Le Siena piano (piano de Sienne), aussi appelé Siena pianoforte, Harp of David piano, ou Immortal piano est un piano droit historique, au meuble richement sculpté, dont la construction s'est achevée au début du et qui est devenu célèbre dans les années 1950-60, après restauration, pour sa sonorité remarquable et son histoire inhabituelle, en partie légendaire. En ce qui concerne le son, il tient à la fois du piano et du clavecin The fantastic saga of the Siena Piano, Ken et Noël Gilmore, HiFi Stereo Review, septembre 1960, pages 61 à 66, consulté le 16 juin 2014 . La légende veut qu'il ait été partiellement construit avec du bois provenant des piliers du temple de Salomon, raison de son excellente sonorité et de son nom de Harpe du roi David Norman Elwood Michel, Historical Pianos, Harpsichords & Clavichords, 1970, 236 pages, (Le Siena piano sonne suffisamment bien pour être appelé Harpe du roi David). Dans les années 1990, l'instrument a été évalué à plus d'un million et demi de dollars .

Histoire

L'origine du Siena piano et son histoire ont été retracées par un accordeur, Avner Carmi YanowskyDans son livre, The immortal piano (page 108), il indique avoir délibérément omis d'indiquer son nom de famille lorsqu'il a demandé son passeport, car ne voulant définitivement pas porter un nom russe, se sentant juif comme son père et son grand-père qui avait d'ailleurs dû fuir la Russie. Il est donc connu sous le nom d'Avner Carmi., qui avait entendu parler de l'instrument par son grand-père, Mattis Yanowsky, pianiste juif exilé de la Russie tsariste, et lui avait promis, sur son lit de mort, de voir et d'entendre cet instrument que lui-même avait rêvé d'essayer. En effet, Mattis Yanowsky n'avait lui-même jamais vu ce piano, mais c'est Humbert Ier, roi d'Italie, qui, à la fin d'un concert, lui en avait parlé, lui racontant qu'il avait reçu l'instrument en cadeau de mariage et que la table d'harmonie de son piano avait, selon la légende, été construite avec du bois provenant des piliers du temple de Salomon, ce qui justifiait son nom de Harpe de David .

En 1960, Carmi publie aux États-Unis, avec son épouse Hannah, un livre largement autobiographique, The immortal piano, dans lequel il raconte . L'instrument provoquant un intérêt international, l'ouvrage a été traduit en allemand et en japonais.

D'après les explications de Carmi, le Siena piano a été construit à partir de la fin du par plusieurs générations d'une même famille de facteurs d'instrumentsclavecins puis pianoforte et pianos, les Marchisio de Turin. Sebastiano Marchisio aurait conçu la table d'harmonie avec du bois provenant de deux piliers d'une église de Sienne écroulée lors d'un tremblement de terre, ces piliers venant eux-mêmes précédemment du temple de Salomon . Le piano est ensuite complété et amélioré par son fils, Enrico Marchisio, et ses petits-fils Luciano et Rafaello, qui l'offrent à leur sœur, Rebecca, pour son mariage avec un Siennois, Antonio Ferri , au début du . Enfin, c'est le fils de Rebecca et Antonio, Nicodemo Ferri (1835-1899), qui, associé à son cousin Carlo BartalozziBartalozzi est le nom qui figure sur le Siena piano, mais le sculpteur est aussi appelé Bartolozzi dans plusieurs sources Il Monte dei Paschi, lavori artistici, N. Mengozzi, Éditeur L. Lazzeri, Sienne, 1905, page 180, consulté le 12 août 2014L'Idea di Firenze: temi e interpretazioni nell'arte straniera dell'Ottocento : atti del convegno, Firenze, 17, 18, 19 dicembre 1986, Maurizio Bossi, Centro Di, 1989, , consulté le 12 août 2014, décore le meuble de sculptures .

En 1867, le piano est expédié à l'exposition universelle à Paris où il est utilisé pour des concerts dans le pavillon italien et où notamment Camille Saint-Saëns en joue.

L'année suivante, en 1868, la ville de Sienne convainc Nicodemo Ferri d'offrir l'instrument au futur roi d'Italie Humbert Ier pour son mariage avec sa cousine Marguerite de SavoieAu cours de ses recherches, Carmi, doutant de l'existence réelle du piano, est convaincu par la mention de cette précision qu'il trouve dans l'encyclopédie allemande Thieme-Becker (The immortal piano, page 168) ainsi que dans les archives de la ville de Sienne (délibération du conseil municipal du 8 avril 1868, The immortal piano, pages 174 à 182). . Lors de la cérémonie de présentation de ce cadeau au couple royal, Franz Liszt interprète sa Campanella sur l'instrument , puis plus tard, dans les années 1870, il improvise sur le Siena Piano lors d'un concert au palais du Quirinal à Rome .

Le piano devient la propriété de Victor-Emmanuel III après la mort de ses parents. Pour tenir la promesse faite à son grand-père, Avner Carmi tente, à plusieurs reprises à partir de 1920, de voir le piano au Quirinal, sans succès. En 1934, il se fait même arrêter pour avoir tenté d'aborder le roi Victor-Emmanuel sur un marché à Rome et c'est grâce à l'appui d'Artur Schnabel, qui le connaissait par son métier, qu'il est libéré au bout de quelques heures . Au début de la Seconde Guerre mondiale, en voyage en Italie, il apprend que l'instrument se trouve à la Villa royale de Monza mais l'entrée en guerre de l'Italie le contraint à quitter le pays sans avoir pu s'y rendre. C'est au cours de ce voyage qu'il consulte les archives municipales de Sienne et obtient les renseignements historiques relatifs au piano ainsi que des copies des documents d'archives incluant des photos de l'instrument.

De retour en Israël, Carmi s'engage dans l'armée où il est incorporé, pour conduire un camion, dans une unité rattachée à la compagnie de transport de la VIII armée britannique et il part en Afrique du Nord. Après la seconde bataille d'El Alamein, son unité est chargée de collecter le matériel abandonné derrière elle par l'armée allemande en déroute . Seul connaisseur en pianos, il est appelé lorsque l'unité de déminage qui les précède découvre, grâce aux détecteurs de mines, un piano droit enfoui dans le sable . L'instrument est en piteux état : il a été entièrement couvert de plâtre épais et dur et le sable empêche le fonctionnement du mécanisme . Carmi peut seulement en tirer quelques sons en grattant les cordes comme une harpe . En regardant à l'intérieur, il note que l'instrument est de fabrication italienne, très ancienne. L'équipe de déminage ayant l'intention de le faire sauter, Carmi s'y oppose fermement et finit par obtenir de son commandant l'ordre de conduire le « piano plâtré » à un dépôt du au Caire .

Après la libération de la Lombardie, Carmi cherche de nouveau à voir le Siena Piano, mais il apprend que celui-ci aurait été volé à Monza par des officiers allemands appartenant vraisemblablement à l'Afrika Korps et perd tout espoir . La guerre terminée, il retrouve sa famille à Tel-Aviv et reprend son métier d'accordeur et de restaurateur de pianos. Le premier instrument qui lui est confié pour réfection est le piano couvert de plâtre qu'il a croisé en Afrique. Ce piano avait été acheté, avec d'autres, au British Salvage DepotOrganisme chargé de recycler divers matériels de guerre. par un brocanteur de Tel-Aviv qui, ne parvenant pas à le vendre, avait fini par le donner aux filles de Carmi , lesquelles avaient été contraintes de l'abandonner sur un trottoir, faute d'endroit où le stocker . Un plâtrier se l'étant approprié, il l'apporte à Carmi et lui laisse des arrhes pour le remettre en état de jouer , sans enlever le plâtre précise-t-il, envisageant au contraire d'y plaquer une couche supplémentaire qu'il décorera de dessins d'anges et d'oiseaux. Cependant, le plâtrier revient peu après sur sa décision et exige le remboursement de son avance. Devant la résistance première de Carmi, il ponctue son discours de coups de poing sur la face avant de l'instrument et Carmi finit par céder et lui rend son argent. Le plâtrier le quitte lui laissant le piano et c'est alors que Carmi s'aperçoit qu'un morceau de plâtre est tombé sous les coups et qu'il découvre, sculpté dans le bois, un angelot jouant du tambour . Stupéfait de reconnaître l'une des sculptures du Siena piano, il décide tout d'abord de le débarrasser de sa gangue de plâtre et d'écrire à Victor-Emmanuel III qu'il a retrouvé l'instrument et le tient à sa disposition . Enlever précautionneusement le plâtre à l'aide de solvant lui prend plusieurs mois et nécessite vingt-quatre gallons d'acétonesoit une centaine de litres., puis, sans réponse du roi, il entame la restauration complète de l'instrument, qu'il achève en trois ans. Pour ce faire, il utilise des pièces récupérés sur douze pianos anciens, sauf pour la table d'harmonie qu'il veut absolument conserver d'origine .

Une fois satisfait du mécanisme et de la sonorité du Siena piano, il le fait essayer à plusieurs musiciens renommés en tournée en Israël, qui l'estiment remarquable. La pianiste Pnina Salzman donne le premier récital public du Siena piano en Israël, concert organisé sous le parrainage du premier ministre David Ben Gourion The million dollar piano, Catherine Rosenheimer, Heritage Florida Jewish News, 21 septembre 1979, consulté le 16 juin 2014. Lazare-Lévy donne ensuite un récital le à Tel-Aviv et encourage Carmi à faire connaître le piano. En 1953, Carmi introduit l'instrument aux États-Unis pour une série d'enregistrements et une tournée de concerts qui valent au piano les honneurs de la presse Music: The Harp of David Time Magazine, 29 août 1955, consulté le 16 juin 2014 et de la télévision The immortal piano The Armstrong Circle Theater, , épisode 5 du 21 décembre 1960 sur NBC, consulté le 16 juin 2014 et qui se poursuit jusqu'en 1970, date à laquelle Carmi retourne définitivement chez lui à Petah Tikva (Israël).

Avner Carmi meurt en 1980 et le piano reste en possession de son épouse Hannah qui n'hésite pas à inviter les admirateurs de l'instrument à venir l'essayer chez elle et refuse de s'en séparer malgré son prix . .

En 1996, Smira Borochowicz, fille d'Avner et Hannah Carmi, met le piano en vente aux enchères avec une mise à prix d'un million de dollars Davids Harfe, Der Spiegel, 26 août 1996, consulté le 16 juin 2014..

Description Le Siena piano est un piano droit à double pédales dont les sculptures sur bois sont caractéristiques du début du en Italie. Le catalogue de l'exposition universelle le décrit comme « piano staticophone à cordes obliques en bois de noyer sculpté, à système de compensation. » Catalogue de l'exposition universelle de 1867, page 126.

Meuble Toutes les parties apparentes du meuble sont en bois finement sculpté en hauts ou en bas-relief. Les côtés, en bas-relief, sont décorés de mascarons, d'animaux fantastiques, d'éléments végétaux (grappes de raisin notamment) et d'arabesques. Les montants soutenant le plateau de clavier de chaque côté sont constitués par deux hauts-reliefs figurant des lions assis sous des abaques volutés décorés de vigne. Ils sont surmontés, à chaque bord du clavier par deux chérubins chevauchant deux lions couchés en haut-relief . La face avant du bas de caisse offre un panneau en bas-relief décoré d'arabesques ; au centre, une grande couronne de laurier au milieu de laquelle se trouvent une harpe de David et deux anches entourée de deux griffons. Le haut de caisse représente une classique fête des vendanges : une ribambelle d'une vingtaine d'angelots riant, dansant ou jouant de divers instruments (flûtes, tambours). Le cylindre, à l'extérieur imite un tissage et, dans sa partie fixe, expose les portraits de Haendel, Mozart, Aretino, Cherubini et Gluck dans cinq médaillons de feuilles de laurier répartis sur la longueur . L'intérieur de la partie mobile est lui aussi sculpté et porte au centre deux cartouches ovales avec l'indication des facteurs : Fratelli Marchisio, Torino et Bartalozzi e Ferri, Siena.

Un guide de l'exposition universelle de 1867 Les curiosités de l’exposition universelle de 1867, Hippolyte Gautier, Ch Delagrave et Cie Libraires-éditeurs, septembre 1867, pages 118-119, consulté le 2 août 2014. mentionne l'instrument en ces termes :