L'église Saint-Lucien de Montmille est une église catholique paroissiale située au hameau de Montmille, à Fouquenies, en France. Implantée au sommet d'une colline dominant la vallée du Thérain, le mont Mille, elle perpétue le souvenir du martyre de saint Lucien, patron du Beauvaisis, qui a été torturé par des soldats romains près de l'actuelle église car ne voulant pas renier son Dieu. Auparavant, ses deux disciples saint Maxien et saint Julien avaient été décapités à l'emplacement de la crypte de l'église, et ils ont été enterrés sur place, avant de rejoindre ultérieurement la sépulture de saint Lucien à l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais. Des reliques restent néanmoins à Montmille, et un prieuré bénédictin est fondé au début du au plus tard. En effet, la paroisse de Fouquenies est attestée depuis 922, et le prieur nomme à la cure, ce qui prouve l'antériorité du prieuré. Celui-ci ainsi que l'église de Montmille sont au titre de Saint-Maxien, et ce n'est qu'au que ce vocable s'efface à la faveur de saint Lucien. L'église actuelle, qui devrait succéder à une première chapelle, se rattache à l'architecture de tradition carolingienne, et est généralement datée du . La nef, qui était initialement flanquée de bas-côtés, possédait d'étroites grandes arcades en plein cintre parfaitement nues, et des fenêtres latérales plus grandes qu'à la période romane, situées tout en haut des murs. Ces caractéristiques typiquement carolingiennes permettent de la considérer comme la partie la plus ancienne de l'église, et rendent plausibles une construction dès la fin du . Le transept et le chœur sont légèrement plus récents, moins élevés et moins larges, mais le chœur bénéficie primitivement d'un voûtement d'arêtes, comme toujours la crypte qui se situe immédiatement en dessous. Cette crypte est remarquable pour son ancienneté, la rareté de constructions de ce type dans le département, et son caractère authentique : tout le reste de l'église a effectivement été profondément transformé au milieu du . C'est en même temps un lieu spirituel de haute importance, comme toute l'église, ce qui motive le rétablissement du pèlerinage en 1847, et l'érection de Montmille en paroisse. L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du .
Localisation thumb|left|Vue depuis le sud-ouest.
L'église est située en France, en région Hauts-de-France, dans le département de l'Oise, à environ au nord-ouest de Beauvais, sur la commune de Fouquenies, au hameau de Montmille. Ce hameau se situe à peu de distance au nord-ouest du chef-lieu, et s'étire tout en longueur ; il domine le flanc du coteau qui délimite la vallée du Thérain sur sa rive droite. L'orientation du village et de la rivière est nord-ouest / sud-est. En bas du coteau, les deux voies de circulation que sont la RD 616 et la ligne de chemin de fer de Beauvais au Tréport suivent le même sens et laissent donc à côté la colline de Montmille. On accède à la colline depuis un carrefour au nord du chef-lieu de Fouquenies, où un calvaire de 1874 marque le début de la rue de Montmille, qui monte presque tout droit vers la mairie et l'église de Montmille. En haut au début du plateau, on trouve un second calvaire identique au précédent : tous les deux jouaient un rôle dans les processions se tenant à l'occasion du pèlerinage annuel. La rue laisse à droite l'école et la mairie et fonce vers le porche d'une maison, qui n'est autre que l'ancien prieuré. L'église y est accolée à droite, et sa façade occidentale n'est donc plus visible. Le cimetière borde toujours l'église au sud et à l'est. Il permet d'avancer jusqu'au nord du chœur de l'église, mais la plus grande partie de l'élévation septentrionale de l'église est enclavée dans une propriété privée, et une maison bâtie perpendiculairement à la nef empêche de voir l'élévation nord de la nef, qui est pourtant la plus intéressante. L'axe de l'église est approximativement perpendiculaire au flanc de coteau et à la vallée du Thérain, ce qui ne semble pas être un hasard, et explique sans doute son orientation irrégulière : l'axe longitudinal de l'édifice est dévié de 36° vers le nord du côté du chevet..
Historique Montmille et la légende de saint Lucien thumb|Tableau - martyre de saint Lucien. Ses acolytes Maxien et Julien gisent, décapités, à ses côtés.
Saint Lucien de Beauvais est l'un des tout premiers évangélisateurs de la Gaule. L'on a longtemps pensé qu'il a été converti par saint Pierre en personne, et envoyé depuis Rome par le quatrième pape de l'histoire, saint Clément, avec une poignée d'autres apôtres, dont saint Denis. Il serait donc arrivé dans l'actuel Beauvaisis à la fin du . Aujourd'hui on s'accorde toujours pour considérer saint Lucien comme un contemporain de saint Denis, mais situe leur arrivée en France vers 250. Lucien parcourt tout le Beauvaisis pour atteindre un grand nombre d'habitants. À Beauvais, il doit faire face à une grande méfiance, car il vient de Rome, et les Bellovaques détestent tout ce qui leur paraît associé à leur pouvoir colonisateur, l'Empire romain. Mais Lucien parvient à convaincre des Bellovaques tout aussi bien que des Romains, qui sont également représentés parmi les habitants de Beauvais. Pour le seconder dans sa difficile mission, Lucien choisit deux disciples, Maxien et Julien. Ils prêchent la destruction des dieux de l'empire, et inéluctablement attirent la haine des prêtres idolâtres sur eux. Ceux-ci portent plainte auprès du préfet Julien, et apprenant la nouvelle, Lucien et ses deux acolytes préfèrent se retirer sur le mont Mille (au Montmille). Mais les premiers Chrétiens ne tardent pas à trouver leur nouveau domicile, et bientôt un grand nombre de fidèles affluent pour entendre prêcher Lucien. Les émissaires du préfet sont prévenus par un dénonciateur, et dépêchent des soldats sur place. Ils se prennent d'abord à Maxien et Julien et les exhortent d'abjurer à leur foi, sans succès : les deux courageux apôtres sont décapités instantanément. Puis les soldats se prennent à Lucien, qui reste tout aussi ferme que ses compagnons, et même sous la torture, ne renie pas son Dieu. Lucien préfère mourir martyr, ce qui est exactement son sort. Puis, à l'instar d'autres saints céphalophores dont notamment saint Denis, il prend sa tête et se met en marche en direction de Beauvais. Il traverse le Thérain près de la Mie-au-Roi et s'arrête sur la colline où s'élève aujourd'hui l'église Notre-Dame-du-Thil : c'est ici qu'il est inhumé par quelques charitables fidèles, conformément à sa volonté, alors que ses acolytes reçoivent une sépulture à Montmille. L'abbaye Saint-Lucien de Beauvais est plus tard fondée en face du lieu de la mort de saint Lucien, alors que la crypte de l'église de Montmille est élevée au lieu des martyres de Maxien et Julien. Le futur prieuré de Montmille en tient son vocable, Saint-Maxien ; .. thumb|Châsse en bois contenant des reliques de saint Lucien, saint Maxien et saint Julien.
Tel est le rôle de Montmille dans la version de la légende rédigée par l'abbé Deladreue en 1872, en tenant compte des versions relatées par des auteurs plus anciens, dont Pierre Louvet, premier historien de Beauvais, et sans revenir sur le phénomène de la céphalophorie. Quoi que l'on en pense, saint Lucien et ses compagnons ont bien été assassinés à Montmille ; ce n'est que le rapport avec les lieux de l'église Notre-Dame-du-Thil et l'abbaye Saint-Lucien qui pourra être perçu comme douteux. J. Clément situe les événements aux alentours de 287. Tant que les Chrétiens restent persécutés, les tombes des trois saints martyrs restent probablement discrets.. Vers 580, saint Evrost, abbé de l'Abbaye de Saint-Fuscien près d'Amiens, voit saint Lucien lui apparaître dans un rêve. Evrost se fait investir de la mission de réunir les corps des deux disciples à la dépouille de Lucien. Il se rend auprès de l'évêque de Beauvais, Dodon, qui lui enjoint de commencer aussitôt les recherches pour trouver les corps de Maxien et Julien. Evrost les repère facilement, et le cortège des reliques vers l'abbaye Saint-Lucien s'accompagne de plusieurs miracles, qui ravivent la piété des fidèles. La translation des reliques motive la fondation officielle de l'abbaye Saint-Lucien vers 585Louis-Eudore Deladreue et Mathon, 1872, , .. Une portion des reliques des Maxien et Julien demeure à Montmille, et c'est sans doute l'occasion d'édifier une chapelle en leur honneur, probablement à l'emplacement de la crypte actuelle, puisque les églises se succédant sur un même lieu conservent généralement l'emplacement primitif du maître-autel. Les archives manquent sur les origines de l'église de Montmille, et tout ce que l'on peut affirmer est qu'elle fut priorale et non paroissiale jusqu'à la Révolution française. Une autre chapelle est édifiée au lieu où fut tranchée la tête de Saint-Lucien, dite de la Rosière ou Roseraie. (à cause de la coloration rose de la terre autour de la crypte, due au sang du martyr.). Cette chapelle a disparu, mais un calvaire marque toujours l'endroit.
Le pèlerinage de Montmille thumb|upright|Bannière de procession utilisée lors du pèlerinage.