L'église Notre-Dame de Chambly est une église catholique paroissiale située au cœur de la ville de Chambly, en France. Selon la tradition, l'impulsion pour sa construction a été donnée par saint Louis, quand il a séjourné dans la ville en 1248. Le chantier n'est apparemment pas lancé tout de suite, mais vers 1260 seulement. Il commence par le chœur, et se termine par la nef vers 1280 environ. Le chœur et ses chapelles adoptent un parti conservateur pour l'époque et affichent un style gothique rayonnant à son apogée, comme au moment de la construction de la Sainte-Chapelle, mais les fenêtres du transept et de la nef indiquent le style rayonnant tardif. En même temps la belle homogénéité de l'ensemble de l'église, la cohérence du plan et l'absence de marques d'interruption des travaux indiquent une progression rapide du chantier, et permettent de conclure à un achèvement vers 1280 environ. Avec une longueur de et une largeur de , l'église de Chambly représente l'une des principales réalisations rayonnantes de la région. L'édifice séduit par la clarté de sa conception, sa régularité, son élégance sévère et ses justes proportions. Son plan n'est pas original, mais ne se répète sur aucune autre église rayonnante de la région, et son abside se caractérise par la multiplication des fûts de faible diamètre entre les fenêtres, qui présentent des réseaux rayonnants sans scansion horizontale. L'ascension vers les hauteurs est suggérée comme toujours à la période rayonnante, mais l'on note toutefois le renoncement à certains procédés courants à l'époque, tels que les arcatures plaquées sur les soubassements des fenêtres, et le triforium. Mais dans son ensemble, l'église Notre-Dame est une œuvre de qualité, et la reconnaissance de sa valeur artistique a motivé un classement au titre des monuments historiques par liste de 1862., et une restauration complexe au dernier tiers du notamment. Depuis la Révolution française, l'église Notre-Dame est l'unique église paroissiale de Chambly. Elle est aujourd'hui au centre d'une grande paroisse regroupant quatorze villes et villages, et accueille des célébrations eucharistiques chaque dimanche.

Localisation thumb|upright|left|Vue depuis le sud-ouest.

L'église Notre-Dame de Chambly se situe au cœur de la ville du même nom, en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, en pays de Thelle, aux confins de l'Île-de-France. L'édifice est entièrement dégagé d'autres constructions, et est entouré de voies de circulations et de places publiques. On peut donc facilement en faire le tour. Le Coison, ruisseau affluent de l'Esches, passe à proximité de la façade de l'église, ce qui rend le sol sous le bâtiment meuble et instable : des graves désordres dans la maçonnerie en sont la conséquence dès le .. L'orientation n'est pas régulière, et l'axe de l'édifice suit un alignement nord-est / sud-ouest. La place de l'Église, en grande partie réservée aux piétons, se situe à l'ouest de la façade occidentale. Une autre place, plus petite, se situe au nord-est du chevet. Ces deux places sont reliées par la RD 49 (rue Louis-Leclère / rue de Senlis), qui contourne l'église par le sud. À mi-chemin, la rue Florentin-Gaudefroy aboutit devant le croisillon nord. La rue Roger-Salengro contourne l'église par l'est, et relie également les deux places. Près du clocher, qui occupe l'extrémité sud de l'église, la rue Aurélien-Cronnier arrive depuis le sud-est. Selon les voies d'approche, les perspectives de vue qui s'offrent sur le monument changent à chaque fois.

Histoire Les origines thumb|upright|Saint Louis, probable fondateur de l'église (géant de procession).

Chambly est l'une des villes les plus anciennes de la région, et dès le haut Moyen Âge, ce semble être un bourg d'une certaine importance, comme l'indique la référence au pagus Camliacensis dans une charte de donation datée de 625 : s'il s'agissait d'un village insignifiant, l'on n'aurait pas parlé du pays de Chambly. Des actes du et du montrent l'étendue du pays, qui comporte aussi des lieux sur la rive gauche de l'Oise. Au , il est incorporé dans le comté de Beaumont-sur-Oise. La période de fondation de la première paroisse reste incertaine, mais d'après Louis Graves, la paroisse Saint-Martin est plus ancienne que la paroisse Notre-Dame. C'est la seconde paroisse de la ville jusqu'à la Révolution française. Elle est mentionnée pour la première fois en 1142, quand Eudes, évêque de Beauvais, donne le bénéfice de la cure à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. Pour des raisons qui restent à éclairer, la collation revient toutefois à l'évêque de Beauvais. Il touche également le bénéfice des quatre chapellenies qui existent dans l'église, et dont la plus ancienne est au titre de la Vierge et remonte au moins à 1217. Ces deux faits, mentionnés par Louis Graves, sont passés sous silence par l'abbé Marsaux, qui a publié une monographie de l'église Notre-Dame en 1889. Il pourrait s'agir d'une omission imputable au manque de clarté du texte de Graves, que Marsaux cite sinon abondamment. Quoi qu'il en soit, la tradition locale considère saint Louis comme fondateur de l'église Notre-Dame. Il aurait donné l'impulsion pour sa construction lorsqu'il signait des lettres-patentes à Chambly en 1248. Aucun document aujourd'hui conservé ne l'atteste ; seule la liturgie de la messe le jour de la fête patronale de Saint-Louis, le , indique qu'il s'agit d'un saint d'une importance particulière pour la paroisse (selon l'ordinaire de la messe utilisé au )..

Le contexte local

Outre les églises des deux paroisses, il y a celle du prieuré Saint-Aubin, dépendant de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, et comme autres établissements religieux, un hôtel-Dieu, une maladrerie et une léproserie. La chapelle de l'hôtel-Dieu appartient à la paroisse Saint-Martin. Lors de la suppression de la maladrerie au , sa chapelle et ses biens reviennent eux aussi à la paroisse Saint-Martin. La cure de l'église Saint-Martin est à la nomination directe de l'évêque de Beauvais ; contrairement à ce que suggère son titre, elle n'est pas liée au prieuré. L'église est brûlée sous la guerre de Cent Ans et rebâtie à la fin du , sans doute dans le style gothique flamboyant qui règne à cette époque. Elle se situe rue de la Chaussée, qui a changé de nom depuis, et qui fermait la ville au nord-ouest (peut-être la route de Neuilly-en-Thelle). La suppression de la paroisse à la Révolution française apporte la destruction de l'église, dont toute trace a déjà disparu vers 1840. Seul un retable représentant la Charité de Saint-Martin a été récupéré pour l'église Notre-Dame. — Le prieuré souffre de l'usurpation de ses biens par plusieurs seigneurs voisins aux ; ses bâtiments tombent en ruine au ; et les revenus du prieur ne sont plus suffisants. La Révolution apporte la dissolution du prieuré comme de toutes les abbayes de France, et ses bâtiments sont acquis par le vicaire général de Beauvais, M. Sesseval, qui y réside jusqu'à sa mort en 1806. Du prieuré, seul subsiste une partie de son église, aujourd'hui connue comme la chapelle Saint-Aubin. Une deuxième chapelle, qui reste encore affectée au culte au , est celle de la ferme du Mesnil-Saint-Martin, au hameau du même nom. Cette chapelle est dédiée à sainte Honorine et a été édifiée en 1648 par Nicolas de Boullainvilliers, seigneur du Mesnil. — Sous tout l'Ancien Régime, Chambly fait partie du doyenné de Beaumont-sur-Oise de l'archidiaconé de Clermont...

La datation de l'église thumb|upright|Vue depuis le sud.

Aucune source d'archives ne renseigne sur la construction de l'église. Son analyse archéologique et la comparaison avec des édifices présentant des analogies stylistiques doivent suffire pour établir une datation. Avec une certaine prudence, Louis Graves s'est limité à constater l'appartenance de l'église à la période gothique rayonnante, ce qui demeure incontestable. L'abbé Marsaux pense que la construction a commencé au milieu du , et il se base sur la fondation par saint Louis, la statue de saint Louis qui surmontait le portail du croisillon sud jusqu'à la Révolution et la similitude du réseau des fenêtres de l'abside avec la Sainte-Chapelle. Mais ces éléments ne suffisent pas pour une datation précise, d'autant plus que le réseau des fenêtres de l'abside ne se retrouve pas sous cette même forme à la Sainte-Chapelle, où aucune baie ne comporte trois lancettes. Maryse Bideault et Claudine Lautier sont parvenues à la conclusion que la construction de l'église Notre-Dame n'a pas pu commencer avant 1260. Elles partent du constat que l'église est tout à fait homogène et issue d'une unique campagne de construction, sans aucun changement de parti notable en cours de chantier, même si le transept et la nef sont plus sobres que le chœur, par qui la construction a commencé. Ensuite les auteurs insistent sur la mouluration chanfreinée ou aigüe des réseaux des fenêtres du transept et de la nef, qui cède la place à une mouluration arrondie dans le chœur, et sur la voûte à liernes et tiercerons de la croisée du transept. Ces caractéristiques parlent en faveur d'une date au dernier tiers du , et c'est effectivement peu avant 1270 que la toute première voûte à liernes et tiercerons apparaît en France, dans la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. Ensuite les chapiteaux de la nef avec leur aspect de frise continue, et la disposition un peu schématique des feuilles sur deux rangs, accusent également une période avancée dans le . Ceci ne sont pas des arguments contredisant une plus grande ancienneté du chœur, et Maryse Bideault et Claudine Lautier soulignent justement le conservatisme de son parti. Elles datent le transept et la nef des années 1270-1280, et fort de leur connaissance sur la durée des chantiers au , tablent sur un délai de construction d'une vingtaine d'années, et donc une date de début des travaux vers 1260. L'abbé Marsaux n'adopte pas un tel raisonnement et situe ainsi l'achèvement de la façade occidentale au début du ...

Le journal de l'abbé Thierry (1740-1754)

Rares sont les témoignages sur la vie paroissiale avant la Révolution, en dehors des entrées dans les registres paroissiaux et quelques notes en marge, et en dehors des traces d'éventuels procès en justice. Pour cette raison, le journal de l'abbé Thierry, curé de Notre-Dame de Chambly de 1740 à 1754, est plein d'intérêt, même si seul le premier cahier a été retrouvé. Il donne aussi un aperçu des problèmes auxquels un curé du doit faire face, et met en exergue le décalage entre certaines institutions et coutumes ancestrales et les réalités de l'époque. L'abbé Jean-Baptiste Thierry est natif de Saint-Just-en-Chaussée, prêtre diocésain, professeur des Saintes Écritures du séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et maître ès arts de Paris. Lors de son installation le , il a vingt-cinq ans environ. La cérémonie est pompeuse, et le nouveau curé y donne la triple bénédiction à l'instar d'un évêque, en prétendant ultérieurement que c'est un privilège réservé aux curés de Chambly. Le geste de l'imposition des mains dont bénéficient tous les fidèles à l'issue de l'office est également propre à un évêque. Messire Thierry prend beaucoup de libertés avec la liturgie et la modifie à son gré, à une époque où chaque diocèse a de toute façon sa propre liturgie ; à titre d'exemple, il définit une année pastorale commençant chaque année le jour de l'anniversaire de son installation, et qui détermine la matière des homélies. Le conseil de fabrique est souvent convoqué, non pour prendre son avis, mais pour lui faire des réflexions. L'abbé Thierry est aussi un homme entreprenant, qui fait bâtir un nouveau presbytère en 1741, installer quatre nouvelles cloches, et réaménager l'église..