allant de blanc à blanc-crème. De couleur habituellement blanchâtre à jaunâtre ou brun clair, certains spécimens de cette espèce peuvent aussi, quand ils reçoivent assez de lumière solaire et suffisamment longtempsSzuch, EJ, Studier EH & Sullivan Jr RB (1978) The relationship of light duration to oxygen consumption in the green, freshwater sponge Spongilla lacustris. Comparative Biochemistry and Physiology Part A: Physiology, 60(2), 221-223., former une association symbiotique avec des chlorella (algue microscopique verte (zoochlorela). L'éponge entière prend alors une teinte verte (vert sombre à vert presque fluo selon l'espèce de zoochlorella qui la colonise). Ces éponges vertes produisent, au soleil ou dans la lumière, de nombreuses bulles. Celles-ci restent longtemps collées à l'éponge jusqu'à atteindre un diamètre tel qu'elles s'en décollent et remontent en surface. La capacité de production d'oxygène de l'éponge est directement liée à la teneur de l'éponge en chlorophylle et à la lumière qu'elle reçoitSand-Jensen K & Pedersen MF (1994) Spongilla lacustris. Limnol. Oceanogr, 39(3), 551-561 (PDF, 11 pages).. Le milieu doit être suffisamment ouvert au-dessus de l'eau pour qu'il y ait beaucoup de lumière dans l'eau, car les tissus de l'éponge entravent une partie du flux de photons vers les cellules de l'algue symbiote. En 1994, des biologistes danois ont conclu que la biomasse algale ne pouvait se substituer aux particules filtrées pour subvenir à la totalité des besoins de l'éponge pour sa croissance.
Forme : Comme la plupart des autres éponges d'eau douce, cette espèce peut : former une pellicule d’un à quelques millimètres, d’apparence plus ou moins « encroûtante » ; des structures digitées dressées (tubulaires et plus ou moins massives) ; ce sont alors parfois des « manchons » gainant une branche, un pieu, etc.) des structures ramifiées plus arborescentes. Taille et épaisseur : elles sont souvent centimétriques.
Les spongilla lacustris sont plus massives quand le courant est faible ou absent (comme dans les lacs) et plus fines et petites quand le courant est important.
Des éponges plates et encroutantes peuvent former des taches de plusieurs dizaines de centimètres. Des éponges digitées ou arborescentes peuvent dans certains lacs ou canaux dont l'eau est peu polluée occuper des surfaces importantes. Les "doigts" ou branches de ces individus peuvent avoir une épaisseur de plusieurs centimètres et mesurer plus de de longueur.
Une même espèce peut prendre toutes ces formes et des couleurs différentes (symbiose algale), c'est pourquoi leur identification peut uniquement être effectuée par un spécialiste. Ce dernier en observera l’organisation interne, le « squelette » (forme et agencement des spicules) et les gemmules (pouvant présenter un certain polymorphismeGilbert JJ, Simpson TL (1976) Gemmule polymorphism in the freshwater sponge Spongilla lacustris. Arch Hydrobiol 78: 268–277.).
Au microscope, le squelette se montre composé de 3 à 5 sclères parallèles.
Association symbiotique Elle intrigue depuis longtemps les biologistesMiller SA (1964) The effect of symbiotic algae on the growth of Spongilla lacustris (Thèse de Doctorat de l'Université de Washington).. Comme toutes les éponges, S.lacustris a coévolué avec des symbiotes microbiens qu'il faudrait aussi prendre en compte dans la diversité génétique de l'espèceGernert C, Glöckner FO, Krohne G, Hentschel U (2005) Microbial diversity of the freshwater sponge Spongilla lacustris. Microb Ecol 50: 206–212. . Avec les algues microscopiques, la symbiose n'est ni systématique, ni génétiquement prédéterminée (car des chlorellae extraites d'éponges vertes, ont pu être cultivées et ajoutées à des éponges dépourvues d'algues ; ces dernières ont rapidement été fixées (après différents temps d'incubation) dans leurs cellules du mésenchyme. On suppose que les zoochlorelles facilitent la nutrition de leur hôte éponge, mais l'intérêt mutuel des deux partenaire n'est pas encore clairement mesuré ou compris (on sait au moins qu'en laboratoire, pour une durée d'éclairage de 9 h consécutives, l'algue produit plus d'oxygène que n'en a besoin le complexe éponge-algue).
Des algues sont observables ou par microscopie électronique ou in vivo par la microscopie, la microscopie à contraste de phase. En laboratoire, quelques minutes après l'addition de ces chlorellae dans l'eau, elles peuvent être retrouvées à l'intérieur des chambres choanocytaires où elles sont transportées par des corps cellulaires qui les entourent sans les lyser. Des pinacocytes se montrent aussi impliqués dans l'absorption. Ensuite, si la symbiose se fait bien, les algues se reproduisent dans l'éponge et sont transmises par des cellules donneuses à des cellules non dotées ; les chlorellae ne semblent pas libérées de leurs vacuoles d'accueil jusqu'à ce qu'elles y soient largement présentes. Six heures après l'addition en laboratoire, toutes les cellules d'une éponge contenaient des algues hormis les granulocytes, les microscleroblastes et les pinacocytes de la région de bordure périphérique et ceux du pinacoderme. Les chlorellae se divisent sans difficulté à l'intérieur des cellules de l'épongeSaller U (1989) Microscopical aspects on symbiosis of Spongilla lacustris (Porifera, Spongillidae) and green algae. Zoomorphology, 108(5), 291-296 (extrait et résumé)..
Des variants blancs et verts ont été comparés en 1976-1979 par deux biologistes à partir d'échantillons de S. lacustris provenant d'eaux lentes du Massachusetts, puis étudiés en laboratoire. Les deux types d'éponges (blanches ou vertes) ont produit une quantité similaire de sperme, à la même époque (durant 6 semaines environ en 1976 à partir de la mi-mai, mais sur 30 éponges blanches et 30 vertes examinées, vingt blanches en contenaient contre dix vertes seulement. Dans les deux cas, la production de spermatozoïdes était principalement limitée aux premiers millimètres () situés à la base de l'éponge, avec une densité de paquets de sperme comparables dans les deux cas. Sur 180 éponges blanches et vertes examinés en 1976, seulement quatre œufs, aucun embryons, et aucune larve ont été observés. Les éponges blanches ont gemmulé une semaine ou deux avant les vertes, et elles produisaient moins gemmules, qui étaient par contre de taille plus uniforme que ceux des éponges vertes. les gemmules blancs et verts ont éclos de manière synchrone au printempsWilliamson CE & GL (1979) Life-cycles of lotic populations of Spongilla lacustris and Eunapius fragilis (Porifera: Spongillidae). Freshwater Biology, 9(6), 543-553 (résumé).. Il semble qu'on ignore si les éponges sont sensibles aux perturbateurs endocriniens et si oui auxquels.
Habitat et aire de répartition Certains auteurs considèrent cette éponge comme caractéristique des eaux claires, mais elle est parfois aussi trouvée dans des eaux très turbides. On estime parfois qu'elle a besoin d'un substrat dur, mais S. lacustris peut s'en passer dans les milieux où il n'y a pas ou peu de sédimentation en hiver (ex : dans une mare à sphaignes étudiée par Frost (1982) la plus grande partie de la population de cette éponge croissait en « branches verticales » à partir du fond de l'étang ou attaché à des macrophytes aquatiques).