La Compagnie d'aérostiers est la première unité aérienne du monde, créée le en France, pour utiliser des aérostats comme ballons d'observation à des fins de renseignement militaire.
Genèse
vignette|gauche|Jean-Marie-Joseph Coutelle en 1794. Pendant les guerres de la Révolution française, plusieurs propositions d'utilisation de ballons aériens sont faites.
Le , le Comité de salut public mandate Guyton de Morveau pour expertiser un aérostat saisi par le ministre de l’Intérieur. Il identifie le ballon utilisé par Lallemand de Sainte-Croix lors de son ascension de 1791 aux Champs-Élysées et en propose l’usage pour l’observation.
Le , le ballon est transféré et réparé aux Tuileries dans la salle des Maréchaux et les essais sur la fabrication de l'hydrogène sont confiés au physicien Jean-Marie-Joseph Coutelle.
Des expérimentations réalisées sur la terrasse des Feuillants, en présence d’une commission de savants, se révèlent concluantes. Le , le Comité mandate Coutelle, Nicolas-Jacques Conté et Nicolas Lhomond pour préparer sans délai un ballon destiné à rallier l’armée du Nord, et confie à Coutelle la mission de proposer au général Jean-Baptiste Jourdan l’emploi de l’aérostat comme nouveau moyen d’observation.
Pour appuyer sa mission, Coutelle dispose d’une lettre de recommandation de Lazare Carnot, attestant du soutien des savants et précisant au général Jourdan et au représentant Ernest Duquesnoy que « le citoyen Coutelle n’est pas un charlatan »Charles Coulston Gillispie, Science and Polity in France: The Revolutionary and Napoleonic Years, ..
Duquesnoy, méfiant et peu porté sur l’innovation, ne comprenant ni l’ordre de mission ni l'intention de déployer un ballon dans le camp, menaça de le faire fusiller. Dans sa correspondance au Comité datée du , il écrira : « Il nous est arrivé hier de votre part un citoyen nommé Coutelle, en qui ne j'ai pas beaucoup confiance [...], je crois qu'un bataillon nous vaudrait mieux que son ballon ».
Convaincu de l’intérêt du projet, Jourdan offre son appui, mais la menace d'une attaque imminente autrichienne ne permet aucune tentative. De retour à Paris, Coutelle fit son rapport au Comité, qui se déclara favorable à des essais supplémentaires.
Naissance de l’Aérostation militaire Par un arrêté du , le Comité de Salut Public décrète la poursuite des expériences au château de Meudon, et donne des ordres pour la fabrication d’un nouveau ballon apte à transporter deux observateurs.
Jean-Marie-Joseph Coutelle est nommée directeur des expériences aérostatique et s'adjoint Nicolas-Jacques Conté (l'inventeur du crayon), pour la recherche sur les formes et matériaux en améliorant le processus de production d'hydrogène.
La construction de L’Entreprenant, premier ballon militaire de l'histoire, est réalisé en quatre mois. C'est la naissance de l’Aérostation militaire.
Ballon L'Entreprenant Le ballon a une forme parfaitement sphérique d'un diamètre d'environ , pour une capacité de d'hydrogène (). L'enveloppe est imperméabilisée par un vernis à base de caoutchouc naturel développé par Jean-Marie-Joseph Coutelle et Nicolas-Jacques Conté ; ce vernis permettra à L'Entreprenant de rester deux mois entiers plein de gaz à l'armée de Sambre-et-Meuse. Le ballon peut élever une nacelle occupée par deux hommes et atteindre l'altitude de , mais en pratique, il suffit qu'il atteigne 250 à pour être opérationnel.
Autres ballons Neuf autres ballons seront construits : six sphériques, le Vétéran, le Précurseur, le Svelte, le Télémaque, l'Hercule, l'Intrépide ainsi que trois cylindriques, le Martial, l’Émule et le Céleste..
Première compagnie vignette|Compagnie d'aérostiers - 1794, Jacques Hilpert.Le (9 germinal an II), les membres de la Commission, composée de scientifiques et du Comité assistent à une démonstration opérée par Coutelle, qui est chargé d’effectuer plusieurs ascensions à bord de L’Entreprenant, assorties de manœuvres et d’observations à effectuer en altitude.
À la suite des résultats concluants de la démonstration, le Comité décide de créer la première compagnie d’aérostiers, par l’article premier de l’arrêté du (13 germinal an II).Maurice Denuzière Helvétie, Fayard, 2010.
» ARTICLE PREMIER. — Il sera incessamment formé, pour le service d’un aérostat près l’une des armées de la République, une compagnie qui portera le nom d’aérostiers.
Par décision du Comité daté du (11 floréal an II), les effectifs initialement prévus de cette nouvelle unité seront rapidement augmentés. Coutelle, chargé de sa formation et de son organisation, en prend le commandement avec le grade de capitaine, devenant ainsi le premier officier d’aéronautique au monde.
La compagnie se compose du capitaine Coutelle, du lieutenant Delaunay, du sous-lieutenant Lhomond, d'un sergent-major, de quatre sous-officiers et de vingt-six soldats.
Tous sont sélectionnés par Coutelle pour leurs compétences : Delaunay, ancien maître maçon, apporte son savoir-faire technique, et Lhomond, chimiste et physicien, son expertise scientifique. Les soldats, ouvriers d’élite issus des métiers de charpentiers, maçons, cordiers ou tailleurs, assurent la construction et l’entretien des aérostats.
Les aérostiers reçoivent la solde et l’uniforme des artilleurs, teinté de bleu roi avec une variante vert foncé pour la campagne d'Égypte, et se distinguent par une variété de boutons d’uniforme spécifiques. Deux modèles représentent un aérostat flanqué de drapeaux, probablement destinés à des aéronautes civils ou à des officiers, tandis qu’un troisième porte l’inscription « Aérostatier » et « brigade », utilisé par le personnel de Coutelle ou celui admis pour la compagnie en Égypte.
Bataille de Fleurus
alt=Appareil pour préparer le gaz hydrogène|vignette|Remplissage de l'Entreprenant à MaubeugeL’eau stockée dans le vase C entre dans le tube A, et sous l'effet de la chaleur se change en vapeur, puis traverse le tube B rempli de rognures de fer, où elle se décompose. L’hydrogène produit circule par le tube BD, est purifié dans la cuve E, et atteint le ballon via le tube de cuir G.|320x320px
Préparatifs et installation à Maubeuge Le (14 floréal an II), le Comité ordonne l'envoi de la compagnie rejoindre les troupes de Jourdan à Maubeuge. À son arrivée, Coutelle choisit les jardins du collège pour y installer un fourneau destiné à produire le gaz, rassembler le combustible et préparer les installations avant l’arrivée de l’aérostat et du matériel expédiés de Meudon. C’est là que sera produit l’hydrogène et gonflé l’Entreprenant.
Premières ascensions et reconnaissance Le ballon est utilisé le pour la première fois, à l’occasion d’une reconnaissance pendant un bombardement d’artillerie ennemi ; il emporte à bord de la nacelle, Coutelle et l'adjudant-général Étienne Radet.
Transfert de L’Entreprenant vers Charleroi vignette|La compagnie déplace L'Entreprenant de Maubeuge à Fleurus.Le (3 messidor an II), la Compagnie d’aérostiers reçoit l’ordre de rejoindre sans délai Charleroi, que l’armée de Jourdan s’apprête à placer en état de siège. Coutelle organise aussitôt le transfert de L’Entreprenant, maintenu gonflé, et répartit vingt hommes pour guider l’aérostat, le matériel suivant sur un chariot.
Le lendemain, le convoi parcourt près de cinquante kilomètres jusqu’au plateau du moulin de Jumet, près de Fleurus, sans incident malgré la proximité des troupes autrichiennes. Le trajet, long de seize heures, s’effectue sans incident grâce à leur vigilance. À l’entrée de Charleroi, un régiment l’escorte en musique, lui offrant une arrivée triomphale.
Ascensions à Charleroi et avant la bataille Le , à Marchienne-au-Pont, Coutelle effectue trois ascensions avec le commandant du génie Armand Samuel de Marescot, atteignant 390 mètres sous les acclamations de la troupe.
Le , une nouvelle ascension dans la plaine de Jumet permet d’observer sans difficulté les positions des forces du de Saxe-Cobourg.
L’Entreprenant à la bataille de Fleurus Le , lors de la bataille de Fleurus, le ballon reste en l’air pendant neuf heures, permettant à Coutelle et au général Antoine Morlot d’observer les mouvements autrichiens, de larguer des notes et d’envoyer des signaux en sémaphore. Les Autrichiens tentent à plusieurs reprises de détruire l’aérostat à coups de canon, sans y parvenir. Bilan et appréciations La bataille de Fleurus est remportée par les Français, mais les avis sur l'utilité du ballon sont divergents. Louis-Bernard Guyton-Morveau, qui est présent tout au long de la bataille, en est fortement partisan, mais Jourdan estime que l'apport est mineur. On estime que la présence de ce ballon espion a affecté le moral des coalisés..
Suite de la campagne Guyton a auparavant supervisé à Meudon la construction du Martial, un ballon cylindrique livré peu après la bataille, mais qui s'avère à l'essai trop instable pour être utilisé. La compagnie suit l'armée du Nord en Belgique, elle est présente aux batailles de Liège et de Bruxelles. sans prendre part aux combats. L'hiver approchant, on construit un dépôt de ballons à Borcette près d'Aix-la-Chapelle.
Deuxième compagnie vignette|gauche|Observation par la deuxième compagnie lors du blocus de Mayence. Le (5 Messidor an II), le Comité de salut public, sans attendre l'issue de la bataille de Fleurus, prend un arrêté créant une deuxième compagnie d’aérostiers, dont la direction à Meudon est confiée à Nicolas-Jacques Conté.
Le (3 Germinal an III), un arrêté officialise la formation de la seconde compagnie, donnant au corps sa structure définitive. Placé à la tête du corps des aérostiers et chargé d’en assurer le commandement et l’organisation, Coutelle est promu chef de bataillon.
La nouvelle compagnie est complétée par le transfert de vingt-huit hommes issus de l’école de Meudon et neuf venant de la première compagnie. Les deux compagnies se composent de 55 hommes, répartis entre un capitaine, deux lieutenants, un lieutenant quartier-maître, un sergent-major, un sergent, un fourrier, trois caporaux, un tambour et quarante-quatre soldats.
Delaunay est nommé capitaine de cette nouvelle unité, tandis que Lhomond conserve le commandement de la première.
La deuxième compagnie reçoit deux nouveaux ballons, lHercule et lIntrépide. Envoyé à l'armée du Rhin, elle effectue des ascensions avec L'Entreprenant lors du blocus de Mayence en et participe aux évacuations à Mannheim. Elle mènera également des observations à Stuttgart, Rastatt et Donauwörth.
L'école nationale aérostatique vignette|227x227px|Nicolas-Jacques Conté. Le (10 Brumaire an III), par un arrêté du Comité, Nicolas-Jacques Conté se voit confier, la direction de la nouvelle École nationale aérostatique à Meudon, où seront entraînées officiers et sous-officiers aérostiers.» Article 1er. — Il sera établi dans la maison nationale de Meudon une école d'aérostiers, dans laquelle, indépendamment des exercices pour les former à la discipline militaire, et des travaux de construction et de réparation des aérostats auxquels ils sont employés, ils recevront des leçons de physique générale, de chimie, de géographie et des différents arts mécaniques, relatifs à l'aérostation.[...] » Art. 11. — Le citoyen Conté, chargé de la conduite des travaux de Meudon relatifs à l’Aérostation, est nommé directeur.[...]Installée dès le début de 1795 dans l’orangerie du château, l'école forme soixante élèves répartis en trois sections. Les élèves, organisés sur un modèle militaire, reçoivent solde et nourriture comme des soldats. Leur formation est principalement pratique et porte sur la construction et la manœuvre des aérostats, complétée par quelques enseignements théoriques (physique, mécanique, chimie, géographie). La chapelle sert de salle de cours, les ateliers occupent les bâtiments voisins et la pelouse est utilisée pour les expériences et le gonflement des ballons. L’établissement abrite également le dépôt du corps des aérostiers et son matériel de réserve.