Doukas Lascaris (grec médiéval : ), né en ou au début de l'année et mort le , est un empereur byzantin de Nicée ayant régné de 1254 à 1258.
Il est le fils de et d'Irène Lascarine, fille aînée de , le fondateur de l'empire de Nicée comme État successeur de l'Empire byzantin au lendemain de la quatrième croisade en 1204. reçoit une excellente éducation de la part de deux érudits renommés, Nicéphore Blemmydès et Georges Acropolite, et, durant son existence, il se lie d'amitié avec plusieurs intellectuels. Il va jusqu'à composer lui-même des traités théologiques ainsi que des écrits historiques et philosophiques qui témoignent du dynamisme intellectuel du monde byzantin d'alors.
En 1235, son père arrange son mariage avec Hélène de Bulgarie, dans le cadre d'une alliance avec le second Empire bulgare et son souverain, , contre l'empire latin de Constantinople qui occupe la capitale de l'ancien Empire byzantin. Théodore lui-même affirme dans ses écrits que le mariage est heureux et il a cinq ou six enfants de son épouse. À partir de 1241, il prend une part active au gouvernement de l'Empire en intervenant au nom de son père en Asie Mineure, quand celui-ci est en campagne dans les Balkans. En revanche, des tensions apparaissent avec des figures de l'aristocratie, dont Théodore Philès et Michel Paléologue.
Théodore succède à son père le . Son règne, court en raison de ses problèmes de santé, voit une consolidation des frontières de l'Empire. En Orient, il signe une alliance défensive avec , souverain du sultanat de Roum, pour s'opposer à l'Empire mongol. Dans l'ensemble, ce front n'est pas un sujet d'inquiétude et l'empire de Nicée peut se consacrer à la reconquête de ses terres historiques en Europe. repousse une invasion bulgare de la Thrace et de la Macédoine, et contraint , qui dirige le despotat d'Épire, un autre État issu de la partition de l'Empire byzantin, à lui céder Dyrrachium. Si la présence nicéenne est affermie dans la région, Constantinople demeure aux mains de l'empire latin de Constantinople. Enfin, il s'allie avec contre de Serbie et , qui a des vues sur les Balkans. Néanmoins, quand ce dernier débarque en 1257, il ne parvient pas à le repousser.
Sur le plan intérieur, au-delà d'une méfiance certaine envers l'aristocratie qui lui vaut de nombreuses inimitiés, il tente d'impulser certaines réformes. Fervent défenseur d'un renouveau de l'hellénisme, qu'il voit comme le ciment de l'identité impériale face aux humiliations infligées par les Latins, il favorise le recrutement parmi la paysannerie d'Asie Mineure. Sa défense des Hellènes et du monde byzantin menacé s'illustre aussi par son rejet de la moindre concession à la papauté sur la question du schisme entre le catholicisme et la foi orthodoxe.
Dans les derniers mois de sa vie, tombe gravement malade et peut de moins en moins participer au gouvernement de l'Empire. Il désigne Georges Mouzalon comme son régent et celui de son fils, , encore mineur. Il finit par s'éteindre, victime d'un cancer ou d'une épilepsie chronique. Quelques jours plus tard, la fragile régence mise en place s'effondre face à un complot aristocratique mené par Michel Paléologue qui prendra rapidement le contrôle des destinées de l'Empire.
Sources Plusieurs chroniqueurs, souvent contemporains de , relatent les événements de son règne, avec des avis divergents. Ainsi, Georges Acropolite est un acteur notable des règnes de puis de , dont il participe à l'éducation. Néanmoins, écrivant sa grande chronique sous , opposant politique de Théodore, son récit est peu favorable à celui-ci, qu'il décrit comme irascible et inapte au gouvernement et vise surtout à glorifier les accomplissements de son successeur. Georges Pachymère, un autre chroniqueur qui écrit sous , se montre peu disert sur le règne de qu'il relate sous la forme d'une introduction à son œuvre principale (Les Relations historiques). Il est néanmoins plus impartial qu'Acropolite, même s'il a tendance à surestimer les réalisations des empereurs de Nicée. Il n'hésite pas à utiliser le registre de la Passion du Christ pour décrire l'agonie de l'empereur. Théodore Skoutariotès est souvent inclus parmi les chroniqueurs du et un texte anonyme, complément à l'ouvrage d'Acropolite bien plus favorable à , lui est souvent associéSur les divergences entre les chroniques d'Acropolite et de Skoutariotès, voir .. S'il n'a pas rédigé de chronique historique à proprement parler, les textes de Nicéphore Blemmydès sont précieux pour comprendre la période qui entoure le règne de . Pour autant, écrivant lui aussi beaucoup sous , il a tendance à minimiser sa proximité avec pour ne pas s'aliéner le nouveau pouvoir, mettant l'accent sur les désaccords qu'il a pu avoir avec lui. Les propres écrits de Théodore Lascaris, nombreux et de natures diverses, éclairent des pans importants de sa personnalité et surtout de sa posture de dirigeant, ainsi que de sa pensée philosophique et religieuse y décrit aussi son quotidien d'empereur, expliquant qu'il reçoit des ambassadeurs le matin, s'adonne à quelques études par la suite puis, montant à cheval, va recevoir diverses doléances. Le soir, il exécute divers jugements avant de terminer la journée par le suivi des campagnes militaires en cours.. C'est un fait rare chez un empereur byzantin, qui enrichit notablement la perspective biographique à son propos. Plus tardifs, les écrits de Nicéphore Grégoras apportent des compléments intéressants à l'appréhension du règne de , souvent plus neutres.
Biographie
Origines thumb|Hyperpère en or frappé sous .|alt=Photographie de la face d'une pièce de monnaie, représentant le buste de deux hommes. Fils de l'empereur et d'Irène Lascarine, Théodore naît à Nicée à la fin 1221. ou au début 1222. Petit-fils par sa mère de , il passe sa jeunesse dans l'empire de Nicée, État successeur d'un Empire byzantin brisé en 1204 par la quatrième croisade et dont les dirigeants espèrent reprendre Constantinople pour refonder la puissance byzantine. est le troisième mari d'Irène et est issu d'une famille aristocratique apparentée aux Comnènes et aux Anges, deux anciennes familles impériales. Quand il épouse Irène, il est le chef de la garde impériale et devient l'héritier présomptif de son beau-père à la suite de la mort des deux frères de son épouse. Néanmoins, espère longtemps avoir un autre fils de sa troisième femme, Marie de Courtenay, sans résultat. Quand il meurt en , Jean Vatatzès doit s'imposer par la force face aux deux frères de l'empereur défunt, Alexis Lascaris et Isaac Lascaris. Il remporte sur eux une victoire décisive à la bataille de Poimanenon lors de l'hiver 1223-1224, lors de laquelle il défait aussi leurs alliés latins, contribuant ainsi à affaiblir la présence de l'empire latin de Constantinople en Asie Mineure.
Après qu'Irène a été victime d'un accident de cheval qui la laisse dans l'incapacité d'enfanter à nouveau, le jeune Théodore reste le seul fils du couple impérial. Il adopte le nom de famille de sa mère qui le lie à , son grand-père, et reçoit une éducation princière qui doit le préparer à régner. Il écrit lui-même que son enfance a été heureuse et qu'il jouissait de l'affection de son père, se souvenant que ses parents se refusaient à le punir même quand son tuteur l'accusait de mauvais comportement.
Éducation thumb|alt=Carte de la région de la Méditerranée orientale présentant les frontières des différents Etats vers 1204|Carte de l'empire de Nicée quelques années après la partition de l'Empire byzantin en 1204. Sous , il récupère une partie des terres autour de Thessalonique et la région occidentale de l'empire latin de Constantinople, autour d'Andrinople, ainsi qu'une large partie des possessions asiatiques de ce même Empire. Son éducation est évidemment marquée par la religion et l'apprentissage des textes sacrés : jusqu'à la fin de sa vie, il se montrera capable d'en réciter des pans entiers. S'il déteste son principal tuteur (ou baioulos), qu'il qualifie de , cela ne l'empêche pas d'étudier intensivement la grammaire, la poésie, la rhétorique, la logique, les mathématiques, l'astronomie, la géométrie et la musique. De ses études, il garde un goût affirmé pour les lettres et admire tout particulièrement les oraisons de Démosthène ou d'Hermogène de Tarse, ainsi que les travaux du théologien Grégoire de Nazianze. Parfois moqué par son tuteur pour son intellectualisme et encouragé à s'intéresser plus activement aux affaires militaires et diplomatiques, il se montre passionné par la chasse ainsi qu'un joueur estimé de polo.
C'est très jeune qu'il est rapidement promis à un mariage avec la princesse bulgare Hélène, fille du tsar qui venait de remporter un succès écrasant à la bataille de Klokotnica en 1230 contre l'empire de Thessalonique et le despotat d'Épire, devenant ainsi un acteur central du jeu diplomatique régional. En affaiblissant le despotat d'Épire, qui espérait aussi reconquérir Constantinople, Ivan Asen a indirectement renforcé la prétention de l'empire de Nicée à refonder le monde byzantin. En 1235, l'union est scellée et confirme l'alliance bulgaro-nicéenne contre l'empire latin de Constantinople. La même année, les deux armées assiègent Constantinople mais ne parviennent pas à en percer les murailles. Deux ans plus tard, Ivan Asen se retourne même contre en s'alliant avec les Latins pour stopper la progression de l'empire de Nicée en Thrace, qui menace d'affaiblir la puissance bulgare. Si le tsar revient bien vite à son alliance avec , ses revirements marquent durablement qui en nourrit une méfiance profonde à l'endroit des BulgaresVoir ..
En grandissant, Théodore conserve son goût pour l'érudition et se rapproche de Nicéphore Blemmydès, grand intellectuel de son temps, à qui il demande des cours de philosophie. Blemmydès est alors l'higoumène d'un monastère à Éphèse et, pour profiter de ses enseignements, Théodore s'installe un temps à Nymphaion où son père dispose d'une résidence d'hiver. Grand admirateur d'Aristote, Blemmydès influence largement la pensée de , qui ne manque pas dans ses écrits de citer le grand philosophe antique. Néanmoins, Blemmydès finir par être accusé de corruption par un de ses étudiants et, si intervient pour lui éviter l'emprisonnement, il se détourne de l'enseignement. Pour autant, Théodore maintient un contact écrit avec lui et continue de lui rendre visite quand il le peut. C'est Georges Acropolite, jeune intellectuel, qui devient le nouveau tuteur du futur empereur et complète ses savoirs en logique et en mathématiques.
À la fin de l'année 1239, la mère de Théodore meurt et Vatatzès se remarie dès l'année suivante, avec une fille illégitime de Frédéric du Saint-Empire, Constance, rebaptisée Anna, âgée de seulement dix ans. fait scandale quand est divulguée sa relation avec une des dames de compagnie italiennes de la princesse, du nom de Marchesina. Rapidement, lui confère un statut à la cour, l'autorisant à chausser des chaussures pourpres, la couleur impériale, réservée aux plus proches du souverain.
Une jeunesse proche du pouvoir
Initiation à la gestion de l'Empire thumb|right|alt=Expansion de l'empire mongol au |Expansion de l'Empire mongol au . thumb|left|La bataille de Köse Dağ, lors de laquelle les Turcs anatoliens subissent une lourde défaite face aux Mongols. Cet événement contribue à stabiliser la frontière orientale de l'empire de Nicée, son puissant voisin, le sultanat de Roum, étant plus occupé par la menace mongole.|alt=Photographie d'une miniature montrant deux groupes d'archers de cavalerie combattre.