L'abbaye Saint-Marcel-lès-Chalon, située à Saint-Marcel près de Chalon-sur-Saône en Saône-et-Loire, est une ancienne abbaye de moines bénédictins qui fut rattachée à l'abbaye de Cluny entre 979 et 988, puis devint un prieuré.
Historique Pour avoir refusé d'adorer les dieux païens, un diacre du nom de Marcel fut condamné par un gouverneur du nom de Priscus à être écartelé en étant attaché à des arbres, flagellé, livré aux flammes et enterré jusqu'à la ceinture dans le champ d'un dieu Bacon, où il agonisa pendant trois jours et mourut le . Ce diacre fut vénéré et un oratoire fut dressé sur les lieux de son supplice. Puis, en 577-579, Gontran, roi de Bourgogne voulut honorer sa mémoire et y fit élever une abbaye pour y être enseveli auprès de la dépouille du saint. Il ne subsiste plus rien de ce premier édifice qui fut construit par des moines qu'il fit venir de l'abbaye d'Agaune dans le Valais en Suisse.
Ravagée par les Sarrasins qui pillèrent Autun en 731, elle passa sous l'autorité des évêques de Chalon. Charlemagne en 779 renouvela ses privilèges, dont l'immunité, par un diplôme. Le monastère devint un chapitre et les moines furent remplacés par des chanoines sous l'autorité des comtes de Chalon, dont Guerin de Provence (mort en 853).
Le pape Jean VIII vint séjourner deux semaines à l'abbaye en 878, lors de son retour du concile de Troyes. Puis la région va subir les invasions des Normands. Le a lieu à l'abbaye un concile au cours duquel les évêques confirment au monastère ses biens présents et à venir et la possibilité aux moines de choisir librement leur abbéGC IV, Paris-Bruxelles, 1876, col. 1111., y souscrivent les évêques de Mâcon : Gontard (879-885) ; de Valence : Ratbert (vers 854-vers 880) ; de Vienne : Ottramne (876-vers 885), ainsi que l'archevêque de Lyon : Aurélien (875-895). En 937, Fleurey, Chalon et toute la vallée de la Saône sont dévastés par une invasion hongroise.
Geoffroy Ier d'Anjou, comte de Chalon donne l'abbaye à l'abbaye de Cluny avant 987, Saint-Marcel devient alors un prieuré clunisien et le restera jusqu'à la Révolution qui va disperser de tous les biens du prieuré. Le , au monastère le fils de Lambert, Hugues, comte de Chalon et évêque d'Auxerre fait don de Paray-le-Monial à l'abbaye de Cluny en présence du roi de France, du duc de Bourgogne et de trois évêquesDonation de Paray-le-Monial à Cluny..
Le , les prieurs de Saint-Marcel exposent la situation des décimes à Nicolas IV. Guillaume d'Igé est autorisé par le pape à prélever 1/ pendant non seulement sur toutes les églises pour lesquelles Cluny a un droit de collation, puis Boniface VIII à nouveau pour .
En 1318, les moines sont remplacés par des bénédictins anglais.
En 1462, le cardinal Rolin donne une charte d'affranchissement aux habitants de Saint-Marcel, confirmé par Philippe le Bon le , les habitants devant la corvée de bois au prieuré.
thumb|Mur extérieur droit de l'abbaye. Architecture L'église L'édifice actuel date des et sur des vestiges du bâti ancien de la basilique construite à la demande du roi Gontran. Elle fut restaurée au et au début des années 2000. C'est une église à chevet plat orientée, avec des chapelles englobant un transept aux bras non saillants. La nef centrale est à , avec piliers carrés à colonnes engagées, grandes arcades brisées, fenêtres hautes et voûtes d'ogives sur doubleaux brisés, flanquée de deux collatéraux Nord et Sud, voûtés d'arêtes sur doubleaux. Son porche occidental est surmonté d'un clocher. Le voûtement de croisée d'ogives avec clefs de voûte peintes et arêtes sur les bas-côtés. Les chapiteaux sont décorés à feuilles d'eau plates et à crochets.
On y chantait, à l'origine, l'office jour et nuit sans interruption (Laus Perennis).
L'église est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862..
Parlant de l'église, vers 1845, l'abbé Cazet, chroniqueur de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon, disait : « L'église de Saint-Marcel est chère au cœur des Chalonnais. Le court espace qui la sépare de leur ville est pour eux une facile promenade où tout les invite, la beauté du lieu et les grands souvenirs de leur histoire. »
Le clocher L'église abbatiale comprend un clocher carré qui s'élève sur deux étages au-dessus du porche occidental à grandes arcades et petites baies géminées qui éclairent la chapelle haute.
Au premier étage se trouve la chapelle haute dédiée à saint Michel, et ornée de peintures murales des et représentant des scènes des martyres de sainte Catherine, saint Marcel, saint Valérien, et une Crucifixion avec donateur au pied de la CroixPartie de l'édifice non visible au public.. Cette tour clocher fut très remaniée ; c'est une construction du cardinal-prieur Jean Rolin. Elle subit les destructions révolutionnaires et fut reconstruite sur deux niveaux en 1890. Le clocher comporte quatre cloches. Sur la façade se trouve un médaillon de la Fédération des sites clunisiens. Les murs extérieurs comportent différents remplois de matériaux, pierres et briques.
Un second clocher, dit des Moines, s'élevait au nord à la croisée du transept et fut détruit à la Révolution (1793-1795)Archives municipales de Saint-Marcel, 13 floréal an II..
L'entrée La porte d'entrée à deux battants ouvre sur la nef à cinq travées. Au sol en entrant un sarcophage d'époque gallo-romaine de Maritus découvert dans la nécropole antique à proximité. Sur le mur du fond, à droite de l'entrée une statue de sainte Thérèse et, à gauche, une statue de saint Joseph. À l'extérieur, au-dessus de la porte sur le fronton, le Martyre de saint Marcel (1736, date de travaux d'aménagement).
Le chœur Autel en marbre porphyre. Reliquaire de saint Marcel, deux anges soutiennent sa châsse. Le reliquaire original de Guillaume Boichot (Chalon-sur-Saône, 1735 - Paris 1814) a disparu. Celui-ci provient de La Ferté avec un socle en marbre de porphyre. De chaque côté, niches et placards liturgiques. Inscription romane du (reliques). Stalles et boiseries du .
Collatéral sud à hauteur de la cinquième travée : plaque commémorant le passage de deux papes. Inscription romane du relative à la consécration de reliques. Martyre de saint Laurent ; à hauteur de la quatrième travée : banc des maires et fabriciens. Les fabriciens étaient chargés de la gestion des biens de la paroisse qui regroupaient les communes de Lans, Épervans, Saint-Marcel (Saône-et-Loire), Oslon et Châtenoy qui participent toujours aux dépenses ; à hauteur de la troisième travée : plaque à la mémoire de Pierre Abélard, religieux et philosophe qui mourut en ce prieuré le . Au-dessus, un tableau : Résurrection de Lazare, patron du diocèse d'Autun ; à hauteur de la seconde travée : chapelle ouverte au , elle fut restaurée en 1877 par le curé Bouchard. Elle était sous le vocable de Saint-Marcel. Bâton de procession de saint Isidore, patron des maraîchers, conduisant sa charrue tirée par des bœufs. Au-dessus de l'autel, Descente de la Croix, grand retable du .
Collatéral nord Au niveau de la première travée : les fonts baptismaux, derrière ceux-ci, un panneau réalisé par des jeunes de la paroisse, retraçant le périple des premiers évangélisateurs de la GauleBrochure de la Pastorale du Tourisme et des Loisirs, Diocèse d'Autun, Chalon et Mâcon, édition de juin 2012. ; Au niveau de la quatrième travée : plaques commémoratives des victimes des deux dernières guerres et des bienfaiteurs de la restauration de l'église en 1877 ; Au niveau de la cinquième travée : orgue de Curt Schwenkedel vers 1965
Les transepts transept sud : chapelle de la Vierge : Vierge à l'Enfant ; Première prédication de saint Pierre à Jérusalem, huile sur toile de Guillaume Boichot ; transept nord : Flagellation de saint Marcel, huile sur toile de François Devosge (1732-1811) ; chapelle Saint-Marcel : cette absidiole est une des parties les plus anciennes de l'édifice avec une voûte en cul-de-four polygonal, soulignée par trois grosses nervures. Statue en bois de saint Marcel datant du , grille autour d'un puits évoquant le martyre, dont l'eau était jadis réputée guérir des maux de têteOn trempait les linges des malades et on buvait de l'eau, le 4 septembre particulièrement, jour de la fête de l'évêque de Chalon. Source : André Jeannet, Légendes, superstitions, pèlerinages : inventaire des Fontaines de Saône-et-Loire, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 31 (novembre 1976), pp. 15-18.. Sur le devant de l'autel sculpture représentant L'Annonciation, encadrée par deux statues, dont sainte Catherine à gauche.
Les bâtiments conventuels Les bâtiments furent détruits en 1793-1795.
Le cloître thumb|Épitaphe de Pierre Abélard. La chapelle Notre-Dame est bâtie dans le cloître à côté de l'église. Elle reçut la première sépulture d'Abélard ; les moines lui érigèrent plus tard un cénotaphe en pierre. Ce monument fut ensuite transféré dans le collatéral droit (sud) de l'église, puis vendu à un paysan pour en faire une auge à la Révolution. Acquis par Guillaume Boysset, en très mauvais état, il échut à Alexandre Lenoir grâce au sculpteur Guillaume BoichotJ. Lahaye, Mairie de Saint-Marcel, Bulletin d'accueil des nouveaux habitants, p. 28.. Il est ensuite intégré au monument funéraire d'Héloïse et Abélard, qui se trouve depuis 1817 au cimetière du Père-Lachaise (Paris)« Les sépultures successives d'Héloïse et Abélard », pierre-abelard.com, Association culturelle Pierre Abélard, consulté le 31 octobre 2021..
Le cimetière Obituaire, fondations d'anniversaires et sépultures époque gallo-romaine : sarcophage de Maritus découvert à proximité dans la nécropole antique et placé au sol à l'entrée de l'église ; 177 : saint Marcel, diacre martyr ; 580 : saint Agricole, évêque de Chalon ; 592 : Gontran, roi, mort le ; 1142 : Abélard, moine, mort le .
Devise Bouchot, Armorial général, Bourgogne, 1, p. 216.
Abbés, prieurs et recteurs Abbés 592 : Apollinaire, également abbé de Saint-Èvre de Toul, Saint-Bénigne de Dijon et Saint-Èvre de Toul ; 779 : Huebertus, recteur de la basilique Saint-Marcel ; 835 : Garinus, comes monasterium commissum habens ; il s'agit de Guérin, comte d'Auvergne, puis de Chalon et Mâcon, conseiller politique de Louis le Pieux et de Charles le Chauve, enterré à Cluny. 873 : Leuterius, prepositus et advocatus de Saint-Marcel ; 878 : Dominus Datus, prepositus Saint-Marcel ; 960 : Rotbertus, comes qui abbatiam tenebat ; ? : Frotgarius, prepositus (charte 103).
l'abbaye est soumise à Cluny entre 979 et 999 (date incertaine)
Prieurs
1043 : Heinricus ; ? : Stephanus ; 1048 : Siefredus ; 1072-1075 : Alvisius ; 1093 : Girardus, ou Giraldus ; 1093 : Bernard Gros de Brancion (mort après 1125), ou Bernardus Grossus, qui deviendra chambrier de Cluny en 1105 et grand-prieur de Cluny en 1110 ; ? : Arthaldus ; ? : Narduinus ; 1096 : Gaufredus (1090) ; 1104 : Hugues de Die, archevêque de Lyon vers 1085-1106, camérier de Lyon, évêque de Die, mort à Suze en Piémont le ; 1114 : Hugo Beraldi ; 1120 : Philippus, oncle de Guy de Verdun ; 1140: Dom Arnaud ; Étienne de Boulogne ; Yves de Vergy ; Guillaume IV d'Igé. Prieurs commendataires 1431-1481 : Jean Rolin, cardinal-prieur ; 1481-1501 : Jean VI Rolin, évêque-prieur ; Vers 1520 : Antoine de la Mark ; 1700 : Alexandre de Foudras de Châteaudier, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de JérusalemInvité au château de la Garde à Saint-Gilles la Noaille, Alexandre de Foudras de Châteaudier vécut l'incendie qui éclata dans la nuit du 27 au 28 octobre 1700..
Personnalités notables 878 : Jean VIII, papePlaque commémorative dans l'église. ; 999 : Robert II de France, Odilon de Cluny, Henri Ier de Bourgogne ; : mort de Pierre Abélard ; 1805 : Pie VII, après le sacre de .
Pouillé et terriers (liste chronologique) 878 : Bouzeron confirmation par le pape Jean VIII ; terres à Charrecey.
Églises et prieurés