La Fraternité hermétique de Louxor, généralement nommée à l'époque de son activité la H. B. of L. de son nom anglais , est une société occultiste dont le nom apparaît pour la première fois publiquement en 1884 en Angleterre. Son créateur, anonyme à l'époque, en serait Max Théon. Il se peut qu'elle ait eu un rôle à jouer dans la création de la Société théosophique ou de la Fraternité d'Eulis de Paschal Beverly Randolph. Elle influença certaines personnalités du monde du spiritisme et de l'occultisme de la fin du , telles que Charles Barlet, Papus, , Henry Steel Olcott ou même René Guénon. Sa devise était .

Description Apparue en 1884, la H. B. of L. était un ordre d'occultisme pratique, offrant à ses membres la possibilité de développer des pouvoirs occultes, tels la clairvoyance à travers l'usage du « miroir magique », du sexeLes mystères d'Eros, Houghton Library de l'université Harvard, 1887 ou des droguesLettre de W. A. Ayton à un néophyte américain, 30 mars 1887. collection privée , 1892. Cette acquisition de pouvoir devait permettre au néophyte de mener une initiation autonome via l'établissement de communications avec des entités désincarnées spirituellement avancées, entités qui constituaient le cercle intérieur de la H. B. of L. La H. B. of L. aura une ascension fulgurante dans les milieux occultistes de France, d'Angleterre et des États-Unis et deviendra une rivale de la société théosophique, où de nombreuses personnes étaient déçus par les enseignements trop « théoriques » et attirés par l'aspect « concret » de ceux de la H. B. of L. H. P. Blavatsky sera d'ailleurs contrainte d'ouvrir une section ésotérique dans sa société en 1888 pour contrer les incessantes tentatives de recrutement de sa rivale.

Concernant sa doctrine, la H. B. of L. se contentera essentiellement de compiler les travaux d'anciens ésotéristes tels Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, Francis Barrett, Paschal Beverly Randolph, Antoine Fabre d'Olivet, Jean Trithème et Le Comte de Gabalis. En faisant ouvertement la promotion de l'usage de drogues et de certaines idées telles la « Magie sexuelle » et la « médiumnité active », auparavant évoqués par les seuls Paschal Beverly Randolph , 1860 , 1874 et Emma Hardinge Britten , 1876 , 1876, elle participera considérablement à implanter ces nouvelles tendances qui feront évoluer le milieu occultiste dans une direction nouvelle.

Son existence restera ignorée du grand public jusqu'à la parution des livres de René GuénonRené Guénon, Le théosophisme, histoire d'une pseudo-religion. Augmented ed., 1982 ( 1921)René Guénon, L'erreur spirite, 1952 ( 1923) en 1920 et des travaux de R. Swinburne Clymer en 1947 . 3 volumes, 1947.

Fonctionnement de l'ordre La H. B. of L. était divisé en deux cercles, l’intérieur et l’extérieur. Elle créera des loges sur le modèle de la franc-maçonnerie à partir de 1885 mais abandonnera ce système après des scandales qui causeront la chute de la section anglaise.

Le cercle intérieur, censé donner des instructions au cercle exterieur, était composé de maîtres sur un autre plan, d'entités désincarnées. Pour les contacter, il y avait donc la clairvoyance via l'usage des miroirs magiques, des boules de cristal ou de tout autre rituel de médiumnité active. La H. B. of L. ne pratiquait pas le spiritisme.

Dans les faits, il n'existe aucun témoignage concluant de contact avec le cercle intérieur. Tout au plus certaines personnes, comme W. A. Ayton, apercevront ou sentiront la présence des espritslettre de W. A. Ayton à un neophyte américain, expliquant les circonstances de son initiation, 30 mars 1887. texte accompagné d'une lettre de Thomas H. Burgoyne, 1886 collection privée, mais la H. B. of L. ayant intégré l'usage des drogues à ses cérémonies il est difficile de juger de la valeur de ces témoignages.

Concernant l'organisation du cercle extérieur, concrètement, c'est Davidson et Burgoyne qui répondaient aux lettres adressés au Grand maître, écrivaient les papiers initiatiques de la H. B. of L. (surtout Davidson, Burgoyne n'ayant qu'une connaissance rudimentaire de l'occultisme) et récoltaient l'argent des cotisations. Le travail administratif était surtout réparti entre Davidson et AytonChristian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, . Les responsables des trois sections (Barlet, Ayton et Johnson) avaient la charge d'assurer la correspondance avec les membres. Théon n'avait aucun rôle.

Membres vignette|Peter Davidson vignette|Thomas H. Burgoyne

Il ne subsiste aucune liste de membres. À l'heure actuelle, le recoupement de documents a permis d'identifier 270 personnes ayant été membres de la H. B. of LChristian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, .

Membres fondateurs de la H. B. of L. et leurs titres : Max Théon (vrai nom inconnu. Dates de naissance et de mort inconnus, mais celles-ci sont communément admises : 1848-1927). Grand Maître du cercle extérieur ; Peter Davidson (1837-1915 ou 1842-1916)Les premières dates sont celles figurant sur la tombe de Peter Davidson à Cleveland. Les secondes celles du catalogue de la , Grand maître provincial pour le nord (1884-1888). Président de la section orientale (1888-1909) ; Thomas H. Burgoyne (vrai nom Thomas H. Dalton, 1855?-1895?). Secrétaire privé du conseil de la H. B. of L. (1884-1888).

Autres membres ayant exercé un poste de direction : F.-Ch. Barlet (1838-1921). Grand maître provincial de la section françaiseLettre de Peter Davidson à F.-Ch. Barlet, Bibliothèque municipale de Lyon, Fonds Papus, 5488, 1888, Lyon. original en anglais ; W. A. Ayton (1886-1905). Grand maître provincial de la section anglaise (1884-1888)Lettres de W. A. Ayton à la comtesse Wachtmeister, avril 1886. Archives de la société théosophique, Adyar A. Trevor Barker (transcripteur), , 1925. Christian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, ; Thomas Moore Johnson (1851-1919), président de la commission de contrôle américaineLettre de Thomas Moore Johnson à un correspondant non nommé. Archives de la société théosophique, Adyar (1885-1888), 1963. , dirigeant de la loge d'Osceola.

Membres notables : Emma Hardinge Britten<ref>René Guénon, L'erreur spirite </ref> Paschal Beverly RandolphRené Guénon, L'erreur spirite Robert H. Fryar Papus René GuénonPierre Mariel, Dictionnaire des sociétés secrètes en occident, 1971 René Philipon J. D. BuckLettres de H. P. Blavatsky à J. D. Buck, 16 avril 1886. Archives de la société Théosophique, Adyar, membre de la commission de contrôle américaineChristian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, Edouard Blitz Gorham BlakeLettre de Gorham Blake au comité des 7, juillet 1886, Transmis par J. D. Buck à H. P. Blavatsky. Archive de la société théosophique, Adyar Sylvester Clark Gould Stanislas de Guaïta René CailléChristian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, Louis Le Leu Josephine Cables, dirigeante de la loge de New-York, membre de la commission de contrôle américaine Elliot B. Page membre de la commission de contrôle américaine William B. Shelley membre de la commission de contrôle américaine

Personnalités notables du milieu occultiste qui furent refusées : William Quan JudgeLettre d'Ayton à un neophyte américain non nommé, 2 juillet 1885 Constance WachtmeisterLettre d'Ayton à un neophyte américain non nommé, 28 septembre 1885 R. A. CampbellLettre de W. A. Ayton à un néophyte américain non identifié, , collection privée T. H. PattisonLettre de W. A. Ayton à un néophyte américain, 2 juillet 1885, collection privée Elliott CouesLettres de S. H. Randall à un néophyte américain non nommé, 14 et 21 octobre 1885, collection privée

Recrutement et dispense de l'enseignement La H. B. of L. se faisait connaître publiquement au moyen de prospectus circulant au sein du milieu et de publications dans la presse spécialisée de l'époque. Elle disposait entre autres à ces fins du magazine de Peter Davidson . En 1884, la personne désireuse de rejoindre l'ordre devait envoyer une lettre à un certain Theon ou TheosiA celui que cela peut intéresser, Archives de la Société théosophique, Adyar, 1884 et à partir d'avril 1885 à Peter Davidson, avril 1885, L'Anti-matérialiste, 20 janvier 1886, Le Magicien, 20 février 1886, , le nom de Max Théon n'étant plus mentionné. Le postulant recevait en réponse une lettre émanant d'une personne agissant pour le compte du « grand maître » lui réclamant une photographie et un horoscope afin de juger de son aptitude à intégrer l'ordre. Aucune liste de membres ne subsiste, mais on sait que des candidats ont été refusés, ce qui semble conférer une apparence de bonne foi à une organisation qui a souvent été dénoncée par ses ennemis comme une affaire financière frauduleuse. Ceux qui étaient acceptés recevaient leurs premiers documents initiatiques, des serments et des questionnaires, ainsi que la révélation du vrai nom de la H. B. of L. Une correspondance amicale s'établissait alors entre le néophyte et le représentant local de la H. B. of L. Les documents étaient envoyés au néophyte petit à petit, et il devait attendre un délai, qui pouvait parfois atteindre des années, avant de se voir révéler les rituels d'auto-initiation.

La structure en degrés de l'ordre était, selon les sources, de quatre initiations et neuf degrésL'ancien et noble ordre de la H. B. of L., texte envoyé aux néophytes, 1885. Collection privée ou neuf degrés en trois grades , 1889.

Le droit d'entrée et d’initiation au premier grade était de , la souscription annuelle de . Le passage d'un nouveau degré de l'initiation coûtait L'ancien et noble ordre de la H. B. of L., collection privée, cité dans H. B. of l. Textes et Documents Secrets de la Hermetic Brotherhood of Luxor, Paris, Arché Milano, 1988. Cette somme est plus importante qu'on ne pourrait le croire. En effet à l'époque le travail était rémunéré entre 0,50 et par jour pour un salaire mensuel généralement compris entre 13 et . Pour on pouvait par exemple s'acheter le bois de charpente nécessaire à la construction d'une maison ou un bon chevalcarnet de Peter Davidson. Propriété du Allen Greenfield, collection privée.

Comme dans toutes les sociétés occultes, les enseignements furent donnés sous le serment du secret, lequel resta presque universellement inviolé.

Rituels La partie finale de la pratique occulte de la H. B. of L., le rituel initiatique, était étonnamment quelconque et génériqueChristian Chanel, John P. Deverney, Joscelyn Godwin, La Fraternité Hermétique de Louxor (H. B. of L.), Rituels et instructions d'occultisme pratique, 2000, . L'explication de cette attitude nonchalante envers les rituels (mais non envers l'initiation elle-même) est fournie dans un des papiers de la H. B. of L. : les maîtres du cercle intérieur sont seuls responsables de l'initiation, tout rituel ne peut être qu'un spectacle extérieur destiné à impressionner le néophyteRituel hermétique pour l'initiation privée des néophytes, texte accompagné d'une lettre de Thomas H. Burgoyne, 1886 collection privée.

Le trait le plus frappant de cette cérémonie, qui pourrait être décrit comme une addition d'éléments disparates de la magie cérémonielle traditionnelle occidentale, est l'absence totale d'emprunt à la franc-maçonnerie, mine d'où presque tous les groupes occultes ont extrait leurs rituels.