Les régiments étrangers au service de l'Ancien Régime sont des régiments qui servirent le royaume de France sous l'Ancien Régime et dont le personnel a été recruté, généralement sur base du volontariat mercenaire, hors des frontières du royaume, principalement en Suisse, dans les États allemands, en Ecosse et en Irlande et en Wallonie, de petits contingents étant également levés au sein d'autres États. Les régiments « suédois » et « polonais » étaient généralement considérés comme « régiments allemands », et les unités écossaises étaient « assimilées » aux régiments irlandais. Seul le « régiment de Yoel », puis son successeur, le « régiment Royal-Danois », reçurent la désignation particulière de « régiments danois ». Des régiments suisses reçurent parfois l'appellation de « régiments des Grisons » ou de « régiments bâlois »Le comte d'Artois, futur Charles X, porta ainsi le titre de « Colonel-général des Cent-Suisses et Grisons »..

Depuis le Moyen Âge, les souverains français ont appelé à leur service des mercenaires originaires de diverses nations voisines pour former des unités qui étaient souvent parmi les meilleures de leurs armées. Sous l'Ancien Régime, les armées du royaume de France comptèrent ainsi régulièrement dans leurs rangs de nombreuses troupes recrutées à l'étranger. Ces troupes étrangères servirent principalement dans l'infanterie mais aussi dans la cavalerie, notamment comme hussards. D'autres troupes étrangères n’ont pas été enrégimentées.

Sous Louis XV, le nombre et le rôle des régiments étrangers dans l'armée française connut son apogéeVoir René Chartrand & Eugène Leliepvre : Louis XV's Army (3/5) - Foreign Infantry in Bibliographie..

Cet article couvre la période allant de la fin du Moyen Âge à la Révolution française, marquant la fin historique de l'Ancien régime. En 1791, les nombreux régiments étrangers furent convertis en régiments d'infanterie de ligne « nationaux », leurs personnels étrangers choisissant tantôt de rester au service de la France et de devenir citoyens français, tantôt de rejoindre leurs patries d'origine et pour certains, de servir dans les armées ennemies de la République.

Suivant la coutume voulant qu'en général ces régiments étrangers fussent nommés d'après leur colonel-propriétaire ou leur origine géographique, ces unités ont souvent changé plusieurs fois de nom au fil des décennies, de même parfois que de drapeau d'ordonnance, selon le souhait de leurs maîtres. Certains, particulièrement éprouvés pendant les campagnes, disparurent par amalgame avec d'autres dont ils permirent de reconstituer les effectifs. Les variantes orthographiques des patronymes des colonels-propriétaires étrangers ou les noms d'origine étrangère constituent également parfois un écueil pour l'identification exacte des unités.

Voir aussi, en complément iconographique du présent article, Drapeaux et uniformes des régiments étrangers au service de l'Ancien Régime

Les mercenaires au service de la France : aperçu historique

Moyen Âge et Renaissance Trois grandes étapes marquèrent l'arrivée des mercenaires étrangers dans les rangs des armées royales françaises pendant ces périodes historiques.

Guerre de Cent Ans et fin du Moyen Âge

Des mercenaires étrangers serviront les rois de France dès l'époque du Moyen Âge : des Génois sous Saint Louis, des Ligures et des Espagnols à la bataille des Éperons d'or, des arbalétriers génois encore pendant la guerre de Cent AnsLes mercenaires étrangers pendant la Guerre de Cent Ans comme migrants - Persée.

Les Écossais connurent leur heure de gloire durant le dernier épisode de la guerre de Cent Ans, après la catastrophe française d’Azincourt en 1415, quand le Dauphin de France supplia l’Écosse de l’aider « dans notre grand besoin et nécessité ». Le parlement écossais envoya une force de , commandée par le comte de Buchan, Archibald Douglas, comte de Wigtown et Stewart Darnely. Ce furent les Écossais qui donnèrent le premier échec aux Anglais jusqu’alors invaincus quand ils les défirent à Beaugé en 1421. auld alliance

À la fin de ce conflit, le service militaire féodal traditionnel ne pouvant plus fournir de contingents — milices communales — suffisamment importants, rapidement disponibles de manière pérenne pour des campagnes de longue durée de l'ost royal et de quelque valeur militaire, les rois de France feront de plus en plus régulièrement appel aux mercenaires étrangers. Licenciés, ceux-ci viendront grossir les rangs des Grandes compagnies qui mettront une partie de la France, la Picardie, l'Alsace et la Lorraine en coupe réglée. Pour combattre ces bandes, Louis XI aura recours à des mercenaires suisses qui par la suite deviendront les instructeurs et cadres de son infanterie nationaleLiliane et Fred Funcken : Les costumes, l'armure et les armes au temps de la Chevalerie, Tome 2 le siècle de la Renaissance , Casterman 1978..

Guerres d'Italie

Ses successeurs, Charles VIII et Louis XII, feront également appel à des contingents de mercenaires lors des premières guerres d'Italie - le second cité aura quelque à son service en 1500L.& F. Funcken, op. cité .. Lors de ces conflits, ceux-ci seront tour à tour adversaires (bataille de Marignan (1515) au cours de laquelle François engage contre eux allemands) puis alliés (bataille de la Bicoque (1522), bataille de Pavie (1525) où ils servirent aux côtés de mercenaires allemands) des souverains français, la Suisse ayant en 1516 signé une paix perpétuelle avec la France, qui obtient alors le droit de lever des troupes mercenaires confédérées - droit dont elle profitera jusqu'à la fin du .

C'est l'empereur Maximilien qui, pour remplacer à moindre frais les mercenaires helvétiques devenus financièrement très exigeants, lèvera les premières unités des lansquenets. Victorieux de leurs « concurrents » lors des batailles de Marignan et de Pavie où ils servirent dans les deux camps en présence, « les lansquenets formèrent partout l'ossature solide de l'infanterie et servirent de modèles aux premiers régiments d'infanterie nationaux »L.& F. Funcken, op. cité ., de nombreux régiments de mercenaires allemands servant par ailleurs dans les rangs de l'armée royale à leur suite.

Guerres de Religion

Pendant les guerres de religion qui ensanglantèrent le royaume de 1562 à 1598, des mercenaires, engagés dans un premier temps par les protestants, parfois avec l'aide financière de princes étrangers, se retrouvèrent finalement dans les rangs des armées des deux partis en présenceJean-François Dubost : La légende noire de la reine Margot in Les Collections de L'Histoire , novembre 2002 ..

La bataille de Vimory, près de Montargis, opposa, le , l’armée royale commandée par Henri Ier de Guise aux mercenaires allemands et suisses engagés par les protestants.

Aux Écossais de la guerre de Cent Ans et aux Suisses venus grossir les rangs de l'armée royale dès la fin du Moyen Âge — en ce compris, les uns et les autres, au sein de la garde personnelle du souverain — viendront ainsi, à la fin de la Renaissance, se joindre de nombreux Allemands — qui Revue des études historiques — ainsi que les premiers catholiques irlandais, venus en France à la suite de l'établissement de l'anglicanisme dans les îles britanniques après le schisme de Henry VIII. Ces « nations »Jusqu'au , le terme d'« Allemands » couvre un « champ ethnique » plus vaste qu'au sens actuel, désignant indistinctement ressortissants des états du Saint-Empire germanique, Alsaciens, Lorrains (Voir :Persée, le portail de l'Histoire) voire, du moins dans la terminologie militaire, les Suédois et les Polonais. fourniront désormais l'essentiel des effectifs des régiments étrangers au service de la royauté et ce jusqu'à la fin de l'Ancien régime.

Les conflits du Grand Siècle et les armées de Louis XIV

La guerre de Trente Ans (1618-1648)

En 1635, le royaume de France, engagé dans la guerre de Trente Ans aux côtés de la Suède et des princes protestants allemands contre le Saint-Empire romain germanique et l'Espagne, prend à sa solde l'Armée de Weimar du duc Bernard de Saxe-Weimar composée de 16 régiments puis, au décès de ce dernier en 1639, le place sous commandement françaisDans le tome 3 de son histoire de la guerre de Trente Ans, Henri Sacchi indique que le 9 octobre 1639, l'accord de Saint-Germain de 1635 par lequel la France prend à sa solde les troupes weimariennes est reconduit mais que l'armée est placée sous le commandement du Duc de Longueville secondé par Guébriant. Appelés « Weimariens » ou « Suédois »Bernard de Saxe-Weimar et ses troupes avaient servi la Suède avant de passer au service de la France., ces soldats, redoutés pour leur brutalité et leurs exactions, étaient de nationalités diverses puisque outre des Allemands, on y trouvait des Suisses, des Écossais, des Polonais, des Hollandais, des LorrainsGénéral Louis Suzane : Histoire de la cavalerie française, Paris, Dumaine, 1874.. + Nombre de régiments étrangers par campagneLes chiffres annuels repris dans ce tableau sont ceux donnés par Victor Belhomme in Histoire de l'Infanterie française, 1895, tome 2, chapitre XV, . campagne nombre total dont régimentsétrangers détails desrégiments étrangers notes 1643 16625 7 suisses4 irlandais4 écossais8 allemands1 liégeois1 italien 1644 166 31 1645 188 36 1646 196 46 1647 195 50 1648 199 51

Règne de Louis XIV

Lorsque Louis XIV monte sur le trône de France, le , Belhomme - T2 .

En 1690, on compte 32 régiments étrangers au service de la France, sur un total de 155.

Statistiques annuelles et détails 1649: 170 régiments dont étrangersVictor Belhomme : Histoire de l'Infanterie française (1895) , Tome 2, ..1650: 151/ - 1651: 158/- 1652: 161/ - 1653: 158/ - 1654: 153/ - 1655: 148/ - 1656: 146/- 1657: 145/1658: 145/ dont 3 suisses, 2 écossais, 2 anglais, 1 polonais, 1 liégeois, 3 catalans, 9 allemands, 10 irlandais, 6 italiens, 6 lorrains.1659: 101/ dont 1 suisse, 2 écossais, 9 irlandais, 1 polonais, 1 liégeois, 3 catalans, 7 allemands, 3 italiens1660: 80/ dont 1 suisse, 2 écossais, 7 irlandais, 1 polonais, 1 liégeois, 2 catalans, 4 allemands, 2 italiens1661: 60/ dont 1 écossais, 2 allemands, 1 liégeois, 4 irlandais, 1 catalan auxquels viennent s'ajouter 12 compagnies franches suisses1662: 58/1663: 55/ dont 1 suisse, 2 écossais, 2 irlandais, 1 liégeois, 1 catalan, 3 allemands1664: 52/ dont 1 suisse, 1 écossais, 1 liégeois, 1 catalan, 2 allemands1665: 52/- 1666 : 51/- 1667: 59/ - 1668: 52/- 1669: 55/- 1670: 52/- 1671: 61/1672: 65/ dont 5 suisses, 5 d'outre-manche, 1 italien, 1 catalan, 3 allemands, 1 lorrain, 4 de Savoie1673: 73/ dont 5 suisses, 1 écossais, 5 anglais, 2 italiens, 1 catalan, 3 allemands, 1 lorrain, 3 wallons, 4 de Savoie1674: 77/ - 1675: 76/ 1676: 76/ dont 6 suisses, 1 écossais, 3 anglais, 2 italiens, 1 catalan, 4 allemands, 2 wallons et 4 de Savoie1677: 79/ - 1679: 69/ - 1681: régiments étrangers pas de détails1683: 69/ dont 7 suisses, 2 italiens, 1 catalan, 4 allemands, 1 wallon1684: 100/ dont 7 suisses, 2 italiens, 1 catalan, 4 allemands, 1 wallon1688: 140/ dont 7 suisses, 4 italiens, 1 catalan, 4 allemands, 5 wallons et 3 piémontais

Nota : Pas de données disponibles pour les années 1678, 1680, 1682, 1685-7 et 1689.

Le

Guerres européennes Guerre de succession d'Espagne (1701-1714)

Plusieurs régiments étrangers servirent dans les rangs français lors de la décisive bataille de Blenheim : le régiment allemand de Greder (2 bataillons, ), le régiment de Zurlauben (2 bataillons, 1000 h.), le régiment italien de St Segond (1 bataillon, 500 h.), le régiment italien de Montroux (id.), le régiment wallon de Robecque (2 bataillons, ), le régiment de Dauphin Étranger (cavalerie, trois escadrons, 360 h.) ainsi que trois régiments de la Brigade irlandaise - Dorrington, Clare et Lee - servant au sein d'un corps commandé par le Lieutenant-Général Marquis de Rosel, à raison d'un bataillon de chacun.

Soutien à la cause jacobite