La Confédération des syndicats nationaux (CSN) est la première grande centrale syndicale québécoise. Fondée en 1921, elle regroupe plus de locaux indépendants, établis pour la plupart au Québec, répartis dans quelque lieux de travail du secteur privé et du secteur public. Avec plus de , c'est le second plus important regroupement syndical au Québec après la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec. La CSN regroupe ses syndicats locaux affiliés en huit 8 fédérations, qui représentent chacune un secteur d'activité, et 13 conseils centraux, répartis par régions administratives. Élue en , Caroline Senneville en est la présidente. La CSN est également membre de la Confédération syndicale internationale (CSI).

D'abord connue sous le nom de Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), la centrale regroupe à l'époque des syndicats catholiques autonomes non affiliés aux grandes centrales syndicales américaines. La CTCC devient la CSN en 1960 et déclenche un processus rapide de déconfessionnalisation pour rallier davantage de travailleurs et travailleuses à Montréal. Dans les années 1960, la syndicalisation du secteur public bénéficiera grandement au mouvement syndical. Sous la présidence de Marcel Pepin, la CSN devient une organisation syndicale militante qui s'implique concrètement sur le plan social.

La CSN représente le plus grand nombre de travailleurs et de travailleuses des secteurs public et parapublic de l’État québécois. Elle est la centrale syndicale la plus représentative des employés du réseau de la santé et des services sociaux, des enseignantes et les enseignants des cégeps et du personnel de soutien des cégeps et des commissions scolaires. La Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN) compte à elle seule plus de .

Origines de la CTCC

Les origines de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) remontent au début du . Le mouvement ouvrier au Québec à cette époque est encore jeune. Il s'est développé avec l'industrialisation, dans la précarité et l'illégalité, durant la seconde moitié du . Les travailleurs syndiqués sont affiliés pour la plupart à de grandes organisations basées aux États-Unis, des syndicats internationaux.

Le syndicalisme catholique ne se développe réellement au Québec qu'à partir des années 1900. Il s’appuie sur l'encyclique Rerum Novarum, adopté par le pape Léon XIII qui invite le clergé à s’immiscer concrètement dans les relations de travail. Il prône une vision syndicale de conciliation « entre catholiques » pour contrer l'influence des syndicats internationaux. Le premier syndicat catholique du Québec, la Fédération ouvrière de Chicoutimi est fondée en 1907 au Saguenay-Lac-Saint-Jean sous l'impulsion des travailleurs de la Pulperie de Chicoutimi et de Eugène Lapointehttps://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/archives/TravailVieSyndicale_194309_Vol19No09.pdf. Elle est renommée la Fédération ouvrière mutuelle du Nord et représente près de au début des années 1920. Plusieurs autres syndicats catholiques voient le jour un peu partout au Québec à cette époque. Ces mouvements locaux souhaitent éventuellement se fédérer, trois congrès ont lieu à Québec en , à Trois-Rivières en et à Chicoutimi en . thumb|upright=0.5|Blason de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada. Le , 220 délégués représentant 80 organisations se rencontrent à Hull pour fédérer le syndicalisme catholique au Québec. Une nouvelle organisation est mise sur pied, la CTCC, qui s'inspire de la constitution de la Fédération américaine du travail (FAT) et des statuts de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Regroupant et 120 syndicats, la nouvelle centrale syndicale se plie à la doctrine sociale de l'Église et défend le corporatisme et le nationalisme québécois. Ses instances sont pour la plupart administrées par de aumôniers. Bien que les non-catholiques peuvent faire partie de la CTCC, ils n'ont ni le droit de vote ni la possibilité d’occuper un poste dans l’exécutif. Les délégués élisent également un premier président, le cordonnier-machiniste Pierre Beaulé.

Mouvement coopératif et mutualisation Dans un même ordre d'idées les mouvements coopératifs et les mouvements d'entraides mutuelles se développent vers 1850; la première mutuelle à l’origine du Groupe Promutuel est fondée à Huntingdon, en 1852.. Vers la fin des années 1800, quelques coopératives sont mises sur pied pour approvisionner les fermiers et transformer leurs produits à partir du vote de la Loi de 1908 sur les coopératives agricoleshttps://www.erudit.org/en/journals/cd/1900-v1-n1-cd04097/89176ac.pdf. La CTCC désire soutenir les luttes ouvrières et adopte des résolutions visant à améliorer les conditions d'emploi de ses membres, notamment concernant la santé et la sécurité au travail, pour les blessées ou victimes afin de procurer un revenu à la famille éprouvée. Le , une loi permet la création de La Coop fédérée (connue à l'époque sous le nom de Coopérative fédérée de Québec), maintenant nommée (Sollio Groupe Coopératif). La fusion de trois centrales coopératives : la Coopérative des fromagers de Québec, le Comptoir coopératif de Montréal et la Société des producteurs de semences de Sainte-Rosalie. Le siège social de la coopérative est installé à Montréal avec un réseau de succursales à travers la province et le gouvernement provincial participe activement au financement ainsi qu'à la promotion des principes de fonctionnement de la coopérativehttps://www.erudit.org/fr/revues/cd/2002-n71-cd1044845/7477ac.pdf. Premiers conflits de travail et la Grande dépression Dès sa fondation, CTCC fait parvenir aux différents paliers de gouvernement une liste de revendications ouvrières. Les principales sont la diminution du nombre d'heures de travail, la hausse des salaires et une meilleure réglementation du travail des enfants. La CTCC exige également la sanction d'une législation provinciale similaire à loi française Waldeck-Rousseau de 1884 qui assure aux syndicats une personnalité juridique. Le gouvernement Louis-Alexandre Taschereau, majoritaire à l'assemblée législative, se montre favorable une loi qui avantage les syndicats dit « nationaux », comme les affiliés de la CTCC, contre les syndicats internationaux plus puissants. À son congrès de 1923, la CTCC présente l'ébauche d'un projet de loi. Le gouvernement Taschereau s'en inspire et fait adopter la Loi sur les syndicats professionnels le . thumb|Piquet de grève à la fabrique d’allumettes E. B. Eddy, en 1924. Durant les années 1920, les conflits de travail emblématiques des syndicats catholiques sont pour la plupart des luttes pour défendre le droit d'association et les maigres acquis des travailleurs. En , le fabricant d'allumettes Compagnie E. B. Eddy à Hull impose une baisse salariale et un lock-out aux quelque 275 allumettières affiliées au Syndicat catholique des allumettières de Hull. Il leur exige d'abandonner leur syndicat et de signer des contrats individuels. Ce conflit de travail important sera soutenu par la communauté et par l'Église catholique. Les allumettières retournent au travail après deux mois de piquetage devant la fabrique d'allumettes.

Le plus grand conflit de travail impliquant des syndicats catholiques au cours de la décennie 1920 est la grève dans l'industrie de la chaussure de Québec. À cette époque, les principales fabriques de chaussure de la ville de Québec emploient . Le conflit débute le avec l'annonce par les dirigeants des fabriques un ultimatum qui prévoit une réduction des salaires du tiers et l’élimination à toute fin pratique des syndicats de la gestion du travail à partir du . L'employeur ayant refusé le compromis des employés, les employés provoquent un arrêt de travail le dans quatorze manufactures.. Le , les employés et les patrons acceptent d'avoir recours à l'arbitrage proposé par l’aumônier général de la CTCC Maxime Fortin, et appuyé par l’évêque auxiliaire de Québec Joseph-Alfred Langlois. Le travail reprend dans les manufactures. La sentence arbitrale est rendue le , et elle accueille favorablement toutes les demandes patronales. Le , la grève reprend progressivement dans les manufactures à l’initiative de groupes de syndiqués. Le , les patrons décrètent « l’atelier ouvert » dans toutes les manufactures et embauchent des briseurs de grève au taux de la sentence arbitrale. Les nouveaux employés doivent signer un contrat individuel dans lequel ils s’engagent à ne pas faire partie d’un syndicat. Les affrontements entre grévistes et briseurs de grève sont nombreux durant le printemps 1926.. La police s’acharne contre les grévistes, les arrestations et les condamnations sont de plus en plus nombreuses. Le , les syndicats mettent officiellement fin à la grève.. Il faudra 10 ans aux syndicats de la chaussure pour reprendre pied dans les manufactures de Québec et 25 ans pour retrouver les conditions de travail et le salaire de 1925.

En 1937, la CTCC supporte une grève des des chantiers navals Marine Industries et des fonderies de Sorel, propriétés des frères Simard; Ludger, Édouard et Josephhttps://www.erudit.org/fr/revues/ehr/2011-v77-ehr052/1008409ar.pdfhttps://archive.wikiwix.com/cache/page.php?a=17899637086&b=1279919327&url=https%3A%2F%2Fsavoirs.usherbrooke.ca%2Fbitstream%2Fhandle%2F11143%2F10447%2FOuellet_Riendeau_Chloe_MA_2017.pdf%3Fsequence%3D1%26isAllowed%3Dy.. La grève dure plusieurs mois, des briseurs de grève sont engagés et la Police Provinciale doit intervenir à plusieurs reprises.

À son congrès de 1939, la CTCC adopte la résolution , où elle demande au gouvernement d'établir, pour les travailleurs qui n'ont pas de convention collective, un salaire minimum adapté au coût de la vie et ne devant jamais être inférieur à 0,30 dollar canadien de l'heure. En 1940, l'organisation réclame une loi contre les briseurs de grève. À partir de 1945, la CTCC perd au fil du temps son caractère confessionnel. En 1947, elle revendique que le gouvernement établisse un régime d’assurance automobile, participant à établir les bases idéologiques de ce qui deviendra par la suite la Société de l'assurance automobile du Québec.

En 1949, la CTCC appuie les quelque de l’amiante à Asbestos et Thetford Mines lors de la grève de l'amiante. Ce conflit difficile ainsi que d'autres au début des années 1950 (on peut également citer la grève chez Dupuis Frères en 1952) amèneront la CTCC à créer un Fonds de défense professionnel (FDP). Depuis ses débuts, la CTCC s’est affirmée comme étant la première organisation syndicale québécoise.

En 1958, la grève des journalistes de La Presse est déclenchée pour obtenir la libération syndicale du nouveau président de la CTCC, Roger Mathieu. En 1958-1959 se tient la grève des réalisateurs de Radio-Canada pour obtenir le droit de se syndiquer.

La Confédération des syndicats nationaux et la Révolution tranquille thumb|150px|Logo de la CSN adopté en 1961. Le , lors de son , la CTCC se déconfessionnalise et change son nom, qui devient la Confédération des syndicats nationaux. Tout le Québec est en ébullition; il sort de la période de la Grande Noirceur. Pour la CSN, l’action syndicale doit transformer tous les aspects de la vie au travail : d’abord les salaires, mais aussi les conditions dangereuses, les discriminations de toutes sortes, la hiérarchie, les cadences exténuantes, l’arbitraire, l’appropriation de la connaissance, tout ce qui atteint les travailleuses et les travailleurs dans leur dignité. En 1963, la CSN part en guerre contre les compagnies de finance et les prêts usuraires du Saguenay–Lac-Saint-Jean. En 1966, une grève de trois semaines de d’hôpitaux du Québec aboutit à la signature de la première convention collective nationale dans ce secteur. Le Syndicat des professeurs de l’État du Québec réussit, après cinq ans d’efforts et trois semaines de grève, à arracher une première convention collective comprenant la majorité de leurs demandes. 

Fronts communs et luttes des années 1970