Robert Coulondre, né le à Nîmes et mort le à Paris est un diplomate français. Il est ambassadeur de France en Union soviétique d’ à et, de ce fait, l’un des rares témoins occidentaux des grands procès staliniens de 1937-1938. En , il est nommé ambassadeur de France en Allemagne. Il y reste jusqu’en et c’est lui qui remet la « déclaration de guerre » à Joachim von Ribbentrop.
Biographie Les années de jeunesse D’une famille de la bourgeoisie protestante languedocienne, Robert Coulondre est le fils de l'homme politique Gaston Coulondre.
Il est titulaire d’une licence de droit, d’un diplôme de langue chinoise à l’Institut des langues orientales et diplômé de l’Institut des sciences politiques..
Carrière diplomatique Il intègre le Quai d'Orsay comme stagiaire en 1909 : d’abord élève-consul à Londres, il est recruté formellement par le ministère des Affaires Etrangères comme attaché en 1911. Au début de 1912, il est nommé consul suppléant à Beyrouth, peu avant l’arrivée de François Georges-Picot, lui-même nommé consul général dans cette ville dans le courant de la même année. Coulondre devient alors l’un des proches collaborateurs de ce diplomate, dont il accompagne l’action au Moyen-Orient jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale.
Au déclenchement de la guerre, Coulondre est incorporé comme lieutenant au 117 régiment d’infanterie où il bénéficie d’une citation de son régiment pour un acte de bravoure le , acte qui lui vaut la croix de guerre, puis la Légion d’honneur à titre militaireArchives départementales de la Seine, Recrutement militaire classe 1902. En , il est muté dans l’armée d’Orient en partance pour Salonique, mais, en réalité, Georges-Picot l’a fait revenir vers lui pour prendre en charge diverses missions non officielles. Coulondre est agent de liaison auprès de l’Arab’s Bureau du Caire en 1916, il participe ensuite à la création de la Légion d’Orient et fait enfin partie avec Louis Massignon et Charles Maugras de la mission Sykes-Picot en 1917-1918. Cette mission secrète met en place sur le terrain les bases de l’accord Sykes-Picot. Signé à Londres en , il délimite le partage des zones d’influence au Moyen-Orient. Dans les télégrammes de Coulondre datant de cette époque figure un certain colonel Lawrence (Laurence d’Arabie), que Coulondre considère comme un dangereux trublion mettant en péril la mise en œuvre de l’accord franco-britannique.
Après son mariage avec Pauline Meyer en , Coulondre est nommé consul à Rabat au Maroc sous l’autorité du maréchal Lyautey et revient à Paris fin 1920 à la Sous-Direction des Relations Commerciales du Quai d’Orsay, dont il prend la direction en .
De 1927 à la fin de , Coulondre est le chef cette Sous-Direction des Relations Commerciales, puis Directeur adjoint des Affaires Politiques et Commerciales au Ministère des Affaires étrangères. Il est promu commandeur de la Légion d’Honneur en . Il fait alors partie de ce que l’historien Jean-Baptiste Duroselle appelle le groupe protestant du Quai d’Orsay, dont les autres figures éminentes sont Paul Bargeton, René Massigli, Albert Kammerer, Victor de Lacroix et précédemment Jacques Seydoux de Clausonne. Ce groupe défend fortement les valeurs républicaines ainsi qu’un ordre international basé sur le droit, la Sociéé des Nations et la résolution négociée des conflits. Dès 1933 et surtout à partir de 1936, ce groupe est critique vis-à-vis de la politique d’apaisement envers l’Allemagne.
Au Quai d’Orsay, Coulondre a notamment étudié les dossiers soviétiques et allemands et accompagne ainsi Pierre Laval, alors président du Conseil, lors de sa visite à Berlin en 1931 sur fond de crise économique due à l’effondrement des banques d’Europe centrale.
Ambassadeur à Moscou Robert Coulondre est nommé ambassadeur de France à Moscou début sous le premier gouvernement du Front populaire, dirigé par Léon Blum.
Il est le premier ambassadeur à être nommé à Moscou par la France depuis la Révolution russe, seul un chargé d’affaires y représentait la France jusque-là. Être ambassadeur est à l’époque une position de prestige réservée à un petit nombre de représentants de la France.
Toutefois, cette nomination est aussi le reflet des ambiguïtés du gouvernement français vis-à-vis de l'Union soviétique :
La France et l'Union soviétique ont signé en 1935 un pacte d’assistance mutuelle dans lequel les deux pays s’engagent à se prêter immédiatement aide et assistance en cas d’agression non provoquée sous réserve de conformité avec le pacte de la SDN. Ce traité, signé côté français par Pierre Laval ministre des affaires étrangères, puis ratifié par la Chambre des députés fin , est cependant un chef-d’œuvre de galimatias. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Yvon Delbos, auprès de qui Coulondre prend ses premières directives, exprime le plus grand pessimisme envers ce pacte en demandant quelle serait l'aide soviétique si la guerre éclatait, et par quels itinéraires une aide militaire pourrait être obtenue. Coulondre part donc pour Moscou avec la mission de voir s’il est possible de donner un sens à cet accord. Cet objectif correspond d’ailleurs à deux idées auxquelles Robert Coulondre croit fermement : l’Allemagne nazie doit être arrêtée, et seule une alliance étroite entre les puissances occidentales et l'URSS permettra cet endiguement.
Moscou est accusé d’ingérence dans les affaires intérieures françaises via l’influence du Komintern sur le Parti communiste français. Pour de larges secteurs de l’opinion de droite et du centre, l'Union soviétique est considérée comme responsable à la fois des tensions sociales internes françaises et de la guerre civile « rouge » en Espagne. L’Espagne républicaine est communément perçue comme une tête de pont pour l’invasion révolutionnaire de la France. Au cours de l’été 1936, le congrès du Parti radical-socialiste, membre important du Front populaire, adopte une résolution très ferme contre l’intervention soviétique dans les affaires intérieures françaises.
En 1936, Coulondre, dès son premier entretien avec Maxime Litvinov, le Commissaire aux affaires étrangères soviétique, joue carte sur table : « Je suis venu ici sans aucune prévention contre la Russie des Soviets, mais sans préjugé favorable non plus. Je suis, par contre, un partisan convaincu du pacte d’assistance parce que je le crois un des éléments nécessaires à la sauvegarde d’une paix à laquelle nos deux pays sont également attachés. Eh bien, je viens vous dire que si les choses continuent à aller à ce train, il n’y aura plus de pacte d’assistance. L’opinion publique française est excédée de l’ingérence du Komintern dans les affaires intérieures de la France ». Les Soviétiques se défendent en prétendant n’avoir aucune influence sur le Komintern et rétorquent que la France ne joue pas le jeu du pacte en bloquant toute livraison de matériel militaire. Le travail de Coulondre à Moscou bute pendant les deux ans de sa mission à Moscou sur la fracture exposée ci-dessus.
Contrairement à la majorité de la classe politique française, Coulondre analyse les procès staliniens de 1937-38 comme une crise de croissance de l'URSS et non comme un affaiblissement même s’il pointe qu’à court terme, l’état-major de l’Armée rouge est décapité. Dans ses mémoires, De Staline à Hitler, Coulondre raconte avoir assisté en personne aux procès de et de : les accusés « font leurs aveux sur un ton monocorde (..) animés par une sorte d'automatisme (..) tous ont un repentir immense (..) Il résulte pour moi jusqu'à l'évidence qu'ils récitent une leçon apprise (...) Il est probable qu'on n'a fait figurer dans les procès que ceux que l'on a pu amener à signer et à accepter de refaire en public une déclaration satisfaisante » !
À partir de l’Anschluss en , tous les regards se tournent vers la Tchécoslovaquie. Des obstacles géopolitiques et logistiques empêchent néanmoins l’Armée rouge d’intervenir en soutien à la Tchécoslovaquie, une telle intervention nécessitant un transit via la Pologne ou via la Roumanie. En , Coulondre pousse à la négociation d’un droit de passage de l’Armée rouge par la Roumanie en échange d’une reconnaissance soviétique de la souveraineté roumaine sur la Bessarabie, mais cette option n’aboutit pas.
Dans les jours qui suivent le résultat désastreux des accords de Munich, Coulondre et son attaché militaire le colonel Auguste Antoine Palasse, essaient de faire passer le message qu'un rapprochement entre l'Allemagne et l'Union soviétique est fort possible en cas de poursuite d'une « politique d'apaisement »J. Bouvier, J. Gacon, La vérité sur 1939, Éditions sociales, 1953, au détriment d’une alliance franco-soviétique. Coulondre cite le commissaire aux affaires étrangères, Vladimir Potemkine, qui lui dit le : « Mon pauvre ami, qu’avez-vous fait ? Pour nous je ne vois plus d’autre issue qu’un quatrième partage de la Pologne ». Coulondre réitère cette hypothèse d’un futur accord germano-soviétique pour se partager la Pologne dans le compte-rendu qu’il fait après sa visite d’adieu à Litvinov le .
La vision prémonitoire de Coulondre quant à l’anéantissement de la Tchécoslovaquie et au quatrième partage de la Pologne a été saluée par certains historiens français, qui le créditent d’un « solide bon sens ». Certains auteurs américains vont plus loin en le qualifiant de « diplomate déterminé et lucide », contrastant avec « le monde des faiseurs de politique étrangère myopes et abasourdis des dernières années d’avant-guerre ».
De façon plus anecdotique, c’est Coulondre qui obtient du gouvernement soviétique la mise à disposition du palais Igoumnov et des terrains attenants pour l’ambassade de France à Moscou..
Ambassadeur à Berlin redresse|vignette| Robert Coulondre en 1939. vignette|redresse|Heinrich Himmler, Richard Walther Darré, Wolf Heinrich von Graf Helldorff, Robert Coulondre, en 1939. Robert Coulondre est nommé ambassadeur à Berlin en , après les accords de Munich, en remplacement d'André François-Poncet, lequel est nommé à Rome pour perturber l'alliance germano-italienne. Remplacer François-Poncet, l’ambassadeur de France à Berlin en place depuis 1931, par Coulondre, un diplomate connu pour son opposition ferme aux accommodements avec l’Allemagne nazie, est pour le chef du gouvernement français, Édouard Daladier, une façon d’équilibrer la position de son ministre des affaires étrangères, Georges Bonnet, qu'il juge trop favorable à l'apaisement avec l’Allemagne.
Coulondre reçoit des instructions, comme Daladier et Bonnet, consistant à tirer parti du climat de détente qui doit résulter de la signature des accords de Munich pour tenter une réconciliation. Il a aussi pour mission d’obtenir plus de garantie de la part de l’Allemagne vis-à-vis du renoncement à toute nouvelle revendication territoriale, notamment quant au territoire français de l'Alsace-Lorraine. Dans la foulée de François-Poncet, Coulondre s’y attache consciencieusement. Cet effort aboutit à la déclaration commune Ribbentrop-Bonnet, signée le , qui exprime une volonté de collaboration pacifique. Ce texte stipule : « Les deux gouvernements constatent qu’entre leur pays aucune question d’ordre territorial ne reste en suspens et ils reconnaissent solennellement comme définitive la frontière entre leurs deux pays telle qu’elle est tracée. [Ils] sont résolus, sous réserve de leurs relations particulières avec des Puissances tierces, à demeurer en contact sur toutes les questions intéressant leurs deux pays ».