Juan Sánchez Cotán, né à Orgaz (Tolède) le et mort à Grenade le , est un peintre espagnol du Siècle d'or, le premier de son pays dont on conserve des natures mortes Article sur l'encyclopédie du Musée du Prado..
Biographie
Sánchez Cotán se forme à Tolède auprès de Blas de PradoArticle sur l'encyclopédie Larousse de la peinture.. Il mène une existence confortable dans la cité castillane, où il fréquente Le Greco et s'assure une importante clientèle. Il réalise des portraitsOn n'en conserve qu'un, celui de Brígida del Río, femme barbue (1590). Notice sur le site du Musée du Prado., des commandes pour les églises de Tolède et ses environs (Carmena, San Pablo de los Montes, Alcázar de San Juan, etc. Article sur le dictionnaire biographique de l'Académie royale d'histoire.), et à partir de 1600 les natures mortes qui l'ont rendu célèbre.
Sans raison connue, alors qu'il est déjà quadragénaire, il décide en 1604 de se retirer comme frère convers à la Chartreuse de Grenade, l'un des ordres religieux les plus stricts. Il peint un cycle de fresques pour le monastère, où il meurt en . Ses premiers biographes l'ont entouré d'un halo de sainteté, évoquant même une apparition mariale.
Œuvre Peintures religieuses Les sujets religieux forment l'essentiel de son travail, qu'il s'agisse de tableaux de chevalet ou des fresques de la chartreuse de Grenade. Son style, doux et frais, mais archaïque et naïf, est influencé par le maniérisme tardif des artistes de l'Escurial, notamment Juan Fernández Navarette et Luca Cambiaso. On en trouve d'assez nombreux exemples dans les musées de Castille et Grenade, par exemple L'Imposition de la chasuble à saint Ildefonse de Tolède (1600) au Musée du Prado Notice sur le site du musée..
C'est vers 1615 qu'il semble atteindre son apogée, lorsque Cotán peint pour le cloître de la chartreuse de Grenade un cycle de huit grandes " histoires " (fondation de l'ordre par saint Bruno, persécution des religieux d'Angleterre par les protestants). Il décore également la salle capitulaire, le réfectoire, plusieurs chapelles (Cène, épisodes de la Passion, Immaculées) et peint pour les cellules des religieux des images de la Vierge avec des guirlandes de fleurs, des paysages verdoyants peuplés de solitaires. Partagées aujourd'hui entre la chartreuse et le musée des Beaux-Arts de Grenade, ces compositions, d'un archaïsme évident, témoignent aussi d'un vif intérêt pour les problèmes d'éclairage et de traitement des volumesLes natures mortes de Juan Sánchez Cotán à travers le prisme de la littérature picaresque espagnole..
Natures mortes Il est essentiellement célèbre pour ses neuf bodegones d'une qualité exceptionnelle, tous datés d'entre 1600 et 1604, c'est-à-dire peu avant son entrée au couventJuan Sánchez Cotán : L’âme de la nature morte.. Il s'est peut-être inspiré de ceux de son maître Blas de Prado, considéré comme le premier peintre du genre en Espagne mais dont on n'en conserve aucun. Ces œuvres se caractérisent par leur réalisme proche du trompe-l'œil, leur dépouillement (le fond est systématiquement noir) mais aussi leur rythme presque musical, du fait de la distribution géométrique et des ombres des différents éléments.
Les critiques – – ont donné à l’austérité de ses compositions et leur sobriété, comme par la suite de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur leur distance avec les « natures mortes opulentes » de la peinture flamande, soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèle avec la littérature espagnole ascétique du siècle d’or »Portús, .. En revanche – Julián Gállego – tout en récupérant le langage allégorique des fleurs et des fruitsGallego, ., oppose la simplicité présumée de ces natures mortes à la valeur que ces viandes et fruits avaient en son temps et qui pourraient être considérés comme d’authentiques friandises, rappelant que Guzman de Alfarache avait « eu l'eau à la bouche » devant le tableau de « Monseigneur l’Illustre cardinal », son maître romain :
Influence et postérité Antonio Palomino indique que Vincenzo Carducci a rendu visite à Sánchez Cotán à Grenade vers 1626 ou 1627 avant de peindre son cycle de fresques au monastère d'El Paular. On retrouve également des réminiscences évidentes dans les chartreux de Francisco de Zurbarán.
Les natures mortes de l'artiste ont connu un succès immédiat dans le milieu artistique castillan : on sait que Philippe III en acquis au moins une en 1618, et plusieurs artistes s'en sont directement inspirés, tels Juan van der Hamen, Felipe Ramírez ou encore .
En 1809, Joseph Bonaparte spolie la collection royale espagnole du célèbre Coing, chou, melon et concombre, qui sera revendu lors de son exil aux Etats-Unis : c'est aujourd'hui l'une des pièces maîtresses du Musée d'Art de San Diego.
Sánchez Cotán connaît un regain de popularité depuis l’exposition « Vases et natures mortes dans la peinture espagnole » à Madrid en 1935, qui permit de redécouvrir les bodegones castillansJavier Portus, « La collection de natures mortes espagnoles du Musée du Prado. Notes pour une histoire sans fin » dans L’imitation du vrai (2006), .. Parmi les pièces exposées à cette occasion se trouvaient la Nature morte au gibier, légumes et fruits du Musée du Prado et celle aux Cardon et carottes du Musée des beaux-arts de Grenade, qui devint l'« une des pierres angulaires de l'histoire de la nature morte en Espagne »Portús, .. En 2018, le Palais des beaux-arts de Bruxelles choisit les Coing, chou, melon et concombre pour illustrer l'affiche et ouvrir son exposition « Spanish Still Life »Présentation de l'exposition sur le site de BOZAR..
La nature morte du musée de San Diego est également citée par Jean-Pierre Melville dans Le Samouraï, sa sécheresse, son hiératisme s'accordant parfaitement au style du film.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Nature morte Peinture baroque espagnole Siècle d'or espagnol Grenade (Espagne) Ordre des Chartreux
Liens externes
Sánchez Cotán, Juan - Musée du Prado : Il fut le premier peintre espagnol dont l’on connaît des natures mortes, la plupart ont été peintes avant 1603.
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