Münster est une ville allemande située dans le Nord du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Mönster en dialecte local). De 1815 à 1945, Münster était la capitale de la province depuis lors disparue de Westphalie (Westfalen). La ville, étendue sur et bordée par l'Aa, se situe entre Osnabrück et Dortmund, au centre de l'actuel pays de Münster (Münsterland).

Depuis 1915, la ville a le statut officiel de (). En 2008, la ville compte , bien que la population réelle de la ville soit légèrement supérieure puisque les ne sont qu'en partie enregistrés à Münster.

La ville est marquée par une forte présence des services administratifs et de justice, dont la Cour constitutionnelle régionale. De plus, Münster accueille le siège de la « communauté de communes » (Landschaftverband) Westfalen-Lippe.

Münster est aussi un évêché fondé il y a par saint Ludger (Ludgerus), ce qui fait de Münster le plus vieil évêché d'Allemagne du Nord.

La ville est surtout connue pour son nombre impressionnant de cyclistes et le charme de son centre historique. Elle a reçu en 2004 le prix Liv-Com de la ville du monde ayant la meilleure qualité de vie dans sa catégorie.

Structure communale

En vertu de l'article 1 des statuts municipaux, la ville de Münster est structurée en six arrondissements municipaux (Stadtbezirke) : Mitte, Nord, Ost, West, Süd-Ost et Hiltrup. Chaque arrondissement dispose d'une représentation de chacune, élue par la population lors des élections municipales. Le président de chaque représentation d'arrondissement est appelé Bezirkvorsteher.

D'après les statuts municipaux, chaque arrondissement est lui-même divisé en zones d'habitation (Wohnbereiche). Le nom de cette sous-division n'est cependant pas utilisé, et dans la pratique on parle plutôt de quartier (Stadtteil).

Liste des arrondissements et leurs quartiers :

Mitte : Kernbereich Nord : Coerde Kinderhaus Sprakel avec Sandrup Ost : Gelmer-Dyckburg, composé de Mariendorf, Sudmühle, Gelmer et Gittrup Handorf avec Kasewinkel, Kreuzbach, Laer, Dorbaum et Verth Mauritz-Ost West : Albachten Gievenbeck Mecklenbeck Nienberge avec Häger, Schonebeck et Uhlenbrock Roxel avec Altenroxel et Oberort Sentrup Süd-Ost : Angelmodde avec Hofkamp Gremmendorf avec Loddenheide Wolbeck Hiltrup : Amelsbüren avec Sudhoff, Loevelingloh et Wilbrenning Berg Fidel Hiltrup

Le centre-ville est lui aussi divisé en anciens quartiers historiques aux contours parfois flous, entre autres : Aaseestadt, Erphoviertel, Geistviertel, Hansaviertel, Kreuzviertel, Kuhviertel, Mauritzviertel, Pluggendorf, Rumphorst et Südviertel. De leur côté, les quartiers des autres arrondissements de Münster correspondent dans leur majorité à d'anciennes communes absorbées au fil du temps par la ville.

Histoire thumb|center|upright=3.2|Panorama de Münster Appartenances historiques 1180-1802 1802-1806 1806-1811 (Lippe) 1811-1814 (Province de Westphalie) 1815-1918 1871-1918 1918-1933 1933-1945 1945-1949 1949–1990 1990-présent

Moyen Âge

Ministère de saint Ludger Le lieu appelé aujourd'hui Münster, était autrefois appelé Mimingernaford quand les Bructères y avaient un fort. Puis, lorsque la région fut christianisée par saint Ludger et ses successeurs, la ville devint Monasterium et enfin Münster.

Charlemagne entreprend l’intégration de la Saxe païenne (sous l'emprise de Widukind) au royaume des Francs déjà évangélisé.

Après plusieurs échecs et de multiples campagnes militaires, Charlemagne dépêche finalement en 785 saint Ludger (en ), missionnaire originaire de Frise, pour christianiser les Saxons. , si bien qu'en 805, le territoire devient un diocèse dont il est proclamé évêque… même après sa mort, son influence persiste. De nos jours, il est célébré à Münster comme le saint patron de la ville et le fondateur de l'Église en Westphalie. La cathédrale Saint-Paul et l'école adjacente, le lycée Saint-Paul (datant de l'an 797), ont été fondées par lui. Le lycée Saint-Paul est l'une des écoles parmi les plus anciennes d'Europe.

En raison de sa population croissante, la ville reçoit en 1170 sa charte de ville. Au milieu du , Munster est la plus grande ville de Westphalie. Ayant à sa tête un prince-évêque, elle joue un rôle important dans le commerce avec la Ligue hanséatique. Reflet de cette prospérité, le marché principal dont les magnifiques maisons marchandes datent de cette époque. Cette richesse n'est pas exempte de tensions, notamment entre l'oligarchie marchande qui dirige la ville et les guildes artisanales.

En 1121, la ville de Münster fut conquise par le duc Lothar von Supplinburg. La plupart des bâtiments furent très endommagés par le feu… L'évêque de Münster jugea alors nécessaire de protéger la ville par des remparts, des tours et des douves qui l'encercleraient, et non plus seulement la cathédrale. C'est donc au que fut construit le premier mur des fortifications. On rejeta la terre vers la ville, afin de former un mur, sur lequel on put construire le rempart, surmonté de six tours de garde.

La Maison fraternelle de Münster (, 1401) est la première création en Allemagne, par (1371-1439), d'une extension des Frères de la vie commune.

La réforme luthérienne est introduite en 1532 par le chapelain Bernard Rothman et le conseil de la ville adopte la confession réformée modifiée par celui-ci.

Temps modernes

Théocratie anabaptiste

thumb|upright=2.5|La ville à l'époque où elle s'appelait Monasterium. Mais rapidement, le mouvement réformé se radicalise dans la ville et des prédicateurs s'opposent au baptême des enfants. C'est alors une discussion doctrinale centrale entre les Églises réformées. La dissidence anabaptiste récuse le baptême dont elle affirme qu'il n'apparaît pas dans les Écritures et ne peut être administré à des enfants incapables de comprendre le sens de ce sacrement.

En , le prêcheur anabaptiste Jan Matthijs envoya d'Amsterdam un certain Jean de Leyde, « apôtre » qu'il avait lui-même baptisé en , vers Münster. Le Mais selon certaines sources dès la mi-février même., il lui emboîta le pas et proclama Münster « Jérusalem céleste ». Bien que le nouveau conseil des échevins soit favorable aux idées des anabaptistes, l'arrivée de Matthijs déchaîna le jour même une controverse des Images en ville. Toutes les églises et monastères furent dévastés afin d’expurger les traces du passé mensonger. Le prédicateur annonça son « Programme apocalyptiqueD’après » :

Il faut anéantir les incroyants en vue de la parousie, Le Christ instituera une théocratie terrestre, Les « émissaires apostoliques » sont invincibles et doivent annoncer l'imminence du Royaume.

Le , Matthijs enjoignit aux habitants de Münster de venir se faire baptiser ; celui qui entendait s'y refuser devait quitter la ville avant minuit. On ordonna de brûler tous les livres à l'exception des Bibles. Matthijs déclara la communauté des biens et la Polygynie (une forme de polygamie).

Auparavant, l’évêque de Münster Franz von Waldeck avait fait arrêter Bernd Rothmann le et entreprit d'assiéger la ville dont il avait été chassé.

Le , jour de Pâques, dans un prêche sur la Place du Marché, Matthijs se présenta comme le Nouveau Gédéon. Après une ultime vision du Jugement dernier, il monta à cheval, accompagné de quelques fidèles, et sortit sans armes de la ville pour réclamer la reddition des assiégeants. Il fut immédiatement jeté à bas et mis en pièces par des lansquenets. Après l'exécution de Matthijs aux portes de la ville assiégée (), Jean de Leyde se proclama « roi de Sion », confirma la communauté universelle des biens et des personnes (la polygamie). La ville de Münster, réduite par la famine et les épidémies, ne se rendit que le . Lors du dernier assaut, tous les anabaptistes qu'on put saisir furent passés par le fil de l'épée, et le carnage ne s'interrompit qu'au bout de deux jours. Quant à Jean de Leyde, il fut détenu six mois en attente d'un châtiment exemplaire, puis fut torturé et mis à mort en public le .

Les jésuites, arrivés à la fin du , y construisent en 1588 le collège jésuite et l'église Saint-Pierre. C'est leur première fondation outre-Rhin.

La guerre de Trente Ans dévaste la ville. Néanmoins, c'est cette ville qui va accueillir les premières négociations qui aboutiront à la paix de Westphalie en 1648.

En 1759, durant la guerre de Sept Ans, la ville est assiégée par les troupes Françaises du marquis d'Armentières. Dans la nuit du 11 au , le régiment de La Tour du Pin fit une attaque sur la porte Saint-Maurice, qu'il battit avec ses quatre pièces de campagne. Il eut affaire à toute la garnison qui fit un feu terrible, et ne se retira qu'au jour. Le , on ouvrit la tranchée devant la ville, et le 21, devant la citadelle qui se rendit le 25. Le lieutenant général et prussiens furent faits prisonniers de guerreLouis Susane, Histoire de l'ancienne infanterie française page 375.

L'université Frédéric-Guillaume est fondée en 1780 après la fermeture du collège jésuite de Münster due à la suppression de la Compagnie de Jésus (1773) dont elle prend les locaux.

Époque contemporaine

Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde Guerre mondiale la ville de Münster était une importante base militaire de l'ouest de l'Allemagne. Elle était le quartier général de la militaire ( - Oberkommando der Wehrmacht Münster) qui englobait les régions de Westphalie, de Hanovre et du Rhin septentrional. Münster était également la garnison de nombreux régiments : La d'infanterie avec plusieurs régiments, transformée en avec son École de panzers. Des régiments d'artillerie. Un groupe de défense anti-aérienne (FLAK Gruppe Münster avec plusieurs régiments). Le Commandement des bataillons de police pour le nord-ouest du Reich (Befehlshabern der Ordnungspolizei - BdO Münster/Westfalen). Les bataillons de police de Münster (Ordnungspolizei et Polizeibataillone) ont participé activement aux actions d'extermination sur le front de l'Est comme lors du massacre de Babi Yar où furent assassinésÉdouard Husson, Heydrich et la solution finale, Perrin, 2012, et au contrôle des transports de déportation. Un des centres de l'Abwehr : le service de renseignement et de contre-espionnage de la Wehrmacht Abwehrstelle (AST) de Münster avait la charge de l'Europe du Nord-Ouest et s'installe dans la France occupée en 1940, notamment Paris (à l'hôtel Lutétia), à Lille et à DijonHenri Michel, Paris allemand, éd. Albin-Michel, 1981, . À proximité se trouvait la base aérienne de Münster-Handorf : elle a été dotée des premiers avions à réaction, les Arado Ar 234, qui sont intervenus dans la bataille des Ardennes en On trouvait aussi un camp de prisonniers : l'Oflag VI-D avec environ français et belges. Il a été installé dans une caserne de la ville dès , mais l'opération Market Garden en Hollande toute proche a entraîné la fermeture du camp le et les prisonniers ont été transférés à l'Oflag VI-A de Soest.

Cette importance militaire a fait de la ville une cible des bombardements alliés en 1944Par exemple le 30 mai et le 24 juin - Liste générale 8thAAF COMBAT CHRONOLOGY . Par ailleurs la stratégie britannique de destruction massive des villes allemandes afin de briser le moral des populations pour accélérer la fin de la guerre (doctrine Douhet et Harris) a touché lourdement la ville de Münster au début de 1945La contribution de Bomber Harris et du bombardement de zone La revue de l’aviation royale canadienne vol. 3 | no1 hiver 2014, page 30 et suivantes . Les bombardements sur Münster ont été intensifs et ont eu pour effet, outre de nombreuses victimes civiles, d'irréparables destructions du patrimoine de cette vieille ville médiévale chargée d'histoire et de richesses architecturales.

Destruction et reconstruction