La bataille de Mossoul a lieu lors de la seconde guerre civile irakienne. Elle débute le , par une offensive de l'État islamique en Irak et au Levant, allié à des tribus et des groupes armés sunnites, contre la ville de Mossoul, qui est prise après quatre jours de combats.

Contexte

Dans une interview accordée en à à l'occasion des dix ans de la bataille de Mossoul, le gouverneur de la province de Ninive, Abdelkader Al-Dakhil, déclare :

À partir de , des combats impliquant des milices tribales, l' et l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) éclatent dans l'ensemble de l'ouest de l'Irak. Le , plusieurs quartiers de Ramadi sont conquis par les insurgés et la ville de Falloujah est tombée entièrement entre leurs mains. Les rebelles sunnites prennent ainsi le contrôle d'une grande partie de la province d'Anbar. L'armée irakienne intervient, elle reprend le contrôle de la plus grande partie de Ramadi mais n'ose lancer l'assaut sur Falloujah, qui reste assiégée et bombardée.

Cependant, la participation de l'EIIL à la guerre civile syrienne permet à cette organisation d'assurer un ravitaillement en armes via le pays voisin, ce qui améliore significativement sa situation en Irak. En , l'EIIL lance une vaste offensive contre les rebelles syriens dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, qui lui permet de reprendre pied dans cette région frontalière de l'Irak.

Le , une attaque des insurgés à , à l'ouest de Mossoul, fait et du côté des militaires tandis que les assaillants laissent huit morts, dont un kamikaze.

Le , la , une des branches médiatiques de l'EIIL, diffuse un chant religieux (nachid) de Khilad al-Qahtani, intitulé Saraya Dawlati Haya, dans lequel il évoque la conquête de Bagdad et de Damas par les hommes de l'organisation dans un futur proche.

En , l'État islamique en Irak et au Levant lance une dans le nord de l'Irak. Les premiers combats s'engagent le , lorsque les jihadistes prennent pendant quelques heures le contrôle de la ville de Samarra, mais ils en sont expulsés le jour même par une contre-attaque de l'armée.

Le , les rebelles sunnites se lancent à l'assaut de Mossoul, la deuxième plus grande ville d'Irak, peuplée de deux millions d'habitants et capitale de la province de Ninive.

Forces en présence L'offensive est lancée principalement par les djihadistes salafistes de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), mais des tribus sunnites insurgées prennent également part aux combats, ainsi que plusieurs autres groupes armés : les forces de l'Armée des hommes de la Naqshbandiyya (JRTN), l'Armée islamique en Irak, Ansar al-Islam, les Brigades de la révolution de 1920, le , proches des Frères musulmans

Le Security Council Report évoque . Le nombre de 800 combattants/insurgés est également cité par The Guardian et la BBC, sans préciser s'il concerne uniquement l'EIIL. Selon Gilles Chenève, . Il estime que le contingent de l'EIIL compte probablement entre . Le journal La Croix indique également que , armés sont entrés dans Mossoul avec plus de 300 véhicules. Riad Kahwaji, directeur de l'Institute for Near East and Gulf Military Analysis, estime quant à lui qu'au moins jihadistes sont présents dans le nord irakien. Entendu par un juge, le djihadiste français Nicolas Moreau, combattant en Irak au moment de l'attaque de Mossoul, soutient que les hommes de l'EIIL étaient . Dans une interview accordée en à Al-Araby Al-Jadeed à l'occasion des dix ans de la prise de Mossoul, le gouverneur de la province de Ninive, Abdelkader Al-Dakhil, affirme que . Les forces djihadistes sont commandées par Abou Abdel Rahman al-Bilaoui, mais ce dernier est tué au début de la bataille et est remplacé par Abou Mouslim al-Tourkmani.

Le forces gouvernementales irakiennes sont bien plus nombreuses. À Mossoul, les forces armées irakiennes disposent de deux divisions, soit et la Police nationale irakienne compte , dont de la police fédérale. Selon Hicham al-Hachemi, chercheur en stratégie militaire, et défendent Mossoul. Cependant selon Pierre-Jean Luizard, directeur de recherche au CNRS, ces chiffres de reflètent pas la réalité : .

Déroulement Le , les rebelles sunnites attaquent Mossoul depuis le nord-ouest et les combats ont lieu dans plusieurs quartiers de la ville. L'attaque est menée par Dar al-Islam, les forces spéciales de l'EIIL. Ces dernières peuvent compter sur l'appui de cellules dormantes, dirigées entre autres par Abu Obeida Bagdad.

À l'ouest, 7 à 14 membres des forces de sécurité irakiennes sont tués et lors des affrontements. Les insurgés perdent au moins de leur côté et cinq civils sont tués par des tirs de mortier et blessés. Au sud, un dépôt d'armes est attaqué par cinq kamikazes, certains sont tués par les soldats avant de pouvoir activer leurs charges mais d'autres parviennent à tuer . Des combats ont aussi lieu à l'est. Au total, selon les déclarations à Reuters de Mohamed Ibrahim Ali, un membre du comité de sécurité et de défense du conseil provincial de Ninive, 105 insurgés ont été tués et une vingtaine de leurs véhicules détruits lors des combats. Par ailleurs, à Al-Mouwaffaqiyah, un village proche de Mossoul, des djihadistes effectuent un attentat-suicide contre la minorité Shabak. L'explosion de deux voitures conduites chacune par un kamikaze fait quatre à sept morts et . Le soir du , l'armée irakienne affirme avoir repris le contrôle de 90 % de la ville de Mossoul. La plupart des rebelles se replient dans le désert ou se fondent parmi la population locale.

Quelques bombardements ont encore lieu pendant la nuit et les combats reprennent le lendemain dans la matinée, à l'ouest de Mossoul. Au moins et de l'EIIL sont tués.

Des combats intermittents continuent d'avoir lieu le à l'ouest de la ville. Une trentaine d'insurgés sont tués dont cinq snipers, des tirs de mortiers causent également la mort de huit civils et 15 autres sont blessés.

Le , à l'Ouest de la ville, un kamikaze de l'EIIL conduisant un camion-citerne chargé d'explosifs se fait exploser devant un siège des forces conjointes de la police fédérale et de l'armée irakienne. Au moins 3 à 16 membres des forces de sécurité irakiennes sont tués et 6 à 13 autres blessés.

Le même jour dans la soirée, plusieurs centaines d'insurgés prennent d'assaut le siège du gouvernement provincial. Athil al-Noujaïfi, le gouverneur de la province de Ninive ne s'échappe que de justesse. Il trouve refuge à Erbil, une ville du Kurdistan irakien contrôlée par les Peshmergas.

Les rebelles font ensuite mouvement vers le sud, où se trouve une base importante de l'armée irakienne, mais aussi un aéroport et une prison de haute sécurité. Les affrontements se poursuivent pendant la nuit, les insurgés ont l'avantage et au matin du ils s'emparent de la totalité de la ville de Mossoul. Au sud de la ville, la base militaire de Ghizlani est conquise et sont libérés par les djihadistes. Un millier d'autres prisonniers, principalement issus de l'EIIL, sont également délivrés à la prison de Badouch. En revanche, les prisonniers chiites trouvés dans la prison de Badouch sont exécutés par les djihadistes. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, ce massacre fait .

Les militaires et les policiers irakiens sont complètement démoralisés et beaucoup prennent la fuite, les autorités donnent alors l'ordre d'évacuer la ville. Les généraux s'enfuient en hélicoptères. Pendant toute la journée du , des djihadistes infiltrés font hurler dans les haut-parleurs de ville, le slogan : , ce qui pourrait avoir contribué à démoraliser les soldats, ces cris jaillissant de partout auraient pu leur faire croire les djihadistes plus nombreux qu'en réalité.

Après les combats, le drapeau noir de l'État islamique en Irak et au Levant flotte sur les bâtiments officiels de Mossoul, tandis que des hommes de la JRTN affichent les portraits de Saddam Hussein et Ezzat Ibrahim al-Douri à l'entrée de la ville. Cependant par la suite, les djihadistes exigent que ces portraits soient retirés. Le , deux hommes de la JRTN sont abattus par des hommes de l'EIIL pour avoir refusé d'exécuter cet ordre.

Conséquences thumb|left|upright=1.4|Vue en 1999 de la tombe du prophète Jonas, construite entre le et détruite par les djihadistes le .

Le , , président du parlement irakien, annonce que la totalité de la province de Ninive est tombée aux mains des insurgés. Selon des habitants, des centaines de cadavres ont été abandonnés à Mossoul. D'après les autorités kurdes, plus de irakiens trouvent refuge au Kurdistan. Les rebelles s'emparent également de véhicules pris à l'armée, de pièces d'artillerie lourde et d'hélicoptères.

Les rebelles s'emparent également des réserves d'argent liquide des banques de Mossoul.

Des milliers d'autres d'habitants fuient la zone des combats, certains par crainte d'une contre-offensive de l'armée irakienne, d'autres, et notamment les membres des minorités chrétiennes et chiites, étant « terrifiés » par les djihadistes de l'EIIL. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ ont fui les combats.

Mais après leur victoire, les djihadistes sont bien accueillis par une grande partie de la population sunnite excédée par les exactions de l’armée irakienne, majoritairement chiite, qui se comportait en armée d’occupation. Selon Pierre-Jean Luizard : .

Avec la prise de la province de Ninive, l'EIIL réussit son objectif d'unifier ses fronts irakien et syrien. Les djihadistes n'arrêtent pas leur progression et s'emparent de plusieurs villes dans l'ouest de Kirkouk, ils entrent également dans la province de Salah ad-Din. Le , L'EIIL prend le contrôle de la raffinerie pétrolière de Baïji, la plus grande d'Irak, après que les chargés de sa défense ont accepté de se retirer après des négociations avec une délégation de chefs tribaux envoyés par les djihadistes. C'est ensuite la ville de Tikrit qui est prise. Le porte-parole de l'EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, exhorte alors les rebelles à ne pas céder et à poursuivre leur avancée . Mais leur progression est finalement arrêtée le même jour à Samarra, où, pour la deuxième fois, l'armée irakienne repousse l'attaque des insurgés.

Les rebelles instaurent un conseil militaire à Mossoul avec des représentants de l'État islamique en Irak et au Levant, de l'Armée des hommes de la Naqshbandiyya et des Ansar al-Islam.

Des exactions sont commises après les combats. Avant d'abandonner Mossoul, les soldats irakiens exécutent sommairement plusieurs prisonniers dans des prisons. Le , et policiers sont exécutés par balles par des hommes de l'EIIL dans la province de Kirkouk. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 17 civils travaillant pour la police sont exécutés dans une rue de Mossoul le .

L'EI commet également des destructions contre des sites religieux considérés comme « hérétiques ». Le , à Mossoul, la tombe du prophète Jonas, construite entre le , est détruite. Quelques mois plus tard, le , l'église de la Vierge Marie, le Théâtre de l'université et rares de la bibliothèque de Mossoul sont livrés au flammes. Peu après, le musée de Mossoul est vandalisé.

À la suite du départ des forces armées irakiennes, des combattants kurdes tentent d'établir une ligne afin de freiner la progression des djihadistes. Le gouvernement régional du Kurdistan mobilise qui se déploient à l'est de la province mais qui empêchent également les réfugiés d'entrer au Kurdistan irakien. Le , les Peshmergas prennent Kirkouk, abandonnée par l'armée irakienne. Au nord-ouest, les YPG s'emparent également de quelques localités abandonnées par l'armée irakienne sur la frontière syrienne.