Les élections législatives tunisiennes de 2014 ont lieu le sur le territoire national et du au à l'étranger. afin d'élire l'Assemblée des représentants du peuple pour un mandat de cinq ans.

Il s'agit des quinzièmes élections législatives en Tunisie et des premières depuis l'adoption de la Constitution le . Elles font suite à l'élection de l'Assemblée constituante en 2011.

Le parti Nidaa Tounes arrive en tête du scrutin mais sans majorité absolue alors qu'Ennahdha, qui avait remporté les élections de 2011, termine deuxième, en fort recul.

Modalités

L'Assemblée des représentants du peuple est définie par l'article 50 de la Constitution comme l'institution qui représente le peuple et qui lui permet d'exercer le pouvoir législatif. D'après l'article 53, peut être candidat aux législatives tout électeur détenant la nationalité tunisienne depuis dix ans au moins, âgé d'au moins lors de la présentation de sa candidature et qui ne se trouve dans aucun des cas d'interdiction prévus par la loi. Les articles 55 et 56 précisent que les membres de l'Assemblée des représentants du peuple sont élus au suffrage universel, libre, direct et secret pour un mandat de cinq ans, au cours des soixante derniers jours du mandat parlementaire, tout en garantissant le droit de vote et de représentativité des Tunisiens de l'étranger en son sein.

Le scrutin est proportionnel ; les sont ainsi pourvus pour cinq ans au scrutin proportionnel plurinominal à listes bloquées dans 27 circonscriptions électorales de quatre à dix sièges en Tunisie même, totalisant , et six circonscriptions pour les Tunisiens de l’étranger (deux circonscriptions de cinq sièges en France, une circonscription de trois sièges en Italie, une d'un siège en Allemagne, une de deux sièges pour le reste de l'Europe et le continent américain et une autre de deux sièges également pour les pays arabes et le reste du monde donnant les restants). Une fois le décompte des suffrages effectué, la répartition des sièges se fait dans un premier temps sur la base du quotient électoral, puis sur la base du plus fort reste..

Les partis ont l'obligation de présenter des listes avec une parité homme-femmes..

Contexte Contexte historique Ces élections interviennent à la suite de quatre ans d'instabilité et mettent fin à la période de transition démocratique qui s'instaure le , date à laquelle le régime de Zine el-Abidine Ben Ali est chassé.

Régime de la troïka

vignette|gauche|Représentants de la troïka.

Une Assemblée constituante est élue le au scrutin de liste à la proportionnelle, avec une parité hommes-femmes et une répartition au plus fort reste. Les islamistes d'Ennahdha y obtiennent une majorité relative ( sur 217) et concluent une coalition gouvernementale tripartite, rapidement surnommée « troïka », avec le Congrès pour la République (CPR), un parti de gauche nationaliste (), et Ettakatol, un parti social-démocrate membre de l'Internationale socialiste (), sur la base d'une répartition des responsabilités : la présidence de la République va à Moncef Marzouki (CPR), la présidence du gouvernement à Hamadi Jebali (Ennahdha) et la présidence de l'assemblée à Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol).

Cette alliance provoque des dissidences à l'intérieur des deux partenaires d'Ennahdha, avec la défection de 17 élus du CPR et de dix élus d'Ettakatol — sans toutefois mettre en danger le gouvernement, puisque la coalition conserve sa majorité absolue.

vignette|gauche|Représentation des partis au sein de l'Assemblée constituante à la suite de l'élection du 23 octobre 2011. vignette|Première séance de l'assemblée le 22 novembre 2011.

Le pays connaît alors plusieurs crises sécuritaires. Le , plusieurs milliers de personnes manifestent à l'occasion de la Fête des martyrs, malgré l'interdiction du ministère de l’Intérieur communiquée le . Le jour même, la police attaque les manifestants avec du gaz lacrymogène, alors que des « barbus » se mettent à les attaquer par des jets de pierres. Des journalistes, personnalités et hommes politiques sont présents, comme Hamma Hammami, Radhia Nasraoui, Khemaïs Ksila, Emna Menif, etc. La manifestation devient de plus en plus violente, alors que les forces de l'ordre et des milices extrémistes tentent de faire reculer les protestataires.. Ces événements déclenchent une vive réaction sur la scène politique et l'Assemblée constituante crée une commission d'enquête.

Le , à la suite des manifestations et attentats anti-américains de septembre 2012, des salafistes attaquent le siège de l'ambassade américaine et la prennent d'assaut, s'attaquant aux équipements, tout en retirant le drapeau américain pour hisser l'étendard noir des salafistes. Ils détruisent aussi l'école américaine tandis que des confrontations entre les forces de l'ordre et les salafistes ont lieu devant l'ambassade.. Ce n'est que grâce à la garde spéciale de la présidence de la République que les dégâts sont limités. Ces affrontements font deux morts et .. L'une des personnes impliquées dans ces attaques est Abou Iyadh, dès lors recherché par les forces de l'ordre mais qui échappe à maintes reprises à celles-ci, notamment lors de sa fuite de la mosquée El Fath à Tunis..

gauche|vignette|upright|Hamadi Jebali au Forum économique mondial de Davos.

Le , à la suite d'une manifestation violente déclenchée par des membres de la Ligue de protection de la révolution, le coordinateur de Nidaa Tounes à Tataouine, Lotfi Nagdh, est grièvement blessé avant de rendre l'âme« Tunisie : un mort dans le Sud lors de violences entre adversaires politiques », Agence France-Presse, 18 octobre 2012., ce qui en fait le premier assassinat politique depuis la révolution. Khaled Tarrouche, porte-parole du ministère de l'Intérieur, annonce que le décès a été causé par une crise cardiaque, ce qui est contredit par l'autopsie qui prouve que Nagdh a été tué.

Le , les habitants du gouvernorat de Siliana protestent devant le siège du gouvernorat, réclamant notamment le développement de la région, de l'emploi et le départ du gouverneur Ahmed Zine Mahjoubi. Mais la manifestation dégénère rapidement pour se transformer en affrontements avec les forces de l'ordre, qui font d'abord une vingtaine de blessés, attaqués à la chevrotine. Le nombre se monte à , suscitant de nombreuses réactions au sein de l'opposition et de la troïka. En signe de protestation, Siliana observe une grève générale et entame un début de marche vers la capitale pour réclamer la chute du gouvernement.

Sur le plan diplomatique, le président Marzouki prend, le , la décision de renvoyer l'ambassadeur syrien à la suite des bombardements qui ont ciblé la ville de Homs, la veille de la célébration de la fête du Mouled, mettant ainsi fin aux relations diplomatiques avec ce pays.. À la suite de cette décision, Jebali affirme le la nécessité de renvoyer tous les ambassadeurs syriens pour protester contre la répression sanglante de la révolte, affirmant qu'il faut couper toute relation avec le régime de Bachar el-Assad.. Marzouki entame une tournée maghrébine à partir du , se rendant d'abord au Maroc puis en Mauritanie et en Algérie.. L'objectif est de relancer l'Union du Maghreb arabe..

Rafik Abdessalem annonce, le lors de sa visite au Caire, la tenue à Tunis d'une conférence sur la Syrie.. Celle-ci se tient à Gammarth le et voit la participation de plusieurs pays ; le président Marzouki prononce un discours d'ouverture où il insiste sur la nécessité d'une solution politique pour la Syrie : il propose ainsi une immunité judiciaire pour Assad et son clan et un exil en Russie.. Il refuse en outre une intervention militaire étrangère.

vignette|Funérailles de Chokri Belaïd.

Le gouvernement doit également trouver une solution pour les immigrés disparus en Italie. Le ministère des Affaires étrangères ainsi que le ministère de la Défense crée un comité spécialisé pour mener une investigation sur place..

Le , l'extradition de Baghdadi al-Mahmoudi, sur ordre du Premier ministre et sans l'autorisation de Marzouki, provoque une crise entre les deux têtes de l'exécutif.. Cette crise est un camouflet pour Marzouki, qui avait fait savoir auparavant son « opposition de principe » à une extradition avant les élections libyennes, illustrant la faiblesse de ses prérogatives et lui valant sur les réseaux sociaux le surnom de tartour..

Ces événements, auxquels s'ajoutent un fort taux de chômage toujours en hausse, des fuites aux examens du baccalauréat, l'arrestation sans jugement de Sami Fehri et un manque d'indépendance de la justice, ne font qu'amplifier la crise. Le , Chokri Belaïd, un opposant politique, est assassiné en quittant en voiture son domicile... Ce meurtre déclenche alors de nombreuses manifestations dans tout le pays. En signe de protestation contre cet assassinat, les bureaux d'Ennahdha à Sfax, Monastir, Béja, Gafsa et Gabès sont brûlés et saccagés., les manifestants demandant le départ du gouvernement ainsi que de la troïka, en dénonçant leur incompétence. Son frère accuse le parti au pouvoir, Ennahdha, d'avoir fomenté cet assassinat, vu que Belaïd parlait de violence politique et disait qu'il était menacé et sur écoute.. Jebali annonce le projet de remplacer son gouvernement par un cabinet de technocrates, ainsi que la tenue d'élections le plus vite possible.. Le lendemain, son propre parti refuse l'idée d'un gouvernement de technocrates... Après plusieurs jours de concertations, le chef du gouvernement remet sa démission ainsi que celle de son gouvernement le ..

vignette|gauche|upright|Ali Larayedh.

Ennahdha désigne alors Ali Larayedh, ministre de l'Intérieur, pour lui succéder, à la suite de quoi le président Marzouki le charge de former un gouvernement. Dans la soirée du , il annonce la composition de son cabinet, qui obtient la confiance de l'Assemblée constituante puis est investi le ..

vignette|Portait des trois présidents après la signature de la Constitution, le 27 février 2014.

Le gouvernement Larayedh comporte des personnalités indépendantes aux postes de souveraineté (Défense, Intérieur, Affaires étrangères et Justice) mais ne parvient pas à rétablir la confiance. La crise politique s'aggrave lorsqu'une seconde personnalité politique, Mohamed Brahmi, est assassinée le , puis lorsque huit soldats sont tués dans une embuscade au Djebel Chambi le . La contestation contre Ennahdha culmine alors que le renversement en Égypte du président islamiste Mohamed Morsi quelques jours plus tôt, le , fait prendre conscience au parti qu'il joue sa survie politique. Un dialogue national s'instaure alors, sous la direction d'un quartet issu de la société civile et dirigé par le puissant syndicat de l'Union générale tunisienne du travail.. Le projet constitutionnel est totalement réorganisé et rationalisé. et une feuille de route organise une sortie de crise par l'achèvement rapide des travaux de l'Assemblée constituante et la mise en place d'un gouvernement de technocrates chargé du maintien de l'ordre, de la gestion des affaires courantes et de l'organisation des premières élections sous le régime de la nouvelle Constitution.

Les articles de la Constitution sont débattus un à un en séance plénière, en et en , dans le cadre de débats houleux qui en ont retardé l'examen.. Le texte final est adopté le par l'Assemblée constituante avec pour, douze contre et quatre abstentions.. Le lendemain, le texte est signé par le président Marzouki, le président de l'Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaafar, et le chef du gouvernement sortant, Ali Larayedh, au cours d'une cérémonie au siège de l'assemblée..

Gouvernement de technocrates

vignette|Mehdi Jomaa.