Le grand remplacement est une théorie complotiste d'extrême droite introduite en 2010 par l'écrivain français Renaud Camus qui affirme qu'il existerait en France un processus de substitution de la population française et européenne par une population non européenne, originaire en premier lieu d'Afrique subsaharienne et du Maghreb. Ce processus conduirait à un changement de civilisation accepté, soutenu, voire organisé, par une élite politique, intellectuelle et médiatique qualifiée de « remplaciste », qui maintiendrait à ce sujet une conspiration du silence et serait motivée pour ce faire par idéologie ou par intérêt économique.
De tels discours prennent racine dans l'antisémitisme sous la Troisième République et le nationalisme d'avant-guerre, qui visaient les Juifs, les Arméniens, les Italiens et les Maghrébins parmi d'autres communautés. Ces discours se prolongent jusqu'à nos jours à travers le néonazisme, et en viennent à cibler spécifiquement les musulmans avec la théorie du complot Eurabia introduite en 2005 par l'essayiste britannique Bat Ye'or, qui préfigure les thèses avancées cinq ans plus tard par Renaud Camus dans ses différents ouvrages.
L'expression « grand remplacement » est par la suite reprise notamment par l'extrême droite française, en particulier la mouvance identitaire, tandis que le discours de Renaud Camus est jugé complotiste par certains membres du Rassemblement national, dont Marine Le Pen. Divers partis politiques français reprennent l'idée générale d'un « grand remplacement » du peuple français, comme Debout la France et certains ténors des Républicains, sans toujours se référer explicitement aux thèses de Renaud Camus. Cette expression est particulièrement médiatisée en France courant 2021 à l'initiative du polémiste français Éric Zemmour en vue de la campagne pour l'élection présidentielle française de 2022.
Les principaux arguments de cette thèse, qu'ils soient démographiques ou culturels, sont réfutés par la quasi-totalité des spécialistes, qui récusent autant la méthode dont elle émane que la logique qui la sous-tend, car fondés davantage sur des impressions que sur des données démographiques réelles, biaisée par une défiance de nature xénophobe et raciste.
Les auteurs des attentats de Christchurch, d'El Paso, de Poway et de Buffalo en 2019 et 2022 étaient des partisans de cette théorie qui a été dénoncée comme potentiellement meurtrière. La remigration, concept qui lui est attaché, aurait pour la directrice de l' et pour la journaliste Cécile Guérin des . Renaud Camus se dit partisan de la non-violence, mais fut condamné pour des propos dont la justice a estimé qu'ils constituaient .
Définition vignette|redresse|Renaud Camus, inventeur de la théorie du grand remplacement. Le grand remplacement est une théorie conspirationniste d'extrême droite popularisée par l'écrivain Renaud Camus, généralement présenté comme son inventeur.... Il énonce sa thèse dans le livre L'Abécédaire de l'in-nocence publié en 2010, et en fait le titre d’un autre ouvrage qu'il publie en 2011. Cette théorie est très populaire dans la mouvance identitaire de l'extrême droite« Le théoricien du « grand remplacement » rejoint la galaxie FN », lefigaro.fr, 23 novembre 2015.. D'après cette vision, les Français « de souche » seraient évincés démographiquement par des peuples non européens, principalement issus des pays du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne. suivant un processus d'immigration de « peuplement » avec la bénédiction d’un « pouvoir remplaciste ». La rédaction numérique de RTL résume cette théorie : .
Renaud Camus théorise l'idée qu'à la faveur de l'immigration et des différentiels de fécondité, les immigrés ou les Français issus de l'immigration tendent à devenir majoritaires sur des portions en expansion constante du territoire français métropolitain, et que ce processus doit conduire à une substitution de population au terme de laquelle la France cessera d'être une nation essentiellement européenne.. Camus affirme que car ce ne serait mais un , déclarant : . Il indique : . Le phénomène de « grand remplacement » aurait été favorisé par un .. Dans Le Changement de peuple (2013), Renaud Camus indique que le mondialisme et les préoccupations matérialistes ont façonné un , n'ayant plus de références patriotiques, historiques ou littéraires : cette aurait conduit à une généralisée qui fait qu'aucune réelle résistance ne s'organise contre la .
Renaud Camus appelle aussi son concept le « remplacisme global »..
Il dit avoir choisi les termes de « grand remplacement » en référence à une citation de Bertolt Brecht selon laquelle, puisque le peuple ne peut pas changer le gouvernement, le plus simple, pour le gouvernement, est de changer le peuple.. Ce phénomène trouverait un soutien dans les politiques d'immigration nationales et européennes : il s'agirait d'un processus résultant d'une politique plus ou moins délibérée de la part d'élites souhaitant Le «grand remplacement», totem extrême, Libération, 13/10/2015. Après qu'une eurodéputée italienne d'origine zaïroise, Cécile Kyenge, a été nommée co-rapporteuse sur un dossier concernant l'immigration dans l'Union européenne, Renaud Camus déclare que cette désignation montre que le Parlement européen ..
Pour , le grand remplacement de Renaud Camus est la théorie que .
Origines du concept Milieux nationalistes du
Selon l'historien de l’immigration en France Gérard Noiriel, les textes alarmistes du style du grand remplacement annonçant la fin de la « race » et de la « civilisation » existent depuis la fin du . Avant-guerre, les nationalistes en France et en Allemagne disaient que les Arméniens ou les Juifs menaçaient l’intégrité nationale puis, après la guerre, c'était au tour des Maghrébins. Pour lui, .
vignette|redresse|L'Invasion noire parue en 1894 se vend à des millions d'exemplaires en France. Pour l'historien Pascal Blanchard, « l'idée du grand remplacement n'est pas une idée neuve » et on peut le faire remonter à l'époque de l'Empire colonial français au où 80 % des terres émergées et connues sont occupées par des grands empires, avec une hiérarchisation des races et l'idée que le métissage serait dangereux. Les natifs des colonies sont pourtant invisibles en métropole à cette époque sauf exception dans les expositions coloniales et les zoos humains. En 1894 le livre L'invasion noire du capitaine Danrit se vend à des millions d'exemplaires. Il décrit l'invasion de l'Europe par une armée d'africains noirs dirigé par des musulmans qui envahit l'Europe. Les affiches dans tout Paris ont une symbolique: « l'Islam va guider les masses noires qui vont venir envahir l'occident et nous détruire ». Selon Pascal Blanchard, il y a la veille de la Première Guerre mondiale « l'idée qu'il y a un danger à nos portes, qu'il faut se protéger et que nous n'en avons pas assez conscience ». Avec l'arrivée des troupes coloniales en 1914, naissent les premières théories complotistes de « traitres à l'intérieur des sociétés occidentales » qui accusent la gauche, les franc-maçons, les femmes ou les juifs, car « l'idée de dangerosité, d'un potentiel remplacement, elle s’associe toujours à "qui les accompagne ?" »Grand remplacement : histoire d'une idée mortifère, La Chaîne parlementaire, 2022.
L'historien Grégoire Kauffmann estime quant à lui que . La théorie du grand remplacement serait le . Édouard Drumont, journaliste catholique et expose sa vision dans le livre La France juive, qui devient , se vendant à en moins d'un an. Édouard Drumont accuse les juifs de vouloir . Kauffmann fait l'analogie entre Juifs du et les remplaçants de Camus et entre républicains de gouvernement et remplacistes.. D'après L'Humanité, en 1901, les partisans d'Édouard Drumont dénoncent le grand remplacement ..
Pour l'historien Laurent Joly, synthétisant la pensée de l'auteur, c'est Maurice Barrès qui en 1900 a théorisé le concept du « grand remplacement », même s'il n'est pas l'inventeur de l'expression.. Pour le politologue Patrick Weil, Maurice Barrès développe la théorie du grand remplacement après la loi de 1889 qui dispose que les enfants nés en France de parents étrangers deviennent Français à leur majorité. Maurice Barrès affirmait : ... Selon Sasha Polakow-Suransky et Sarah Wildman de Foreign Policy, Maurice Barrès fut , et les « envahisseurs » dont il parle à cette époque sont les juifs, et non les musulmans. Dans les années 1920, l'industriel François Coty, directeur du Figaro, reprend à la une de son quotidien ce concept du grand remplacement: .
Milieux néonazis et thème du « complot juif »
Pour l'historien Nicolas Lebourg, .. .. Il considère également que . ; le néonazi René Binet après la Seconde Guerre mondiale « appelle résistants et vétérans du front de l’Est à combattre ensemble l’invasion de l’Europe par les « Nègres » et les « Mongols » » donc les Américains et les Russes ; « puis se développe, dans les organisations internationales d’extrême droite, l’idée que l’immigration est le fruit d’un complot juif, visant à remplacer la race blanche par une humanité métisse vivant partout des mêmes marchandises. La dépénalisation de l’avortement donnera lieu à de semblables discours sur le génocide des petits enfants blancs par la « juive Veil » ». Pour Nicolas Lebourg, Renaud Camus a , ainsi qu'au concept de remigration qui lui est attaché. Selon l'historien, Renaud Camus n’aurait fait qu’actualiser la thèse des néonazis remplaçant l'antisémitisme par l’islamophobie. La théorie néonazie d'un complot juif visant à détruire l'Europe par l'immigration était restée « très underground » et devient « mainstream » avec la mutation réalisée par Renaud Camus, qui lui enlève sa .
Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Dominic Thomas expliquent que .. Ils analysent que l'antisémitisme des années trente est recyclé « dans une incroyable perversion » contre les musulmans, Arabes ou noirs, accusés d'être les artisans d'un prétendu grand remplacement. La lutte contre l'antisémitisme elle-même conduit à pointer du doigt les quartiers populaires et rejeter les , certains faisant ainsi du contre l'antisémitisme le dans un . Les auteurs concluent que ..
L'historien Stéphane François analyse de manière similaire la filiation historique du concept de Renaud Camus : . Stéphane François décrit d'ailleurs une influence des thèses de René Binet, développées en 1950 dans Théorie du racisme, sur Dominique Venner et son magazine Europe-Action dans les années 1960.. Les thèmes de Binet, parlant d'un « capitalisme métisseur » visant à une « barbarie uniforme »René Binet, Théorie du Racisme, s.e., Paris, 1950, ., font écho à ceux dEurope-Action, qui craignait une « invasion » algérienne en France après les accords d'Évian de 1962 et une « France occupée par vingt millions d'Arabes maghrébins et vingt millions de négro-Africains. », avec l'argument que « le métissage systématique n’est rien d’autre qu’un génocide lent »Gilles Fournier, La guerre de demain est déjà déclenchée, Europe-Action, , avril 1964, ., ces termes eux-mêmes rappelant ceux employés par la suite par Renaud Camus. Jean-Yves Camus ajoute qu'Europe-Action a eu une influence considérable sur les mouvements euro-nationalistes et identitaires qui suivirent, en redéfinissant notamment le nationalisme sur la « race blanche » plutôt que sur l'État-nation.. Domique Venner affirmait dès 1966 : « En France, l’immigration importante d’éléments de couleur pose un grave problème […]. Nous savons également l’importance de la population nord-africaine […]. Ce qui est grave pour l’avenir : nous savons que la base du peuplement de l’Europe, qui a permis une expansion civilisatrice, était celle d’une ethnie blanche. La destruction de cet équilibre, qui peut être rapide, entraînera notre disparition et celle de notre civilisation. »Dominique Venner, Europe-Action, , février 1966, ..
Mouvance identitaire et ethno-pluralisme