Le Borinage est une région belge de la Région wallonne située dans la province de Hainaut, à l'ouest et au sud-ouest de la ville de Mons. Elle s’étend jusqu’à la frontière franco-belge, à l'extrémité ouest du sillon Sambre-et-Meuse.

La région est un ancien site minier qui donnait jadis du charbon à l'affleurement, notamment dans la forêt Charbonnière. Les veines se prolongeaient au-delà de la frontière franco-belge, et du côté français, le charbon était situé plus en profondeur, la surface étant recouverte de sédiments tertiaires. La technique évolua si bien que l'exploitation de charbonnages de taille considérable fit de cette région un des berceaux de la révolution industrielle après l'Angleterre.

Depuis la fusion des communes de 1977, la région historique a donné son nom à un arrondissement administratif incluant Mons et dénommé Mons-Borinage. Cet arrondissement est constitué de : Boussu, Colfontaine, Dour, Frameries, Hensies, Honnelles, Jurbise, Lens, Mons, Quaregnon, Quévy, Quiévrain et Saint-GhislainMons-Borinage, portail de l'arrondissement de Mons.Une région de tradition industrielle : Mons - Borinage, Myriam Honorez, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 1994, ..

Toponymie Le mot borain est attesté au moins à partir : on trouve vers 1645, à Mons, une maison à l'enseigne « Aux trois borennes », et en 1655, un procès-verbal de justice mentionne un « kar de borain ». Borain est également mentionné en 1673 et en 1680 dans des requêtes concernant le commerce de la houille et la navigation sur la Haine. Des actes de concession du charbonnage de Bois-du-Luc, datés des et , traitent des usages en place au Borinage.

vignette|Détail d'une carte de la première moitié du . Le nom « Bourinnage » y est repris. vignette|Lithographie de 1817 représentant une « boraine ».

En 1789, ce sont des borennes qui sont embauchées par le chapitre de Sainte-Waudru pour porter les briques qui doivent servir aux travaux de l'église de Nimy. Sur une carte de la première moitié du , la région au sud de Mons correspondant au Borinage actuel est décrite comme le « Bourinnage d'où l'on tire le charbon de terre [sic] ».

Antoine Gosse (1744-1794), historien originaire de Saint-Amand ayant vécu au rapporte en son temps que Borinage est un terme dont « depuis peu on se sert [...] pour désigner le pays habité par eux [les Borains] », soutenant toutefois que le mot borain avait des origines plus anciennes.

Borain existe également comme nom de famille.

L'étymologie de Borinage est obscure et objet de multiples hypothèses.

La ressemblance phonétique de la forme Bourinnage avec le verbe « bourrer » pourrait indiquer une étymologie commune. Ce mot s'apparente d'ailleurs au vocabulaire de la mine. On lui donnait en 1926 pour signification : « Exécuter le bourrage d'un trou de mine » En 1805, borin est défini dans le Nouveau Dictionnaire François-Anglois comme « celui qui sort de la mine le charbon de la terre ». En 1850, Arthur Dinaux apparente borain aux Bures de la région de Liège, puits servant à l'extraction de la houille. Le Borain devenant alors « l'homme qui travaille au bure ». Gonzalès Decamps réfute cette étymologie, soutenant que les bures étaient employées dans d'autres bassins miniers sans que les mots borains ou borinage n'y soient apparus, pointant également que les mineurs du Borinage n'auraient commencé à employer le mot bure qu'à partir de la fin du .

Cité par Arthur Dinaux, Louis L'Évêque de la Basse-Moûturie rapproche, au , Borain du néerlandais boer (fermier). En 1880, Eman Martin fait dériver Borinage d'une racine germanique, en le rapprochant morphologiquement et lexicalement de l'allemand bohren, de l'anglais to bore et du néerlandais boren, signifiant creuser. Vers 1990, Pierre Ruelle a proposé de lier Borin au mot Bourain, attesté en 1680 à Floreffe, qui serait alors un emprunt au flamand boer, comme suggéré par Louis L'Évêque de la Basse-Moûturie.

En 1989, Maurice-Aurélien Arnould renforce l'hypothèse de Pierre Ruelle suggérant que le Borin ou la Borenne correspondent à des appellatifs liés à un personnage populaire transportant le charbon dans une hotte et le vendant au détail. Arnould se réfère notamment au Dictionnaire rouchi-français de Gabriel Antoine Joseph Hécart paru en 1834, lequel définit boreine comme « femme qui habite le borinache. Les borènes vont dans les villes environnantes chargées de hottes remplies d'allumettes, de terre houille, de terre bolaire rougeâtre, etc. [...] ». Arnould insiste sur le fait que « boreine » n'est pas un terme inexorablement lié au charbon. Il se fonde également sur les événements de 1789, lors desquels le chapitre de Sainte Waudru engagea des « borennes » afin de transporter divers matériaux afin d'étayer son hypothèse.

Géographie

Délimitation géographique Le Borinage est une région dont les confins varient selon le point de vue envisagéPatrick Lefèvre, Histoire politique de la région Mons-Borinage. Intérêts économiques et idéologies 1830-1870, Analectes d'histoire du Hainaut, tome XVIII, Hannonia, Mons, 2022, p.6.. Arthur Dinaux écrivait ainsi, en 1850 : « Borinage est le nom d'un canton de convention, situé entre Quiévrain et Mons, qu'on ne trouve mentionné dans aucune géographie, ni délimité sur aucune carte ». Une affirmation à tempérer, du fait de l'existence d'une carte au reprenant bien le nom « Bourinnage », au sud de Mons.

Plusieurs auteurs ont proposé différentes localisations pour ce Borinage. Pierre Ruelle en offrait une basée sur une continuité culturelle, et une autre, linguistique, celle du borain. Il ne considère ainsi que les communes de Hornu, Wasmes, Warquignies, Quaregnon, Pâturages, Wasmuël, Jemappes, Flénu et Cuesmes comme étant boraines ; en excluant Frameries et La Bouverie. Pierre Ruelle précisait aussi que « Ni les Borains ni les Montois ne considèrent Mons [...] comme faisant partie du Borinage ». Gonzalès Decamps note que les habitants de Boussu, Dour, Wihéries et Élouges refusaient, au moins à son époque, d'être considérés comme Borains. Jacques Bourdon, contrastant avec Pierre Ruelle, proposait l'idée d'un « Borinage économique », assimilant Borinage et bassin houiller, dont la Haine marquerait la frontière Nord, et la région Hauts-Pays le Sud et le Sud-Ouest. Le Borinage a également été assimilé à l'ensemble administratif minier du Couchant de Mons. Suivant ce point de vue, le Borinage couvrirait l'ensemble des concessions houillères à l'Ouest de Mons, ajoutant aux communes citées précédemment Baisieux, Hensies, Montroeul, Thulin, Bernissart, Pommeroeul, Hautrage, Villerot, Tertre, Baudour et Ghlin. Jean Puissant décrit cette dernière possibilité comme une « extrapolation, étrangère à la réalité économique et sociale du et du début du ». Cette définition répondrait à un besoin de l'Office de redressement économique de susciter la relance économique dans le bassin houiller où, dès 1935, sévissaient les abandons des infrastructures minières. Suivant cette définition, Jean Puissant considère même qu' « il n'est plus possible d'appeler cet ensemble Borinage ». René Marlière opte pour une analyse sous les prismes social et culturel, voire ethnique. Il écrit : « La définition du Borinage doit […] se faire par l'observation de la société boraine. […] [Il] ne forme pas une entité géographique ou politique ou administrative ou économique. Il est une entité ethnique, un fait sociologique : c'est le pays des Borains. [Ils] possèdent leurs industries, leur folklore, leur patois, leurs mœurs, leurs sectes religieuses, leurs poètes, leurs artistes (peintres et lyriques), leurs problèmes sociaux, leurs réactions politiques propres, leurs joies bruyantes et leurs peines quotidiennes ». Cette approche de René Marlière est partagée par Maurice-Aurélien Arnould, qui insiste sur le fait que « Le Borinage est avant tout un groupe social ». Marlière et Arnould assimilent cette zone culturelle et sociale à un « Vieux Borinage », qu'ils font correspondre à la zone où apparut l'exploitation du charbon, situé au sud et sud ouest de l'axe Mons-Saint-Ghislain. Cette zone fait également écho à la zone linguistique et culturelle décrite par Pierre Ruelle.

La zone délimitée par l'agglomération industrielle boraine recoupe presque à l'identique les limites proposées par Marlière et Arnould, s'étendant au sud de la plaine de la Haine. Cette zone couvre précisément les communes de Frameries, Colfontaine, Quaregnon, Boussu et Dour, ainsi que strictement les localités de Jemappes et de Cuesmes sans s'étendre aux territoires de leurs communes respectives.

Hydrographie Le principal cours d’eau du Borinage est la Haine. Cette rivière parcourt la région d’est en ouest et récolte notamment les eaux de la Trouille à la limite actuelle de Jemappes et de Mons.

En effet, historiquement, avant la fusion des communes opérée en 1977, le territoire de Jemappes s'étendait jusqu'au quartier du Pont-Canal, juste avant l'avenue de Jemappes (en ce compris la rue Grand'-Route). Mais par la suite cette partie de Jemappes avait alors fait l'objet d'une urbanisation, et constituait un des faubourgs de Mons-Centre.

La limite entre Jemappes et Mons avait entre-temps disparu à la suite de la fusion de ces deux sections, afin de former l'actuelle ville de Mons. Jusqu’à la fin des années 1960, le Borinage était également traversé par le canal Mons-Condé. Ce dernier a été rebouché au début des années 1970 et l’autoroute E19 a été construite sur son emplacement.

Histoire vignette|Bataille de Jemappes le 6 novembre 1792, par Henry Scheffer (1798-1862). vignette|Bas-relief de la Bataille de Jemappes sur l'arc de triomphe de l'Étoile, à Paris, par Carlo Marochetti.

Chronologie Vers 650 : fondation de l'Abbaye de Saint-Ghislain. En 1539 : début de la construction du château de Boussu, sous la direction de l'architecte Jacques Du Brœucq. En 1542 : naissance de Maximilien de Hénin-Liétard, comte de Boussu. En 1544 : le réformateur Pierre Brully prêche dans le Borinage. Le : les réformés montois organisent un prêche à Ghlin. Le : Bataille d'Hautrage entre protestants Français et Espagnols. En 1685 : des centaines de protestants borains s'expatrient vers le Brandebourg-Prusse et le Danemark à la suite de l'Édit de Potsdam. Vers 1700, François de Salignac de La Mothe-Fénelon, est à Eugies. Le : Bataille de Jemappes entre l'Autriche et la France. En 1810 : fondation des câbleries et corderies de Dour. En 1816 : début de la construction du complexe industriel du Grand-Hornu. En 1827 : édification de l'église protestante de Dour. Entre 1878 et 1880, Vincent van Gogh séjourne au Borinage comme évangéliste. En : la charte fondatrice du socialisme belge est adoptée à Quaregnon. En 1914 : la Bataille de Mons et du Borinage. En 1918 : arrêt des hostilités à la lisière nord de Mons. En 2007 : installation d'un des principaux data center européen de Google à Saint-Ghislain.

Industrie minière

vignette|Terril de Noirchain (commune de Frameries).

Du à 1850, l'économie du Borinage est fondée sur l'exploitation du charbon. Entre 1822 et 1829, la production va plus que doubler dans la région, passant de à de tonnes, ce qui représente plus que la production totale de la France et l'Allemagne à l'époque. Le Borinage exportait son charbon en France et en FlandreAdriaan Linters, Architecture industrielle en Belgique, Industriële architectuur in België, Industria architecture in Belgium, Pierre Mardaga, Liège, 1986, .

Mouvement ouvrier