L'enceinte gallo-romaine de Tours est une muraille entourant la ville de Civitas Turonorum (le quartier de la cathédrale de l'actuelle ville de Tours) et construite à l'époque du Bas-Empire romain ; elle est généralement dénommée « enceinte du castrum ». C'est la seule construction gallo-romaine de Tours dont des vestiges soient encore visibles et librement accessibles au public. L'enceinte est partiellement inscrite au titre des monuments historiques depuis 1927.
Elle a été construite dans la première moitié du dans le quartier nord-est de la ville ouverte du Haut Empire, en réponse à l'insécurité qui régnait en Gaule à cette période. De nombreuses cités adoptaient alors des dispositifs similaires. Sa mise en place ne s'est cependant pas opérée dans l'urgence. Cette enceinte d'un périmètre de , édifiée au moyen de matériaux de réemploi prélevés sur les bâtiments en place, prenait appui sur l'amphithéâtre de Tours qui fut aménagé en porte monumentale au sud de la ville nouvelle ; une quinzaine de tours la renforçaient et elle était percée de plusieurs portes et poternes ; la Loire baignait sa muraille nord. Quand Tours s'agrandit et se dota de nouvelles enceintes au puis deux siècles plus tard, la muraille du servit de base à la partie est des nouvelles réalisations.
Les fouilles archéologiques minutieuses réalisées de 1974 à 1978 sur le site du château de Tours (appelé « site 3 » par les archéologues), suivies des études exhaustives du début des années 1980, complétées à la fin du et au début du , permettent de bien appréhender son architecture. L'incertitude est cependant encore presque totale quant à la structuration de l'espace à l'intérieur de la Cité, les neuf hectares enclos par l'enceinte, le nombre et les caractéristiques sociales de ses résidents ; une hypothèse semble toutefois prendre corps, qui verrait la moitié nord de l'espace habitée par des « civils », dont des représentants du pouvoir administratif, la moitié sud étant réservée aux religieux, autour du pôle épiscopal. Enfin, la ville de Tours du Bas-Empire ne se résolvait certainement pas à ce réduit fortifié, mais l'organisation de l'espace hors-les-murs reste en 2014 une énigme.
Contexte géographique et historique
Contraintes locales Au début du , la ville de Tours, fondée dans la première moitié du de notre ère, a déjà beaucoup changé ; comme les deux tiers des villes de la Gaule septentrionale., elle a progressivement troqué son nom latin pour celui de son peuple, abandonnant Caesarodunum pour Civitas Turonorum. Le tissu urbain semble s'être, depuis plusieurs décennies, progressivement rétracté des marges de la cité vers le front de Loire moins exposé aux inondations et où se concentrait déjà la zone la plus densément peuplée.. Cette modification de l'enveloppe urbaine semble s'accompagner d'un changement profond dans les méthodes de construction : dans l'élévation des murs, la maçonnerie est remplacée par le bois et la terre, ce qui ne contribue pas à la conservation des vestiges et peut en partie expliquer la carence des renseignements archéologiques de cette période..
Les raisons de cette évolution, à laquelle on assiste pour la grande majorité des villes de la Gaule romaine pendant l'Antiquité tardive, ne sont pas connues avec précision, mais elles sont certainement multiples. La crise du troisième siècle de l'Empire romain a entraîné une baisse de l'activité économique. et a perturbé le fonctionnement de l'administration. Des facteurs locaux ont également pu jouer ; il est vraisemblable que des crues de la Loire, comme Tours en connut à cette période, aient contribué à cette modification de la zone urbanisée.. Tours se trouve également confrontée aux problèmes d'insécurité liés aux incursions barbares qui ont, à partir de 250, gagné les provinces de la moitié nord de la Gaule à partir du limes germanique..
Les habitants doivent donc faire face à la situation nouvelle d’une ville exposée aux attaques alors même que sa structure est en train de se décomposer lentement ou, tout du moins, de se transformer radicalement. Ils commencent, dans la seconde moitié du , par fortifier l'amphithéâtre et l'entourer d'un fossé. puis envisagent, comme dans beaucoup d'autres cités, la construction d'une enceinte d'un périmètre resserré qui abritera les autorités administratives de la ville, servira de refuge aux habitants en cas d'attaque . et , consacrera la naissance d'une ville nouvelle sur le plan urbanistique.
Datation de l'enceinte Évolution des hypothèses de datation du .
Félix de la Sauvagère (1776) : sous Jules César. ; Jean-Louis Chalmel (1828) : vers 474-475. ; Noël Champoiseau (1831) : début du . ; Charles de Grandmaison (1859) : entre 250 et 300. ; Émile Mabille (1862) : 373-385. ; Robert Ranjard (1958) : début du . ; Henri Galinié et Élisabeth Lorans (1981) : 370-380 ; Jacques Seigne (2007) : achèvement vers 350 ; Après avoir formulé de nombreuses hypothèses sur sa datation, archéologues et historiens s’accordent à penser que le a été construit sur une période de plusieurs années, voire deux ou trois décennies, dans la première moitié du .. Cette datation est attestée par les techniques de construction, typiques de cette période avec notamment l'emploi de lopus mixtum., par la reprise d’activité, vers 370, des thermes du Haut-Empire situés dans son angle nord-ouest après leur réaménagement consécutif à la construction de l’enceinte. et enfin par l'abandon d'un fossé défensif construit antérieurement sur le même site et mis en évidence sur une partie du périmètre de l'amphithéâtre...
C’est peu après, entre 364 et 388, que Tours, à la faveur d'une réorganisation administrative de l'Empire romain, a été élevée au rang de capitale de la Lyonnaise.La Lyonnaise regroupait la Touraine, l'Anjou, le Maine et la Bretagne. et que le christianisme s'est développé, notamment sous l'épiscopat de Martin. En 1979, Henri Galinié et Bernard Randoin s’interrogeaient : la construction du avait-elle été la cause ou la conséquence de l’accession de Tours au rang de capitale de province romaine. ? Si la première proposition ne peut être ni affirmée ni infirmée, la seconde n’est plus recevable, la chronologie établissant désormais l’antériorité de la modification du plan urbain sur le changement de statut.
Cette muraille sera réutilisée, hormis son flanc ouest, dans plusieurs enceintes successives de Tours, l'extension de l'enceinte des Arcis du (inscrite à l'Inventaire général du patrimoine culturel en 1991)., puis l'enceinte du (inscrite à l'Inventaire général du patrimoine culturel en 1991)., dite Clouaison de Jean le BonPar lettres patentes datées de mars 1356, le roi Jean II « le Bon » avait autorisé les habitants de Tours à poursuivre la construction d'une nouvelle enceinte destinée à réunir les différents noyaux urbains qui allaient constituer la ville tardo-médiévale ().. Cette pérennité d'utilisation explique pourquoi, même très modifiée et restaurée, l'enceinte gallo-romaine de Tours a traversé les siècles.
Architecture Enceinte au Bas-Empire Origine des matériaux vignette|gauche|upright=0.95|alt=photo de blocs de pierre sculptés empilés dans une cave|Blocs de remploi ornementés dans les fondations de l'enceinte. La construction de l'enceinte fait systématiquement appel à des matériaux de remploi, grands blocs, petits moellons retaillés si besoin ou tuiles, certainement prélevés aux monuments et édifices laissés en dehors de son périmètre. Les blocs de grand appareil, les chapiteaux, blocs de frise, etc. et les colonnes (sciées en deux dans le sens de la longueur quand cela s'avérait nécessaire) paraissent avoir été prélevés sur des monuments publics de la ville ; la masse totale des blocs de grand appareil utilisés dans la construction de la muraille est estimée à .. Les moellons de petit appareil et les terres cuites (Les étaient des tuyauteries en terre cuite destinées à canaliser l'air chaud ou les fumées dans les thermes antiques., fragments de briques ou de tuiles) proviennent probablement d'habitations privées situées à proximité du rempart.. Plusieurs éléments funéraires (stèles) retrouvés dans les fondations suggèrent clairement des emprunts aux nécropoles de .. Les apports de matériaux de remploi pourraient même avoir une origine géographique plus lointaine : lors de sa visite à Tours, l’empereur Constantin demandait que les pierres d’Amboise, ville située à de Tours, soient utilisées pour l’édification du rempart.. Cette réutilisation massive d'anciens matériaux de construction n'est pas un cas isolé et ne préjuge pas d'un délaissement fortuit des anciens bâtiments ; il était courant, dans l'Empire romain, de programmer ainsi le recyclage des anciens matériaux dans de nouvelles constructions..
Fondations Leur structure n’est pas connue avec précision, aucune fouille n’ayant encore permis d’en atteindre la base. Elles sont composées de plusieurs assises de grands blocs de remploi en calcaire (craie dure ou tuffeau, blocs bruts ou sculptés, chapiteaux, tambours de colonnes sciés... ), empilés à joints vifs dans une tranchée sur au moins de profondeur dont la largeur excède de beaucoup celle du mur en élévation et dont le niveau supérieur ne dépasse pas celui du sol antique, à environ NGF, niveau semble-t-il assez constant sur tout le périmètre de l'enceinte. ; au moins six assises de grands blocs ont été identifiées sur le site 3 et il n'est pas exclu que la base des fondations soit, au moins dans ce secteur en bordure de Loire, établie sur des pilotis de bois .. Si, côté extérieur, les fondations ne dépassent que très peu l'aplomb du mur de l'enceinte, côté intérieur, elles semblent déborder d'environ dans l'angle nord-ouest, seul point de l'enceinte où elles aient été accessibles.
Courtine vignette|upright=1.2|alt=dessin d'une coupe de la muraille montrant sa structure ; la légende est détaillée ci-après|Figure I : Restitution possible de la courtine du , vue en coupeCe dessin est la transcription aussi fidèle que possible de la description de la courtine selon les données archéologiques disponibles.. (E) élévation - (S) soubassement(1) parement externe en moellons(2) blocage lié au mortier rose(3) lits de briques ou tuiles(4) blocage lié au mortier blanc(5) blocs de grand appareil Les fouilles réalisées sur le site 3 ont permis de déterminer la structure interne de la muraille. À partir des fondations, la courtine présente deux structures différentes.. Dans la description ci-après, les chiffres et lettres entre parenthèses font référence aux repères de la figure I.
La première assise au-dessus des fondations est constituée de grands blocs dont la structure est semblable à celle des fondations mais dont la rangée extérieure est chanfreinée ( en moyenne). Cette première assise est surmontée de plusieurs rangées de grands blocs sur toute la largeur de la muraille (5), l'ensemble constituant le soubassement (S) de la courtine.