thumb|Impression sur argile du sceau royal assyrien, représentant le souverain poignardant un lion. Nimroud, Ashmolean Museum.
LEmpire néo-assyrien était un Empire mésopotamien de l'âge du fer qui a existé entre 934 et 609 av. J.-C., et qui a été le plus grand empire du monde jusqu'à cette époque. Les Assyriens ont mis en place une machine de guerre sans rivale à sa taille pendant trois siècles et perfectionné les techniques de gouvernement impérial, dont beaucoup sont devenues la norme dans les empires ultérieurs.
Au sortir d'une période de crises, au milieu du l'Assyrie a perdu la majeure partie des territoires qu'elle possédait au début du siècle précédent à l'époque du royaume médio-assyrien, quand elle dominait la Haute Mésopotamie. La première étape de l'histoire néo-assyrienne est une phase de reconquête qui va de 934 à 830 av. J.-C. Comme son nom l'indique, a lieu une nouvelle expansion qui permet au royaume de retrouver ses frontières passées, sous la conduite d'une série de rois énergiques qui mettent en place une politique de campagnes régulières afin d'affaiblir leurs adversaires et de réaffirmer en permanence leur hégémonie. Ils sont guidés en cela par une idéologie expansionniste, qui proclame qu'ils soient mandatés par le dieu Assur, véritable souverain du royaume, afin de dominer le monde et de le mettre en ordre. Une série de secousses internes conduit à une phase d'arrêt de l'expansion, de 830 à 745 av. J.-C., marquée par des tendances décentralisatrices. Les rois de la période sont pour la plupart des figures effacées, alors qu'un groupe de magnats ayant des bases provinciales s'arroge des prérogatives royales.
Les frontières du royaume sont cependant préservées et ses structures internes consolidées, ce qui sert de base à une nouvelle phase d'expansion, de 745 à 705 av. J.-C., durant laquelle l'empire néo-assyrien pratique une politique d'annexions plus systématique, étendant ses limites de la Méditerranée au golfe Persique, en même temps que le pouvoir se concentre à nouveau autour du roi. L'Assyrie devient alors maîtresse d'un empire « universel », sans équivalent aux époques antérieures. La phase suivante, qui va de 705 à 640/630 av. J.-C., voit l'apogée territorial de l'empire assyrien, illustré par ses victoires contre l'Égypte et l'Élam. C'est alors une superpuissance dominant le Moyen-Orient depuis sa vaste capitale, Ninive. Néanmoins divers points faibles déstabilisent le royaume, notamment la récurrence des crises successorales à la tête de l'empire et l'incapacité des rois à trouver une manière de dominer durablement la région de Babylone, qui reste farouchement indépendantiste.
C'est la conjugaison de ces deux problèmes qui plonge l'empire dans sa crise finale. Un pouvoir indépendant se reconstitue à Babylone dans les années 620, profitant d'une guerre civile entre Assyriens. Puis il parvient, avec l'appui des Mèdes, à envahir l'Assyrie et à détruire ses capitales dans les années 614-612. L'empire assyrien est définitivement anéanti en 609, et ne se reconstitue pas. Sa place est prise par l'empire néo-babylonien, qui étend sa domination sur ses anciennes provinces et conforte le principe d'une domination impériale sur ces régions, comme le font moins d'un siècle plus tard les Perses Achéménides. En cela l'empire néo-assyrien peut être vu comme le « prototype » des empires de l'Antiquité.
Les sources et leur exploitation
Les sources sur l'Assyrie se répartissent entre sources écrites, images et vestiges archéologiquesMises au point sur l'étude de l'empire néo-assyrien dans ..
Les sources écrites secondaires, c'est-à-dire les documents écrits dans l'Antiquité par des témoins directs ou indirects et transmis jusqu'à l'époque moderne, sont d'un secours limité pour reconstituer l'histoire de l'Assyrie antique. Plusieurs livres de la Bible hébraïque comprennent plusieurs mentions des relations des royaumes d'Israël et de Juda avec l'empire assyrien, qui ont trouvé des échos dans les textes mis au jour en Mésopotamie, bien que leur période de rédaction finale ait lieu bien après les faits. En revanche les textes d'auteurs grecs faisant référence à l'Assyrie reprennent des éléments essentiellement folkloriques sur les rois assyriens, que l'on retrouve également dans une littérature antique en araméen connue seulement par quelques papyri mis au jour en Égypte.
Les textes cunéiformes mis au jour dans les territoires dominés par l'Assyrie, et avant tout ses capitales (Assur, Kalkhu, Ninive) constituent le principal type de source permettant de reconstituer l'histoire assyrienne. Il s'agit surtout de tablettes d'argile, et aussi d'inscriptions sur pierre. Ce sont donc initialement des sources mises au jour lors de fouilles archéologiques, et leur contexte de découverte, quand il est connu, éclaire leur compréhensionMise au point sur les contextes de découvertes des archives néo-assyriennes connues avant 1998 dans .. Elles ont été redécouvertes lors des fouilles archéologiques entreprises à partir du milieu du , qui ont fourni les premières « moissons » de tablettes et inscriptions, aujourd'hui surtout au British Museum, mais aussi au Musée du Louvre. Les découvertes se sont poursuivies depuis, à un rythme inégal en fonction de la situation politique des régions fouillées (situées majoritairement en Irak et en Syrie). Les textes ont généralement été publiés sans projet cohérent, jusqu'à la fin du qui a vu l'apparition de projets de publication complets et cohérents M. T. Larsen, « The Archaeological Exploration of Assyria », dans ..
thumb|left|Détail d'un passage d'une inscription royale d' (« Inscription standard »), sur un bas-relief du Palais nord-ouest de Nimroud. Pergamon Museum.
Des listes de rois et d'éponymes, et des chroniques historiques, fournissent les grandes lignes de la chronologie de la période. Les inscriptions royales décrivant les hauts faits des rois, surtout leurs campagnes militaires, constructions et chasses, permettent de donner une vision plus précise de l'histoire de la période. Parce qu'elles relèvent du discours officiel, elles sont aussi une source essentielle sur l'idéologie royale. Elles doivent évidemment être lues avec le recul critique nécessaire, car souvent elles exagèrent ou édulcorent la réalité, mais elles ne comportent pas d'inventions. Les inscriptions royales ont fait l'objet d'un projet de (re)publication systématique en anglais, Royal Inscriptions of Assyria, dans le cadre d'un projet plus large de publication des inscriptions des rois mésopotamiens. Le projet n'est pas encore achevé mais couvre la majeure partie des rois néo-assyriens, et a fait l'objet d'une publication en ligneThe Royal Inscriptions of the Neo-Assyrian Period.
thumb|Lettre de la correspondance royale de Ninive : lettre adressée au roi Assarhaddon par son fils, le futur roi Assurbanipal. British Museum.
Les archives administratives et privées provenant des sites assyriens sont une documentation abondante et très utile pour documenter le fonctionnement quotidien de l'empire assyrien et de sa société. Elles sont environ au nombre de et proviennent surtout de Ninive, de Nimroud et d'Assur, mais des corpus ont été mis au jour sur plusieurs sites de Haute Mésopotamie. Elles comprennent des documents de gestion, des documents juridiques (donations et décrets royaux, contrats de vente, traités de paix) et environ lettres de la correspondance du roi et d'autres personnages importants de l'empire, ces dernières étant un apport inestimable pour les historiens.
Les textes savants mis au jour dans les bibliothèques assyriennes (textes rituels, techniques, scientifiques, mythologiques, épiques, etc.), sont le corpus le plus vaste en quantité et ont été fondamentaux pour la redécouverte de la culture mésopotamienne antique. Le principal corpus, et de loin, est constitué par plusieurs milliers tablettes et fragments provenant des bibliothèques des palais et des temples de Ninive (la « bibliothèque d'Assurbanipal »).
Les tablettes provenant des palais et temples de Ninive et de Nimroud font l'objet d'un projet de publications dirigé par S. Parpola de l'Université d'Helsinki, Neo-Assyrian Text Corpus Project, qui produit des éditions de textes, des études, des outils de travail et une revue, qui ont fortement fait progresser la compréhension de l'empire néo-assyrien.. Parmi ce projet, la série des State Archives of Assyria (SAA) concerne les archives de l’État assyrien (correspondance royale, textes juridiques et administratifs, etc.). Les traductions ont été publiées en ligneStates Archives of Assyria Online. Le site réunit les traductions d'archives administratives et juridiques mises au jour sur différents sites de l'empire..
L'iconographie, l'étude des images, est un autre champ d'études important. Les représentations visuelles se trouvent surtout sur des sceaux-cylindres et des dalles en pierre (orthostates) sculptées et autres sculptures. Des figurines et autres objets (surtout en terre cuite, pierre, métal, ivoire) proviennent de bâtiments administratifs, de maisons, de tombes. Le matériel le plus riche, et de loin, provient des tombes des reines de NimroudPrésentation synthétique chronologique de l'art néo-assyrien dans . En français, en dehors des synthèses sur l'art mésopotamien, voir .. Dans le contexte néo-assyrien, l'analyse des images royales et les rapports entre les images et les textes sont des champs d'études importants..
thumb|left|Ruines du palais néo-assyrien de Tell Sheikh Hamad (Dur-Katlimmu/Magdalu) en Syrie.
Les fouilles des bâtiments construits à l'époque néo-assyrienne, aussi bien dans le centre de l'empire que dans les sites des provinces situées au-delà, sont d'autres sources permettant d'éclairer l'histoire de l'empire néo-assyrien. Les prospections au sol permettent de localiser des sites occupés durant cette période, et l'analyse des images satellites et photographies aériennes offre des pistes supplémentaires, notamment pour retrouver le tracé des canaux et routes antiquesPrésentations synthétiques de l'archéologie de l'époque néo-assyrienne dans et ..
L'histoire de l'Assyrie a d'abord été étudiée par le prisme de la Bible : il s'agissait de reconstruire l'histoire d'un ennemi des royaumes d'Israël et de Juda, de chercher des parallèles entre sa culture et celle de l'Israël antique (comme l'illustre le grand écho qu'a rencontré la publication de la « tablette du Déluge » de l’Épopée de Gilgamesh en 1872). Quant à l'art assyrien, il était jugé au regard de ceux de la Grèce et de Rome, mais implicitement bien reçu par certaines élites pays occidentaux colonialistes en raison de son caractère impérialiste. D'un autre côté, les Assyriens ont été vus sous un jour négatif en raison de la mise en scène de leurs actes de cruauté dans leurs textes et images. Le voit l'Assyrie devenir progressivement un objet d'étude pour elle-même. Le développement des approches culturelles à partir des années 1970 permet des regards moins négatifs, de mieux comprendre la religion, les savoirs, la société, l'économie, aussi à mieux apprécier l'impact et l'influence de l'empire néo-assyrien dans l'histoire E. Frahm, « Introduction », dans ..
Des sites Internet en anglais ont également été constitués pour éclairer les dossiers les plus importants et les tablettes publiées, en lien avec les découvertes archéologiques : . sur l'époque de la fondation de Kalkhu et les premiers rois néo-assyriens, . sur l'époque de la construction impériale de la seconde moitié du , et . sur les rapports entre pouvoir et savoirs dans la première moitié du
Histoire Les années d'éclipse