vignette|Logo de l'Agence spatiale italienne. Le programme spatial italien regroupe l'ensemble des activités spatiales civiles ou militaires de l'Italie. L'Italie est en 2014 la troisième puissance spatiale européenne (hors Russie). Elle est fortement impliquée dans le développement du programme scientifique de l'Agence spatiale européenne, la réalisation des composants de la Station spatiale internationale et le développement du lanceur léger Vega.
Historique vignette|Le premier satellite italien San Marco 1 en cours d'installation sur son lanceur Scout (1964).
vignette|Lancement de Ariel V depuis la plateforme San Marco (1974).
Le temps des fusées-sondes
Un programme de développement de fusées-sondes produites en Italie est mis sur pied à la suite du congrès de la Fédération internationale d'astronautique de 1958 à Amsterdam. Le développement est réalisé par la DGAM (Direzione Generali Armi e Munitioni) de l'Aeronautica Militare et la SISPRE (Societa Italiana Sviluppo Propulsione a Reazione), filiale de Fiat et Finmeccanica. Une série de 6 fusées sondes de type d'un poids de 75 kg sont tirés avec succès en 1960. La suite des développements dans le domaine est financée par le Conseil National de la Recherche italienne. La DGAM prend contact avec la société BPD pour le développement d'une fusée-sonde météorologique à bas cout capable d'emporter une charge utile de 2 kg à 100 km d'altitude. Quinze exemplaires de la fusée 160-70 avec une capacité inférieure au cahier des charges (80 km d'altitude) sont lancés entre 1961 et 1963.
Luigi Broglio crée le polygone de test situé à Salto di Quirra en Sardaigne et mène des études sur la haute atmosphère à l'aide de fusées-sondes de conception américaine de type Nike-Cajun.
Création des premières institutions spatiales (1959)
Les lancements des premiers satellites artificiels par l'Union soviétique et les États-Unis à la fin des années 1950 suscitent un grand intérêt dans la communauté scientifique. Le physicien italien Edoardo Amaldi persuade Broglio de se tourner vers les activités spatiales. Tous deux sont à l'origine de la création en 1959 de la Commissione per le Ricerche Spaziali (commission pour la recherche spatiale) au sein du Consiglio Nazionale delle Ricerche (Conseil National pour le Recherche). Parallèlement le (Centre de recherche aérospatial) ou CRA est créé à l’Université de Rome pour le développement de satellites scientifiques.
Le programme scientifique San Marco
La mise sur pied du programme San Marco (1961-1962)
Au sein de l’Université de Rome, l'ingénieur aérospatial Luigi Broglio propose que son pays développe des satellites scientifiques qui seraient mis en orbite par des fusées d'origine américaine depuis un site de lancement offshore créé par l'Italie. Le 31 aout 1961, le gouvernement italien de Amintore Fanfani donne son accord au Programme San Marco d'une durée de 3 ans dont l'objectif est le lancement d'un satellite d'environ 100 kg. La base de lancement doit être installée au large des côtes de la Somalie (colonie italienne jusqu'en 1960) à faible distance de l'équateur. Le choix d'une latitude proche de l'équateur est motivé par le contexte scientifique : une orbite équatoriale semblait à l'époque préférable pour mesurer les interactions entre la haute atmosphère et l'activité du Soleil et effectuer des mesures fréquentes d'une région de l'espace donnée grâce à la faible inclinaison de l'orbite. Un protocole d’accord est signé le avec la NASA pour la fourniture de lanceurs légers Scout et la formation de techniciens italiens à la construction de satellites, à l'assemblage du lanceur et aux opérations de lancement. Les satellites sont réalisés par le Centre de recherche aérospatial (CRA) de l'Université de RomeMichelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
La création de la base de lancement San Marco (1963-1967)
Le programme San Marco se déroule en trois phases. Durant la première phase Broglio fait l'acquisition d'une plateforme de forage pétrolier auprès de la compagnie italienne ENI. Celle-ci est adaptée pour servir de pas de tir. Elle est baptisée Santa Rita et installée à quelques kilomètres des côtes du Kenya. Un navire, le Pegasus, ancré à 300 mètres de la plateforme, embarque les instruments permettant le contrôle de l'engin spatial ainsi que les stations de télémétrie. Un deuxième navire sert de base logistique et accueille les techniciens. Cette première installation est validée par une campagne de tirs de fusées sondes Nike-Apache en mars et . La deuxième phase qui se déroule dans la base de la NASA de Wallops Island a pour objectif de parachever la formation des techniciens et des scientifiques italiens. Ceux-ci assurent l'assemblage puis le lancement depuis cette base du satellite italien San Marco 1 par une fusée Scout le . Il s'agit du premier satellite italien mis en orbite. La troisième phase a pour objectif de valider le fonctionnement de la base de lancement. Celle-ci est complétée avec une deuxième plateforme, baptisée San Marco, qui est équipée pour pouvoir assembler et lancer des fusées Scout tandis que la plateforme Santa Rita est modifiée pour le contrôle et le suivi des tirs et servir de lieu d'hébergement pour le personnel. En l'assemblage du lanceur et du satellite débute et finalement, le , une fusée Scout, tirée depuis la plateforme, place en orbite le satellite San Marco 2Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
Les activités de lancement (1968-1988)
L'activité spatiale de la base de lancement après une période d'intense activité va être frappée de plein fouet par la crise économique qui touche l'Italie au début des années 1970 mais également par le rôle croissant joué par la Navette spatiale américaine car Broglio comptait lancer depuis la nouvelle base des satellites scientifiques américains. Entre 1970 et 1975 la plateforme est utilisée pour lancer quatre satellites américains dont Uhuru (1970), le premier télescope spatial observant le rayonnement X, ainsi qu'un satellite anglais Ariel V. Enfin deux satellites italiens San Marco 3 et San Marco 4 sont lancés respectivement en 1971 et 1974. Trois séries de lancement de fusée-sonde Nike-Apache et Nike Tomahawk ont également lieu en 1971, 1972 et 1973. À partir de 1975, la base entre en sommeil car pratiquement tout le budget consacré aux activités spatiales nationales est absorbé par SIRIO un satellite de télécommunications expérimental. En 1980, la base est réactivée partiellement pour une campagne de tir de fusées-sondes (Arcas, Astrobee et Black Brant) à l'occasion d'une éclipse solaire. Le Piano Spaziale Nazionale (PSN) voté en permet la construction d'un cinquième satellite San Marco 5 qui est lancé le . C'est le dernier lancement effectué depuis la plateforme San MarcoMichelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
+ Budget des principales puissances spatiales pour la période 1963-1973 Montants en millions d'écus, pour les pays européens budget consacrés aux programmes européens entre parenthèsesMichelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. Année Italie France Allemagne Royaume-Uni États-Unis Union Soviétique Japon 1963 2 (1) 36 (11) 3,6 (1) 15,7 (14) 5080 8400 - 1964 9,1 (7) 46,5 (16) 28 (15) 28 (26) 6385 9300 - 1965 11 (10) 59 (22) 37 (21) 40 (38) 6502 10300 - 1966 13 (11) 66 (25) 42 (25) 62 (39) 6515 11200 - 1967 21 (19) 97 (29) 65 (32) 62 (33) 6515 11200 - 1968 19 (17) 118 (33) 78 (37) 43 (36) 6367 11700 - 1969 20 (12) 104 (30) 83 (33) 80 (33) 5846 11700 - 1970 21 (8) 97 (33) 91 (38) 60 (13) 5225 11700 42 1971 25 (10) 103 (36) 142 (44) 56 (17) 4525 11500 42 1972 17 (9) 136 (43) 139 (48) 51 (14) 4078 11100 71 1973 30 (15) 157 (57) 160 (64) 48 (20) 4575 11100 110
Le projet SIRIO (1968-1977)
vignette|Maquette en coupe du satellite SIRIO. Le programme San Marco est un succès mais ses objectifs scientifiques (l'étude de la haute atmosphère) sont considérés comme dépassés avant même son achèvement ; les autres puissances spatiales se tournent désormais vers l'astronomie spatiale des rayons X et gamma. On assiste par ailleurs au milieu des années 1960 à un décollage des applications spatiales dans le domaine des télécommunications. Pour contrer le contrôle que les États-Unis tentent d'exercer dans le domaine à travers Intelsat, les pays européens lancent deux projets de satellites de télécommunications expérimentaux. Il s'agit d'une part du satellite OTS de l'ESRO, l'ancêtre de l'Agence spatiale européenne, que doit placer en orbite le nouveau lanceur européen Europa. Des désaccords sur le stratégie spatiale européenne conduisent à la création en parallèle du programme franco-allemand Symphonie résultant de la fusion des projets français Saros et allemand Olympia. À la suite de l'abandon du premier projet de satellite l'Italie ne parvenant pas à trouver un accord avec les pays protagonistes décide en 1968 de développer son propre satellite de télécommunications SIRIO (Satellite Italiano per la Ricerca Industriale Operativa)Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
La gestation du projet SIRIO est difficile (près de 10 ans). L'Italie traverse à cette époque une crise économique aggravée par le choc pétrolier de 1973 et une grande instabilité politique et sociale (Autunno caldo). L'industrie spatiale italienne est en grande partie nationalisée (Montedison, Selenia, Snia Viscosa, CGE–Fiar) et peu efficace. La politique de la recherche scientifique est mal soutenue au sein du gouvernement et les relations entre industrie et recherche ne sont pas structurées. Entre 1969 et 1973 le CNR (Conseil National de la Recherche) crée de nouvelles organisations chargées du spatial qui remplacent temporairement l'IRS et le CRS ce qui contribue encore à ralentir le programme. Fin 1971 le Servizio Attività Spaziali (SAS) est finalement créé pour permettre au CNR de piloter le projet. Les premiers fonds sont débloqués en 1971 et les contrats passés avec l'industrie en 1974. Le cout cumulé du budget du projet atteint finalement 90 milliards de lires. Le satellite SIRIO est lancé depuis Cape Canaveral le 25 aout 1977. Le satellite restera opérationnel jusqu'au début des années 1990. Grâce aux investissements réalisés, l'Italie acquiert un savoir faire qu'elle utilisera pour développer l'antenne du satellite OTS et la réalisation de stations terrestresMichelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
Durant le développement du projet SIRIO qui absorbe l'essentiel du budget spatial, seuls de petits projets voient le jour. Outre la réalisation des satellites San Marco 3 et San Marco 4, l'aéroport de Trapani-Milo est reconverti en 1975 pour le lancement de ballons stratosphériques. Ceux-ci vont jouer un rôle important notamment dans l'étude des émissions gammaMichelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. .
Création d'un programme spatial planifié et structuré (1979-1988)