vignette|upright=1.5|Dolomedes triton est l'« araignée pêcheuse » la plus souvent observée en train de capturer ou manger de petits poissons vignette|upright=1.5|Araignée semi-aquatique (Dolomedes plantarius) en train de manger une épinoche (photo prise dans une tourbière anglaise d'une réserve naturelle "Redgrave and Lopham Fen National Nature Reserve" dans l'East Anglia)

Les araignées piscivores ou araignées ichtyophages sont des araignées qui se nourrissent de petits poissons, de larves ou d'alevins de gros poissons ou encore de proies aquatiques de taille équivalente comme les têtards ou de petites grenouilles. Elles sont considérées comme Martin Nyffeler & Bradley J. Pusey (2014) Fish Predation by Semi-Aquatic Spiders: A Global Pattern ; Plos One, 2014-06-18 ; DOI:10.1371/journal.pone.0099459, publié en licence cc-by-sa 4.0, version en ligne. La plupart de ces araignées prédatrices de poissons sont associées aux zones humides et vivent en zone tropicale, peut-être (selon Nyffeler) car l'eau plus chaude y contient moins d'oxygène, surtout la nuit où la photosynthèse n'agit plus, ce qui oblige les poissons à remonter en surface où les araignées peuvent alors plus facilement les détecter et les saisir.

À titre d'exemple, l'araignée Dolomedes triton, très à l'aise sur l'eau, peut capturer un poisson deux fois plus grand qu'elle en un instantSuter RB, Rosenberg O, Loeb S, Wildman H, Long JH (1997) Locomotion on the water surface: propulsive mechanisms of the fisher spider Dolomedes triton. J Exp Biol 200: 2523–2538..

Histoire vignette|upright=2|Localisation dans le monde des observations d'araignées ichtyophages photographiées en train de capturer ou manger de petits poissons (en 2014) vignette|upright=1.5|A En zone marécageuse (réserve faunique de Cuyabeno, Équateur), cette Araignée adulte Ancylometes (sans doute Ancylometes rufus) a capturé un poisson-chat (probablement de la famille des Pimelodidae) bien plus lourd qu'elle B Araignée Ctenidae (Ancylometes. sp) se nourrissant sur un characiforme (région de la rivière de Tahuayo - Conservacion Regional Communal Tamshiyacu-Tahuayo Loreto ; Pérou C Adulte mâle dAncylometes sp. (peut-être Ancylometes rufus ) ayant capturé un characiforme (Cyphocharax.sp ) près de Samona Lodge, (Réserve faunique de Cuyabeno, Équateur), photo de Ed Germain, Sydney, Australie.D Adulte d'Ancylometes sp. portant un poisson characiforme (près de Samona Lodge)

En 2014, il a été démontré que les araignées ichtyophages étaient plus communes que ne l'avaient imaginé les biologistesSkwarecki B (2014) Fish-eating spiders more common than thought ; Latest news, Science, 18 juin 2014 ; en Nouvelle-Zélande, les espèces les plus observées en 1979 en train de manger des poissons appartiennent au genre DolomedesWilliams DS (1979) The feeding behaviour of New Zealand Dolomedes species (Araneae:. Pisauridae). New Zeal J Zool 6: 95–105. doi: 10.1080/03014223.1979.10428352 notamment en Europe où ces espèces sont présentesDuffey E (1995) The distribution, status and habitats of Dolomedes fimbriatus (Clerk) and D. plantarius (Clerk) in Europe. In: Ružicka V, editor. Proceedings of the 15th European Colloquium of Arachnology, Ceské Budejovice. pp. 54–65.Helsdingen PJ van (1993) Ecology and distribution of Dolomedes in Europe (Araneida: Dolomedidae). Boll Acc Gioenia Sci Nat 26: 181–187. mais localement disparues, rares ou menacéesSmith H (2000) The status and conservation of the fen raft spider (Dolomedes plantarius) at Redgrave and Lopham Fen National Nature Reserve, England. Biol Conserv 95: 153–164. doi: 10.1016/s0006-3207(00)00030-6Leroy B, Paschetta M, Canard A, Bakkenes M, Isaia M, et al. (2013) First assessment of effects of global change on threatened spiders: Potential impacts on Dolomedes plantarius (Clerck) and its conservation plans. Biol Conserv 162: 155–163. doi: 10.1016/j.biocon.2013.03.022

Les espèces d'arachnides piscivores ont longtemps été méconnues, mais au début du quelques naturalistes (comme Gudger en 1922Gudger WE (1922) Spiders as fishermen. J Am Mus Nat Hist 22: 565–568., 1925Gudger WE (1925) Spiders as fishermen and hunters. J Am Mus Nat Hist 25: 261–275, 1931Gudger WE (1931) Some more spider fishermen. Nat Hist 31: 58–61. ou Abraham (1923)Abraham N (1923) Observations on fish and frog-eating spiders of Natal. Ann Natal Mus 5: 89–95 ou encore Berland & Pellegrin 1934)Berland L, Pellegrin J (1934) Sur une araignée pêcheuse de poissons. B Soc Zool Fr 59: 210–212. s'intéressent aux araignées qui capturent des vertébrés et souvent des poissonsBleckmann H, Lotz T (1987) The vertebrate-catching behaviour of the fishing spider Dolomedes triton (Araneae, Pisauridae). Anim Behav 35: 641–651. doi: 10.1016/s0003-3472(87)80100-8. Le nombre d'espèces connues pour avoir ce comportement est au début très faible, mais on sait aujourd'hui qu'il en existe au moins 26, que les biologistes ont trouvé sur tous les continents hormis l'Antarctique.

L'attention de l'arachnologiste suisse Martin Nyffeler de l'université de Bâle qui avait commencé à étudier les signalements inhabituels de comportements alimentaires, relatifs par exemple à des araignées mangeant des chauves-souris ou des escargots, a été attiré par le fait qu'il existait sur Google Images des photographies montrant clairement des araignées en train de manger des poissons (en bordure de torrents, rivières, lacs mares, marais et tourbières), plus fréquentes que ce que signalait la littérature scientifique qui ne signalait que quelques araignées piscivores principalement dans le genre Dolomedes et dans un genre apparenté (Nilus), vivant en Amérique du Nord, en Europe, en Nouvelle-Zélande, et en Australie, où on les nomme notamment araignées de mer et araignées-radeau parce que vivant à proximité de l'eau douce ou salée et pouvant marcher sur la surface de l'eau grâce à leurs poils emprisonnant de l'air et leur permettant de flotter ou de respirer quand elles s'enfoncent sous l'eau ou y sont provisoirement emportées par leur proie. Certains de ces phénomènes de prédation ne sont connus que grâce à des photos partagées en ligne par leurs auteurs. Nyffeler et ses collègues ont ainsi découvert qu'au moins huit familles d'araignées comprennent des espèces s'attaquant à des poissons.

Les espèces de poissons sont souvent issues du genre Gambusia dans le Sud-Est des États-Unis, de l'ordre des Characiformes dans les néotropiques, des killies (Aphyosemion spp. en Afrique centrale et de l'Ouest ou encore des espèces endémiques d'Australie, des genres Galaxias, Melanotaenia, et Pseudomugil).

Éthologie ; Comportement de chasse La chasse se fait « à l'affût » en bordure de l'eau ou à partir d'un objet flottant. L'araignée repose sur quatre pattes sur le substrat dur et pose les quatre autres sur l'eau pour détecter les vibrationsBleckmann H (1988) Prey identification and prey localization in surface-feeding fish and fishing spiders. In: Atema J, Fay RR, Popper AN, Tavolga WN, editors. In sensory biology of aquatic animals. New York: Springer-Verlag. pp. 619–641..

L'araignée saisit rapidement sa proie et lui injecte une dose mortelle de venin. Elle la traîne ensuite dans un endroit où, durant plusieurs heures, elle pourra en aspirer la chair liquéfiée, lysée par les enzymes digestives qu'elle lui a injectées.

Impacts trophiques et écosystémiques Aspects quantitatifs Les sources scientifiques signalent des poissons mesurant 2 à pesant jusqu'à , mais les plus grandes de ces araignées pourraient théoriquement attraper des proies atteignant . Des araignées du genre Ancylometes peuvent atteindre une largeur, pattes écartées, de et plonger jusqu'à 20 minutes. Elles ont été trouvées de nuit au bord d'étangs d'Amérique du Sud et capturent aussi des grenouilles, des têtards et des lézards, comportement souvent documenté par des photographes amateurs, mais peu étudié par les scientifiques.

Aspects qualitatifs Les araignées piscivores intéressent notamment les arachnologistes et les écologues qui cherchent à mieux comprendre le rôle des araignées dans les réseaux trophiques et les réseaux écologiquesWise DH (1993) Spiders in ecological webs. Cambridge, UK: Cambridge University Press. 328 p., un travail complémentaire de confirmation et d'exploration semblant nécessaire.

On ignore encore dans quelle mesure les poissons malades, blessés ou affaiblis risquent plus d'être ainsi capturés et si ce comportement prédateur joue un rôle en matière de sélection naturelle, mais certaines araignées sont localement des prédatrices importantes du neuston.

Selon l'ichtyologiste Richard VariIchtyologiste à la Smithsonian Institution à Washington, , on peut douter , mais en augmentant la pression d'observation et de recherche sur le sujet, on découvrira sans doute encore d'autres espèces s'alimentant de la sorte en identifiant mieux les habitats et les régions du monde concernés.

Espèces d'araignées concernées vignette|upright=1.5|Quelques exemples d'araignées semi-aquatiques ichtyophages ; A Dolomedes triton capturant un poisson du genre Gambusia (mare, Floride)B Dolomedes triton capturant un poisson (Gambusia holbrooki probablement) dans une mare de jardin(Floride) C Dolomedes triton mangeant un petit killie (Heterandria formosa ?) (lac Tsala Apopka, Floride)D Dolomedes triton mangeant un poisson (Gambusia holbrooki ?, dans une mare de jardin (Floride)E Dolomedes triton mangeant un poisson (Gambusia holbrooki ?) au bord d'un ruisseau lent près de Fayetteville (Caroline du Nord);F Dolomedes okefinokensis mangeant un poisson (Gambusia holbrooki ?, marais du Big Cypress National Preserve, Floride)

Dans le milieu naturel, on en a identifié en 2014 une douzaine d'espèces de la superfamille Lycosoidea appartenant aux familles Pisauridae, Trechaleidae, et Lycosidae) deux espèces de la superfamille Ctenoidea, toutes deux appartenant à la famille des Ctenidae, une espèce de la superfamille Corinnoidea (famille Liocranidae).

Les signalements les plus fréquents (plus de 75 % des cas) concernaient des araignées pisaurides des genres Dolomedes et Nilus.

En laboratoire, d'autres cas ont été observés, dont : Argyroneta aquatica (Dictynidae), une araignée aquatique connue pour concevoir des cloches de plongée dans les plans d'eau douce clameSeymour RS, Hetz SK (2011) The diving bell and the spider: the physical gill of Argyroneta aquatica. J Exp Biol 214: 2175–2181. doi: 10.1242/jeb.056093 Desis marina (Desidae), Heteropoda natans (Sparassidae).

On connaît aussi une araignée tropicale (Pisauridae) mangeuse de crevettesBerkum FH van (1982) Natural history of a tropical, shrimp-eating spider (Pisauridae). J Arachnol 10: 117–121.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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