Un filtre dichroïque (du grec, littéralement «deux-couleurs») ou filtre interférentiel est un filtre dont les propriétés de transmission et de réflexion dépendent fortement de la longueur d'onde. En pratique, on distingue trois plages de longueur d'onde principales : une première, reflétée lorsque la lumière est en incidence normale, une seconde lorsqu’elle est à 45°, et enfin une troisième transmise par le filtreGoogle Books.

Selon les applications, c’est la partie reflétée ou la partie transmise que l’on récupère, ainsi on parle également de miroirs dichroïques ou de réflecteurs dichroïques. Contrairement aux miroirs classiques, la qualité du composant ne dépend pas uniquement du traitement de la première surface, mais également de celle du substrat et du traitement antireflet de la seconde surface. En effet, une partie des rayons est amenée à traverser tout le composant.

Structurellement, les miroirs dichroïques font partie de la famille des miroirs diélectriques et des lames à faces parallèles. La plupart ont une longueur d'onde de travail située entre 450 et 1800 nanomètres.

Très utilisés dans les laboratoires de recherche scientifique, ces miroirs sont souvent plus performants que les miroirs métalliques en termes de réflexion. D’autre part, les couleurs saturées que renvoient ces miroirs sont très appréciées dans les domaines de l’architectureThe Copenhagen Opera House, de la bijouterie, de la projection vidéo et de l’éclairage de scène.

Généralités Dichroïsme

vignette|alt=Des rayons de lumières de multiples couleurs entourent un carré transparent.|Prisme dichroïque posé sur une surface rugueuse pour mieux mettre en relief les rayons de lumière. Formellement, le terme dichroïque qualifie tous les systèmes capables de séparer un faisceau lumineux en deux faisceaux dont les composantes spectrales sont différentes. On compte parmi ces systèmes les miroirs dichroïques, mais également les prismes dichroïques qui séparent les couleurs grâce à une combinaison de plusieurs prismes. Dans ce cas, le mécanisme mis en jeu pour séparer les couleurs est la dispersion de la lumière et ne fait pas appel à des traitements de surface spécifiques.

On qualifie également de dichroïques les matériaux dont l’absorption dépend de la polarisation. Cet effet est présent dans de nombreux cristaux, comme la tourmaline : les cristaux changent de couleur en fonction de la polarisation qui les traverse. En minéralogie, on parle plus généralement de polychroïsme, et cette propriété permet d’identifier les cristaux.

L’activité optique des composés chimiques est la capacité d’un composant à absorber la lumière différemment en fonction de sa polarisation. Pour désigner cet effet, on parle parfois de dichroïsme circulaire. Le dichroïsme peut être également observé pour les cristaux liquides Google Books.

En revanche, les filtres colorés standards ne sont pas dichroïques : ils ne séparent pas la lumière en deux faisceaux mais absorbent une partie du spectre lumineux.

Historique

Les filtres dichroïques ont été utilisés à de nombreuses reprises dans l'art. L'exemple le plus classique est probablement la Coupe de Lycurgue, laquelle date du Le verre a une couleur verte lorsqu’il est illuminé en incidence normale depuis l’extérieur. Lorsqu’on l’illumine de l’intérieur, la lumière traverse le verre et la coupe apparaît rouge violacée"The Lycurgus Cup, a Roman Nanotechnology" by Freestone, Meeks, Sax, Higgitt, 2007, Gold Bulletin.

D'autre part, les verriers ont souvent tenté de reproduire l'aspect des pierres précieuses avec du verre. Entre le , des résultats de dichroïsme furent observés à la fois à Venise, Chalcedoine et Girasole. Ces résultats sont alors obtenus en introduisant une petite quantité de métal dans le verre. Les verres de Chalcedoine ressemblent à l'époque de la jaspe et de l'agate. Ils étaient constitués de silicate sodo-calcique très pure mélangée à du verre au plomb et du verre au plomb opacifié avec de l'étain. À l'intérieur de ce mélange étaient introduits de l'argent, de la silice de cobalt, des oxydes de fer et de cuivre, le tout dissout dans de l'acide nitrique. Ce mélange était travaillé au four comme un verre conventionnel, à la différence près que la couleur n'était obtenue qu'à condition de le recuire. Cette méthode était déjà connue pour les verres colorés tels que les rubis de cuivre, d'or et de sélénium. La plupart du temps, les cristaux formés à l'intérieur du verre lors du premier passage au four n'étaient pas suffisants pour disperser la lumière de manière significative. Dans ce cas, plusieurs chauffages successifs permettaient de les faire grossir en taille. Les verres obtenus à Girasole apparaissaient bleus en réflexion et rouge-orangé en transmission.

Plus récemment, Kolo Moser, produit des verres qu'il nomme Alexandrit. Ce verre possède 4 % d'oxyde de néodyme et change de couleur en fonction de la nature de la lumière qui l'illumine: la lumière naturelle lui confère un aspect bleu, mais il apparaît rougeâtre lorsqu'il est illuminé avec une source artificielle. Ce verre a été nommé d'après l'alexandrite, minéral auquel il ressemble.

La structure des verres dichroïques modernes a été initialement introduite par la NASA et ses partenaires Fichier PDF dans le cadre de recherche sur les matériaux.

Principe physique

Le dichroïsme réfère pour les minéralogistes aux cristaux qui transmettent une couleur différente en fonction de la polarisation de la lumière qui les éclaire. Le verre n’étant pas un cristal mais une structure amorphe, il n’est pas naturellement dichroïque. Cependant, il est possible d’obtenir des propriétés de dichroïsme en dopant le verre, c'est-à-dire en lui ajoutant de petites quantités d'impuretés.

La méthode la plus commune pour obtenir un verre dichroïque est de réaliser un traitement de surface multi-couches. Pour cela, il est possible d’utiliser des matériaux tels que le sulfure de zinc ou le fluorure de magnésium. Ainsi constitués d’une superposition de fines épaisseurs de matériaux d’indice optique bien choisis, ces filtres utilisent le principe d'interférence par une couche mince pour sélectionner les couleurs transmises et les couleurs réfléchies.

Les couleurs réfléchies sont similaires à celle que l'on peut observer sur une tache d'huile en contact avec de l'eau. En effet, lorsqu'un rayon lumineux vient heurter la surface du film d’huile, une partie de la lumière est reflétée et une partie est transmise. Le rayon transmis est ensuite reflété à la seconde interface, laquelle est en contact avec l'eau. Le rayon qui a traversé le film parcourt un chemin optique plus long que celui du rayon qui se reflète à la première interface : les deux rayons sont déphasés, et l'on observe des interférences. Les couleurs observées sont connues sous le nom de teintes de Newton.

En notant la différence de chemin optique entre les deux rayons et a longueur d'onde, leur déphasage vaut :

Puisque le déphasage dépend de la longueur d'onde (qui elle-même est reliée à la couleur du rayon), on obtient des interférences constructrices pour certaines couleurs et destructrices pour d'autres. Dans un miroir dichroïque, la « tache d'huile » est en fait une superposition de revêtements optiques que l'on dépose sur une plaque de verre. Les différentes couches sont isolantes et choisies de sorte que leur indices soient alternativement supérieurs et inférieurs à celui du substrat.

Les revêtements ont des indices de réfraction et des épaisseurs optimisés de telle sorte que l'on produise des interférences conduisant à la sélection des couleurs souhaitée. Le nombre de couches, leur indice de réfraction et leur épaisseur permet de jouer sur la largeur de bande du filtre et de le rendre aussi large ou aussi fin que l'on veut. Contrairement aux filtres ordinaires qui absorbent les fréquences qu'ils coupent, l'intérêt du filtre dichroïque est qu'il n'absorbe rien du tout : il transmet les longueurs d'onde de la bande passante et reflète celles hors de la bande. Ainsi, le filtre ne subit pas d'échauffement et l’on peut récupérer les bandes coupées.

Fabrication Pour produire du verre dichroïque, deux méthodes sont possibles. La plus répandue aujourd'hui consiste en un traitement de surface, l'autre utilise une suspension colloïdale de métaux.

Principe du traitement de surface

Cette technique de traitement de surface sélectionne les couleurs suivant le principe d’interférence par une couche mince. Le verre ainsi produit reflète une couleur différente en fonction de l’incidence de la source lumineuse, peut-être éventuellement trichroïque et parfois présenter des irisations sur sa surface. De tels verres sont par exemple utilisés en bijouterie, et portent le titre commercial de ‘’dichroïque’’.

Principe utilisant des suspensions colloïdales Cette seconde méthode est celle présente dans la Coupe de Lycurgue. Il s’agit en fait d’un verre contenant une suspension colloïdale d’or et d’argent figés dans une matrice de verreGoogle Books.

Technique de fabrication

Pour la détermination du nombre de couches, de leur épaisseur et de leur indice de réfraction, la conception est souvent basée sur un modèle analytique suivi d’une résolution numérique. En ce qui concerne les optimisations, les constructeurs font souvent appel à la méthode de Monte-Carlo. En général, la conception d’un filtre dichroïque impose de trouver un compromis entre le nombre de couche (et donc la complexité du filtre) et la précision nécessaire.

Les couches sont, la plupart du temps, déposées successivement par pulvérisation d’un faisceau d’ions sur la surface. Le substrat est généralement du borosilicate, mais on peut également utiliser du BK7. Le borosilicate est particulièrement bon en termes de transmission dans l’ultra-violet, n’a presque pas d’auto-fluorescence reste peu sujet à la dilatation thermique. Les couches ont typiquement un état de surface de 40/20, ce qui est meilleur que les miroirs métalliques standards (40/60). La vapeur condense ensuite sur la surface et forme une structure cristalline. Il est possible d’ajouter une couche de protection en quartzFAQs on Dichroic Glass, Coatings by Sandberg, Inc.. D’autres revêtements sont possibles, notamment par dépôt physique par phase vapeur (PVD). Un revêtement fini peut typiquement présenter entre trente et cinquante couches, pour une surface totale de moins d’un micromètre d’épaisseur. Il est également possible de fusionner des verres dichroïques en les chauffants. Cependant, la répétabilité du processus n’est pas maîtrisée, si bien que les résultats ne peuvent pas être précisément prédits. Ainsi, une pièce de verre dichroïque fondue peut-être considérée comme unique.

Performances

Performances optiques

Les miroirs dichroïques offrent des caractéristiques particulièrement bonnes en termes de filtrage, bien meilleures que celles des filtres conventionnels (gels colorés).

Cependant, le fait même de refléter la lumière rend leur bande passante dépendante de l’inclinaison des rayons en entrée. Ils demeurent beaucoup moins sensibles que les filtres interférentiels, par exemple. L'absence d'absorption permet également de travailler à puissance élevée: les filtres dichroïques sont par exemple utilisés dans le laser le plus puissant du monde, le National Ignition Facility.

Pour un miroir typique, réfléchissant dans l’infrarouge et transmettant dans le bleu, on peut s’attendre à des coefficients supérieur à 99,5 % pour la réflexion et de l’ordre de 95 % en transmission. La planéité de la surface peut varier en fonction des besoins, atteignant au maximum . Le seuil de dommage laser est typiquement de quelques joules par centimètre carré, il dépend de la nature du substrat. Enfin, l’angle entre les deux faces (défaut de parallélisme) est typiquement de quelques dizaines de secondes d’arc.

Performances mécaniques