Jdeïdé (en , translit. al-Jdeideh, Jdayde, Jdeidé, Jdeydeh, Jdaideh) est un quartier historique d'Alep, la deuxième ville de Syrie. Fondé à partir du par les différentes communautés chrétiennes de la ville, il abrite plusieurs cathédrales et conserve une identité chrétienne. En pleine renaissance à partir de la fin du , il est très durement frappé par les combats qui touchent Alep durant la guerre civile syrienne.

Histoire Origines et développement À la fin de l’époque mamelouke, ce petit quartier avec quelques boutiques existe hors les murs, au nord, près de cimetières et d’entrepôts. L’urbanisation continue à se développer le long des chemins en éventail qui sortent de la porte de bab al-Nasr ; elle rejoint d’anciens villages un peu à l’écart au nord et au nord-est – Hazzazé au nord-ouest, Ramadaniyé au nord-est et Banqousa à l’est. Ces quartiers, d’abord musulmans, sont équipés de mosquées à khotba, de fontaines, fondations du et de la première moitié du , rendues possibles par une adduction d’eau. Une nouvelle canalisation, mise en service en 1490-91, favorise une nouvelle extension du faubourg avec des hammamsSauvaget 1941, ..

À l’extrême ouest du faubourg se trouvent des cimetières chrétiens et peut-être des lieux de culte d’époque byzantine. Le développement de Salibé sur ce vieux site chrétien, puis celui de Jdeïdé, répondent à l’augmentation de la population et notamment au désir des chrétiens de se regrouper. Autour d’une même cour, à proximité du carrefour de Salibé, se rassemblent alors les églises, nouvellement construites ou agrandies : celle des Arméniens grégoriens, signalée vers 1490 date de son agrandissementSauvaget 1941, ., celles des Grecs orthodoxes et des Maronites, celle des Syriaques. Des notables commencent à s’installer dans le quartier, ainsi qu'une population plus modeste. Maisons et églises partageaient les mêmes principes de discrétion, d’absence de façades sur l’extérieur et notamment sur les rues principales : il semble bien que certaines églises avaient leur entrée au fond d’impasses. alt=Une ruelle caractéristique de Jdeïdé|gauche|vignette|Une ruelle caractéristique de Jdeïdé du XVIe siècle Les Arméniens, communauté dominante, étaient alors spécialisés dans le commerce avec la Perse et l’Inde, aidés par l’existence de communautés importantes de coreligionnaires dans ces régions. Au cours des , après la conquête ottomane, des lotissements en bandes parallèles régulières sont réalisésJean-Claude David, 1982, « Urbanisation spontanée et planification », Les cahiers de la recherche architecturale, .. Deux grands waqf-s musulmans, fondés en 1583-90 et 1653, ont longtemps constitué le centre populaire et vital du faubourg. Ces deux ensembles, aux façades décorées et à l’architecture régulière, fournissaient la majeure partie des locaux d’activités économiques et de services pour un vaste faubourg, où se côtoyaient musulmans et chrétiens, riches et pauvres. Ils comprenaient une fontaine devant l’entrée du quartier chrétien, un grand café, un très grand hammam, une petite mosquée et une école pour les enfants musulmans, un marché au fil, quatre grands ensembles d’ateliers pour les métiers du textileLes trois qaysariya du waqf Ipchir Pacha contenaient plus de quatre-vingt locaux, chacun pouvant recevoir deux ou quatre métiers à tisser : on peut donc estimer le nombre de métiers dans cet ensemble à plus de 250 aux meilleures époques., un vaste entrepôt de céréales, et des souks regroupant des services de proximité et des commerces d’alimentationJean-Claude David, 2004, « La production de l’espace dans la ville ottomane » Les relations entre musulmans et chrétiens dans le Bilad al-Cham, p. 178-179..

Revitalisation à la fin du Dans les années 1990-2000, le quartier de Jdeïdé, connu pour ses précieuses demeures richement décorées et ses églises, est devenu l'un des haut-lieux du tourisme culturel de la ville ; de nombreux hôtels et restaurants ont été aménagés dans des maisons historiques.

Guerre civile syrienne gauche|vignette|Début de l'offensive des rebelles syriens contre les lignes défensives du gouvernement à Jdeïdé (Avril 2015) Ces lieux sont désertés depuis 2012 lorsque la guerre civile syrienne a pris plus d'ampleur. À la fin du mois d', lors de la seconde offensive des rebelles islamistes de la bataille d'Alep, les quartiers chrétiens, dont Jdeïdé, forment des milices pour repousser les rebelles auteurs d'exactions pendant les cinq jours de leur occupation du quartier.

Une série d'énormes explosions souterraines menées par l'opposition armée sous Place Al Hatab en ont dévasté le quartier. Un certain nombre de monuments et de musées à proximité ont également été très fortement endommagés par les combats.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean-Claude David, « L'espace des chrétiens à Alep. Ségrégation et mixité, stratégies communautaires (1750–1850) », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, 55–56:1–2, 1990, . Jean Sauvaget, Alep, essai sur le développement d’une grande ville syrienne des origines au milieu du , librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1941. Bruce Masters, « Aleppo: the Ottoman Empire's caravan city », The Ottoman City between East and West: Aleppo, Izmir, and Istanbul, Cambridge University Press, Cambridge, 1999, . Heghnar Zeitlian Watenpaugh, The image of an Ottoman city: imperial architecture and urban experience in Aleppo in the 16th and 17th centuries, E.J. Brill, Leyde, 2004.

Articles connexes Christianisme en Syrie Maison Ajiqbach Maison Ghazaleh

Lien externe Ross Burns et Stefan Knost, "Judayda Churches | كنائس الجْدَيْدِة, sur le site du Aleppo Heritage Catalogue, musée d'art islamique de Berlin, 2020.

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