vignette|424x424px|Toponymes basques en Amérique La colonisation basque des Amériques a lieu de 1517 ou peut-être plus tôt, jusqu'en 1767. Elle consiste principalement en des postes saisonniers de pêche à la morue et de chasse à la baleine, dans le golfe du Saint-Laurent et les environs.

Histoire Origines

La première trace écrite sur les Basques et les baleines date de 670 avec la vente de 40 pots d'huile de baleine par des Basques du Labourd. Les Basques chassent la baleine, surtout le long des côtes du golfe de Gascogne, dès le . Ils apprirent les techniques de base de chasse des Vikings ou Normands venus piller la Vasconie citérieure en 844Les villes pillées sont Bayonne Dax, Saint-Sever, Aire-sur-l'Adour, Tarbes, Lescar, Oloron. . Un document scandinave note d'ailleurs la présence de baleiniers basques à 500 milles à l'est du Groenland en 1412. Du au , ils envoient aussi des expéditions hivernales sur les côtes des Asturies et de Galice.

Ports basques

Les ports basques à l'origine des campagnes de pêche puis de la colonisation en Amérique du Nord se situent sur la côte du Labourd. Les principaux étant ceux de Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Bayonne.

Monopole basque (1530-1580) Loewen et Delmas divisent la colonisation basque en quatre périodes.

Établissement et stratégie La première expédition basque répertoriée à Terre-Neuve a lieu en 1517 mais c'est seulement à partir des années 1530 que l'on peut identifier un établissement régional. Contrairement à une idée répandue, les Basques ne se sont pas rapprochés graduellement du continent américain en poursuivant les baleines mais s'y sont rendus directement. Ce n'est pas l'extermination des baleines d'Europe qui explique la présence des chasseurs au Labrador. Ce sont toutefois les techniques et le commerce développés dans leurs expéditions de pêche à la sardine en Irlande ou de chasse à la baleine sur leurs côtes qui permettent aux Basques d'établir un monopole lucratif au Labrador. Par contre, les pêcheurs de morue bretons ont fréquenté ces eaux avant les Basques, au plus tard à partir de 1536, et c'est par les Bretons que les Basques ont eu connaissance de la riche population de cétacés.vignette|Sites de pêche des Basques aux et s.Les Basques pêchent alors la morue au sud de l'île, dans la baie de Plaisance, à la baie St. Mary's et à Trepassey, ainsi qu'à l'est, à des endroits comme Saint-Jean de Terre-Neuve et Renews. Un deuxième site de pêche est répertorié au détroit de Belle Isle, entre le Labrador et Terre-Neuve, vers 1535. Une troisième région fréquentée par les pêcheurs est le détroit de Canso, dans l'actuelle Nouvelle-Écosse, vers les années 1560.

Le Français Jacques Cartier fonde l'établissement de Charlesbourg-Royal en 1541 ; les assureurs et la marine espagnole questionnent les pêcheurs basques au sujet de ses déplacements. Les pêcheurs chassent parfois la baleine mais la première expédition organisée pour la chasse n'a lieu qu'en 1543. Il semble que la station baleinière de Buitres, ou Red Bay de nos jours, soit ainsi créée en réaction à la fondation d'une colonie française, et Charlebourg-Royal est en fait abandonnée la même année. On remarque que les Basques n'occupent que les détroits donnant accès au golfe du Saint-Laurent. Cela correspond à l'arrêt de l'avancée des Français vers l'ouest à partir de 1535 telle que remarquée par l'historien britannique David Beers Quinn et pourrait en fait être, selon Loewen et Delmas, le reflet d'une stratégie espagnole dans le contexte de la rivalité entre la France, l'Angleterre et l'Espagne. La traversée de l'Atlantique doit même être approuvée par l'Amirauté espagnole à Saint-Sébastien. Les navires basques sont imposants pour l'époque, ils sont armés de canons, sont compris dans la réserve navale espagnole et certains membres d'équipage sont réputés être farouches. Les Français ne fondent aucun établissement durant les trois décennies suivantes. vignette|Une chaloupe récupérée au site de Red Bay, et exposée au musée local.

Les chasseurs continuent de pêcher à la fin de l'été, avant la migration des baleines. C'est du poste de Buitres qu'il reste le plus de preuves écrites, dont celles mentionnant le naufrage du San Juan en 1563, l'hiver désastreux de 1576-1577 et un testament signé peu après par un Basque mourant, le premier document du genre écrit au Canada. Les documents couvrent surtout la période de 1548 à 1588, et le dernier hiver passé par les Basques à cet endroit fut en 1603.

Guerre entre Français et Espagnols

Les Basques français, quoique fabriquant des bateaux plus petits, sont aussi expérimentés que les Basques espagnols, et envoient vraisemblablement des expéditions avant les années 1540. Les guerres d'Italie, opposant la France et l'Espagne, se transposent au détroit de Belle-Isle. En 1554, des navires basques du Labourd et de Bordeaux basés à Buitres attaquent des Basques du Guipuscoa et de Biscaye à Saint-Modeste-Ouest. Après la signature des traités du Cateau-Cambrésis en 1559, les navires du Guipuskoa et de Biscaye augmentent en nombre alors qu'il n'y en a presque plus du Labourd. Johannes de Gaberie, de Saint-Jean-de-Luz, résiste toutefois et passe l'hiver de 1562 à 1563 dans un port non déterminé. Son bateau est attaqué par un autre provenant de Biscaye, de nombreux membres d'équipage sont tués et l'huile est volée. Il intente tout de même un procès et prépare une autre expédition en 1565 mais on ne sait pas s'il est retourné à Terre-Neuve. Cette dernière bataille marque donc le début du monopole des Basques espagnols dans le détroit de Belle-Isle.

Un autre capitaine de Saint-Jean-de-Luz, un certain Zabaleta, pêche de 1565 à 1607 à Charlos Cove, dans l'actuelle Nouvelle-Écosse.

Opposition des Anglais

Au cours des années 1570, les pêcheries basques en Amérique embauchent plus de six mille personnes et nécessitent plus de deux cents bateaux. À Buitres, ce sont 900 marins qui viennent à bord de 15 bateaux à chaque été. Le surplus de production d'huile est vendu en Angleterre. La plupart des historiens remarquent tout de même un déclin progressif de la chasse à la baleine alors que Proulx démontre qu'il est subit, autour de 1579, passant de 30 voyages en une seule année à 13 dans toute la décennie 1580. Plusieurs théories expliquent cette chute, dont le refroidissement du climat, le déclin de la population de baleines ou la faillite des assureurs en 1572. Un autre facteur important est les attaques des Inuits, qui se déplacent au Sud du Labrador et qui semblent s'opposer farouchement à la présence basque. Trois attaques sont répertoriées entre 1575 et 1618, résultant en plusieurs morts ; les Montagnais sont alors les alliés des Basques et tentent de les avertir. Finalement, les attaques des pirates anglais et danois dans le golfe du Saint-Laurent et plus tard dans le fleuve Saint-Laurent, mieux documentées, contribuent non seulement à un changement des trajets empruntés par les baleiniers mais aussi au déclin de l'industrie.

Loewen et Delmas soutiennent en fait que c'est l'opposition des Anglais au monopole espagnol qui explique ce déclin. Les marchands basques sont de plus en plus victimes de menaces dans les ports anglais, et les Anglais planifient leurs propres voyages de chasse en Moscovie. En 1578, le capitaine Anthony Parkhurst présente un rapport sur les pêcheries basques au palais de Westminster et propose de fortifier les postes de chasse du détroit de Belle-Isle afin d'en prendre le contrôle. Probablement conscients que le commerce de l'huile de baleine finance le contrôle du détroit, les parlementaires votent l'interdiction d'importer l'huile basque le . À la même époque, les Basques abandonnent les postes de la côte atlantique de Terre-Neuve au profit des Anglais.

La saison de chasse de 1578 est ruinée, et celle de 1579 doit être annulée. De nouvelles expéditions de chasse sont organisées en 1582 mais l'Amirauté force les bateaux à se rendre dans les Antilles, afin d'y compenser les pertes causées par les corsaires anglais et danois. Les commanditaires répliquent par une poursuite mais finissent par se plier à la décision. L'impact sur l'économie du Guizpukoa est important et se fait sentir jusqu'en 1585. Selon Loewen et Delmas, le monopole absolu des Basques entre 1543 et 1579 reste un point tournant dans l'histoire du Canada.

Déplacement dans le golfe du Saint-Laurent (1580-1630) Malgré la destruction de l'industrie du détroit de Belle-Isle, les Basque restent mais s'établissent plus à l'Ouest, dans le golfe du Saint-Laurent. Ils sont parmi les premiers Européens à s'y établir et occupent des sites stratégiques. Les historiens se sont surtout concentrés sur leurs activités commerciales mais la pêche est toujours florissante. Les frères Hoyarsabal, de Saint-Jean-de-Luz, installent des baleiniers et des marchands dans l'estuaire du Saint-Laurent, aussi tôt qu'en 1581. Des traces ont été découvertes à l'île aux Basques et sur la Côte-Nord entre Chafaud-aux-Basques et Les Escoumins. Les Escoumins est abandonné entre 1607 et 1611 tandis que Chafaud-aux-Basques est encore occupé en 1632 ; il se peut toutefois que leur utilisation soit intermittente.

Deux navires s'échouent dans la baie de Saint-Georges, au Sud-Ouest de Terre-Neuve, en 1591 ; c'est la première mention d'une présence basque à cet endroit.

Deux batailles ont lieu entre des Basques et des corsaires anglais pour le contrôle de la chasse du morse aux îles de la Madeleine, la dernière fois en 1597.

La baie des Chaleurs, séparant de nos jours le Québec au Nord du Nouveau-Brunswick au Sud, commence à être exploitée au tournant du . Les pêcheurs de morue s'installent sur la rive nord, à Percé, tandis que les chasseurs de baleine vont à Miscou. Ces derniers entretiennent aussi un poste de traite au nom de la Compagnie de Caen. Le principal actionnaire, le capitaine Raymond de Laralde, a de bonnes relations avec l'explorateur français Samuel de Champlain. Il y a vraisemblablement un métissage entre les Basques et les Micmacs, donnant naissance à la population appelée les « Canadiens », avec des noms basques et des manières « à l'européenne », se déplaçant en chaloupes basques et gardant les stations de chasse et de pêche durant l'hiver. L'établissement des Canadiens est identifié sous le nom de Pichiguy dans une carte de 1689, et situé sur la rive nord de la baie de Caraquet.

Dans le détroit de Belle-Isle, les chasseurs s'installent plus à l'ouest, aussi loin que Chisedec - Sept-Îles de nos jours - en 1626.

Des agents de la Compagnie de Caen et de la Compagnie des Cent associés s'opposent aux marchands basques à Tadoussac, Miscou et en Acadie. Des marchands de Saint-Jean-de-Luz répliquent en contestant le monopole français à la Cour. La Cour juge que les Basques doivent arrêter de faire le commerce de fourrure de castor mais ils ne se soumettent à cette décision qu'en 1626. Les marchands du Labourd sont ceux s'opposant le plus vivement à la décision. Samuel de Champlain soupçonne en fait certains capitaines d'être Espagnols et profite de ses contacts et des tensions entre les Basques des différentes régions mais cela mène à une tentative d'assassinat ; les historiens ne s'entendent pas sur le point de vue de Champlain sur les Basques. En 1627, le roi Louis XIII de France décrète l'ouverture de la chasse et de la pêche à tous ses sujets.

Les Basques partent chasser au Svalbard en 1612, attirés par la plus grande quantité de baleines et la distance plus courte. Ils connaissent toutefois un affrontement violent avec les Anglais en 1613. Ils tentent tout de même de chasser dans la mer du Nord au cours des années suivantes sans grands succès, ce qui porterait tout de même à croire que la chasse au Labrador n'est plus assez bonne.