vignette|, Chansonnier enluminé de Weingarten, vers 1310-1320. Walther von der Vogelweide, (né vers ~1170, lieu de naissance inconnuNé peut-être en Italie (Sud-Tyrol) selon Henry-Louis de La Grange, Vienne, une histoire musicale, Fayard. . - ~1230) est le poète lyrique allemand le plus célèbre du Moyen Âge.
Biographie Malgré sa renommée, on ne trouve pas le nom de Walther dans les registres de son époque, excepté une mention isolée dans les comptes de voyage de Wolfgar d'Erla, évêque de Passau entre 1197 et 1204 : Les principales sources d'information sur Walther von der Vogelweide sont ses propres poésies et des références occasionnelles par des Minnesängers contemporains. L’essentiel de ce que l’on sait de la vie de Walther provient de ses propres œuvres ; et réciproquement certaines données biographiques ne nous importent aujourd’hui que dans la mesure où elles nous aident à comprendre le sens de ses poésies : ainsi du lieu de sa naissance ou de sa sépulture.
Si Walther von der Vogelweide s’exprime très souvent à la première personne dans ses compositions, le locuteur s’identifie rarement avec le poète. Dans l’art lyrique, la première personne annonce à l’auditoire une expérience personnelle, qui va être en l’occurrence une expérience amoureuse. Lorsque la narration épique prend le pas, le narrateur est désigné comme trouvère (Sänger). Il s'agit donc toujours d'une figure rhétorique dans une œuvre de fiction, non d'un récit autobiographique du poète.
Dans les poésies de ton plus politique ou polémique, l’expression à la première personne résonne de façon plus clairement autobiographique, mais son emploi est stylisé. Pour le lecteur d’aujourd'hui, il est sans doute encore plus difficile de discerner les frontières entre l’autobiographie et la fiction. L’absence de sources sur Walther, hormis les références précitées et ses propres poèmes, donnent de lui une image un peu irréelle ; mais cette image « poétique » importe dans la mesure où elle influence notre lecture de ses œuvres.
La chronologie des œuvres n’est assurée que pour celles qui évoquent sans ambiguïté des événements politiques (tels par exemple le couronnement ou la mort d’un prince ; les diètes d'empire avec précision de la ville). Les chants où le narrateur se présente comme un vieillard sont habituellement désignés comme les , mais un jeune poète peut très bien prendre le masque d’un vieil homme pour s'exprimer : cette classification est davantage révélatrice des sentiments que ces chants suscitent auprès du public . Cela dit les qu’on peut dater grâce aux événements politiques présentent certaines tournures qui reviennent dans d’autres poèmes réputés être de la maturité de l’auteur, si bien que plusieurs des reconstitutions chronologiques données ci-dessous, y compris pour la poésie courtoise, sont controversées, mais certainement pas absurdes.
Son pays natal thumb|Statue de Walther à Bolzano (1889). thumb|Statue de Walther von der Vogelweide sur la place du Marché de Weißensee On ignore où Walther est né : il y avait au Moyen Âge de multiples bourgades du nom de Vogelweide (), où l'on dressait les faucons pour la chasse. De cela peut-on du moins déduire que le nom du poète a dû se fixer avant que sa renommée devienne interrégionale, faute de quoi on n'aurait pu l'identifier précisément. Les nobles prenaient à cette époque le nom de leur terre ou de leur pays de naissance.
De cela il résulte : soit que son nom n'a dû avoir d'abord de sens que pour une petite région (où il n'y avait guère qu'un seul lieu portant le toponyme de ), soit qu'il n'a été adopté que comme nom métaphorique (les poètes des et signent le plus souvent de leur nom de plume, au contraire des qui, du moins lorsqu'ils étaient d'extraction noble, signent du nom de leur terre). Plusieurs localités se targuent d'être la patrie du : citons pêle-mêle Laion (Tyrol méridional, en Italie), Francfort-sur-le-Main, Feuchtwangen, Wurtzbourg ou Dux (en Bohême).
On invoque parfois comme un indice un passage de l’Élégie de la vieillesse (cette n’est pas vraiment une élégie au sens strict, mais plutôt une exhortation à se joindre à la Sixième croisade) pour placer ses origines dans le duché d'Autriche, et plus particulièrement dans les volières du duc, dont on ignore d’ailleurs l’emplacement. Dans ce poème, Walther prend pour sujet d'inspiration le pays de sa jeunesse et adopte pour cette composition nostalgique les hémistiches caractéristiques du « Minnesang du Danube ». L’hypothèse selon laquelle von der Vogelweide serait originaire des terres du duc d'Autriche pourrait expliquer que malgré des divergences de vue ouvertes avec le duc Léopold VI, il ait sans cesse cherché à prendre pied à la cour de Vienne et qu'il ait voulu s'en prévaloir comme de sa patrie (Ze Ôsterrîche lernt ich singen unde sagen; Lachmann 32,14), tout en recherchant la protection de l’évêque de Passau, dont le diocèse englobait Vienne. La langue même de Walther présente des particularités typiques de la vallée autrichienne du Danube.
Aloïs Plesser (1911) et (avec davantage de précision) Helmut HörnerHelmut Hörner: 800 Jahre Traunstein. 1974. sont parvenus à localiser le colombier mentionné dans le polyptyque du fief de Rappottenstein (Waldviertel, en Basse-Autriche) de 1556, aujourd'hui dépendant de la commune de SchönbachCf. l’article de 1.. Le médiéviste Bernd Thum (Karlsruhe) a produit en 1977 et en 1981 des arguments prudents en faveur de cette thèse (Walther originaire du Waldviertel) : dans son Élégie de la vieillesse, le trouvère se plaint en ces termes : () ; Thum croit pouvoir en déduire que la patrie de Walther se serait trouvée dans une région en cours de défrichement, ce qui peut effectivement désigner le .
Le journaliste viennois Walter Klomfar se rallie à ce point de vue et signale à l'appui de cela une carte ancienne dressée au par les moines de l’abbaye de Zwettl en préparation d'un procès. On y voit, à l'est d'un village du nom de Walther une sorte de longue ferme nommée Vogelwaidt ; mais Walther est un nom tellement courant qu'il peut s'agir d'une coïncidence.
Si aucune source ne permet de se faire une idée des goûts cynégétiques des princes de Babenberg, il est en revanche certain qu'ils s'adonnaient à la fauconnerie, et donc qu'ils ont possédé des volières (). Bien que la localisation la plus probable soit la résidence familiale de Klosterneuburg, on ne peut exclure la présence d'un tel élevage dans un lieu-dit attesté seulement en 1556 ; aussi l'hypothèse du Waldviertel, quoique fragile, est-elle plausible.
Il faut en revanche exclure la théorie popularisée par le philologue suisse Franz Pfeiffer (1815 – 1868), selon laquelle Walther serait originaire de la vallée de la Wipptal dans le Haut-Adige, cela parce qu'on trouve près de la petite ville de Sterzing deux hameaux du nom de et de ; ainsi que la revendication de Laion (Tyrol méridional) comme patrie de Walther von der Vogelweide. Ces deux théories ne reposent en réalité que sur une interprétation erronée d'un passage du Willehalm de Wolfram von Eschenbach. Dans ces vers, Wolfram se moque de Walther qui, alors qu'il se trouve au bord du lac Tegern, s'est mis à boire de l'eau plutôt que de se régaler du vin de Bozen. L’abbaye de Tegernsee exploitait à l'époque des vignobles à Bolzano (il ne pousse pas de vigne autour du lac Tegern). La référence à la ville de Bozen n'a donc rien à voir avec les origines de Walther, mais au fait qu'on y trouvait du très bon vin.
Walther dans ses œuvres Les allusions biographiques tirées de passages des poèmes de Walther concernent sa jeunesse : « C'est en Autriche que j'ai appris à chanter et à conter » (ze Ôsterrîche lernt ich singen unde sagen). Il a fréquenté la cour du duc Frédéric Ier de Babenberg, à Vienne, jusqu'à la mort de ce prince (printemps 1198). Cette période de sa vie paraît avoir été des plus heureuses.
Puis il reçut une offre prestigieuse à la cour du prétendant Hohenstaufen Philippe de Souabe et fit campagne pour lui contre le prétendant guelfe Othon (qui sera plus tard couronné empereur sous le nom d’Othon IV). Certaines strophes sont à peu près contemporaines du couronnement de Philippe (en à Mayence) : elles prennent le couronnement pour argument ; deux de ses trois « lais sur le Royaume » (Reichston, éd. Lachmann 8,4 et suivants) chantent la veillée de Noël organisée par Philippe à Magdebourg en 1199 : le premier couplet (ich saz ûf eime steine) est enluminé du portrait de Walther dans le chansonnier de Weingarten et le Codex Manesse. Dans le (, édition Lachmann 17,11), qui s'inspire des événements en Grèce de , on peut déceler un reproche envers Philippe, qui s'en irrita selon une allusion que fait Wolfram von Eschenbach dans son épopée lyrique Cf. Wolfram von Eschenbach, Willehalm, strophe 286, vers 19 et suiv..
Cela faisait alors déjà quelque temps que Walther s'était éloigné de la suite de Philippe. En 1200 il avait composé un panégyrique à l’occasion de l’adoubement du duc Léopold VI, successeur de Frédéric Ier. Il était alors à Vienne. Dans un poème intitulé Preislied (Ir sult sprechen willekomen), sans doute composé à ce moment, il nous dit avoir déjà beaucoup voyagé en Europe. Il a aussi obtenu des engagements éphémères dans plusieurs cours régnantes.
Mais c'est encore son séjour à la cour du landgrave Hermann de Thuringe que l'on connaît le mieux, non seulement grâce aux poèmes de Walther, mais par les allusions ironiques à Walther éparses dans Parzival et dans Willehalm ; Wolfram von Eschenbach, en effet, composa ces deux grands contes à la cour de Hermann de Thuringe et il connaissait donc personnellement Walther von der Vogelweide. Ce dernier paraît avoir eu du mal à s'intégrer à la cour de Thuringe : il se plaint du chahut des chevaliers ivres, indifférents au charme de sa poésie lyrique.
C'est aussi lors de ce séjour en Thuringe que Walther, quoiqu’il en eût appelé au landgrave, perdit un procès l'opposant à un certain Gerhart Atze d’Eisenach, qui avait abattu son cheval parce que cet animal lui aurait arraché un doigt. Le déroulement des faits reste toutefois obscur, car le poète ne l'évoque que sur le ton de la satire : (Walthers Atze-Sprüchen). Walther versa une amende à la victime, sans toutefois pouvoir la recouvrer.
Les vers de Walther témoignent de ses liens avec bien d'autres grands de l'Empire : (oncle du duc Léopold VI d'Autriche) Wolfgar d'Erla (qui deviendra par la suite évêque de Passau, puis en 1204 Patriarche d’Aquilée) le comte Thierry II de Catzenellenbogen (parfois désigné comme « comte de Bogen »); le margrave Thierry de Misnie le duc Bernard de Carinthie l’empereur Othon IV l’empereur Frédéric II l’archevêque Engelbert de Cologne
Certains indices laissent deviner des liens avec le duc Louis de Kelheim. Ce sont toujours des liens personnels, à l'exception de la cour de Vienne, que le poète désigne collectivement comme « la joyeuse cour de Vienne » (der wünneclîche hof ze Wiene).
Quoi qu'il en soit, après l’assassinat du roi Philippe (1208), Walther s'est définitivement rallié au prince guelfe Othon IV, que le pape Innocent III couronnera empereur en 1209. Les témoignages les plus sûrs de cette adhésion à la cause d'Othon, ce sont les trois premiers « lais d'Othon » (Ottenton) composés à l'occasion de la diète de Francfort en 1212. Walther y stigmatise l'avarice d'Othon, et marque par là sa défiance : ces poèmes annoncent son ralliement au rival du monarque, le prince Frédéric II de Hohenstaufen. Bien que le couronnement de Frédéric à Mayence comme roi des Romains remonte au , il semble que Walther n'ait quitté la cour d'Othon pour celle de Frédéric II qu'ensuite. Malgré cela, Frédéric sut se montrer reconnaissant du ralliement de Walther à sa cause.