vignette|Détail et agrandissement retouché de la « photographie Sonderkommando » avec le numéro négatif 282, publiée à Varsovie en 1957.

Les Sonderkommandos ou Arbeitsjuden sont des unités de travail dans les centres d'extermination nazis, composées de prisonniers, juifs dans leur très grande majorité, forcés à participer au processus de la au cours de la Seconde Guerre mondiale. Leur rôle est de trier les effets personnels des déportés massacrés ainsi que de trier et détruire les cadavres.

Le mot vient de l'allemand et signifie « unité spéciale ». Ce terme est aussi utilisé dans une autre acception désignant des détachements des Einsatzgruppen, composés d'Allemands et d'auxiliaires locaux qui participèrent à ce qu'on appelle aussi la « Shoah par balles » sur le front de l'Est.

Sursis au prix de l'horreur

Sélection et affectation vignette|« Sélection » de Juifs hongrois sur la rampe d'Auschwitz II-Birkenau dans la Pologne occupée par les Allemands. Les Juifs ont été envoyés soit au travail, soit à la chambre à gaz (mai 1944) Les membres des Sonderkommandos sont des déportés arrivés au camp d'extermination d'Auschwitz, choisis par les SS à leur arrivée, à la descente des trains, lors de la sélection (Selektion en allemand) faite immédiatement sur le quai d'arrivée des déportés ou après la période de quarantaine. Ils sont choisis sur des critères physiques (jeunes et en bonne santé apparente) et en fonction des besoins en main d'œuvre. Ils vivent ensuite définitivement séparés des autres prisonniers jusqu'à leur mort. À Treblinka, par exemple, ils sont dans le Todeslager (camp de la mort), partie du camp isolée qui comprend les chambres à gaz et les fosses de crémation. À Auschwitz 1 (camp souche), ils sont d'abord regroupés au Block 11 (prison du camp), puis dans un Block séparé, entouré de murs et gardé (le Block 13 du camp de Birkenau), et dans un troisième temps, ils vivent entièrement au Krematorium (complexe comprenant la salle de déshabillage, la (ou les) chambre(s) à gaz, la salle des fours crématoires et les éventuelles fosses de crémation) auquel ils sont rattachés. Tout contact avec les autres prisonniers du camp est théoriquement interdit afin que ce qui s'y passe ne soit jamais connu. Même l'équipe de gardes SS est spécifiquement affectée. vignette|Juifs russes âgés sélectionnés sur la rampe d'Auschwitz-Birkenau (mai 1944) Le travail des membres du Sonderkommando consiste à accompagner les victimes dans les chambres à gaz. Ils sont chargés ensuite d'en sortir les corps. Ils doivent raser les cheveux des femmes (dans les camps d'extermination de lAktion Reinhard, on le leur fait faire avant la chambre à gaz), prendre les bijoux et arracher dents en or. Dans un premier temps, ils doivent jeter les corps dans des fosses communes puis, à partir de la fin de l'été 1942, les brûler sur des bûchers ou dans des fours crématoires.

Quand les nazis décident d'exhumer les corps enterrés dans les fosses communes dans le cadre de l'''Aktion 1005, ce sont encore des Sonderkommandos qui sont affectés à cette tâche.

« Renouvellement » des équipes

Cette vie terrifiante dans l'enfer concentrationnaire ne dure pas longtemps en règle générale parce que, toujours par souci de ne pas laisser de témoins, les membres des Sonderkommandos sont régulièrement renouvelés, envoyés à leur tour dans la chambre à gaz puis brûlés.

Une nouvelle équipe leur succède alors, choisie parmi des déportés arrivés par un nouveau convoi. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, il ne s'agit pas de renouvellement à date régulière, mais en fonction de ce qu'on leur a fait faire, donc de ce dont ils ont été témoins. Par exemple, l'ensemble des membres du Sonderkommando ayant participé au vidage des fosses communes à l'automne 1942 dans le cadre de lAktion 1005 est exterminé à l'issue de l'opération de crémation des corps, pour qu'il ne reste aucun témoin.

Bełżec Comme au centre de Chełmno, durant les premières semaines d'activité du centre d'extermination de Bełżec, la tâche d'extraire les corps des victimes des chambres à gaz n'est pas, dans un premier temps, confiée à des déportés, mais effectuée par des . Étant donné la dureté de ces tâches, il est décidé, après quelques semaines, de confier les travaux les plus durs à des déportés sélectionnés dès leur arrivée au camp, les . La date de la création des n'est pas connue avec précision. vignette|À la section « Canada », entassement et tri de vêtements et objets confisqués et volés aux nouveaux arrivants au camp d'Auschwitz-Birkenau. Les Sonderkommando portent des vêtements rayés (mai 1944) Dans un premier temps, et de manière arbitraire, les SS sélectionnent, lors de l'arrivée de convois, des hommes qui semblent en bonne santé et en état de travailler, pour extraire les corps des wagons et transporter les effets des victimes vers le point de rassemblement des bagages et effets personnels (section « Canada ») ; dès leur tâche effectuée, ils sont tous conduits aux fosses pour y être fusillés et enterrés. Après cette première période d'improvisation, les sont répartis en groupes « permanents », spécialisés, hiérarchisés, avec un effectif global relativement stable, compte tenu de l’extrême mortalité qui y règne, et affectés à des tâches précises et spécialisées. En pleine période d'activité, l'effectif des s'élève à , à peu près également distribué entre le et le d'Auschwitz - tout contact entre les deux groupes étant interdit.

Dans l'enceinte du , un détachement, le (commando de la gare) est chargé d'aider ou de forcer les déportés à descendre des wagons, de ramasser les bagages restés dans le convoi, de porter les effets personnels à l'endroit du triage et, en l'absence de convois, de nettoyer l'ensemble du site, à l'exception du . En ordre d'importance numérique, un deuxième groupe est chargé de la tonte des cheveux des déportées, juste avant leur envoi vers le « boyau » et les chambres à gaz.

Belzec dispose également d'un petit groupe d'artisans, aux compétences diverses, auquel les Allemands peuvent faire appel à titre privé, notamment pour des travaux dans leur cantonnement, à l'extérieur du périmètre du camp ; dans ce cas, ils sont accompagnés et surveillés par des . Le comporte également de nombreux autres détachements spécialisés, les (Juifs de l'or) affectés au rassemblement, au tri et à l'emballage de l'or, y compris celui provenant des dents arrachées aux cadavres, de l'argent et d'autres objets de valeur. D'autres effectuent des activités diverses à l'intérieur du camp, comme des travaux de réparation, l'entretien des baraques, ou la lessive, la cuisine ou le nettoyage des bâtiments, ces trois dernières tâches étant également effectuées par des affectés au .

Dans l'enceinte du , le (commando des cadavres) est chargé d'extraire les corps des chambres à gaz, d'arracher les dents en or des victimes et d'enterrer les corps dans des fosses communes. De à , ses membres sont également affectés à l'exhumation des cadavres des fosses communes et à leur incinération sur des bûchers.

Auschwitz-Birkenau

Un Sonderkommando important vignette|Diorama pédagogique de la chambre à gaz d'Auschwitz et des crématoriums. En tout, plus de ont fait partie du Sonderkommando d'Auschwitz. Une dizaine d'entre elles seulement a survécu à la guerre. Certains ont témoigné dans le procès de Rudolf Höss dans l'après-guerre. Au début de son histoire, le Sonderkommando d'Auschwitz ne compte qu'une vingtaine de personnes affectée à la crémation des prisonniers décédés. Avec le développement du camp, la taille du Sonderkommando s'accroît. Un Sonderkommando est notamment créé dans le camp de Birkenau. Il permet de faire fonctionner les quatre grands crématoriums munis de chambres à gaz à partir de 1943Dictionnaire de la Shoah, p 512.. Durant le mois de , les effectifs sont considérablement augmentés afin de brûler les des prisonniers Juifs, Polonais et Soviétiques auparavant entassés dans les fosses communes. À la fin de l'opération, les membres du Sonderkommando sont assassinés. Un nouveau Sonderkommando est constitué avec provenant des ghettos polonais. En , il est renforcé par venant du camp de Drancy, en France.

En , certains membres du Sonderkommando tentent de s'évader. Cette tentative a pour conséquence une « sélection drastique » qui fait passer l'unité de 400 à Dictionnaire de la Shoah, p 513.. En , alors que la déportation des Juifs de Hongrie commence, les effectifs augmentent à nouveau. Une centaine de Juifs de Grèce rejoignent le Sonderkommando portant l'effectif à . Au mois d'août, alors que les chambres à gaz tournent à plein, les effectifs sont portés à plus de 900 personnes. Réparties en deux équipes, elles travaillent alors sur 24, avec une équipe de jour et une autre de nuit. En septembre, les déportations de Juifs hongrois ralentissant, les effectifs du Sonderkommando diminuent de .

Révolte du crématorium IV de Birkenau

Le , les autorités du camp d'Auschwitz II prévoient de réduire encore le nombre de déportés travaillant au Sonderkommando. Ceci déclenche une révolte à Auschwitz-Birkenau. Elle n'est pas suivie d'un soulèvement de l'ensemble du camp et se termine dans un bain de sang. En quelques heures, du Sonderkommando sont assassinés. Le crématorium IV est incendié et hors d'usage. Deux cent survivants sont affectés dans les trois crématoriums restant en fonction,.

Fin du Sonderkommando Les chambres à gaz restent en fonction jusqu'en . Le , l'équipe du Sonderkommando est réduite de moitié. Le nombre restant est affecté principalement au démontage des installations pour effacer les traces de l'activité meurtrière.

Le , lors de l'évacuation du camp, quelques dizaines de membres du Sonderkommando encore vivants parviennent à se mêler aux autres déportésDictionnaire de la Shoah, p 514..

De rares témoignages vignette|Crematorium à Auschwitz. Dès les premiers jours suivant la libération du camp, une commission d'enquête soviétique entend les témoignages de deux membres du Sonderkommando, Shlomo Dragon et Henryk Tauber. Ils déposent aussi avec Alter Fajnzylberg (« Feinsjbler », autre orthographe de son nom) auprès de la Commission d'enquête sur les crimes nazis en Pologne en 1945.

Lors du second procès d'Auschwitz qui a lieu à Francfort en Allemagne en 1965, Milton Buki, Filip Müller, Alter Fajnzylberg et Dow Paisikovic témoignent. Filip Müller écrit également un livre précieux pour témoigner de tout ce qu'il a vu.

Certains membres des Sonderkommandos ont enterré des textes destinés à témoigner. Entre 1945 et 1980, huit cachettes sont retrouvées par hasard, près des fours crématoires et cinq des auteurs peuvent être identifiés. Ils sont réédités sous le titre Des Voix sous la cendre. On y trouve notamment les textes de Zalmen Gradowski et de Zalmen Lewental (qui serait mort en ) ainsi que des témoignages de trois membres de Sonderkommando.

L'artiste David Olère, Juif déporté au camp d'Auschwitz et intégré au Sonderkommando, survécut également. Il peignit plusieurs toiles représentant l'horreur des camps de la mort en témoignage de son vécu. Certaines de ses œuvres illustrent le témoignage poignant de Shlomo Venezia (recueilli à Rome en 2006 par Béatrice Prasquier), sur son expérience concentrationnaire, le Sonderkommando et la révolte de ce dernier.

Sonderkommandos survivants Les historiens estiment qu'une soixantaine de Sonderkommandos en ont réchappé.

Parmi eux figurent : +Daniel Bennahmias Maurice Benroubi Antonio Boldrin Milton Buki Shaul Chazan Léon Cohen Abraham Dragon Schlomo Dragon Alter Fajnzylberg Dov Freiberg Dario Gabbaï Jacob Gabbaï Shlomo KirszenbaumGiuseppe "Pepo" Koulias Henryk Mandelbaum Moses Mizrahi Filip Müller Marcel Nadjari David Nencel Miklós Nyiszli David Olère Dov Paisikovic Bernhard Sakal Henryk Tauber Maurice Venezia Shlomo Venezia

Documents iconographiques du Sonderkommando

Photographies alt=280|thumb|Cliché 280 (détail). Pris depuis l'intérieur de la chambre à gaz du Krematorium V.